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[fic]: LADD: L\'Avènement des Dieux
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[fic]: les véritables monstres posté le [16/03/2013] à 10:00

Laura : Solitude



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=ygur5AaVzgA

Mon réveil sonna aux aurores et me réveilla en douceur en ce dimanche matin. Après être restée encore quelques minutes dans mon lit, l’esprit totalement embrumé, je m’étirai et baillai un bon coup pour me donner de l’énergie et je passai mon regard par la fenêtre. Le ciel était bleu azur et il n’y avait pas un seul nuage à l’horizon. Le temps idéal pour se promener sur les rives de la tamise.

Prenant quelques affaires, je partis me préparer dans la salle de bain. Ce jour-là, j’avais décidé de faire les choses au mieux. Après tout, cela faisait tellement longtemps que je n’étais pas sortie le week end, il fallait que je marque le coup.

Ainsi, après avoir pris une bonne douche et m’être coiffé, j’enfilai un élégant tee-shirt blanc à dentelles ainsi qu’une jupe courte assortie. Ce n’était pas dans mon habitude mais je m’attachai également les cheveux avec une barrette, sachant déjà que ma coiffure n’allait pas tenir toute la journée sans cela.

Finalement, après une bonne heure de préparation, je sortis enfin de la salle de bain et je rassemblai quelques affaires dans un petit sac à dos, dont le poème de Darksky que j’emmenai où que j’aille, ainsi que divers autres accessoires qui aurait pu me servir avant de descendre au rez-de-chaussée.

Il n’était encore que neuf-heures du matin, ce qui me laissait un gros délai avant de devoir rejoindre Théodore devant l’école.

Ainsi, je pris mon petit déjeuner sans me presser, l’esprit ailleurs, à tel point que je ne remarquai même pas Arnold pour une fois. Je tentai de planifier un peu ce que nous allions faire mais, comme je n’étais pas une grande habituée des fêtes foraines, je ne réussis qu’à tourner en rond et abandonner, pensant improviser sur place.


https://www.youtube.com/watch?v=Wp0xitgAc4A


Lorsque dix-heures sonnèrent, je sortis de la maison et enfourchai mon vélo pour prendre la direction de l’école.

La ville était toujours assez calme mais le dimanche, personne ne semblait réveillé avant midi si bien que toutes les rues étaient désertes, à l’exception de quelques promeneurs matinaux. Ainsi, n’ayant pas à me soucier des autres voitures, je pus prendre tout mon temps pour arriver, profitant de la température idéale et de la brise légère qui soufflait en cette belle journée de printemps.

J’arrivai en ville une demi-heure plus tard et je profitai une fois de plus de mon avance pour faire un petit détour et me promener tant qu’il n’y avait aucune voiture. Je passai ainsi devant de nombreux parcs et bâtiments historiques comme Buckingham palace ou Big Ben, lieux que je n’avais pas l’occasion de voir en semaine.

Vers one heure et demi, j’arrivai enfin devant l’école après m’être perdue à force de déambuler et, sans surprise, Théodore était arrivé lui aussi et était adossé à la grille de l’école avec son éternel air peu avenant. Cela me faisait bizarre de le voir sans son uniforme et avec des vêtements tout à fait classiques, à savoir un sweat rouge et un simple jean.

Je m’arrêtai juste devant lui et, lorsqu’il leva la tête vers moi, il rougit aussitôt et détourna le regard.


https://www.youtube.com/watch?v=Ov1U1JLi8SU


-Et bien, on dirait qu’aucun d’entre nous n’est capable de respecter l’heure dite ! Lançai-je en guise de salutation.

-A…Apparemment, oui ; bégaya-t-il.

-Et sinon, quel est le programme de la journée ?

-Tu voulais aller à la fête foraine non ? Allons déjeuner là-bas et on avisera ensuite ; me répondit-il en commençant à s’éloigner.

-Comme tu voudras, je te suis ! M’exclamai-je avec entrain.

Sans ajouter un mot, nous prîmes le même chemin que quelques mois plus tôt. Comme je m’y attendais, Théodore ne parla que peu et ce fut à moi de faire la conversation, une fois de plus. Cependant, je vis que quelque chose avait changé dans son attitude ce jour-là. En effet, pour la première fois depuis que je le connaissais, il semblait m’écouter et être intéressé par ce que je racontais. Pire encore, il me posa quelques questions pour réagir à mes propos.

Lorsque nous arrivâmes à l’entrée de la fête foraine sur les rives de la tamise, je lâchai un cri d’étonnement et mes yeux se remplirent d’étoiles. Devant nous et sous le London Eye, des dizaines d’attractions avaient été montées allant du simple carrousel au grand huit de plus de dix mètres de haut en passant par les stands comme les trains fantômes ou encore les trampolines.

A partir de là, mon sang ne fit qu’un tour et, pressée d’essayer toutes ces manèges je pris la tête, fonçant acheter des tickets en tirant Théodore par la manche.

-Alors, par quoi tu veux commencer ? Lui demandai-je en regardant avec excitation de tous les côtés une fois que nous fûmes à l’intérieur.

-Je t’ai dit que je ne monterai pas dans…

-Que dis-tu de celle-là pour commencer ? Le coupai en lui montrant un bras géant qui tournait sur lui-même à plus de cinquante kilomètres heure.

Théodore écarquilla les yeux et serra les dents, se retenant visiblement de grimacer et je pouffai devant sa réaction.

-Allons, ne me dis pas que tu as peur ? Le taquinai-je.

-Je…Je n’ai pas peur ! Rétorqua-t-il en maitrisant les tremblements de ses mains. Juste qu’on n’a même pas encore déjeuner et que je commence à avoir faim !

Au moment où dit cela, mon ventre gargouilla et je me rendis compte que moi aussi, je commençai à avoir un petit creux. Reportant donc à plus tard le bras géant, nous cherchâmes un endroit où déjeuner et nous trouvâmes assez rapidement un snack un peu à l’écart, juste à côté des trampolines et de la pêche à la ligne.

Nous nous installâmes à une table et, après avoir pris nos commandes, je tentai de relancer la conversation qui était en train de mourir.

-Tu m’as l’air bien familier avec les lieux, Théo, tu es déjà venu ici ? Lui demandai-je avec un regard malicieux.

-Non, jamais. Et ne m’appelle pas comme ça, j’ai horreur de ce diminutif.

-Jamais ? Tu es déjà allé à la fête foraine, rassure-moi !

-Non plus.

-Tu es vraiment un cas désespéré ; soupirai-je. Tu as l’occasion d’y aller quand tu veux et tu n’y vas pas…

-Y aller tout seul n’a aucun intérêt ; me répondit-il en buvant une gorgée d’eau.

-Comment ça « tout seul » ? Répétai-je, sceptique. Tu ne vas quand même pas me dire que tu n’as jamais eu aucun ami !


https://www.youtube.com/watch?v=4TTzGc6rCa0


-Si…mais plus maintenant que j’ai déménagé…Murmura-t-il en regardant son verre d’eau d’un air nostalgique.

-Tu as déménagé ? Je l’ignorai…

-C’était il y a deux ans. Je vivais en Amérique mais mes parents ont dû se rendre en Angleterre pour leur travail mais ce n’est pas une histoire intéressante.

-Au contraire, je suis étonnée que tu te comportes ainsi en classe si tu as eu des amis par le passé. Tu n’as donc pas envie de t’en faire de nouveau ?

-Tu peux parler toi. Tu traines avec l’asocial de la classe je te rappelle ; rétorqua Théodore en haussant les épaules.

-Oui, mais moi je me suis mise John à dos dès mon arrivée. J’imagine que ça a scellé ma réputation ; ris-je légèrement.

-Et bien tu as ta réponse pour mon cas aussi ; dit mon ami en baissant les yeux.

-Tu…T’es battu avec John ? M’étranglai-je. Toi, monsieur deux de tension ?!

-Je n’ai pas deux de tension, je n’aime pas l’agitation, c’est tout ; grogna Théodore. Et non, je ne me suis pas battu, je me suis fait écraser, c’est différent.

Je ne sus pas quoi répondre à cela. Je ne voulais pas avoir l’air de le prendre en pitié alors que j’avais battu cet idiot de John les mains dans les poches mais je ne pouvais pas non plus rire de sa situation ou même faire comme si ce n’était pas grave…

Je sentis alors un malaise grandir entre nous tandis que nous ne dîmes rien pendant plusieurs secondes et ce fut finalement Théodore qui reprit la parole.

-Enfin, c’est du passé maintenant. Ce qui est arrivé est arrivé, on n’y peut rien, c’est comme ça. J’ai juste changé mes habitudes à la suite de cet incident.

-Et bien il est temps de les changer à nouveau, tu ne penses pas ? Finis-je par lui répondre avec un large sourire.

-Tu veux que j’aille défier à nouveau John pour me faire battre lamentable une seconde fois ? Railla-t-il.

-C’est une possibilité oui…mais non. Laisse-moi m’occuper de ça !

-Ne te préoccupe pas de moi. Ce n’est pas la peine d’aller défier John pour cette histoire…

-Mais je n’ai pas dit que j’allais faire ça ; rétorquai-je. Mais, depuis qu’on se connait, tu n’as plus peur de parler aux autres malgré John, n’est-ce pas ? Du moins, tu me parles à moi !

Un léger sourire se dessina sur le visage de Théodore et il haussa à nouveau les épaules.

-J’imagine que j’ai plus peur de toi que de lui dans ce cas.

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire en entendant cela. Je ne savais pas s’il était ironique ou sérieux mais dans les deux cas, sa remarque était ridicule. Je mis deux bonnes minutes avant de retrouver mon souffle et j’eus mal au ventre à force de rire.

-Dans ce cas, si tu as si peur de moi, je t’ordonne de venir dans le bras qui tourne après le déjeuner ! Lançai-je en pointant du doigt le manège.

-Après le déjeuner…Tu n’as pas pire comme horaire ?

-Si mais pas dans l’immédiat !

Théodore soupira et nos assiettes arrivèrent peu après. Cependant, nous ne restâmes pas bien longtemps après à table car, après avoir appris cette histoire avec John, je n’avais plus qu’une seule idée en tête : rendre à Théodore ce qu’il avait perdu à cause de cette brute épaisse !


https://www.youtube.com/watch?v=oZ5OgIZ1GNs


Immédiatement après, je fonçai en direction du bras géant mais quelque chose d’autre attira mon attention sur le chemin : les auto-tamponneuses. Sans réfléchir une seconde de plus, je nous pris deux billets et un instant plus tard, je me retrouvai à poursuivre mon ami qui tentait tant bien que mal d’échapper aux collisions, sans succès.

Nous enchainâmes ensuite les attractions : Stand de Tir, chamboule tout, grand huit, stand de barba papa et même le train fantôme dans lequel Théodore cria beaucoup, particulièrement quand un homme déguisé en squelette se mit à nous poursuivre et je le taquinai tout le reste de la journée avec ça.

Finalement, nous ne montâmes dans le grand bras que vers dix-sept heure et, une fois en haut, je regrettai soudain d’avoir eu une idée pareille…

Je me trouvai à plus de vingt mètres au-dessus du sol, attachée uniquement par une petite ceinture de sécurité et une barre de fer tandis que sous mes pieds s’étendait le vide…

Je me tournai vers Théodore mais il s’était transformé en statue et ne bougeait plus d’un pouce, regardant droit devant lui.

Je m’apprêtai à lui lancer une pique mais le manège redémarra subitement et je fus propulsée à toute vitesse vers le sol avant de repartir vers l’arrière en criant et riant en même temps.

Je m’amusai vraiment dans ces attractions et j’étais persuadée que Darksky se serait vraiment plu lui aussi. Il allait vraiment falloir que je l’emmène dans un manège de la sorte à mon retour. Je souriais bêtement rien qu’en pensant à la tête qu’il ferait…

Lorsque nous descendîmes enfin du manège infernal, mes jambes tremblaient un peu mais ce n’était rien comparé à Théodore qui ne savait visiblement plus mettre un peu devant l’autre et était entièrement vert.


https://www.youtube.com/watch?v=ib699nL9-mI


Ainsi, nous allâmes simplement nous asseoir sur un banc dans le parc, un peu à l’écart de la fête foraine pour avoir de la tranquillité et nous restâmes là le temps de récupérer de nos émotions.

Le parc en lui-même était assez beau. Nous nous trouvions dans une large allée poussiéreuse et bordée d’arbres bourgeonnants. Derrière nous, les bruits atténués de la fête nous parvenaient et, de l’autre côté, à quelques dizaines de mètres à peine coulait la tamise, surmontée par cette immense grande roue qu’était le London Eye.

Le soleil commençait à décliner à l’horizon et projetai ses rayons rougeoyants sur l’eau calme et limpide du fleuve traversant la grande ville.

Cette ambiance m’apaisa rapidement et me rappela vaguement les journées que je passais avec Darksky dans le parc, après nos duels. Nous restions souvent assis de la sorte sur un banc, parlant de tout et de rien, regardant simplement le paysage et les autres duels se déroulant sous nos yeux.

Je me tournai alors vers Théodore qui semblait peu à peu reprendre ses esprits et je décidai de briser le silence.

-Dis, Théo, tu as encore de l’énergie pour une dernière attraction ? Lui demandai-je calmement.

-Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler comme ça ; grogna-t-il. Et non, ne compte pas sur moi pour remonter dans un truc pareil…

-Je pensais à quelque chose de plus calme…comme la grande rouge…

Mon ami tourna son regard embrumé vers le London Eye et il sembla tout à coup retrouver ses esprits puis acquiesça.

Ainsi nous nous dirigeâmes vers l’attraction phare de la fête ainsi qu’un des emblèmes de la ville. Une fois au pied de la grande roue, je fus une nouvelle fois impressionnée par sa taille titanesque. Je voyais les petites cabines s’élever lentement et devenir de minuscules points dans le ciel.

Nous prîmes nos places et, lorsque nous montâmes à notre tour dans notre cabine et que la porte se referma, un silence de mort s’installa alors et nous commençâmes notre lente ascension vers le sommet de la roue.

Nous nous trouvions l’un en face de l’autre mais Théodore était accoudé à la vitre et regardait par la fenêtre sans dire un mot.

Nous n’étions même pas à mi-hauteur que je pouvais déjà voire presque toute la ville et je fus une fois de plus émerveillée par sa beauté. Je me serais vraiment crue dans un de ces films reproduisant les villes du XIVème siècle. Il fallait ajouter à ce décor déjà unique les couleurs du couchant, oscillant entre l’orangé et le rouge qui donnaient à ce tableau un côté mystérieux et majestueux, comme si toute la ville et même le fleuve étaient en feu.

Je plongeai mon regard un peu plus loin et je réussis à distinguer Viridian, petit coin de verdure perdu au beau milieu de la campagne qui me semblait vraiment minuscule en comparaison avec Londres.

La cabine s’arrêta alors au sommet de la grande roue et mon ami prit la parole à ce moment précis.

-Laura…Dit soudain Théodore sans me regarder, focalisant son regard vers l’extérieur.

-Un problème ?

-Non…Je me disais juste que…Je n’aurais pas imaginé venir ici un jour avec toi quand on s’est rencontrés…

-Et moi donc ; lui répondis-je en riant légèrement. Surtout que tu disais toi-même que tu n’en voyais pas l’intérêt…

-Justement…Je dois t’avouer que je ne t’ai pas vraiment appréciée au début…J’avais plus l’impression d’être de corvée, moi qui ne désirais qu’être seul…

-ça, je l’ai remarqué oui…Marmonnai-je.

-En fait, je voulais te remercier en t’invitant aujourd’hui…Continua-t-il tandis que son visage s’empourprait à nouveau.

-Me…remercier ? répétai-je sans comprendre où il voulait en venir.

-Oui. Quand tu as défié John, j’ai d’abord cru que tu étais folle, comme moi…Mais quand j’ai vu que tu l’avais mis au tapis, tu m’as redonné espoir…

-Et bien, j’en suis ravie ; lançai-je avec entrain. Je suis contente de voir que même ici, je peux être utile à quelqu’un !

-Tu es la première personne depuis mon arrivée en Angleterre que je peux appeler « une amie » et tu seras surement la seule, vu comme les choses sont arrangées.

-J’imagine que c’est la même chose pour moi, j’imagine qu’il est trop tard pour tenter de redorer mon blason auprès des autres maintenant. Nous sommes dans la même galère on dirait ! M’amusai-je.

-Mais c’est aussi pourquoi, je dois te dire quelque chose Laura.

Théodore se tourna enfin vers moi et je pus remarquer que son visage, d’habitude si inexpressif, venait de prendre un sérieux que je ne lui connaissais pas tandis que la lumière orangée s’infiltrant par la fenêtre de la cabine dessinait des ombres mystérieuses derrière lui.

-Je crois…Non, j’en suis sûr. Je t’aime, Laura Garden. Bien plus qu’une simple amie, alors, s’il te plait, réponds-moi, est-ce que toi aussi, tu…

J’interrompis le garçon dans sa phrase d’un signe de la main et son visage se crispa. Même si ses mots me touchaient autant qu’ils me surprenaient, je n’hésitai pas une seule seconde en lui donnant ma réponse.

Prudemment, je secouai la tête en fermant les yeux puis je tentai de lui sourire gentiment tout en prenant la voix la plus douce que je pus.

-Désolée…Théodore…Je t’apprécie énormément et je te suis infiniment reconnaissante pour aujourd’hui et pour tout ce que tu as fait depuis mon arrivée…mais ce n’est pas ce que je désire…

-Je…Je vois…Bégaya-t-il, le regard tout à coup remplie d’une infinie tristesse. J’imagine que j’ai été idiot une fois de plus…

Un coup de vent souffla et fit tanguer la nacelle quelques instants tandis que la roue se remit en mouvement.

Je me sentais vraiment mal à ce moment-là. Je voulais vraiment lui dire quelque chose pour le conforter, le rassurer ou même le consoler mais les mots ne vinrent pas. Je n’osais même plus le regarder en face…Je ne savais tout simplement pas comment réagir face à cette situation et je ne pus rien faire d’autre que de laisser un profond malaise s’installer jusqu’à ce que notre cabine soit de retour sur le sol.

Lorsque nous descendîmes, je me mis à me dandiner d’une jambe sur l’autre, cherchant quelque chose à dire pour briser la glace entre nous mais Théodore avait désormais la tête baissée et le regard vide, exactement comme le jour où nous nous étions rencontrés.

Désespérée, je tentai le tout pour le tout et je cherchai dans mon sac à dos si par hasard je n’aurais pas eu quelque chose à lui donner mais, alors que toutes mes affaires étaient sorties, le poème de Darksky s’envola et atterrit juste aux pieds de Théodore qui le ramassa sans conviction.

Mon cœur s’arrêta lorsque je vis cela et je devins blanche comme un linge au moment où il déplia le papier.

-Je…Je…

-Je vois…Déclara-t-il d’une voix monocorde. C’était donc ça…Je n’ai jamais eu aucune chance…

En fermant les yeux, il me redonna simplement le poème et mit les mains dans ses poches avant de me tourner le dos et de shooter dans un caillou pour l’envoyer dans le fleuve.

-Je suis désolée, Théodore…J’aurais du te le dire plus tôt…Mais…

-Non, c’est moi qui suis stupide ; me coupa-t-il. Et j’imagine que même sans cette personne, tu m’aurais dit non de toute façon…

-Honnêtement…Je ne sais pas…Lui répondis-je en serrant le poing et détournant le regard à mon tour.

-Je vois ; se contenta-t-il de répondre.

Sur ces mots, Théodore commença à s’éloigner de moi sans rien ajouter et, dans un ultime espoir de le retenir, je m’écriai :

-On…On se voit demain, hein !

Le garçon ne me répondit rien et disparut dans l’obscurité, me laissant seule au pied de cette grande roue, serrant le poème contre mon cœur et sentant quelques larmes couler le long de mes joues en réalisant que je venais de perdre quelque chose de bien plus précieux que je ne le pensais…


https://www.youtube.com/watch?v=qSvpN72u9F8


Une fine pluie se mit à tomber et l’obscurité se fit de plus en plus présente en même temps que les lampadaires de la ville s’allumaient et diffusaient une faible lumière jaunâtre à moitié étouffée par les gouttelettes d’eau rebondissant sur le métal. La température avait chuté brutalement et mon souffle formait à présent une légère fumée qui se dissipait rapidement.

Je restai là, debout au milieu d’une foule d’inconnue, immobile, trempée jusqu’aux os, frigorifiée et pleurant pendant plusieurs minutes, à la fois détruite et tiraillée entre le désir de retrouver Théodore et celui de tenir ma promesse à Darksky. Pour la première fois, une pensée affreuse me traversa la tête et ma main trembla contre mon cœur tandis que je me mis à regretter d’avoir participé à ce tournoi, des années plus tôt.

-Et si…Et si je n’avais jamais Darksky…Si je n’avais jamais commencé le duel de monstre…Si j’avais su apprécier ma vie comme elle était…Aurais-je été heureuse ? Murmurai-je en levant les yeux au ciel.

Aucune étoile ne brillait au-dessus de ma tête. Seuls d’énormes nuages noirs d’orages déversaient une pluie torrentielle et froide tandis que le tonnerre grondait au loin et que quelques éclairs déchiraient ce ciel sombre pendant que la foule se dissipait peu à peu jusqu’à ce que je fusse totalement seule au milieu de cette place qui, quelques instants plus tôt, grouillait encore de vie et de joie.

Soudain, je ne sentis plus les gouttes de pluie tomber sur ma peau et le bruit caractéristique de l’eau tombant sur un tissu tendu juste au-dessus de moi monta descendis jusqu’à mes oreilles.

Je me retournai lentement et je distinguai dans la pénombre du soir le visage souriant de mon frère tenant un parapluie pour le protéger.

Je n’étais même pas étonnée de le voir ici et je ne lui demandai même pas. Je n’étais plus d’humeur à plaisanter avec lui ou me prendre la tête. Je voulais simplement me réveiller de ce mauvais rêve que j’étais en train de vivre…

-Il est temps de rentrer, tu ne crois pas, Laura ? Me dit-il d’une voix douce en me prenant par l’épaule.

Je ne répondis rien et continuai à fixer droit devant moi le chemin que Théodore avait pris pour rentrer, l’esprit vide de toute pensée.

Nous restâmes encore là sous la pluie, tous les deux, sans bouger, pendant plusieurs minutes, ne me rendant même pas compte que mon frère n’était pas protégé de la pluie battante, lui. Puis, après un long silence, Arthur reprit la parole.

-Il reviendra ; déclara-t-il d’un air confiant.

-Je ne sais pas quoi penser…Avouai-je en secouant la tête.

-Lui non plus j’imagine ; me répondit mon frère en haussant les épaules. Laisse-lui simplement un peu de temps. Il n’y a rien d’autre que tu puisses faire désormais.

Je serrai à nouveau le poing et me mordis la lèvre, maudissant ma propre bêtise. Encore une fois, j’avais parlé sans réfléchir et par ma faute, parce que je lui avais donné un espoir vide de sens, tout comme j’avais détruit Darksky en refusant de lui dire la vérité plus tôt, je venais de blesser mon seul et unique ami dans cette ville…

Sans dire un mot de plus, nous rentrâmes à la maison, mon frère et moi, sous cette pluie battante et froide, laissant derrière nous l’animation et les rires de la ville pour nous enfoncer dans la campagne silencieuse qu’était notre petite ville à l’écart du monde.


https://www.youtube.com/watch?v=rIwl2cDwStw


Les jours qui suivirent, Théodore ne vint pas en cours et je me retrouvai totalement seule dans la classe, avec pour uniques voisins une chaise et un bureau vides. Je tentai bien de le contacter par l’intermédiaire des professeurs mais aucun n’eut de réponse, comme s’il s’était volatilisé dans la nature. Même au centre de duel, personne n’avait de ses nouvelles.

Ainsi commença une longue période d’errance pendant laquelle je ne vivais plus que pour tenir ma promesse à Darksky. Ces mots que nous avions prononcés sur la falaise ce jour-là étaient la dernière chose qui me poussai à avancer malgré tout, mon dernier espoir, la dernière chose que je ne pouvais pas abandonner, peu importe les obstacles à présent qu’à cause d’elle, j’avais tout perdu…

Après une semaine passée ainsi, je pouvais le dire sans hésitation : je détestais cette ville. Elle était pleine de souvenirs que j’aurais préféré oublier. Ma vie se résumait à me lever le matin, aller à l’école, manger seule dans mon coin, écouter les cours et rentrer chez moi avec comme unique but celui d’un jour retourner à cet endroit que j’aimais tant. Ce cycle se répétant encore et encore…N’y avait-il aucun moyen pour m’en échapper ?…

La maison était peut-être le seul endroit où je me trouvai à ma place, entourée de ma famille. Là, je n’avais pas besoin de penser à toutes ces choses désagréables qui me hantait et je pouvais tout simplement vivre, oubliant mes soucis et mes tracas qui revenaient aussitôt la maison quittée.

Théodore revint finalement en classe après une semaine d’absence mais continua à se tenir loin de moi, m’ignorant totalement malgré mes tentatives désespérées pour renouer contact avec lui. Même les remarques de Doom ne lui faisaient plus rien. C’était comme s’il m’avait effacé de sa vie, comme si pour lui, je n’existais plus. Ainsi, ma motivation finit par s’essouffler elle aussi et, après un mois, nous étions redevenus deux inconnus l’un pour l’autre.

Les jours passèrent, puis les mois, et même un an sans que je m’en aperçoive, perdue dans le monde que je m’étais créé, rejetant la vraie vie. J’étais comme un fantôme dans cette école, et, paradoxalement, John était le seul de la classe qui me rappelait que j’étais bien présente et visible aux yeux de tous lorsqu’il me jouait de mauvais tours comme me prendre mon gouter ou déchirer mes devoirs. Cependant, je l’ignorai la plupart du temps, et donnai une bonne raclée à ses acolytes lorsque j’étais de mauvaise humeur.

Pendant les vacances d’été, mon père nous ramena dans cette ville où j’avais grandi et pour la première fois depuis longtemps, mon cœur se remit à battre la chamade. J’étais persuadée que j’allais retrouver Darksky après tout ce temps et que tout allait s’arranger…Cependant, j’eus beau faire le tour de la ville, je ne le trouvai ni au parc, ni à la falaise et encore moins chez lui…

Durant notre dernier jour de vacances, je crus distinguer quelqu’un lui ressemblant de dos de l’autre côté de la rue alors que je m’apprêtai à rentrer à l’hôtel mais, au moment où je voulus le rejoindre, le feu passa au vert et un défilé de voiture m’empêcha de traverser, laissant le temps à ce garçon de disparaitre à l’angle de la rue, détruisant ainsi mes derniers espoirs de revoir Darksky…

La routine reprit, de même que l’ennui et la solitude. Plus l’année avançait et plus mes espoirs d’être en mesure de tenir ma promesse s’amenuisaient. Je n’avais qu’une envie : mettre fin à tout ça. Je rêvai de partir à l’aventure, découvrir de nouvelles choses, voir de nouveaux horizons, fuir cette routine qui m’accablait et me détruisait lentement…

J’envisageai vraiment cette possibilité à un moment. J’avais même préparé une lettre d’au revoir à ma famille mais je me résignai au dernier moment. C’était au-dessus de mes forces et stupide…Je n’aurais pas été capable de survivre plus de deux jours dans la nature sans mes parents…

Ainsi, la routine se poursuivit, encore et toujours, jusqu’au jour où John débarqua un soir dans la classe, accompagné de ses quatre abrutis d’acolytes. J’avais l’habitude de rester seule après les cours, le regard perdu à travers la fenêtre et ces idiots avaient dû le remarquer. Cependant, je n’eus aucune réaction lorsqu’ils s’approchèrent de moi, l’air menaçants. Même lorsque le leader frappa ma table de son poing, je restai impassible, ne détachant pas mon attention de lu paysage à l’extérieur.


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


-Et bien, et bien, Laura, où sont passées tes fanfaronnades du premier jour ? Railla-t-il en me dévisageant d’un air sévère. Ce n’est pas trop dure d’être tout le temps seule maintenant que ton « ami » t’a abandonnée ? Tu sais, si tu nous avais rejoints, tu n’aurais pas eu à subir tout cela…

-Peut-être…Mais j’aurais perdu mon intelligence en échange donc j’imagine que je n’ai pas fait le mauvais choix ; lui répondis-je sans conviction.

-Tu as la langue bien pendue, cela ne m’étonne pas que tu n’aies aucun ami…Grimaça la brute.

-Je préfère être seule qu’entourée de gens comme toi ; rétorquai-je sèchement.

Cette phrase fut visiblement celle de trop et John s’empara alors de mon sac. Je me levai pour le lui reprendre de force mais ses gorilles me retinrent par les manches. Je n’eus aucune difficulté à me débarrasser d’eux mais cet instant pendant lequel je les envoyai valser me fut fatal. John avait trouvé le poème de Darksky dans mon sac et le tenait dans ses mains.

Je m’arrêtai net et mon poing se serra tandis que je sentais la colère monter en moi.

-R…Rends-moi ça. Lui ordonnai-je en me contenant.

-C’est un bien joli poème que tu as là ma chère ; railla-t-il.

-Je te préviens…Si tu touches à ça, tu vas le regretter amèrement ; le menaçai-je d’une voix glaciale.

-Et qui va m’en empêcher ? Toi ? Si tu fais ne serait-ce qu’un pas de plus, tu peux dire adieu à ce ridicule bout de papier.

Je crus que j’allais exploser mais un bruit de pas dans le couloir détourna notre attention et nous nous retournâmes tous les deux pour voir Théodore rentrer dans la classe. J’eus à ce moment un infime espoir qu’il vint à mon secours mais ce dernier se contenta de rentrer, passer devant nous sans même faire attention à John ou à moi puis repartit sans dire un mot après avoir pris une feuille dans son casier.

La brute de la classe éclata de rire en voyant cela.

-Sérieusement, je ne sais pas ce que tu lui as fait mais tu dois être encore pire que moi pour qu’il t’ignore de la sorte ! S’exclama John entre deux éclats de rire.

-Je ne t’ai pas demandé ton avis ; grimaçai-je. Alors maintenant, rends-moi ce poème !

Je me précipitai sur lui pour lui arracher la feuille des mains mais le garçon poussa une table entre nous pour me stopper dans ma course puis, m’adressant un large sourire carnassier, il déchira en deux le dernier présent que Darksky m’avait fait…

Alors que je voyais les deux bouts de papier s’éloigner l’un de l’autre, je sentis mes souvenirs avec Darksky se briser en même temps pour disparaitre peu à peu. Mais aucune larme ne me vint cette fois-ci. Je ne ressentais de la haine à l’état pur envers lui et Théodore qui avait refusé de m’aider. Une haine telle que je ne pouvais plus la contenir plus longtemps et je la laissai exploser.

-Très bien, tu l’auras voulu John, je vais te le donner ton combat si c’est ce que tu veux ! Hurlai-je tandis que tout mon corps était envahi d’une énergie nouvelle.

-Voilà ce que je voulais entendre ! Que dirais-tu de demain ? Comme ça, toute l’école va pouvoir assister à ton humiliation !

-Pourquoi attendre demain ? Réglons ça tout de suite !

Je me mis en position de combat, prête à en découdre mais John celui mit les mains dans les poches et sortit de la salle en riant, accompagné de ses acolytes.

-Rejoins-moi devant big Ben si tu veux te battre. Nous aurons plus de place.

Hors de moi et rouge de colère, je ramassai en vitesse les deux bouts de papier trainant sur le sol et les remis soigneusement dans mon carnet avant de me lancer à la poursuite de John.

Comme promis, je le retrouvai devant la grande tour de l’horloge, sur une grande place dégagée, à quelques mètres de la tamise et, comme je l’avais imaginé, il n’était pas seul mais entouré de plusieurs hommes ressemblant à des mafieux. Mais ma rage était telle que je passai outre ce détail et je m’avançai sans trembler vers John qui me regardait avec amusement.

Je m’arrêtai à quelques mètres de lui et nous nous dévisageâmes en mode western. Le regard que je lui lançai à ce moment-là fut suffisant pour dérouter ses amis mais les brutes qui se tenaient à côté de lui sourirent tout en jetant leurs cigares par terre.

-Et bien, tu es vraiment stupide ma pauvre Laura. Tu vois que tu n’as aucune chance et pourtant, tu te jettes tête la première dans mon piège ? J’ai attendu ce jour depuis si longtemps…Je vais te faire payer pour l’humiliation du premier jour !

-Tu parles trop, et en plus tu me l’as déjà dit !

-Tu vas voir, bientôt tu vas me supplier d’arrêter tes souffrances !


https://www.youtube.com/watch?v=SaeXN-MByjU


Pour toute réponse, je mis mes mains dans les poches et je lançai un regard assassin aux hommes de main de John. J’ignorai comment il avait réussi à engager ces types mais ils ne me faisaient pas peur. Je n’avais qu’une seule idée en tête : me venger de John, même si pour cela je devais affronter une mafia entière du haut de mes douze ans.

Les hommes firent craquer leurs doigts, sans doute pour tenter de m’impressionner mais cela ne me fit aucun effet.

Je sentis alors un afflux d’énergie au plus profond de moi, comme si ma colère nourrissait tous mes muscles et accroissait mes capacités. Mes cheveux se mirent à crépiter et je crus même qu’un vent se formait autour de moi.

En poussant un cri de guerre, l’un des hommes de main de John se jeta sur moi, le poing en avant mais, comme si mon corps bougeait de lui-même, j’esquivai aisément l’attaque en faisant un simple pas sur le côté. John écarquilla les yeux devant ma réactivité hors norme mais mon adversaire ne se laissa pas démonter et repassa à l’assaut.

Une fois de plus, j’esquivai aisément sans même sortir les mains des poches avant de me décider à contre attaquer. Alors que l’homme me tournait le dos, je sautai au-dessus de lui et, rassemblant toutes mes forces, je lui assénai un violent coup de pied dans le torse.

Cependant, je n’avais pas prévu une chose : mon attaque fut bien plus puissante que je ne le pensais et l’homme vola quatre mètres plus loin avant d’être stoppé par un muret.

Je vis John s’étrangler de là où il était et les autres mafieux grimacèrent.

-Eh gamin, tu ne nous avais pas dit que nous allions devoir affronter une super Saiyen ; déclara l’un d’eux.

-Ce…Ce n’est qu’un coup de chance ! Rétorqua-t-il, furieux. Vous n’allez quand même pas vous faire battre par une fillette de douze ans !

-Comme si cela pouvait arriver.

Sur ces mots, tous les hommes de main de John m’attaquèrent en même temps, sortant battes, matraques et même couteaux. Mais une fois de plus, je ne fus nullement impressionnée et je me contentai d’esquiver, comme lisant parfaitement leurs mouvements.

Ainsi, je déviai un coup de matraque simplement avec ma main, faisant glisser l’arme le long de mon bras avant d’asséner un violent coup de coude à mon adversaire qui s’écroula au sol, inconscient.

Un autre tenta alors de me donner un coup de couteau dans le dos mais, le sentant arriver j’attrapai son bras sans même me retourner et le forçai à lâcher son arme.

Au même moment, un troisième fonça sur moi avec sa batte de baseball mais, rapide comme l’éclair, je ramassai la matraque qui trainait au sol et la lui envoyai en plein figure et il s’étala par terre de tout son long.

Le visage du chef du gang se décomposa et ce dernier sortit de sa poche un pistolet luisant tout en tentant de sourire malgré la peur que je lui inspirai désormais.

Dans mon inconscience, ma seule réaction fut de me tourner vers lui, lâchant l’homme que je tenais et de faire face au chef avec un calme tel qu’il me terrifia moi-même tandis qu’il pointa son arme vers moi.

-A…Attendez, je ne vous ai pas dit de la tuer espèces d’abrutis ! Hurla John, effrayé.

-Je ne sais pas qui tu es gamine…Mais personne ne tient tête à mon gang et encore moins une enfant ; grogna le chef d’une voix peu assurée.

-Ecartez-vous ; lançai-je alors d’une voix bien plus grave qu’a l’ordinaire, comme si ce n’étais pas moi qui parlait.

-Tu vas regretter de t’être opposée à nous, adieu !

L’homme appuya sur la détente de son arme mais je ne tressaillis pas. Je me contentai de me pencher légèrement sur le côté et je sentis la balle me frôler avant d’aller se planter dans un arbre derrière moi.

Un passant hurla de peur et ce fut rapidement la panique générale autour de nous mais ni moi, ni l’homme ne nous laissâmes déstabiliser et je continuai à lui faire face, impassiblement.

Lentement, je me mis alors à me rapprocher de lui, évitant tous ses tirs de la même façon. C’était comme si le temps était ralenti et que je pouvais clairement deviner la trajectoire des balles pour mieux les éviter.

C’était étrange…Tout mon corps était en ébullition et je vis qu’une sorte d’aura bleutée s’était formée tout autour de moi. L’air s’était également subitement refroidi et je vis quelques cristaux de glace sous mes pieds avant de réaliser que j’en étais l’origine.

Alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de l’homme, un sourire mauvais passa et sa figure et il se jeta sur moi, l’arme en avant.

-C’est terminé !

Je vis le pistolet à quelques centimètres de mon front puis j’entendis le bruit d’un coup de feu et à ce moment-là, une épaisse brume grisâtre recouvrit entièrement la place.

Lorsqu’elle se dissipa, le visage de l’homme s’était décomposé. Non seulement, j’étais indemne alors qu’il avait tiré à bout portant mais en plus le canon de son arme avait gelé et les pieds de l’hommes était également collés au sol par une épaisse couche de glace autour de ses chaussures.

Sans aucune émotion, je passai à côté de lui et je me plaçai à moins d’un mètre de John dont le visage était désormais livide. Le garçon tremblait de tous ses membres et de grosses gouttes de sueur perlaient de son front.

Lorsque je fronçai les sourcils, celui-ci tomba à la renverse avec un cri de terreur et rampa jusqu’à être acculé, dos à la grande tour.

-Je…Je rigolai, Laura ! S’il te plait, ne me fais pas de mal ! Couina-t-il en se protégeant la tête avec les bras.

Sans même l’écouter, et laissant toute ma rage s’extérioriser, je lui assénai un coup de poing dans le entre si violent que John en perdit connaissance et s’effondra sur le sol.

Au même moment, toute l’énergie qui affluait en moi se dissipa et je retrouvai mes esprits, me rendant soudain compte de la situation dans laquelle j’étais et ma colère se transforma en peur.

Je reculai prudemment, tremblante en regardant la scène déplorable qui se tenait à mes pieds, les yeux exorbités.

Je me mis à avoir peur de moi-même, comme si, au fond de moi, se cachait une part bien plus sombre de ma personnalité dont j’ignorais tout, une part aimant se battre et trouvant de la satisfaction dans la victoire et l’écrasement de mes adversaires…

Je voulus partir le plus loin possible de cet endroit en réalisant cela, traverser la mer et rejoindre Darksky, lui seul m’aurait comprise, mais je savais bien que ce n’était pas possible. J’étais seule pour affronter ce que je vivais en ce moment…

Les sirènes de police ne tardèrent pas à se faire entendre mais, alors que j’allais m’enfuir, je vis une haute colonne de fumée au loin et je compris qu’il ne s’agissait pas de la police mais des pompiers…

Je restai un instant pour analyser l’origine du feu et mon sang se glaça dans mes veines.

-Non…C’est impossible…Murmurai-je, terrifiée.

L’origine de ce feu…Il correspondait exactement à l’emplacement de notre maison…

Sans perdre une seconde plus, je laissai John et les mafieux sur place et je fonçai vers Viridian, espérant me tromper en sachant pertinemment que j’avais raison…

-Papa…Maman…Arthur…Pitié…Soyez sains et saufs…




Laura : Exil



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=w3UR7nsTLlQ

J’enfourchai mon vélo et pédalai aussi vite que mes forces me le permettaient. Cependant, j’étais redevenue cette petite fillette de douze ans incapable de soulever seule un meuble et je me trainai péniblement derrière les voitures.

Focalisée uniquement sur la fumée noirâtre qui s’élevait haut dans le ciel, j’ignorai tous les feux rouges et toutes les priorités, manquant plusieurs fois de créer un accident mais je ne m’arrêtai même pas pour faire face aux insultes des conducteurs et des passants.

Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, mes mains tremblaient et la sueur perlait sur mon visage tandis que j’imaginais déjà le pire mais ce que je découvris fut bien plus affreux que tout ce que j’aurais pu imaginer.

Lorsque j’arrivai devant le portail, celui-ci avait été forcé et tous les barreaux de fer étaient tordus et à moitié carbonisés. Mais je ne m’arrêtai pas devant ce détail et, jetant mon vélo sur le côté, je franchis la grille en courant avant de m’arrêter net au milieu du jardin, le souffle coupé et les yeux exorbités en voyant ce qui se tenait devant moi.

Le manoir était en proie aux flammes et s’effondrait rapidement sur lui-même et, devant la porte d’entrée, entouré d’une dizaine d’homme portant des capes rouges cachant leur visage, se tenait une personne que je reconnus aussitôt et je reculai d’un pas, tétanisée.

-V…Vous…Murmurai-je, la voix étouffée par la peur.

L’homme se tourna vers moi et je pus voir dans son œil un amusement malsain alors qu’il regardait ma maison brûler et que sa main était entourée d’une inquiétante aura rougeâtre.

-Laura…Garden, nous nous retrouvons, cela faisait longtemps ; déclara-t-il d’une voix lente et terrifiante.

-Mais…Vous…Vous étiez sur le bateau…Bégayai-je en continuant à reculer lentement.

-Effectivement, mais je ne me suis pas présenté correctement à l’époque : mon nom est Sayer, je suis le leader du mouvement Arcadia.

-Qu…Qu’avez-vous fait à mes parents ? Lui demandai-je d’une petite voix.

-Je n’ai fait que régler une petite affaire mais les négociations ne sont pas passées comme prévu alors j’ai forcé les choses ; me répondit Sayer en haussant les épaules.

J’ouvris la bouche mais aucun son n’en sortit. Je ne savais plus quoi faire et, alors que je reculai, je trébuchai sur un caillou et tombai à la renverse, me retrouvant à la merci de l’homme et ses sbires.

-Cependant, j’ai une mission : je dois ramener l’émissaire de Gariatron à mon maitre. N’y vois en aucun cas une vengeance personnelle.

Le dénommé Sayer s’approcha de moi et je voulus fuir mais mes membres ne me répondaient plus. J’étais paralysée par la peur, incapable de faire le moindre mouvement.

Dans un geste désespéré, je lançai sur l’homme ma paire de clés tout en visant ses yeux mais je tremblai tellement que mon geste n’eut pas plus d’effet que si je lui avais lancé une simple feuille de papier et je sentis les larmes me monter aux yeux.

Non, tout cela ne pouvait pas être vrai…Ce n’était qu’un mauvais rêve et j’allais me réveiller…D’abord le poème de Darksky…et maintenant ça…Ce n’était pas possible, tout n’était qu’illusion et tromperie ! Je refusai d’y croire !

Fermant les yeux et me recroquevillant sur moi-même pour échapper à la réalité, je ressentis alors le même afflux d’énergie que précédemment et, à nouveau, la température chuta brutalement.

L’homme s’arrêta net, surpris tandis que, tout autour de moi, l’herbe se mit à geler, comme si mon corps était si froid qu’il absorbait toute la chaleur de la terre. Rapidement, le froid s’intensifia et une véritable couche de glace se répandit sur la pelouse, faisant reculer mes agresseurs.

-Dégagez…Dégagez…Dégagez ! Hurlai-je.

Un vent violent et glacial se leva alors, m’entourant totalement comme un bouclier, et un tourbillon de neige se forma entre moi et ces hommes, les obligeant à reculer toujours davantage. Je vis Sayer grimacer mais il ne se laissa pas déstabiliser et, d’un geste de la main, projeta deux boules de feu dans ma direction qui firent fondre instantanément ma protection, me laissant sans défense et totalement apeurée.

-Et bien, il semblerait que tu aies déjà développé tes pouvoirs mais cela ne changera rien, tu ne peux rien contre moi et…

Mon ennemi ne put terminer sa phrase car, sortis de nulle part, deux couteaux fusèrent dans sa direction et il eut tout juste le temps de faire un bond en arrière pour les éviter.

Abasourdie, je tournai la tête dans la direction d’où provenait l’attaque et je vis Arnold, blessé, les habits déchirés et l’air à bout de forces mais bien vivant.

-A…Arnold ! M’écriai-je, heureuse pour la première fois de le voir.

-Fuyez Mademoiselle Laura ! M’ordonna-t-il en lançant une nouvelle attaque sur Sayer qui l’esquiva aisément.

-Mais…Je…

-Ne discutez pas ! Partez d’ici, tout de suite ! Je m’occupe du reste !

Une aura sombre entoura soudain Sayer et je vis son œil virer au rouge tandis que les flammes consumant le manoir s’intensifièrent. Comme porté par une force invisible, l’homme s’éleva quelques mètres au-dessus du sol et un arbre se déracina tout seul à côté de mon majordome avant de s’abattre sur lui.

Ce dernier sauta sur l’une des branches et à partir de là, d’autres arbres se mirent à léviter et furent projetés sur lui.

Tremblante, je me remis debout, constatant au passage les dégâts causés par la glace et je tentai d’attaquer à nouveau Sayer en lui lançant un caillou mais mon projectile se figea dans les airs à quelques centimètres de la tête de mon ennemi qui me lança un regard noir.

-Petite Peste, je vais m’occuper de toi, tu vas voir.

Il fit un geste ample avec son bras et fit surgir du sol un énorme rocher avec un sourire malsain sur son visage.

-Va rejoindre ta famille, fille de glace ! Psycho…

Sayer fut à nouveau interrompu par Arnold qui s’était jeté sur lui pendant qu’il avait le dos tourné et qui le coula au sol.

-Vivez ! M’ordonna-t-il d’une voix désespérée.

Serrant le poing et, n’écoutant plus que mon instinct de survie, je m’enfuis dans la forêt, laissant derrière moi Arnold, ma famille et ma maison aux griffes de cet homme assoiffé de sang…

Un flash de lumière illumina le ciel sombre du soir et un cri de douleur retentit mais je ne me retournai pas et continuai à courir en ligne droite, la vision à moitié obscurcit par les larmes, ne sachant même pas pourquoi je fuyais et où je me dirigeais…

Je courus ainsi, toujours plus loin, toujours plus vite, fonçant à travers la forêt obscure jusqu’à trébucher sur une racine et m’étaler sur le sol dur et sec et je restai là, face contre terre, continuant à pleurer autant de peur que de désespoir.


https://www.youtube.com/watch?v=PcvtqN8BbeM


De l’aide…Je voulais simplement de l’aide…Je voulais que quelqu’un vienne à mon secours, que quelqu’un retourne éteindre cet incendie…Que quelqu’un sauve ma famille…

Comme prise de folie, je me mis à appeler au secours toutes les personnes que je connaissais : Darksky, Théodore, Le capitaine, Dan et même John avant de me rendre à l’évidence : j’étais seule et livrée à moi-même…

Papa…Maman…Arthur…Arnold…Je ne savais même pas s’ils étaient encore en vie et je n’osai pas faire demi-tour, de peur de rencontrer cet homme au regard et aux pouvoirs terrifiants…

Que me voulait-il ? Pourquoi nous avait-il attaqués ? Qui était-il ? Qu’allais-je faire à présent ? Tant de questions se bousculaient dans ma tête mais je n’étais obnubilée que par un seul but : celui de rester en vie.

Peu importe les sacrifices, les maux et les obstacles, je devais vivre à tout prix. J’avais promis…J’avais promis à Darksky de revenir le voir. J’avais déjà perdu mon bonheur, mon meilleur ami et ma réputation dans l’unique but de réaliser son vœu et de nous retrouver sur cette falaise qu’était la nôtre un jour, je ne pouvais pas abandonner maintenant…Et puis, mes parents ne m’auraient jamais pardonnée si j’étais allée au suicide en revenant en arrière pour faire face à cet homme…


https://www.youtube.com/watch?v=dj4VoPO-2pE


Un picotement me parcouru l’échine et je sentis mon cœur ralentir. Rassemblant mes forces, j’agrippai la terre sous mes ongles et je me remis debout tant bien que mal.

Un rictus déforma ma figure lorsque je m’appuyai sur ma cheville tordue mais je ne fléchis pas et gardai la tête haute tout en essuyant les larmes qui coulaient de mes yeux d’un revers de la manche puis je me mis à regarder droit derrière moi en direction de mon manoir.

Ma famille allait bien…Je devais le croire…Je devais faire confiance à Arnold…Je devais aller de l’avant…Car je ne pouvais plus faire marche arrière désormais. Je devais uniquement fuir cet homme sinistre, comme me l’avait ordonné notre majordome, allez toujours plus loin et ne jamais me retourner, pas avant d’avoir réalisé mon objectif…

Une dernière larme coula le long de mes joues avant de cristalliser en une magnifique perle de glace se brisant en mille éclats en touchant le sol.


Je marchai jusqu’à la tombée de la nuit avant de m’arrêter, à bout de forces, dans une petite clairière et je décidai de faire le point. Je sortis donc mon sac et regardai ce qu’il y avait à l’intérieur.

Evidemment, je transportai tous mes livres de cours et le poème recollé, mais j’avais également sur moi un peu d’argent, environ cinquante livres, de quoi tenir presque un mois si je me débrouillai bien et sans compter les frais d’hébergement que j’allais certainement avoir.

Je fouillai encore un peu et je trouvai au fond, sous un tas d’emballages de bonbons et de gâteau, mon deck et j’écarquillai les yeux. J’avais complètement oublié que je le prenais avec moi depuis que Théodore ne me parlait plus et, même si en temps normal je trouvai pénible de le regarder, j’étais bien heureuse de l’avoir sur moi-même si, sans disque de duel, il risquait d’être plutôt inutile…

Je continuai mes recherches et je retournai entièrement mon sac mais tout ce qui tombait à présent étaient des miettes des bouts de papiers inutiles.

Je soupirai. Tout cela était ridicule. Comment moi, Laura, une fille d’à peine douze ans, comptait survivre plus de trois jours de la sorte ? Je n’avais même pas de pansement ou de médicaments et encore moins de laine chaude pour passer les nuits froides. A ce rythme, je me donnais deux nuits avant d’attraper une bonne bronchite…

Je secouai la tête pour me sortir ces idées néfastes. Tant pis, j’allais devoir faire avec, je n’avais pas le choix de toute façon.

Désormais, il ne me restait plus qu’une chose à faire : trouver un endroit précis à atteindre. Parce que je ne pouvais pas simplement marcher au hasard et où le vent m’aurait emmené. Cela aurait été stupide et m’aurait mené inévitablement à ma mort. Il était aussi hors de question que je tente de repasser à Londres pour demander de l’aide.

J’aurais bien pu tenter de rentrer en France et de me réfugier chez Darksky mais cela aurait impliqué de prendre le bateau et de m’exposer à devenir passagère clandestine et par extension, m’exposer à être débarquée et renvoyée chez moi, dans les griffes de cet homme…

Une idée me traversa la tête alors que je pensai au bateau. Le capitaine…il nous avait invités à passer chez lui quelques semaines plus tôt et nous avait même donné son adresse ! J’étais persuadée qu’il m’accueillerait les bras ouverts.

Oui, je devais faire ça : me rendre chez le capitaine même si la ville dans laquelle il habitait était à plus de cinquante kilomètres de Londres, il était mon seul espoir et aurait même pu me ramener en France.

Tout en créant un lit de fortune avec des brindilles et des feuilles entre deux rochers, je me mis à repenser pour la première fois de la journée à mon combat contre la mafia de John. Je n’avais toujours pas compris ce qu’il s’était passé à ce moment-là. C’était comme si quelqu’un d’autre se battait à ma place…Et cette glace qui s’échappait de mon corps sans que ne la maitrise…d’où venait-elle ? J’avais l’impression que les pouvoirs de mes monstres déteignaient en quelque sorte sur moi…

Je souris légèrement malgré l’inquiétude qui me rongeait. La solitude me faisait penser des choses décidément bien irréalistes…

Néanmoins, ce pouvoir que je possédais, lui, était bien réel. Ainsi, je tentai de reproduire mon exploit en me concentrant mais rien ne se produisit, à mon grand désarroi.

Je m’endormis assez rapidement sur mon lit de fortune, le ventre vide, les membres endoloris et le cœur meurtri par cette journée…

Le lendemain, je fus réveillée par les premiers rayons du jour qui caressaient doucement ma peau, traversant le mince feuillage des arbres.

Je m’étirai longuement. Tous mes membres étaient engourdis au possible et je me sentais toujours aussi épuisée que la veille.

Lorsque j’ouvris les yeux, je vis que le bois n’avait pas du tout le même aspect vu de nuit et à l’aube. Il était assez clair contrairement à ce que je pensais. Les chemins entre les arbres étaient dégagés et il n’y avait pas une seule branche ou brindille par terre, à croire que je me trouvais sur un sentier aménagé.

Derrière moi, la fumée de mon manoir s’était dissipée et tout était calme à présent. Seul le chant des oiseaux brisait le silence oppressant et me rassurait un peu. Cela montrait que Sayer et ses hommes ne m’avaient pas encore retrouvée mais je ne pouvais pas prendre le risque de revenir en arrière malgré la possibilité qu’il fût parti.

La rosée du matin donnait à la forêt une senteur unique que j’humai longuement et le soleil levant réchauffait mes muscles endormis, ce qui me permit de me remettre rapidement en route.

Je repliai le peu d’affaires que je possédai puis je me mis en marche, cherchant premièrement à sortir de cet endroit, tentant de rejoindre la route.

Je finis par déboucher sur un champ qui s’étendait à perte de vue, de quoi décourager ceux qui voudraient le traverser. Mais je ne pouvais pas faire demi-tour et je m’enfonçai à travers les épis de blé, ignorant le danger que représentaient les tiques et autres insectes qui pouvaient se cacher là.

J’atteignis enfin l’autre côté au bout de deux ou trois heures, et à cause de mon entorse de la veille, mes jambes me faisaient souffrir.

Je repris mon souffle en m’appuyant sur un petit muret en ruine qui se trouvait là puis je levai les yeux vers le ciel. Heureusement, le soleil était encore bas à l’horizon, je pouvais donc continuer à avancer normalement sans être accablée par la chaleur quelques heures encore.

Je me remis debout malgré la douleur et je regardai encore les environs. Maintenant que j’étais de l’autre côté, le paysage avait un peu changé. J’avais retrouvé la route et j’attendis là plusieurs minutes en stop, dans l’espoir que quelqu’un me prenne mais elle reste inexorablement vide de tout véhicule…. Je décidais de longer la forêt qui bordait la petite route, ne comptant pas rester là toute la journée et je finis par tomber sur un panneau annonçant : « Mington : 7 kilomètres »

-Enfin une ville ; me réjouis-je, il était temps.

J’avais subitement retrouvé mon énergie. Je devais pouvoir atteindre cette ville avant la nuit si je me dépêchais, ce que je fis.

La ville était légèrement plus animée que Viridian, avec un bar, quelques magasins encore ouverts, un restaurant, un hôtel et des habitations. J’en profitai pour refaire mes provisions en prenant beaucoup de bouteilles d’eau et asséchant presque la fontaine de la ville, n’ayant rien bu depuis la veille, et j’achetai surtout des paquets de biscuits pour pouvoir tenir la route, le pain n’était pas du tout suffisant, ainsi que plusieurs bandages et pansements.

Je regardai l’hôtel et je sortis mes maigres économies. Je n’allais pas tenir longtemps avec simplement cinquante livres, mais il ne semblait pas très luxueux, je pouvais peut-être me permettre d’y passer une nuit, au moins pour me débarbouiller.

Je fis un pas avant de changer d’avis. Qu’allaient dire les responsables de la réception en voyant débarquer une gamine de douze ans, seule avec un sac d’école, des habits déchirés et un air patibulaire ?

Je renonçais finalement à l’idée de dormir dans un lit chaud pour repartir sur les routes. Cette nuit-là, je la passais dans un champ, au milieu de grandes fleurs qui me cachait des lumières de la ville et surtout du vent. Cependant je ne réussis pas à trouver le sommeil.

Au-dessus de moi, les étoiles scintillaient d’une faible lueur et un faible croissant de lune brillait dans un ciel noir et effrayant.

Je me demandais comment allait ma famille. Je ne doutais pas qu’elle s’en soit sortie, je faisais confiance à Arnold et il n’y avait aucune raison pour qu’ils aient été au manoir à une heure pareille puisque j’étais toujours la première à rentrer. Sayer avait simplement dû mettre le feu à la maison car personne ne lui répondait…oui…Il ne pouvait pas y avoir d’autre explication. Ils allaient tous bien et se cachaient comme je le faisais en ce moment…

Mais dans tous les cas, je ne pouvais pas les rejoindre. Ce Sayer avait l’air de me poursuivre moi en particulier et je refusais de mêler davantage le reste de ma famille à cette histoire. Ma seule alternative était l’exil et la fuite.

Et Darksky…Comment allait-il ? Etait-il heureux de son côté ? Avait-il réussi à tourner la page pour ne pas finir comme moi, seule au milieu d’un champ ? Et qu’aurait-il dit en me voyant ainsi, moi qui lui répétais toujours de voir les choses du bon côté, même quand tout allait au plus mal ?

Je soupirai tout en me tournant sur le côté, me roulant en boule dans mon lit de paille pour échapper au froid de la nuit qui s’infiltrait à travers les trous dans mes vêtements avant de m’endormir d’un sommeil lourd et sans rêve.


https://www.youtube.com/watch?v=scUyXaWMyAk


Les jours et les semaines qui suivirent furent assez similaires. Je marchai sans m’arrêter et sans me retourner, à travers les champs, les bois, les villes et les villages. De temps en temps, des âmes charitables acceptaient de m’héberger mais je ne m’éternisai jamais plus de quelques jours, de peur que Sayer ne me retrouve…

Je survivais sinon en cueillant des fruits sauvages et des baies comme je n’avais plus d’argent pour m’acheter de la nourriture, je vivais au rythme de la nature en quelque sorte.

Le paysage ne cessait de changer autour de moi. Je passais de champs de fleurs à hauts plateaux arides et de plateaux à montagnes imposantes. Mais je sentais bien au fond de moi que je ne pourrais pas continuer ainsi très longtemps. Je devais avoir d’énormes cernes à force de me lever à l’aurore, mes pieds étaient pleins d’ampoules qui me faisaient souffrir à chaque pas, l’une de mes blessures s’était infectée et j’avais l’impression que mon sac pesait de plus en plus lourd alors qu’il se vidait progressivement au fur et à mesure que j’abandonnai mes cahiers sur la route. Mais je ne pouvais pas m’arrêter, il fallait que j’atteigne mon but.

Evidemment, les rares fois ou je m’aventurai près de la route, aucune voiture ne daigna me prendre et je me rendis compte d’un aspect de ce monde que j’avais ignoré jusqu’à présent : l’égoïsme. Mais malgré cela, je ne perdais pas espoir et continuai inlassablement à attendre l’âme charitable qui m’amènerait directement à destination…en vain.


https://www.youtube.com/watch?v=uo_0wwnS9ww


Enfin, au bout d’un mois de marche continue, en sortant d’une forêt dans laquelle j’avais passé plus de trois jours à tourner, j’arrivai dans un endroit qui me paraissait assez à l’écart du monde pour pouvoir m’installer quelques temps et me reposer.

Je n’avais plus aucune notion de distance. Etais-je encore loin de mon but ? Etais-je toute proche ? Je l’ignorais. Tout ce que je savais, c’était que j’étais sur la bonne route et que je devais avancer toujours plus loin.

C’était une grande prairie couverte d’herbe verte et de fleurs multicolores de toutes sortes. Le vent léger qui soufflait inclinait légèrement leur tige et les berçait doucement, faisant parvenir vers moi une multitude de parfums que je ne connaissais pas. La prairie était délimitée par les arbres de la forêt, elle semblait vraiment coupée du reste du monde.

Un peu plus loin, il y avait un enclos dans lequel se trouvait un magnifique cheval blanc avec un museau noir. Sa robe était impeccable, pas une seule trace de poussière, d’un blanc immaculé et sa crinière volait au vent quand il courait. Il était si rapide que l’on pouvait penser que ses sabots ne touchaient même pas le sol.

Au fond se dressait une maison solitaire d’où sortait un peu de fumée. Des gens devaient habiter ici. Juste après avoir pensé cela, je vis quelqu’un arriver vers la magnifique bête. C’était une femme qui n’était plus toute jeune, mais qui avait réussi à conserver sa beauté. Ses cheveux blonds étaient tirés vers l’arrière avec une longue queue de cheval, son visage, du moins ce que j’en distinguais, avait des traits doux et son regard exprimait de la bonté envers l’animal. Elle me rappelait un peu ma mère, cette attention toute particulière qu’elle avait pour les autres et cette pensée me fendit le cœur.

Je m’apprêtai à aller vers cette femme pour lui demander l’hospitalité pour la nuit mais au moment de faire un pas, je vis le monde basculer autour de moi. Je dus m’appuyer à un arbre pour pouvoir rester debout.

Ma vision se brouillait, le paradis se transformait en tache floues de couleurs, mes jambes ne supportaient plus le poids de mon corps et j’eus le tournis. J’avais surestimé mes capacités de résistance, j’étais bien plus fatiguée que je ne le pensais…

Soudain, toutes mes forces me quittèrent d’un seul coup et je m’écroulai sur le sol. Juste avant de perdre connaissance, je crus voir un homme corpulent courir vers moi, mais tout était si confus dans mon esprit que je n’en étais pas sûre.

-Laura, mon enfant ! Cria-t-il d’un ton apeuré.

Etait-ce mon imagination qui me jouait des tours ou bien avait-il vraiment prononcé mon nom ? Cependant, je n’eus pas de réponse car je sombrai peu après dans les ténèbres de l’inconscience…


Les jours qui suivirent cet accident furent comme un nuage de brume, épais et impénétrable. J’étais entre le rêve et la réalité, tantôt consciente, tantôt inconsciente, mes rêves étant hantés d’une forme noire et inquiétante planant au-dessus de moi, mes heures de lucidité de brouillard.

Je ne voyais que des formes floues et des taches sombres lorsque j’ouvrais les yeux. Parfois, je distinguais une ombre bouger et s’approcher de moi, mais j’étais incapable de dire de qui il s’agissait et encore moins de la décrire. Je dus passer au moins une ou deux semaines ainsi au lit avant de retrouver mes forces et la vue.

Je fus réveillée un matin par une douce brise soufflant sur ma joue. Je tournai la tête pour voir d’où cela provenait. Une fenêtre était entrouverte et les rideaux blancs brodés de fleurs ondulaient lentement au gré du vent qui passait à travers l’ouverture. Les rayons du soleil caressaient doucement mon visage et me réchauffaient à travers la couverture couvrant mon corps affaibli, une sensation que je n’avais pas ressentie depuis bien longtemps à présent…

Je me trouvais sur un lit confortable et spacieux dans une maison assez modeste, quelques chaises, une table en bois, une vielle lampe. Ce qui me frappa fut la façon dont elle était décorée : des peintures et des tableaux de marins et de bateaux étaient accrochés sur chaque mur.

Je me crus un instant chez moi avec une chambre remise à neuf, mais le paysage sauvage que je voyais par la fenêtre me rappela où je me trouvais et tout ce qui s’était passé avant de me retrouver là.

Mes yeux étaient encore à moitiés clos lorsqu’une femme arriva vers moi, un plateau à la main. Il s’agissait de la personne que j’avais vu nourrir le cheval dans la prairie. Elle avait dû me voir étalée par terre dans son parc sans connaissance et me prendre en pitié.

Elle avait autour de cinquante ans, mais j’aurais pu croire de loin qu’elle n’en avait que trente tellement elle prenait soin d’elle. Lorsqu’elle me vit éveillée, son regard s’illumina d’une grande joie.

-Tu es enfin réveillé Laura, quel soulagement, cela fait deux semaines entières que tu dors ainsi !

J’avais passé deux semaines inconsciente ?! Même si le temps n’avait aucune importance désormais, rester aussi longtemps dans le coma prouvait que ce voyage ne me faisait pas un grand bien…Mais une minute…comment cette femme connaissait-elle mon nom ? Je n’avais pourtant aucun papier d’identité sur moi et je ne l’avais jamais vue auparavant.

En voyant mon air intrigué, elle reprit la parole avec un sourire rayonnant.

-Nous t’avons trouvée inconsciente dans le jardin, tu n’étais vraiment pas en forme lorsque mon mari t’a recueillie, mais je vois que tu t’es complètement remise ; dit-elle un grand sourire aux lèvres.

Pourquoi cette femme était-elle si gentille avec moi ? Elle ne me connaissait même pas, à moins qu’elle ne s’inquiète pour moi comme le ferait n’importe quelle personne ayant un minimum de bonté.

-Je m’appelle Silène…

Silène ? Ce nom m’évoquait quelque chose…Je me souvins alors que j’avais déjà entendu ce nom de la bouche du capitaine. Je ne savais pas pourquoi, mais je me mis à l’observer attentivement tout en me remémorant ses paroles : « Je me souviens encore de son visage, doux comme un ange, toujours joyeuse et son regard…bleu comme la mer la plus calme… » Je ne l’aurais pas mieux décrite. Sa description correspondait parfaitement aux traits de la Silène qui se trouvait en face de moi. Mais il était fort peu probable qu’il s’agisse de la même personne, surtout qu’il l’avait quitté plus de trente ans plus tôt, elle avait dû changer depuis le temps.

Mais alors que je me trouvais stupide d’assimiler de simple nom, un vieil homme barbu portant une casquette de marin et une pipe à la main entra dans la pièce et écarquilla les yeux en me voyant presque debout.

-Laura ! Tu es vivante mon enfant, dieu soit loué ! S’exclama-t-il en se précipitant vers moi.

-Capitaine ? m’étranglai-je, que faites-vous là ?

-C’est plutôt à moi de te poser la question ma chère ; dit-il en riant de bon cœur. Comment as-tu bien pu te retrouver dans cette partie reculée de l’Angleterre, toi qui vis à Londres ?

-C’est assez compliqué ; marmonnais-je peu sûre de vouloir lui dire la vérité.

Je ne pouvais quand même pas lui dire pour le manoir et mes parents, il se serait sûrement inquiété et aurait fait tout un plat de cette histoire en voulant me ramener alors qu’au contraire, je voulais m’éloigner de ma famille le plus possible pour les protéger.

Cela n’eut pas l’air de déranger le capitaine que je ne lui dise rien, il devait savoir ce que c’était d’avoir quelque chose d’impossible à révéler sur cœur. Il eut juste un moment d’hésitation, mais il reprit son air joyeux quelques secondes plus tard en regardant Silène.

-On a tous nos petits secrets ; dit-il d’un air malicieux. Au fait Laura, je ne t’ai pas encore présenté Silène, tu sais, je t’avais parlé d’elle la dernière fois que nous nous sommes vus.

-Enchantée.

-Et si ce n’est pas indiscret Laura…Si tu réponds à mon invitation, pourquoi tes parents ne sont pas avec toi ? Me demanda ensuite le capitaine.

-En…En fait, c’est compliqué…Mais j’aurais une faveur à vous demander, capitaine : je suis venue jusqu’ici parce que j’aurais besoin de votre hospitalité…

Celui-ci pencha légèrement la tête sur le côté, surpris mais, en bon vivant qu’il était, ne posa aucune question et m’accepta, moi, la fille qu’il connaissait à peine et qui avait visiblement fugué de chez elle…

Je me sentis immédiatement bien dans cette maison avec le capitaine et la menace de Sayer me parut soudain un lointain souvenir s’évaporant dans la brume.

Jamais il n’allait me retrouver ici, cet endroit était bien trop reculé du reste du monde…du moins, je l’espérais…


https://www.youtube.com/watch?v=rIwl2cDwStw


Les semaines passèrent, et chaque jour je reprenais peu à peu mes forces. Au début, je ne pouvais pas tenir debout plus de quelques secondes sans avoir besoin de m’appuyer sur un mur pour ne pas tomber, mais au fur et à mesure je finis par retrouver un équilibre parfait.

Silène était très attentionnée envers moi, c’est elle qui m’aidait à faire toutes les choses du quotidien sans trop de difficulté. Elle était exactement telle que je me l’imaginais avant : la douceur incarnée. J’aspirais vraiment à lui ressembler le plus possible. Son calme naturel finit par déteindre sur moi, si bien je me sentis pour la première fois depuis longtemps complètement apaisée.

Quand je fus parfaitement remise, je décidai d’aider le capitaine- je l’appelai toujours comme ça tout simplement parce que je n’arrivais pas à fixer son nom et en plus cela avait l’air de lui faire plaisir que je lui donne son titre – aux champs pour récolter et semer des graines, nourrir les animaux, et de temps en temps je l’accompagnais en ville pour vendre ses produits. J’avais fini par m’habituer à son humour et il me faisait presque rire maintenant, bien que je le trouvais toujours aussi mauvais…

Depuis que j’habitai chez eux, c’est-à-dire depuis près de trois mois, tous mes problèmes s’étaient comme envolés, je ne pensais plus à rien d’autre que la vie à la ferme. J’avais commencé une nouvelle vie ici, avec le capitaine et Silène comme ma nouvelle famille, loin de tous mes soucis et mes tracas.

La seule chose qui me rattachait encore à mon passé était le souvenir de Darksky, un souvenir bien trop douloureux pour être balayé par le temps, planté comme une épine dans ma chair…Mais contrairement à mes autres maux, je ne voulais- je ne devais- pas l’oublier. C’était ce même souvenir qui m’avait permis d’avancer durant mon périple, c’était lui qui m’avait donné le courage de surmonter le départ de mon frère, et c’était aussi lui qui m’avait donné la force de rester en vie. L’oublier aurait été faire une croix sur tout ce que j’avais vécu jusqu’ici, faire une croix sur les raisons qui me poussaient encore à lutter contre Sayer. Sans lui j’aurais sombré dans la folie depuis longtemps déjà.

Trois années s’écoulèrent ainsi comme un rêve. Mais un jour, alors que je récoltais la salade pour le diner du soir avec le capitaine et Silène comme je le faisais souvent, je ne sais pas ce qui me passa par la tête, mais je me décidai enfin à tout leur dire.


https://www.youtube.com/watch?v=4TTzGc6rCa0


-Capitaine, Silène, j’aurai quelque chose à vous révéler ; leur dis-je solennellement.

Ils levèrent la tête tous les deux, surpris par tant de sérieux dans ma voix.

-Il y a quelque chose qui ne va pas mon enfant ? Me demanda le capitaine inquiet.

-Non, tout va bien capitaine, c’est juste que…

Je n’arrivai pas à terminer ma phrase. Je n’étais plus si sûre d’avoir le courage de révéler une telle vérité. Je craignais leur réaction…Et s’ils ne voulaient plus de moi chez eux après avoir entendu ce que j’avais à leur dire ? S’ils prenaient peur et me jetaient dehors ?

-Allons Laura, tu peux tout nous dire tu sais, je vois bien que tu n’as pas l’air d’aller fort ; repris Silène compatissante.

-Non, en effet, vous avez raison, ça ne va pas fort…

Devant leur air inquiet, je me repris tout de suite.

-Non, non, ce n’est pas de votre faute ; les rassurai-je. Ça remonte à bien avant mon arrivée ici, depuis mon départ de France…

Les mots me vinrent ensuite tous seuls, je leur racontai comment j’avais connu Darksky, comment nous avions été obligés de nous séparer. En me remémorant notre scène d’adieu, je ne pus retenir mes larmes. Tout semblait si proche et si lointain en même temps. Je leur montrai son cadeau d’adieu, le poème que je gardais constamment avec moi.

La suite, le capitaine semblait revivre son dernier voyage en mer avec moi, quand je lui évoquais la phrase qu’il avait dite lorsque nous nous étions rencontrés, un large sourire illumina sa figure, comme s’il s’amusait encore de la « farce » que je lui avais faite en me cachant dans sa cabine. Vint ensuite le duel sur le bateau qui s’était achevé par ma victoire écrasante. Plus j’avançais dans mon récit, et plus l’heure de la révélation approchait. Enfin, j’arrivai au moment que je redoutais le plus : l’évocation des motivations de mon périple…

-Lorsque je suis revenue…Tout était en proie au feu et des hommes ont tenté de me tuer…

Je dus m’arrêter quelques instants pour essuyer quelques larmes qui me coulaient le long du visage.

-Puis je me suis enfuie…Laissant derrière moi toute ma famille et mon ancienne vie, ne pensant qu’à sauver ma peau…

Mon cœur s’accéléra quand je prononçai ces mots. Je m’attendais à voir l’horreur sur leur visage mais ils semblaient plus compatissants que fâchés. Je terminai donc mon récit avec mon long périple et enfin mon arrivée chez eux…

Après avoir fini, un long silence résonna à travers le parc. J’attendais leur réaction face à mon histoire. Je craignais qu’ils ne décident de me rejeter pour ce que j’avais fait et j’acceptai déjà l’idée de faire mes valises, mais au lieu de ça ils me prirent tous les deux dans leurs bras à ma grande surprise.

-Que d’aventures Laura…soupira le capitaine en relâchant son étreinte. Je ne prétends pas savoir ce que tu as vécu, mais sache une chose ; dit-il en me regardant dans les yeux, il faut en avoir du courage pour surmonter autant d’épreuves sans flancher.

-Vous pensez vraiment ce que vous dîtes capitaine ? Pourtant, je ne me trouve pas si courageuse que ça, je n’ai fait que m’apitoyer sur mon sort depuis tout ce temps…

-Bien sûr qu’il le pense et il a raison tu sais ; me dit Silène de sa voix d’ange, seul le courage et une volonté de fer ont pu te conduire jusqu’ici. Tu peux me croire, si j’avais eu la force d’esprit que tu as, jamais je ne l’aurai quitté pour si peu…

Elle regarda son mari d’un regard si triste que j’eu de la peine pour elle. Elle avait été séparée de lui pendant plus de trente ans, alors que moi, cela faisait à peine trois ans que j’avais quitté Darksky et ma famille. Quoi qu’elle dise, elle avait vraiment du courage.

Mais si Silène disait vrai ? Si je m’apitoyai beaucoup trop sur mon sort ? Je ne m’étais jamais considérée comme très combattante, excepté durant mes duels, mais le reste du temps, j’avais l’impression d’être dépassée par les événements de la vie.

-Tu vois Laura ; dit le capitaine en me tirant de mes pensées, bien que la vie ne soit pas toujours facile, si tu as le courage de surmonter les épreuves qui t’attendent, rien ne pourra t’arrêter, et c’est ce que tu as fait en entreprenant ce voyage. Tes parents seraient fiers de toi à l’heure qu’il est s’ils savaient ce que tu as fait.

-Fiers ? Je ne suis pas convaincue que ce soit le mot qui convienne le mieux vu comment j’ai fui comme une lâche…

-Ce que je voulais dire, c’est que tu ne dois pas renier ce que tu as fait, tu as tenté de protéger ta famille et je peux t’assurer qu’il n’y a rien de plus noble comme geste ; déclara le Capitaine en me donnant une grande tape dans le dos qui expulsa tout l’air de mes poumons d’un seul coup.

-Vous…Vous avez raison, une fois de plus, merci beaucoup…Toussotai-je tout en lui souriant.

Au loin, le soleil couchant lançait de magnifiques rayons orangés à l’horizon et l’air se rafraichit à la tombée de la nuit qui approchait. Nous récoltâmes en vitesse les dernières pousses pour préparer le diner. Pour la première fois depuis une éternité, je me sentais entièrement libéré d’un fardeau qui pesait sur moi depuis bien trop longtemps.

Néanmoins, quelques jours plus tard, les choses changèrent à nouveau lorsque, au marché avec le capitaine, je distinguai dans la foule la cape de l’un des hommes de Sayer et mon sang se glaça. Ce que je redoutai le plus au monde venait d’arriver : ils m’avaient retrouvée…

En un instant, tout mon monde s’écroula en pensant au périple qui allait reprendre…Mais je n’avais pas le choix. Je refusais d’impliquer davantage le capitaine et Silène dans ces histoires…

Ainsi, à contrecœur, je dus mentir au couple en leur disant que je retournais à Londres pour ne pas qu’ils s’inquiètent, et surtout pour qu’ils acceptent de me laisser partir sans se faire de soucis. Et, comme je m’y attendais, ils ne s’opposèrent pas à ma demande, même si une lueur de tristesse passa dans leurs yeux.


https://www.youtube.com/watch?v=XzDzY3Du5No


Quelques jours plus tard, je rassemblai mes affaires dans mon sac à dos. Silène me donna de nouveaux habits de rechange, ainsi que de la nourriture pour tenir, des médicaments et plein d’autres choses pour mon voyage.

J’étais prête sur le pas de la porte avec elle. Il faisait beau, le ciel était dégagé et le vent annonçait la saison des feuilles nouvelles.

-Tu es sûre de vouloir repartir Laura ? Me demanda Silène tristement. Tu peux rester avec nous aussi longtemps que tu le souhaites tu sais…

-Je ne voudrais surtout pas être un poids pour vous, vous en avez déjà tellement fait pour moi.

-Alors promets-moi d’être prudente sur les routes, souviens toi de l’état dans lequel nous t’avons retrouvé…

-Cela n’arrivera plus, je ne suis plus la petite fille que j’étais grâce à vous. J’ai quinze ans à présent !

Je la regardai dans les yeux, je voyais bien qu’elle était triste de mon départ, mais je ne pouvais pas rester ici…

Elle m’embrassa comme l’aurait fait ma mère, avec toute la tendresse qu’une mère pourrait avoir pour son enfant et mon cœur se serra dans ma poitrine. Je ne voulais pas les quitter, eux qui avaient été si bons pour moi…Mais je n’avais pas le choix…

-Bien, il est temps de nous dire au revoir je pense. Passez le bonjour au capitaine de ma part…

Alors que je parlais de lui, celui-ci arriva tout essoufflé comme s’il avait couru un marathon. Il avait dans la main un portefeuille qui m’avait l’air flambant neuf.

-Attends Laura ! Il marqua une pause pour reprendre son souffle. Avant que tu ne partes, je désirerai t’offrir ceci ; dit-il en me présentant l’objet qu’il avait en main. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est un cadeau de Silène et moi-même pour être restée avec nous pendant ces trois dernières années.

-Vous n’auriez pas du…Je ne le mérite pas…

-Bien sûr que si, tu auras été pour nous l’enfant que nous n’avons jamais eu ; me dit Silène, c’est une raison suffisante.

Face à un tel argument, je ne pus qu’accepter leur offre, surtout que je les considérais moi aussi comme mes parents…

-Merci beaucoup…Dis-je trop émue pour développer. Je reviendrai vous voir bientôt, et cette fois-ci, avec toute ma famille !

Le capitaine me serra à son tour dans ses bras et en profita pour me glisser quelques mots à l’oreille :

-Laura, je t’avais dit il y a trois ans de croire en tes rêves et je te le redis aujourd’hui, n’abandonne pas ta quête pour retrouver ton ami et crois en l’espoir. Tu accompliras de grandes choses.

-Je vous fais confiance, capitaine ; lui répondis-je en tentant de lui donner une tape dans le dos comme il en avait l’habitude.

Je mis mon sac sur mon dos, rangeai son cadeau dans ma poche et, me retournant une dernière fois pour leur adresser un signe d’adieu, je repartis sur les route, confiante et bien décidée à mettre un terme une bonne fois pour toute à cette histoire.

Je n’étais plus une fillette de douze ans. J’avais l’âge d’une lycéenne à présent et j’étais capable de me défendre. Si j’avais pu battre une mafia au collège, il n’y avait aucune raison pour que ce Sayer me résiste à présent.

Tout en voyant la maison du capitaine et Silène disparaitre derrière l’horizon, je me fis une promesse : celle de faire payer à Sayer tout ce qu’il m’avait fait, d’une façon où d’une autre.




Laura : La fin d’un périple…



Spoiler :



Le vent sifflait entre les branches des arbres et faisait tourbillonner les feuilles mortes au sol. Il s’était levé si brusquement que je dus chercher un abri de fortune au plus vite.

Je me réfugiai sous un rocher creux en attendant que l’orage passe. Le tonnerre grondait au loin et suffisait à faire trembler les troncs des arbres. La pluie tombait violement et inondait la forêt, la transformant en véritable marécage en quelques secondes. Des torrents de boue s’écoulaient devant moi, emportant tout sur son passage.

Je regrattai soudain de ne pas être restée chez le capitaine et Silène encore quelques temps. L’automne approchait, et cela se faisait ressentir dans le temps pluvieux de ces derniers jours. Je n’avais vraiment pas choisi le bon moment pour partir…

Cela faisait maintenant deux mois que j’avais repris mon voyage. Grace au cadeau du capitaine, j’avais pu les tenir sans difficulté. Mais mes ressources s’amenuisaient petit à petit. Bientôt, je n’aurais plus rien et je me retrouverais dans la même situation qu’avant.

Cependant, je ne pouvais pas rentrer, pas encore. Je savais que ces hommes étaient toujours à ma poursuite même si je ne les avais pas recroisés. Il fallait que je parte le plus loin possible, soit pour leur faire perdre ma trace, soit pour les affronter loin de toute civilisation.

N’ayant rien à faire, je sortis de mon sac un carnet que j’avais acheté au début de mon périple. Jusque-là, il était vierge, excepté la page de présentation, je n’avais jamais trouvé le courage de le remplir depuis.

Je me dis que c’était le moment idéal pour passer le temps. Je résumai donc brièvement les premiers jours de marche, les moments difficiles que j’avais rencontrés et je m’attardais longuement sur mon séjour chez mes sauveurs, expliquant comment ils m’avaient soignée et comment j’avais grandi à leur contact.

Un éclair illumina le ciel et fut suivi très vite d’un nouveau coup de tonnerre fracassant. Je n’aurais su dire pourquoi, mais cela me fit repenser à ma rencontre avec Darksky…Cela me rappelait vaguement quelque chose, mais quoi ?


https://www.youtube.com/watch?v=ZKCCs9DNEJs


Je me rappelai tout d’un coup d’où venait ce souvenir, il remontait à bien avant mon périple, avant même ma rencontre avec celui que j’aimais…

Les images de ce jour me revinrent toutes en mémoire comme une lance me transperçant le cœur. J’avais tenté de l’enfouir au plus profond de mon être, et de l’oublier à tout jamais…Mais même les trésors les mieux cachés finissent par remonter à la surface…

Je n’avais alors que sept ans, j’étais encore inconsciente de tous les dangers de ce monde, j’étais simplement heureuse de vivre.

Je rentrais de l’école comme chaque jour. Le temps était menaçant, d’énormes nuages noirs recouvraient toute la ville, la plongeant dans une semi-obscurité.

J’avais décidé de faire un détour par le nouveau terrain de duel qui venait d’ouvrir avant de rentrer et, après y être passé, je me rendis soudain compte que je ne savais pas du tout comment retourner chez moi.

Le vent s’était levé, la pluie tombait fort, et le tonnerre grondait au loin. Il n’y avait plus personne dans le parc, tous les autres enfants étaient rentrés chez eux pour éviter l’averse. Je me retrouvai donc seule, au milieu du parc, trempée, frigorifiée et terrorisée.

C’est alors qu’un nouvel éclair déchira le ciel, et le tonnerre lui répondit avec la même violence. J’appelai à l’aide, en vain. Les rues étaient désertes, et la ville semblait s’être transformée en ville fantôme.

C’était à ce moment-là qu’il est apparu. Il semblait tout droit sorti des ténèbres qui planait autour de moi. Ses yeux rouge sang luisaient comme des braises dans l’obscurité, ses dents étaient longues et acérées comme des couteaux. Son corps était long, couvert d’écailles noires comme la nuit, des signes étranges de la même couleur que ses yeux se dessinaient dessus et il se terminait par une longue queue à la manière des serpents. Deux ailes immenses m’entouraient, me protégeant de la pluie et du froid.

Je pouvais sentir le souffle chaud de la créature sur ma tête mais j’étais trop effrayée pour bouger. Ce monstre devait au moins mesurer cinq mètres, il aurait pu m’écraser d’un seul coup de griffe, mais au lieu de cela, il me regardait et semblait m’étudier.

Enfin, au bout de quelques secondes, il se décida à faire un mouvement. Je me figeai en le voyant ouvrir ses ailes et pousser un cri. Je pensais vraiment que ma dernière heure était arrivée.

Cependant, alors que je m’attendais à être brulée vive, j’entendis une voix dans ma tête, grave, impressionnante et puissante : « Laura Garden, descendante du chevalier Frédéric Garden, gardienne du secret des démons originels… »

J’avais retenu mon souffle en entendant cela…cette chose avait l’air de connaitre plus d’éléments sur moi que je n’en connaissais sur ma propre famille.

« Serais-tu prête à porter sur tes épaule la charge que nous t’avons confiée à toi et à tes ancêtres ? » J’étais bien trop sous le choc pour refuser, et j’avais accepté naïvement, sans même savoir ce à quoi j’avais dit oui. Lorsqu’il me vit accepter sans broncher, j’avais cru lire de l’étonnement dans son regard de braise.

« Tu es très courageuse, bien plus que ton père ne l’a été avant toi. Mais prends garde à la lance du destin plantée dans ta chair… »

La créature avait poussé un autre cri dans la nuit, puis s’était envolée, emportant avec lui toute l’obscurité qui s’abattait sur la ville, faisant briller le soleil à nouveau.

Lorsque j’avais raconté cela à mes parents et à Arthur, ils m’avaient répondu que j’avais dû faire un mauvais rêve, mais j’avais eu l’impression que mon père s’était crispé en entendant ce que la créature avait dit. Depuis, j’avais toujours considéré cet épisode comme un rêve…

Je repensai alors à mes pouvoirs. Ils ne s’étaient pas manifestés depuis que j’étais chez le capitaine et je n’en avais pas eu l’utilité. Mais, à présent que j’étais à nouveau livrée à moi-même, je me dis qu’il était peut-être temps de retenter l’expérience…Toujours sans succès…

Avais-je rêvé à ces moments-là ? Non, c’était impossible. J’avais défait la mafia de John et échappé aux griffes de Sayer grâce à cette glace qui s’était formée autour de moi…Mais il m’était impossible de reproduire cet exploit à volonté apparemment…

Je soupirai et, rangeant mon carnet en voyant que la pluie s’était arrêtée, je repris la route, me promettant de continuer à écrire et à essayer de faire revenir ces pouvoirs sommeillant au fond de moi.


https://www.youtube.com/watch?v=Ov1U1JLi8SU


Quelques jours après, j’arrivai enfin à une nouvelle ville. Elle semblait assez animée, avec de quoi refaire mes provisions et dormir au chaud. Je repérai donc un hôtel bon marché et je me dirigeai vers le bar du coin, histoire de faire une pause.

Là, je pris une table un peu à l’écart et commandai à boire et un repas chaud, le premier depuis bien longtemps.

Je restai ainsi une longue heure assise à savourer mon assiette qui, même si elle n’avait rien d’exceptionnel, restait un délice pour moi qui ne me nourrissais que de sandwich depuis des jours.


https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8


Au moment où j’allais me lever pour partir, je vis deux hommes entrer dans le bar, accompagné d’un troisième que je ne connaissais que trop bien et mon visage se crispa lorsque je reconnus la mèche ridicule de Sayer…

Je voulus m’enfuir, refusant de devoir leur faire face dans un endroit laissant aussi peu de possibilités pour bouger mais il n’y avait qu’une seule sortie, et malheureusement, les trois hommes la bouchaient…

Je n’avais pas le choix, j’allais devoir créer une diversion, comme créer un mouvement de foule qui me permettrait de prendre la fuite dans l’agitation…

Sans réfléchir une seconde de plus, je me dirigeai vers les toilettes et tirai l’alarme incendie. Aussitôt, j’entendis des cris provenant de la salle de restauration et rapidement, des dizaines de chaises tombèrent au sol, suivies de pas de course.

Je passai le nez par la porte des toilettes et je pus voir que Sayer et ses hommes furent repoussés à l’extérieur par la foule effrayée et, ne perdant pas une seconde, je me mêlai à la masse de personne, réussissant ainsi à sortir de la même façon.

Une fois dehors, je ne me fis pas prier et je pris mes jambes à mon cou. Je slalomai à travers la ville entre les passants interloqués ou mécontents, me retournant de temps en temps pour voir où en était mon agresseur, mais il semblait ne pas m’avoir suivi, mais dans le doute, je continuai d’avancer.

La sortie de la ville fut rapidement en vue. Je pensais avoir réussi à éviter l’affrontement, lorsqu’il apparut devant moi, comme sorti de nulle part.

Je m’arrêtai net, soulevant un épais nuage de poussière entre nous qui m’aveugla un instant.


https://www.youtube.com/watch?v=_pv9kOEWIXY


-Pouvons-nous reprendre là où nous en étions arrêtés la dernière fois ? Je n’aime pas quand les souris s’échappent de leur trou ; commença Sayer avec un sourire carnassier.

Je serrai les dents. L’affrontement semblait inévitable…Les images d’Arnold affrontant cet homme me revinrent en mémoire et une goutte de sueur perla de mon front mais je me ressaisi aussitôt. Je n’étais plus cette fille apeurée désormais. Je ne pouvais pas fuir éternellement.

Rassemblant mon courage et laissant ma raison dans les tréfonds de mon esprit, je sortis un couteau suisse de ma poche que j’avais acheté spécialement pour l’occasion et je me mis en position de combat, exactement comme lors de mon affrontement avec John.

Nous nous trouvions sur un terrain vague. Il n’y avait pas une seule cachette à l’horizon ni aucun rocher. Sayer se trouvait juste devant moi, sans arme et sa garde était grande ouverte. Il me suffisait donc de l’attaquer de front…Une attaque rapide et simple aurait dû suffire, oui…

-Je vais vous faire regretter de vous en être pris à ma famille…Lui lançai-je, le regard assassin.

-Tiens donc, tu te décides enfin à m’affronter ? S’étonna Sayer, une pointe d’ironie dans la voix.

En guise de réponse, je me jetai sur lui en poussant un cri de guerre, le couteau brandi vers l’avant. Sayer ne bougea pas d’un pouce et me regarda simplement m’approcher de lui, en souriant. Je sentais bien qu’il y avait un piège quelque part mais, si je n’agissais pas en première, c’en était fini de moi…

Alors que je n’étais plus qu’à deux mètres de lui et que je pensais l’atteindre, son œil s’illumina d’une lueur rouge et tout son corps fut alors entouré d’une inquiétante aura violette. Mais je ne me laissai pas déstabiliser et je continuai ma course.

Je n’étais plus qu’à quelques centimètres de lui lorsqu’une force mystérieuse m’obligea à m’arrêter et je me retrouvai figée, incapable de faire le moindre mouvement.

-Qu…

Je n’eus même pas le temps de prononcer un mot que je me sentis comme tirée dans les airs et, un instant plus tard, je me retrouvai à flotter cinq mètres au-dessus du sol, interdite tandis que Sayer éclatait de rire devant mon air apeuré.

-Ma pauvre enfant, tu ne sais vraiment pas à qui tu as à faire ; ricana-t-il.

Mon ennemi fit un geste ample avec son bras et je me fis projeter violemment contre le sol et je poussai un cri de douleur tout en lâchant ma seule arme. Puis il fit un autre geste, vers la droite cette fois-ci et ce fut comme si j’avais reçu un coup de poing dans les côtes.

Je roulai dans la poussière sur plusieurs mètres avant de me faire arrêter dans ma course par une barrière. Mais les attaques de Sayer ne s’arrêtèrent pas là et il continua à me malmener, me projetant contre tout ce qu’il trouvait, comme un vulgaire ballon de foot…

Finalement, il me repoussa de toutes ses forces psychiques contre une cabane en bois et l’impact fut si violent que je traversai le mur, sentant des milliers d’échardes me rentrer dans le corps.

J’atterris contre une voiture rouillée et je crachai du sang. Même si je sentais que la pression que Sayer exerçait sur moi s’était relâchée, je n’avais plus la force de me mettre debout et je restai là, affalée sur le sol, baignant dans mon propre sang.

Une boule de feu se forma dans sa main et il se rapprocha lentement de moi, toujours en arborant ce sourire malsain et effrayant.

C’était la fin…Quelle idée avais-je eu en voulant affronter un homme possédant des pouvoirs, moi qui n’arrivai même pas à comprendre d’où provenaient les miens…J’aurais dû me contenter de fuir, encore et toujours au lieu de me jeter dans la gueule du loup…Mais je voulais simplement en finir avec tout ça…

J’étais vraiment stupide et maintenant, j’en payais les conséquences. Tout mon corps était en sang, mes vêtements en lambeaux et j’allais très certainement mourir lamentablement sans même savoir pourquoi…

« Mourir ? Résonna une voix dans ma tête. Est-ce vraiment ce que tu veux ?

-Ai-je vraiment le choix…Pensai-je.

-Veux-tu mourir ? Veux-tu avoir fui pour rien ? Veux-tu laisser Darksky attendre ton retour en vain ? Continua la voix dans ma tête.

-N…Non…Evidemment que non !

-Dans ce cas, tu as le choix de vivre. »


https://www.youtube.com/watch?v=SaeXN-MByjU


Tandis que Sayer se rapprochait toujours plus de moi et que je pouvais sentir la chaleur de ses flammes me bruler le visage, mon cœur ralentit et je sentis mon sang se refroidir subitement dans mes veines. Un afflux d’énergie m’envahit et mes bras se mirent à bouger d’eux-mêmes, agrippant fermement le sol.

-Ce…Ce n’est pas…fini…Murmurai-je.

-Allons, tu te fais du mal, Laura ; me dit Sayer d’un ton faussement compatissant. Je pense que je vais devoir abréger tes souffrances. Péris dans les flammes d’Hinotama !

Mon ennemi projeta ses boules de feu droit sur ma figure mais je ne ressentis rien car, au lieu de me brûler le visage, son attaque se heurta à un solide mur de glace sorti de nulle part et une épaisse brume envahit la cabane.

-C…Comment ! Rugit Sayer en reculant vivement.

Lentement, je me remis debout, ignorant la douleur et à présent entourée d’une aura bleutée. Je me sentais totalement revigorée. Mieux, tout mon corps débordait d’énergie, exactement comme lors de mon combat contre John et je vis Sayer grimacer.

Comme ce jour-là, toutes mes émotions semblaient s’être envolée pour ne laisser place qu’à la colère et mon instinct de combat.

A mes pieds, le bois se mit à geler et un puissant blizzard se créa autour de moi, recouvrant de glace toute la cabane et changeant le sol en patinoire.

-Impossible…C’est impossible ! Hurla Sayer.

Celui-ci forma deux nouvelles boules de feu, bien plus imposantes et les projeta sur moi. Pour toute réponse, je levai le bras et formai deux énormes cristaux de glace que je lançai de la même façon. Lorsque les deux attaques se touchèrent, une nouvelle vague de vapeur envahit l’endroit mais la glace fondue fut suffisante pour éteindre les flammes et mes deux cristaux se transformèrent en deux pics tranchants que Sayer esquiva de justesse.

-Tu veux donc me tenir tête ? Très bien ! Admire la puissance du plus puissant des duellistes télékinésistes !

Deux sphères d’énergies apparurent dans les mains de Sayer et ce dernier commença à s’élever dans les airs tandis que sa mèche crépitait et que des éclairs s’échappant de son corps frappaient le sol avec violence.

Cependant, je ne me laissai pas déstabiliser et j’intensifiai le blizzard me protégeant jusqu’à créer une véritable tempête de neige qui nous isola totalement du reste du monde. Il n’y avait plus que Sayer et moi.

Les yeux de mon ennemi virèrent au doré et je me sentis à nouveau soulevée par une force invisible mais cette fois-ci, je ne me laissai pas faire. Ripostant immédiatement, je fis surgir du sol un énorme cristal de glace entre nous et aussitôt le contact visuel perdu, l’attaque de Sayer se dissipa, me laissant libre de mes mouvements.

Je ne perdis pas une seconde de plus et, à partir de la vapeur d’eau, je fis apparaitre des dizaines d’aiguilles de glaces que je projetai toutes d’un seul coup vers Sayer.

L’homme riposta d’un simple geste de la main qui arrêta mes aiguilles avant de les retourner contre moi.

Je fermai alors les yeux et, sachant exactement où elles se trouvaient, j’esquivai chacune, simplement guidée par mon instinct.

-Tu te débrouilles bien, je dois l’avouer ; railla Sayer. Mais, même si tu peux me tenir tête, tu ne peux rien faire face à un monstre ! Apparais, Archdémon du monde mental !

Un tremblement de terre secoua le sol qui se commença à se fissurer. Des flammes bleutées brisèrent alors la couche de glace que j’avais créée et, de cet enfer surgit un monstre de duel, une sorte de démon ailé projetant des éclairs tout autour de lui, exactement comme Sayer…

La bête rugit et, d’un simple battement d’ailes, dissipa le blizzard que j’avais mis en place. Je ne me laissai néanmoins pas déstabiliser devant les trois mètres du monstre et, je fermai à nouveau les yeux, ralentissant davantage les battements de mon cœur et refroidissant toujours plus mon sang.

J’entendis Sayer éclater de rire en voyant cela, pensant certainement que je me rendais, mais c’était tout le contraire.

Je me retirai au plus profond de moi-même, cherchant la source de mon pouvoir et je finis par la trouver. Au fond de moi, je discernai une ombre, une sorte de cristal sombre et un nom me vint en mémoire tandis que l’aura autour de moi s’intensifia.

-C’est terminé, Laura ! Archdémon du monde mental, Ultimate Psychique Shockwave !

Le démon poussa un cri de rage et, au même moment, alors que l’attaque électrique se dirigeait dangereusement vers moi, je levai le bras et je l’arrêtai d’une seule main, la renvoyant sur le monstre qui vola aussitôt en éclat sous le regard interdit de son propriétaire.


https://www.youtube.com/watch?v=lX-iQi5qudU


Mais ce qui le choquait le plus n’était pas ma réaction mais peut-être la carte que je tenais dans ma main et, à sa vue, Sayer grimaça.

-Cette carte…

-Non…Ce n’est pas Trishula…Murmurai-je. Trishula n’est plus…Tout comme cette fille stupide que j’étais…Il n’y a plus…Qu’Ouroboros !

En prononçant ces mots, le blizzard repartit de plus belle et, dans la pénombre, trois yeux apparurent, appartenant à trois têtes différentes, toutes surmontées d’un masque. Le dragon de glace obscure poussa un hurlement si puissant que la concentration de Sayer fut brisée et il retomba au sol, sans défense.

-Je vais…vivre ! M’écriai-je, intensifiant encore plus la tempête qui se mit à emporter avec elle des tuiles et de gros rochers. Pour Darksky, Pour ma famille, pour le capitaine, je refuse de mourir maintenant, et surtout pas de la main de quelqu’un comme vous ! Ouroboros, Subzero Ice Beam !

Les trois têtes du dragon soufflèrent en même temps des rayons glacés et sombres qui percutèrent Sayer avec une telle force que je vis le sol se creuser sous l’impact.

Mais je n’attendis pas de savoir si mon ennemi avait été vaincu et j’ordonnai à Ouroboros de repasser aussitôt à l’attaque, bien décidée à en finir une bonne fois pour toute avec Sayer. Mais, au moment de l’impact, les rayons furent déviés et allèrent détruire la route un peu plus loin heureusement déserte.

-Qui… !

Lorsque la fumée de l’impact se dissipa, je discernai que Sayer n’était plus seul. Un homme se tenait juste devant lui, le bras levé. Il était habillé assez bizarrement, une cape rouge, une armure dorée, une couronne pleine de pierre précieuses, je me serais cru dans l’antiquité…

Il me regarda avec un regard froid et en même temps il y avait dedans une flamme de volonté de se battre si intense que je croyais qu’il allait me brûler sur place.

Il prit Sayer par le bras, puis disparut aussi vite qu’il était apparu sans dire un mot, me laissant seule au milieu du champ de ruines que j’avais moi-même causé.

Encore une fois, et comme toujours lorsque j’activai mes pouvoirs, tout disparut d’un seul coup, me laissant à genoux, essoufflée et blessée de toutes parts, au milieu d’un champ de glace…

Mais, malgré tout, j’avais le sourire car, en plus d’avoir été capable de me défendre, je pensais avoir compris l’origine de mes pouvoirs, des pouvoirs reposant sur ma colère et mon désir de vivre…

J’en étais persuadée : je n’avais plus à craindre Sayer et ses hommes maintenant et je comptais bien les exterminer tous jusqu’au dernier pour m’avoir volé ma vie et ma famille.


https://www.youtube.com/watch?v=gIi-crTFllI


Le vent soufflait sur la falaise et les vagues se fracassaient avec violence en contrebas. Je fis un pas en arrière et j’entendis quelques pierres dégringoler avant de finir leur course dans la mer en furie. Je n’avais nulle part où aller…Ces idiots avaient bien calculé leur coup en me prenant par surprise et j’étais maintenant dos au mur.

Depuis que j’avais vaincu leur patron, ils me poursuivaient sans relâche. Je n’avais pas un seul moment de repos, ils me traquaient comme une bête sauvage le jour et la nuit. Au début, je leur avais tenu tête facilement mais plus les jours avançaient et plus je sentais la fatigue me rattraper, si bien que j’avais décidé de recommencer à fuir, sentant que je n’allais pas pouvoir tenir éternellement.

Alors que les hommes de Sayer s’avançaient vers moi, accompagnés de plusieurs monstres de duel, je fis le vide dans mon esprit et ralentis les battements de mon cœur le plus possible. J’avais désormais compris plus ou moins comment fonctionnaient mes pouvoirs désormais et je ne me privais pas pour les utiliser.

-Bien messieurs, je suis désolée, mais ce petit jeu n’a que trop duré, et il est temps d’y mettre un terme ; lançai-je en fermant les yeux.

Pour toute réponse, ils m’envoyèrent leurs monstres. Je ne m’étais pas attendue à ce qu’ils me répondent de toute façon…

Sans dire un mot de plus, j’invoquai Ouroboros qui, en plus de détruire toutes les créatures psychiques, créa un pont de glace derrière moi sur lequel je m’empressai de filer sans demander mon reste.

Je courus sans m’arrêter pendant une bonne heure, après quoi la fatigue me rattrapa à nouveau. Je m’appuyai sur une pierre qui se trouvait là pour reprendre mon souffle.

Tout allait de travers en ce moment. Je pensais qu’après avoir vaincu Sayer, tout rentrerait dans l’ordre, mais tout était allé de mal en pis. Je n’avais plus d’argent, j’étais condamnée à me nourrir avec les rares fruits et baies que je trouvais et qui me semblaient comestibles.

Ces journées à jouer au chat et à la souris m’avaient complètement vidée de mes forces, et pire que tout, l’image de l’homme étant venu sauver Sayer me hantait. Son regard avait vraiment quelque chose d’inhumain et il semblait dégager une aura particulière, ressemblant à celle de Sayer mais en plus sombre et plus menaçante aussi…


https://www.youtube.com/watch?v=J5cgX1Pxx-U


Un bruit de pas me parvint aux oreilles. Ils s’étaient donc remis à ma poursuite. Poussant un long soupire, je repris ma route, m’enfonçant toujours plus dans la forêt qui se dressait devant moi dans l’espoir que la végétation dense leur ferait perdre ma trace.

Cependant, après cinq minutes à l’intérieur, je fus complètement désorientée. Les arbres et les plantes était bien plus épais que ce que je pensais. Pas un seul brin de lumière ne passait à travers l’épais taillis des arbres. Tout se ressemblait, j’avais l’impression de toujours retourner à mon point de départ, et à chaque fois que je pensais avoir trouvé une sortie, cela ne me ramenait qu’à une autre série d’arbres tous identiques.

Mais le pire dans tout cela, c’était que j’avais beau continuer d’avancer et de me perdre, j’entendais toujours les pas de mes poursuivants derrière moi, à croire qu’ils avaient mis un mouchard pour me repérer…

J’accélérai le pas progressivement et je retrouvai à courir. Je sentais mon cœur battre à l’intérieur de moi, j’avais l’impression qu’il allait exploser, mais je ne pouvais pas me reposer maintenant, sans quoi je risquais de passer un sale quart d’heure.

Mais…pourquoi fuyais-je ? J’avais déjà vaincu ces hommes, et je voulais simplement en finir. Fuir en attendant de me reposer un peu n’était visiblement pas la bonne solution et ne faisait que m’épuiser encore plus…Non, je ne pouvais pas continuer ainsi. Je devais me battre avant de finir vaincue par la fatigue.

Je m’arrêtai net. Même si je n’étais pas au meilleur de ma forme, il fallait qu’ils paient pour ce qu’ils avaient fait à ma famille !

Je les vis arriver, ils étaient encore plus nombreux, à croire qu’en vaincre un en amenait deux…Ils m’encerclèrent, je n’avais nulle part où fuir, mais ce n’était pas mon intention. Je n’avais que trop fui durant ce périple. Darksky n’aurait sûrement pas apprécié ce que j’allais dire, mais malheureusement c’est ce que je pensais désormais…

-Jamais vous ne pourrez me battre, vous aurez beau vous y mettre à cent, à mille, mais quel que soit votre nombre, je vous anéantirai un par un comme vous avez anéanti ma vie !

Ils n’eurent aucune réaction face à ma provocation, cette fois-ci, j’aurais quand même espéré les énerver un peu, mais ils semblaient ne posséder aucun sentiment.

Tant pis, après tout, vaincre des ennemis sans aucune émotion, qu’il s’agisse de peur ou de haine, est toujours plus simple.

-Gèle tout, Ouroboros !

Le dragon à trois têtes surgit dans un éclair de lumière noire qui illumina la forêt toute entière. Il dominait largement mes adversaires, et dépassait même la cime des arbres.

Ils reculèrent tous d’un pas pour ne pas se faire écraser comme des insectes mais c’était inutile. Mon monstre prit une grande inspiration et relâcha son attaque dans toutes les directions. Son souffle glacé puissant déracina les arbres dans un rayon de deux cents mètres et balaya les feuilles au sol dans un tourbillon glace, ne laissant une fois de plus qu’un immense cratère autour de moi.

Ils avaient tous disparus, mais je savais qu’ils reviendraient bientôt, toujours plus nombreux.

Une fois mon dragon rappelé, les ténèbres recouvrirent à nouveau la forêt. Cependant je vis devant moi un faible rayon de lumière filtrant à travers les arbres encore fumant. L’explosion avait réussi à percer un passage à travers la broussaille qui devait me permettre de sortir. Sans réfléchir et ne voyant qu’une échappatoire, Je me précipitai alors vers la source de lumière.

J’étais enfin sortie de cette sombre forêt, et je dois dire que ce que je trouvais à l’extérieur n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais…


https://www.youtube.com/watch?v=hajo5RORXRE


Une prairie infinie s’étendait là, à mes pied, si grande que je n’en voyais pas la fin. L’herbe, verte comme l’émeraude le plus pur, ressemblait à un immense tapis recouvrant le sol. Le ciel s’était subitement dégagé, les rayons du soleil brillaient fort, mais pas assez pour être désagréable, la température était idéale. Dans cet océan de vert, un unique arbre se dressait fièrement, juste à côté d’un petit cours d’eau traversant la plaine.

Emerveillée par ce spectacle féérique, je me mis à dévaler lentement la pente qui me séparait du ruisseau. Un vent léger me caressait le visage et faisait voler mes cheveux. Tout semblait si paisible, comme si l’homme n’avait jamais posé le pied sur cette terre magique.

J’entendais des chants d’oiseau, magnifique, ressemblant à des sons de clochettes. Toute la colère qui s’était accumulée en moi durant ces derniers jours se dissipa d’un seul coup tandis que seul une quiétude infinie m’envahit.

Lorsque je trempai ma main dans l’eau transparente, je sentis mes forces revenir d’un seul coup. Elle était si pure, si sauvage, telle que devrait l’être toute les rivières sur cette terre sans l’intervention de l’homme. Je pouvais même voir à travers quelques poissons étranges intrigués par ma présence.

Je me rendis alors compte que la forêt s’étendait à perte de vue autour de la prairie, pas étonnant que personne ne soit jamais parvenu à trouver cet endroit, n’importe qui serait devenu fou à force de tourner en rond.

Je m’approchai de l’arbre. Son feuillage, aussi vert que l’herbe, se confondait avec celle-ci. Seul son tronc se démarquait du paysage et ses feuilles se balançaient légèrement au rythme de la brise. J’aurais bien été incapable de dire de quelle espèce il s’agissait mais j’étais certaine de n’en avoir jamais vu, pas même dans les livres.

-Bel endroit, n’est-ce pas Laura ? Dit soudain une voix dans mon dos.

Je me retournais brusquement, le cœur battant à tout rompre, m’attendant à voir Sayer surgir. Cependant, lorsque je vis son visage, je fus frappé de reconnaitre ses traits.

-P…Papa ? M’étranglai-je, interdite de le voir en vie.

Sans réfléchir et sans même me poser de question, je me jeter dans mes bras et il me rendit mon étreinte.

-Laura ; dit-il en me prenant dans ses bras, je suis si heureux de te revoir enfin après toutes ces années.

Il portait un long manteau noir, ses cheveux étaient en batailles et long, son apparence était très différente de la dernière fois que je l’avais vu, mais son visage lui était le même.

Je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps sans pouvoir me retenir, mais pour la première fois depuis longtemps, ce n’était pas de tristesse, mais d’immense joie et de soulagement intense.

Notre étreinte se prolongea plusieurs minutes, refusant de m’éloigner de lui. J’avais peur de le voir disparaitre à nouveau si je le relâchais ne serait-ce qu’une seconde. Je me sentais retombée en enfance, lorsqu’il me serrait ainsi pour me consoler. Je ne m’étais pas rendue compte à quel point être séparée ainsi de ma famille m’avait marqué…

Lorsqu’il me regarda dans les yeux, je pus voir un bonheur infini dedans, l’amour d’un père pour son enfant perdu enfin retrouvé.

-J’ai toujours su que tu t’en sortirai, ma fille…murmura-t-il.

-Je…Je n’ai fait que suivre ce qu’Arnold m’a ordonné de faire…Bégayai-je, déconcertée. Mais…où sommes-nous ? Et comment cela se fait-il que tu sois ici ?

-Nous nous trouvons dans le monde des esprits, un monde parallèle au notre dans lequel les monstres de duel évoluent librement, un monde libre.

-Le…monde des esprits ? Répétai-je sans comprendre.

Au même moment, au-dessus de moi, un immense dragon noir descendit du ciel et vint se placer aux côtés de mon père, nous entourant de ses ailes dans un geste protecteur.

Je compris aussitôt. J’avais lu beaucoup de contes sur ce monde dans mon enfance mais je ne pensais pas qu’il était réel…

-Je suis désolé de ne pas t’avoir convoquée ici plus tôt, Laura, mais il s’est passé beaucoup de choses en ton absence…

-Beaucoup de choses ? Et Où sont Maman et Arthur ? Sont-ils là eux aussi ? Demandai-je pleine d’espoir.


https://www.youtube.com/watch?v=z9_RD-iRQW0


Son regard se voila lorsque je lui demandai cela et je fus saisie de panique. Mon cœur se serra dans ma poitrine et je me mis à trembler, connaissant déjà la réponse mais refusant de l’accepter tant que je ne l’avais pas entendue.

-Ta mère…n’est plus de ce monde, tout comme ton frère…

Ces mots eurent l’effet d’un coup de poignard en plein cœur. Je ne pouvais accepter ce que je venais d’entendre. Ma mère et Arthur, mort alors que je venais de retrouver mon père ? Comment cela avait-il pu arriver ? C’était impossible…J’avais toujours espéré qu’ils allaient bien…Je m’étais battue pour les revoir…Etait-ce une cause vaine ?

-Lorsque Sayer a attaqué, je n’étais pas présent…Commença-t-il d’une voix chargée de regrets. Seuls ta mère et ton frère étaient à la maison et, lorsque je suis rentré…Il était déjà bien trop tard.

Mon père serra le poing et son visage se crispa tandis que je voyais qu’il retenait ses larmes pendant que mon visage se décomposait au fur et à mesure que j’apprenais la sombre vérité et que mes yeux se remplissaient de perles de glace.

-J’ai été incapable de protéger ceux qui comptaient pour moi…Je savais que nous étions en danger et pourtant…Pourtant, j’ai refusé de fuir en pensant que vous souffririez plus dans l’exil et j’ai continué à vivre comme si de rien n’était, vous exposant tous à cette menace !

-Une…Une menace ? Murmurai-je, tremblante. Tu…Tu le savais ?

-Oui…Je le savais…Et je l’ai ignorée…Je ne voulais pas vous mêler à ça…Vous laisser dans l’ignorance pour mieux vous protéger…Tu as vu où ça m’a mené…

-Pourquoi…Pourquoi est-ce que tout cela nous est tombé dessus…Sanglotai-je.

-A cause de Gariatron.

-Ga…Riatron ? Repris-je.

-Oui. Une entité issue du fond des âges sommeillant à l’intérieur de l’âme du maitre de Sayer : Hélios.

-Et quel est le rapport…avec nous ? Demandai-je d’une petite voix.

-Nous possédons une partie de son pouvoir…Nous sommes la clé nécessaire à son réveil…et Sayer voulait empêcher cela en nous décimant pour rester le bras droit d’Hélios.

-La clé…

En pensant à cela, j’activai involontairement mes pouvoirs et un cristal de glace se forma dans ma main, sous les yeux ébahis de mon père.

-Laura…Ces pouvoirs…

Mais je n’écoutais plus ce que me disait mon père. Au fond de moi, une haine ardente brûlait et me consumait. Sayer…Et même Hélios…Ils allaient payer pour ce qu’il nous avait fait…Je ne me battais plus simplement pour moi désormais. J’avais une vengeance à accomplir.

-Ainsi, ta colère prend enfin le dessus, Laura ; dit une voix dans ma tête.

Soudain, ma vision se brouilla et le décor féérique disparut pour faire place à une grotte lugubre et ce que j’y vis chassa toute la chaleur de mon corps pour n’y laisser qu’un vide glacial et une haine destructrice.

Devant moi…Se trouvait Darksky…Et une fille blonde…Portant les capes de ces hommes m’ayant attaquée et ayant détruit ma vie…


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Lorsque la vision se dissipa, je ne pus m’empêcher d’éclater de rire tandis que la rage grandissait en moi et qu’un puissant blizzard se levait, gelant instantanément le lac et brisant le tronc de l’arbre en deux. Bientôt, il ne resta de ce paysage féérique qu’un blanc manteau de neige avec, au milieu, mon père dont les mains brûlaient d’une flamme sombre et dont les yeux luisaient dans l’obscurité.

C’était terminé. Ma dernière attaque à mon passé venait de sauter et, avec elle, la petite fille joyeuse et stupide que j’étais mourut pour ne laisser place qu’à un froid intense et dénué de vie et d’émotion hormis la haine et le désir de vengeance.

Mon cœur s’arrêta de battre, mon sang se figea dans mes veines et

-Laura ; déclara-t-il d’une voix dans laquelle tout sentiment semblait s’être envolé, si je t’ai amené ici aujourd’hui, c’est pour te demander une chose : veux-tu te venger avec moi de ce monde qui nous a tout pris pour en reconstruire un nouveau ?

-Fais comme tu voudras ; lui répondis-je d’une voix glaciale. Tant que tu m’aides à accomplir ma vengeance.

Un léger sourire illumina sa figure et la flamme noire dans sa main redoubla d’intensité, jusqu’à devenir un brasier ardent et sombre, aspirant les derniers restes de vie ayant résisté à ma glace meurtrière.

-Tu as fait le bon choix Laura. Que tous les peuples se préparent car le règne de Shadow…va bientôt commencer…



Laura : Epilogue



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=J6O3MnMPGIk


J’observai les flammes des esprits de la terre immortels se dissiper lentement sous la résistance de Darksky et de ses amis du haut d’une colline non loin de là. Ces idiots se débrouillaient mieux que je ne l’avais pensé mais, peu importe à quel point ils résistaient, ils allaient inévitablement finir engloutis par le froid ou les ténèbres de mon père.

Darksky…Il n’avait décidément pas changé depuis toutes ces années et était toujours aussi naïf et stupide que je ne l’étais à onze ans. Il n’avait même pas compris que ma jalousie n’était là que pour camoufler ma véritable haine qu’il ait accepté de s’allier avec cet Hélios, lui, la seule personne en qui j’avais fait confiance jusqu’à la fin.

Mais c’était fini. Je m’étais réveillé de ce rêve illusoire et rempli d’espoirs vains. Le temps n’était plus à l’amusement. Je devais venger ma famille pour accomplir le dernier vœu de mon père et pour pouvoir tout recommencer à zéro.

Fermant les yeux et détournant le regard de ce combat ridicule, je fis appel à Ouroboros et m’envolai jusqu’à la citadelle de Gariatron.

Là, je retrouvai mon père, ainsi que le démon mais je passai devant eux sans même les regarder et pénétrai à l’intérieur de la forteresse, laissant un long sillage de glace derrière moi jusqu’à atteindre une pièce particulière, séparé en son milieu par un abime sans fond et dans laquelle se trouvait un trône de glace.

Je m’assis dedans et je m’accoudai, attendant avec impatience que Darksky triomphe des esprits de la terre pour pouvoir l’écraser de mes propres mains.

-Dépêche-toi, mon vieil ami. Je suis impatiente de pouvoir t’affronter à nouveau après toutes ces années, et Ouroboros rêve de te connaitre lui aussi…

Tandis que je prononçai ces mots, je ressentis le souffle glacial du dragon à trois têtes dans mon dos. Nous étions prêts. Il était hors de question de perdre maintenant. Je ne pouvais que gagner et, une fois Darksky vaincu, plus rien ne serait en mesure de m’arrêter.

Ce monde dont nous rêvions, mon père et moi, était sur le point de voir le jour.





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le bon temps…

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[fic]les véritables monstres posté le [16/03/2013] à 10:05



Chapitre 15 : La citadelle des dieux



Spoiler :



Je fus réveillé par une sensation agréable en-dessous de moi, comme si j’étais allongé sur un matelas moelleux et chaud alors que, lorsque je m’étais endormi, mon dos reposait sur une pierre dure et froide.

Intrigué, j’entrouvris un œil dans mon demi-sommeil et ce que je vis acheva de me réveiller totalement. Le sol, auparavant vide et dénué de vie s’était transformé en l’espace d’une seule nuit en une vaste plaine verdoyante parsemée d’herbe et de fleurs émanant des parfums délicieux.

Je me frottai les yeux et me pinçai pour m’assurer que tout était réel mais rien ne changea et je restai bouche bée devant ce spectacle pendant plusieurs secondes.

Mais, alors que Marie et Drago étaient toujours en train de dormir paisiblement, je remarquai qu’Angéla manquait à l’appel.

Il ne me fallut pas plus de deux minutes pour trouver la jeune fille, assise un peu plus loin derrière nous, au bord du ravin, regardant fixement au loin la montagne de brume couronnée d’un soleil levant rougeoyant et rassurant.

-Et bien, c’est rare de te voir debout de si bonne heure ; lui lançai-je.

Angéla sursauta en m’attendant et manqua de tomber dans le ravin puis me lança un regard totalement perdu.

-Hein…Quoi ? Je ne dormais pas, je montais la garde ! Se défendit-elle.

-Parce que tu penses que beaucoup d’ennemis vont surgir de ce précipice ? Raillai-je en m’installant à côté d’elle pour admirer le lever du soleil.

-On ne sait jamais, l’ennemi peut surgir de n’importe où ; rétorqua Angéla avec un sourire malicieux.

-Peut-être…mais à moins que notre ennemi soit un aigle, il y a peu de chance pour qu’il puisse escalader une pente en angle droit…

-Tu manques sérieusement d’imagination mon pauvre Darksky. Il pourrait très bien s’agir d’un griffon ou d’un dragon, on ne sait jamais !

Je soupirai, encore à moitié endormi et je ne relevai pas davantage. Mes blessures de la veille me faisaient encore souffrir même si je me sentais un peu mieux grâce aux soins de fortune que m’avait procuré Marie.

Nous avions peut-être réussi à échapper aux esprits de la terre immortels mais à présent, nous étions perdus au milieu de nulle part avec un démon du nom de Gariatron en liberté. Pourquoi Laura était-elle alliée à une telle créature ? Bien qu’elle m’ait raconté son histoire, je n’arrivais toujours pas à saisir ses véritables motivations. Car je doutais fort que Saya seule ait suffi à la rendre folle au point de vouloir détruire l’humanité…

Tandis que j’étais perdu dans mes pensées, mon ventre gargouilla et me rappela que je n’avais rien mangé depuis plus de vingt-quatre heures. En entendant cela, Angéla mit la main dans sa poche et sortit une barre de chocolat qu’elle me tendit d’un air amusé.

-Alors, on a faim à ce que je vois ? Me lança-t-elle.

-Parce que toi tu n’es pas affamée ? Répliquai-je en rougissant. Et puis d’abord, d’où tu sors ça ?

-Je fais toujours des provisions quand je pars en exploration. Depuis que je me suis perdue en forêt avec Maya, je prévois toujours le pire : me répondit-elle en haussant les épaules.

Un léger frisson me parcourut l’échine lorsqu’Angéla prononça ce nom. Même si je ne connaissais pas cette fille, je pouvais facilement deviner qu’il s’agissait de l’une des personnes qu’Hélios avait arrachée à la jeune fille et pour qui elle se battait…Mon cœur se serra en entendant cela et je me tournai vers la blonde qui avait entamé elle aussi sa barre de chocolat.

Elle semblait si décontractée en permanence…J’avais du mal à croire qu’elle se battait réellement pour quelqu’un tout en continuant à prendre les choses à la légère. Nous étions bien différents sur ce point, moi qui mettais toujours toute mon énergie, autant pour Laura que pour Marie…

-Dis…Angéla…Commençai-je prudemment. Tu te bats pour sauver tes amies…n’est-ce pas ?

-On va dire ça, oui ; me répondit-elle en avant son morceau de chocolat. Pourquoi ?

-Je me demandais juste…comment tu faisais pour ne pas y penser en permanence ?

-Ah mais j’y pense souvent, ne t’y trompe pas ! Juste que je n’aime pas me pourrir la vie stupidement ; me dit-elle avec un large sourire.

-Te pourrir la vie ? Répétai-je, surpris. Mais est-ce que tu sais au moins comment tu vas t’y prendre pour les sauver ?

-Pas vraiment, non.

Je m’étranglai en entendant cela et Angéla éclata de rire en voyant ma tête, à tel point qu’elle finit par s’étrangler elle aussi, mais avec sa barre de chocolat.

Lorsqu’elle eut fini de tousser et de reprendre son souffle, la jeune fille reprit la parole, toujours sur un ton amusé.

-Tu sais, se torturer l’esprit comme tu le fais ne fera pas avancer les choses. Je pensais aussi que m’apitoyer sur mon sort me permettrait de surmonter ces épreuves mais une amie m’a appris que, même dans les moments difficiles, il faut continuer à vivre. Après tout, tu ne comptes quand même pas retrouver ta copine en étant l’ombre de celui que tu étais, n’est-ce pas ?

Je rougis et détournai le regard, gêné.

-N…Non, bien sûr que non ! Rétorquai-je.

-Dans ce cas, détends-toi et profite un peu de la vie sinon tu vas finir par le regretter ! S’exclama Angéla en me donnant une grande tape dans le dos qui expulsa tout l’air de mes poumons.

Cependant, peut-être Angéla avait-elle raison…Peut-être me prenais-je trop la tête…En y repensant, j’avais été comme elle avec Saya. Grâce à ma seule amie dans l’armée d’Hélios, j’avais pu oublier l’espace de quelques missions mes problèmes et vivre pleinement ma vie en étant heureux tout en gardant en tête mes objectifs…

Marie et Drago se levèrent peu de temps après et nous mîmes notre conversation en suspend pour aller les rejoindre.

Après qu’Angéla leur eut donné à eux aussi un maigre petit déjeuner, nous fîmes un rapide point sur la situation. Il n’y avait toujours pas de réseau malgré le changement de décor mais nous ne pouvions pas rester là éternellement. Ainsi, comme lorsque nous étions dans la forêt, Angéla prit la tête du groupe et se dirigea droit vers la montagne de brume, sans même savoir si ce qu’elle entreprenait était réalisable. Cependant, personne d’autre n’ayant de plan, nous décidâmes de la suivre.

Nous marchâmes longtemps, et, au bout de deux heures, chaque pas devenait un supplice. En temps normal, je n’aurais eu aucun mal à tenir la cadence, mais ma blessure m’affaiblissait et les montées escarpées n’arrangeaient rien. J’avais l’impression qu’à chacun de nos pas, la montagne s’éloignait un peu plus.

« -Jamais nous n’y arriveront… » Soupirai-je désespéré et épuisé.

Pourquoi le dragon cramoisi nous avait-il transporté dans un endroit pareil, si loin de toute civilisation ? Ils nous avaient peut-être sauvés des esprits de la terre, mais désormais c’était la montagne qui risquait de nous tuer à chaque faux pas.

Voyant mon état, Drago, qui dirigeait le groupe à présent d’Angéla trainait les pieds à l’arrière, nous fit signe de nous faire halte quelques instants. Je n’attendais que ça et je pus enfin m’allonger dans l’herbe pour reprendre mon souffle, et tous les autres firent de même, y compris Drago, à croire que je n’étais pas le seul à ne pas aimer marcher.

L’herbe fraiche faisait office de matelas et les fleurs violettes qui m’entouraient exaltaient leur parfum divin. Je serais bien resté ici toute la journée si je ne savais pas que nous devions tenter d’arriver à la montagne avant la nuit.

Enfin, après quelques instants de repos bien mérité, Angéla décida de briser le silence qui s’était installé.

-Dis-moi Darksky ; commença-t-elle prudente, quand tu étais sous les ordres d’Hélios…

Voyant mon air un peu gêné, elle se rattrapa.

-Je voulais dire, quand tu pensais qu’Hélios était du bon côté, est-ce que par hasard tu l’aurais déjà entendu parler de ce Gariatron ?

-Non, absolument jamais ; répondis-je. Parfois je l’ai entendu parler tout seul, mais cela ne m’avait pas marqué plus que ça…Et toi Marie ?

-Ah…Qui sait ; dit-elle en haussant les épaules.

Tous nos regards se tournèrent en même temps vers elle.

-Tu étais au courant et tu ne nous as rien dit quand il est venu chez Sherry ? M’étranglai-je. Mais pourquoi ?

-Je ne sais pas si tu es au courant, mais lire dans l’âme de quelqu’un n’est pas si simple que ça, il y a les souvenirs évidents, en surface, et ceux qui valent mieux d’être oubliés, cachés au plus profond de chacun…Je ne voulais pas vous alerter pour une chose dont je n’étais même pas sûre de l’existence.

Les souvenirs enfouis au fond de nous…Hélios semblait en avoir pas mal, mais pourquoi voulait-il cacher ses souvenirs ? Il ne semblait pourtant pas se sentir si coupable lorsqu’il allait attaquer des innocents…

Aurait-il été bon autrefois comme le disait Luna et aurait donc agi depuis toujours sous les ordres de Gariatron ? Ou bien s’était-il allié volontairement avec lui ? Je ne savais plus quoi penser. Si Gariatron était réellement derrière ses agissement, Hélios était donc innocent…cependant, je n’arrivais pas à m’en convaincre ni à le pardonner, pas après tous ses mensonges.

-Nous ne devrions pas trainer ; dit soudainement Drago en regardant le ciel. Essayons d’atteindre au plus vite cet endroit, j’ai un mauvais pressentiment.

Il n’était pas le seul. Le ciel commençait à virer du bleu au gris. D’énormes nuages noirs chargés de pluie se rapprochaient lentement de nous, obscurcissant la montagne et projetant des ombres inquiétantes sur les flancs de celle-ci. Au loin, le tonnerre grondait. Un orage approchait visiblement.

Le chemin avait désormais perdu toute sa féérie. La douce brise s’était transformée en véritable bourrasque, arrachant les fleurs et faisant rouler des pierres jusqu’à nous. Je tenais Marie par la main, de peur qu’elle ne nous perde de vue, ou pire, qu’elle ne se fasse emporter par un éboulement. Elle ne semblait pas plus rassurée que moi, et devant, Angéla et Drago avançaient lentement pour être surs de ne pas marcher dans un trou qui aurait été caché par la pénombre.

Le chemin que l’on empruntait se rétrécissait de plus en plus jusqu’à ne plus être qu’une longue bande de roche fine sur laquelle l’on avait peine à avancer tant il était étroit. Pour couronner le tout, la pluie s’était mise à tomber, réduisant encore notre visibilité. Dire que nous étions sous une averse aurait été atténuer la réalité. En réalité, nous étions sous un véritable déluge, trempés jusqu’aux os et transis de froid.

Une pierre tomba juste devant Drago qui s’arrêta juste à temps pour ne pas se faire écraser et nous barra le passage. Nous fûmes obligés de nous arrêter.

-Et maintenant ? Criai-je assez fort pour que tout le monde m’entende malgré le vent qui sifflait à nos oreilles.

-Je ne sais pas…répondit Drago en grimaçant. Nous ne pouvons plus avancer, et tenter de passer par un autre chemin prendrait trop de temps. Je ne vois que l’option de faire demi-tour.

-Très bonne idée ; ironisa Angéla. Nous ferons demi-tour pour ensuite contourner le rocher ? Parce que j’imagine qu’il n’y a pas trente-six chemins pour nous rendre sur la montagne…

La tension était en train de monter dans le groupe, et ce n’était vraiment pas le moment de nous chamailler, notre situation était déjà assez délicate comme ça…Un autre éclair déchira le ciel, à croire que le sort s’acharnait contre nous. Mais ce que nous n’avions pas prévu, c’est qu’il irait s’abattre en plein sur le chemin sur lequel nous nous trouvions, le faisant s’effondrer, juste derrière Marie qui frôla la crise cardiaque. Désormais, plus question de faire marche arrière, nous ne pouvions plus. Nous étions pris au piège.

Mais alors que nous étions en train de désespérer, le rocher éclata en mille morceaux devant nos yeux ébahis.

-Mais qu’est-ce que…Bafouilla Marie. C’est toi qui as fait ça Drago ?

-Non, je n’ai rien fait…Bizarre tout ça, d’autant plus que je suis sûr d’avoir vu un flash de lumière avant l’explosion ; marmonna-t-il.

Oui, moi aussi j’avais cru en voir un, ou plutôt un rayon de lumière. Je levais la tête, et c’est alors que je vis une forme noire, ailée, sur le sommet de la falaise sur laquelle nous étions. La créature ressemblait comme deux gouttes d’eau à Trishula mais semblait bien plus sombre et seuls trois petits yeux rouges brillaient dans la pénombre.

-Ouroboros…Murmurai-je aussi surpris qu’effrayé.

Pouvait-il vraiment s’agir du dragon de Laura qui nous avait sauvés la vie en nous menant ici ? Je voulus en avoir le cœur net mais, à peine avais-je cligné des yeux qu’il avait disparu, sans laisser de trace et je serrai les dents. Je savais bien que, si mon amie nous avait aidés, ce n’était pas pour que nous battions Gariatron mais pour qu’elle puisse ne vaincre elle-même…

La route étant libre, nous continuâmes notre chemin sans poser plus de questions, simplement rassurés de ne pas rester coincés ici, et enfin, vers dix heures du soir, nous arrivâmes au pied de la montagne de brume.

Vue sous cet angle, elle semblait encore plus menaçante qu’avant. La roche sombre se fondait parfaitement dans l’obscurité de la nuit. Aucune végétation ne poussait autour, à l’exception de quelques petits arbustes en mauvais état. La pente était abrupte, un peu trop même pour être escaladée sans équipement et son sommet se perdait dans la nuit.

-Et maintenant ? Demanda Marie à Angéla, que faisons-nous ? Je te rappelle que c’est toi qui a insisté pour venir ici.

-Et bien, c’est une question à laquelle je vais m’empresser de répondre…

Sans ajouter un mot, la blonde alla se cacher derrière Drago qui poussa un long soupir en se prenant la tête dans les bras. Tout le monde semblait désespéré, et il y avait de quoi. Nous avions peut-être atteint la montagne mais il n’y avait toujours aucune trace de civilisation et la faim et la fatigue commençaient vraiment à se faire ressentir.

Néanmoins, si Laura avait agi, cela signifiait que nous étions sur le bon chemin. Il ne restait plus qu’à découvrir comment accéder à l’endroit où elle se cachait…

Nous vîmes soudain la lumière d’une lampe s’allumer dans la nuit, à quelques pas de nous, derrière un mur de rochers.

-De qui cela peut-il s’agir ? Chuchota Angéla de peur d’être entendue.

-Aucune idée, mais nous le saurons bientôt ; dit Marie.

Elle s’approcha sur la pointe des pieds de là où émanait la lumière, et nous fîmes de même. Elle était devant nous et observait la scène. Une fois arrivés à sa hauteur, elle nous fit signe de nous taire. Je ne compris pas tout de suite, jusqu’à ce que j’entende une voix de l’autre côté.

-Tu es sûr que c’est ici ? Parce que je ne vois absolument rien… »

Celle qui avait prononcé cette phrase était une jeune fille qui devait avoir à peu près l’âge d’Angéla, blonde et elle portait un léger gilet par-dessus un polo bleu marine. Derrière elle se trouvaient une tante ainsi qu’une table sur laquelle étaient éparpillés en désordre feuilles, stylo et instruments de géométrie.

-Absolument ; répondit un autre à travers un téléphone, j’ai vérifié plusieurs fois mes calculs, et je peux t’assurer que la porte de la citadelle se trouve là où tu es.

-Justement, c’est toi qui as fait les calculs, j’aurai préféré que tu laisses Seto les faire… »

Angéla se leva soudainement d’un seul bond sans prévenir personne et nous fit tous sursauter.

« -June ! S’exclama-t-elle.

La jeune fille tourna la tête dans notre direction et, sans aucune surprise, un large sourire fendit sa figure. Angéla sauta par-dessus le mur pour aller à sa rencontre.

-Je te laisse Papa, j’ai de la visite.

Elle se dirigea elle aussi vers Angéla d’un pas un peu plus posé et, après une longue accolade, elle prit enfin la parole.

-Tiens, tiens, tiens, je vois que vous êtes finalement arrivés, j’ai failli attendre ; lança l’inconnue d’un ton sarcastique.

-Qu’est-ce que tu veux dire ? S’étonna notre amie. Et comment se fait-il que tu sois toi aussi au milieu de nulle part ?

-Ah, mais c’est très simple, c’est mon père qui a demandé à Akisa de vous envoyer ici lorsqu’on l’a croisé à Néo Domino City…Mais au fait, tu ne m’as pas présenté tes amis, à qui ai-je l’honneur ?

-Bien vu. Tout le monde, je vous présente June, une de mes meilleures amies et celle qui a permis notre rencontre. June, voici Drago, Darksky et Marie.

-Enchantée ; dit la jeune fille d’une voix chaleureuse.

Son regard se posa un instant sur Drago et elle fronça les sourcils.

-Désolée d’être aussi directe, reprit June, mais où en es-tu avec Hélios Angéla ?

-Avec Hélios ? Si tu savais…Je n’y pensais même plus à celui-là, nous avons d’autres ennemis à vaincre en priorité ; soupira notre amie.

Devant l’air intrigué de June, Angéla raconta alors ce qu’il s’était passé depuis la coupe du monde de duel, comment Shadow avait réveillé les esprits de la terre et comment nous avions bien failli mourir plusieurs fois depuis. Bien sûr, elle ne passa pas sous le silence l’éveil de Gariatron. Quand elle eut fini son récit, June regarda dans le vague un moment avant de soupirer.

-Je déteste quand mon père a raison…on va encore l’entendre pendant des semaines…

-Comment ? Reprit Angéla étonnée. Raison sur quoi ?

-Sur tout malheureusement.

Devant nos mines d’incompréhension, elle marqua une pause pour nous expliquer tout ce qu’elle savait.

-Gariatron est l’être que l’on appelle le démon originel…Du moins, c’est ainsi qu’il se désigne lui-même. On ne sait pas grand-chose de lui mais, d’après les recherches de mon père, il aurait livré une bataille contre l’humanité il y a plus de dix-mille ans avant de disparaitre mystérieusement.

-Mais…Pourquoi n’en a-t-on aucune trace dans ce cas ? Demanda Marie, confuse.

-On parle des débuts de notre civilisation, ses premiers pas, d’une époque où même le monde des esprits était inconnu aux hommes. J’imagine que Gariatron a été incorporé dans une mythologie quelconque sous le signe des ténèbres.

-Le voile de ténèbres ; murmura Drago. Je commence enfin à comprendre ce que cela signifie. Ce n’est pas Hélios, mais ce Gariatron !

-Bravo génie, tu comprends vite ; railla Angéla.

-Mais au fait, savez-vous où vous vous trouvez en ce moment ? Reprit June.

-Non, nous n’en avons pas la moindre idée justement ; dis-je. On a simplement suivi Angéla qui a foncé droit devant elle.

-Ca ne m’étonne pas d’elle ; s’amusa son amie.

-Comment ça ? A t’entendre, on dirait que je suis stupide ! Protesta la blonde.

-Mais je n’ai pas dit ça ma chère. Simplement que cela te ressemble bien ; insista la nouvelle venue sans perdre son ironie.

Angéla gonfla les joues et tourna le dos à son amie en faisant semblant de bouder.

-Et…donc, où sommes-nous ? Demanda Drago dans l’espoir de faire revenir le sérieux de la conversation.

-Eh bien, selon mon père, quelque part dans cette montagne se trouve la porte menant à la citadelle des dieux, la source même de leur puissance. Cependant, je n’arrive pas à la localiser précisément, malgré les calculs de mon père.

La citadelle des dieux…Ce nom me faisait penser à ce dont parlait Saya avant de partir. Etait-ce cet endroit qu’elle cherchait ? Et si oui, se pouvait-il qu’elle ait été ici en ce moment-même ? Mon cœur s’accéléra à cette pensée mais je me calmai très vite. L’heure n’était pas aux retrouvailles. Il fallait arrêter ce Gariatron et Laura avant tout.

-Et qu’est-ce qu’elle a de si particulier cette citadelle ? Demanda alors ma sœur.

-J’étais sûre que vous alliez me le demander ; répondit June…Selon les rumeurs, c’est ici que seraient nés les pouvoir les plus obscurs de l’histoire…y compris l’orichalque.

Les yeux d’Angéla s’agrandirent lorsque June parla de l’orichalque et, perdant d’un seul coup son insouciance, elle se retourna et fixa longuement son amie d’un regard rempli d’espoir.

-Alors cela veut dire…

-Oui, c’est ici que nous pourrons les sauver…

-Tu…tu es sûre de ce que tu avances June ? Bégaya la blonde, tremblante.

-Certaine. Mais il faudrait que je te parle seule à seule quelques instants…

June prit Angela par le bras et s’éloigna de quelques mètres puis commença à lui parler, trop bas pour que nous puissions les entendre, mais je voyais dans les réactions d’Angela que ce qu’elle était en train de lui dire ne lui plaisait pas.

Je me tournai à nouveau face à la roche sombre de la montagne. Si June disait vrai, la citadelle des dieux se trouvait…à l’intérieur. Cependant, il n’y avait aucune entrée, la roche était régulière et ne laissait paraitre aucune fissure, aucun creux qui aurait pu abriter la porte pour y accéder. Je continuai de longer la paroi du regard dans l’espoir d’y trouver un indice qui nous aiderait mais la montagne semblait être faite d’un seul et unique bloc et mon regard s’arrêta soudain sur un détail qui m’avait échappé jusque-là.

Juste devant moi, à peine visibles à cause de l’obscurité et à moitié effacées par le temps, étaient gravés des inscriptions en langue antique. Elle se composait de symboles sans aucun sens pour moi, alignés les uns à la suite des autres. Je m’en rapprochai pour les voir plus distinctement.

-Tu as vu quelque chose Drago ? Me demanda Marie en s’approchant de moi.

-Oui, regardez un peu ça ; leur dis-je en montrant ma découverte.

Angéla et June cessèrent leur discussion pour me rejoindre elles aussi.

-Bien tout cela ; murmura June. Bravo, je crois que nous avons ici notre fameuse clé, ou du moins l’indication de l’endroit où elle se trouve.

-Tu arrives à lire cette langue ? S’exclama Drago pour qui ces signes devaient ressembler à de simples gribouillis.

-En effet, mon père est un « spécialiste » comme il le dit lui-même, de tout ce qui touche de près ou de loin à l’origine des duels de monstres, et donc des langues antiques.

-Et donc, que nous dit ce texte ? S’impatienta Angéla.

-Patience, j’allais venir. Donc, je ne vais pas m’amuser à vous le traduire en vers comme c’est écrit, mais si je résume, ce texte nous confirme que cette montagne abrite bien la citadelle des dieux et que pour y parvenir, il faut présenter ses preuves.

-Des preuves ? Mais quel genre de preuve ? L’interrogea Marie.

-Je n’en ai pas la moindre idée…

Ce texte ne nous avançait pas du tout en fin de compte. Et moi qui pensais avoir fait une découverte majeure, nous étions de retour à notre point de départ. Ces preuves pouvaient être beaucoup de chose, surtout que nous ne savions même pas quelle forme elles avaient. Mais il fallait que nous rentrions à tout prix à l’intérieur, il fallait que je voie Laura.

Je me mis alors à tourner en rond machinalement pour tenter de les visualiser.

-C’est inutile de faire ça Darksky ; soupira Marie, ce n’est pas faire les quatre cent pas qui t’aidera à trouver une réponse, regarde plutôt du côté de ton deck…

Je m’arrêtai brutalement, si bien que je faillis tomber. Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ! Je sortis mes cartes, et comme je m’y attendais, l’une d’entre elle se démarquait des autres. Geb était devenue lumineuse, elle semblait m’appeler. Je m’empressai de le montrer à mes amis et, sans perdre une seconde, Drago invoqua également sa carte divine.

Son dragon descendit des cieux en les illuminant comme en plein jour, perçant à travers les nuages. Quand la lumière de son corps se fut dissipée, sa couleur bleue se confondait dans les ténèbres de la nuit et seuls ses yeux jaunes perçaient à travers l’obscurité. On ne pouvait que distinguer les contours de son corps, imposant, immense et terrifiant. Ses ailes presque noires se découpaient dans le décor, baignées par les rayons lunaires.

Geb était lui aussi très impressionnant. Son arrivée avait créé un mini tremblement de terre, et des crevasses s’étaient formées au sol. Le gris de son corps était rendu métallique et brillant par la lumière étrange qui l’éclairait. Ses griffes, longues comme un homme, scintillaient sous le faible éclairage des étoiles.

Les deux créatures se tenaient devant nous, impassibles, prêtes à exécuter le moindre de nos ordres. Je me rendis alors compte à quel point le pouvoir que nous possédions était grand. Si nous l’avions voulu, nous aurions pu anéantir cette montagne d’un seul mot…

Hélios…non, Gariatron avait perçu la puissance des dieux, et avait même réussi à se faire reconnaitre par le dieu du chaos, Apopis.

Les battements de mon cœur s’accélérèrent quand je pensai à lui. Bientôt, nous devrons lui faire face et le combattre, mais il n’était pas seul, les esprits de la terre immortels et Drakon étaient dans le même camp, de même que Shadow et Laura… Nos chances de victoire étaient quasiment nulles…

-Darksky ! Me cria Marie, ce qui me fit sursauter. Qu’est-ce que tu attends bon sang !

Ma sœur me désigna les dieux. Non, il ne me désignait pas les dieux, il me montrait les inscriptions sur la paroi. Elles semblaient réagir à leur présence et s’illuminaient d’une couleur arc en ciel. Le sol trembla, je crus que la montagne toute entière allait s’effondrer sur nous.

-Voilà ! Les preuves sont là ! Dit June avec excitation. La porte de la citadelle des dieux ne devrait pas tarder à s’ouvrir !

Je guettai le moindre mouvement sur la paroi. La lumière redoubla d’intensité, jusqu’à en devenir éblouissante. Je dus mettre mes bras devant mes yeux pour ne pas être aveuglé, puis elle se dissipa d’un seul coup, rendant les ténèbres à la nuit.

Quand je fus enfin remis de mes émotions, je regardai à nouveau les inscriptions. Je ne fus même pas surpris de ne plus les voir, mais de trouver à la place une ouverture béante menant vraisemblablement au cœur même de la citadelle.

-Allons-y, il n’y a plus une minute à perdre ; dit Angéla en prenant la tête d’un air plus déterminé que jamais.

Après nous être regardés droit dans les yeux pour nous donner du courage, nous nous engageâmes vers l’inconnu.

Le tunnel était si étroit que l’on devait se déplacer les uns derrière les autres, et si sombre qu’il fallait y aller à tâtons pour ne pas nous cogner sans cesse contre les murs. Heureusement pour nous, il semblait presque droit et sans bifurcation qui aurait pu être gênante. Seul le bruit de nos pas résonnait à l’intérieur, ainsi que le son des gouttes tombant du plafond.

Personne ne disait un mot, et un silence oppressant régnait. J’entendais mon sang battre dans mes tempes, la tension était palpable dans le groupe. Et pour cause, nul ne savait ce qui nous attendait à l’autre bout. A quoi pouvait bien ressembler cette citadelle des dieux ? Etait-elle, comme décrite dans l’odyssée, un paradis ? Ou bien un champ de ruines balayées par le temps ?

Nous marchâmes presque dix minutes dans l’obscurité la plus totale, lorsqu’Angéla s’arrêta brutalement sans prévenir, si bien que tout le monde lui rentra dedans.

-On peut savoir pourquoi tu t’arrêtes comme ça Angéla ? Grogna June.

-J’ai cru sentir un courant d’air…la sortie ne doit plus être loin.

Elle s’élança devant nous, ce qui nous obligea à courir si nous ne voulions pas être séparés. Elle avait néanmoins raison, au fur et à mesure que nous avancions, le courant d’air devenait de plus en plus fort et nous apportait des odeurs de fleurs et d’herbe.

Un mince filet de lumière se découpa alors dans les ténèbres. Je redoublai d’allure, impatient de voir enfin ce que tout le monde aurait rêvé de voir. Je la voyais enfin, la sortie, éblouissante de clarté.

-Mais qu’est-ce que… ! M’écriai-je abasourdi par le spectacle qui se tenait à mes pieds.

Devant moi s’étendait, non pas une prairie parsemée de fleurs, mais un immense espace de désolation, une vallée stérile sur laquelle rien ne pouvait vivre. Pas une âme, pas un seul arbre, je me serais cru de retour dans le désert de pierre à mon arrivée…Il n’y avait que de la pierre noire et froide recouverte de glace bleuté et mortelle. Le vent quant à lui était totalement inexistant. Le temps semblait réellement figé à cet endroit. Au loin, un pic entouré de lumières étranges s’élevant vers le ciel, comme des aurores boréales, et cerné de rochers dont la forme évoquait d’immenses griffes, se dressait fièrement.

Cependant, entre notre promontoire et le pic, sur la vallée, les ruines d’anciens bâtiments gisaient là : des colonnes romaines, d’anciens temples, ainsi que le lit d’une rivière gelée.

Angéla, qui était arrivée avant moi, contemplait, elle aussi ce spectacle tragique, la peur dans les yeux et June lui mit la main sur l’épaule pour la rassurer.

Les autres arrivèrent ensuite, et furent eux aussi frappé de trouver cette vallée et non le paysage de vie auquel nous nous attendions.

-Alors, c’est cela…la fameuse citadelle des Dieux, le berceau de la civilisation ? S’étonna Marie. Je l’aurais crue un peu plus…verte.

-Non, il s’est passé quelque chose ici…Grimaça l’amie d’Angéla. Cet endroit est comme une passerelle entre notre monde et celui des esprits et, en temps normal, il combine les caractéristiques des deux mondes…

-Et en français, qu’est-ce que cela signifie ? Lui demanda la blonde.

-Que pendant que nous sommes ici, loin de toute civilisation, notre monde se porte bien mal…

-En effet, vous avez bien deviné ; résonna soudain une voix grave.

Mon cœur s’accéléra lorsque je reconnus la voix de Shadow. Nous nous tournâmes de tous les côtés pour déterminer l’origine mais il n’y avait personne d’autre que nous sur cette plaine.

-Pendant que vous vous amusiez avec mes esprits de la terre, j’en ai profité pour mettre mes plans à exécution, de même que Gariatron.

-Montrez-vous, Shadow ! M’écriai-je. Venez nous affronter !

-Patience mon cher Darksky ; ricana notre ennemi. Laura est elle aussi impatiente de t’affronter.

Lorsque l’homme prononça le nom de mon amie, mon sang bouillonna dans mes veines. Penser qu’il manipulait Laura de la sorte me rendait fou de rage. Cependant, avant que je n’aie eu le temps de rétorquer quelque chose, Drago prit la parole.

-Dans ce cas, vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que nous venions à vous ?

-Absolument aucun…Mais avant cela, essayez simplement de traverser cette vallée qui vous sépare de nous…

La voix de Shadow disparut lentement dans les ténèbres et, avant que le silence en soit revenu, la terre se mit soudainement à trembler et une vive lueur nous aveugla. Je sentis mon corps se figer d’un seul coup et, sans comprendre ce qu’il m’arrivait, je me sentis comme aspiré avant de perdre connaissance.



Chapitre 16 : Une vie normale



Spoiler :



Un courant d’air frais me tira de mon sommeil. Lentement, j’entrouvris un œil et je vis que je me trouvais dans une salle vide. A en juger par le plafond, je devais être au dernier étage, juste sous les toits. La décoration de la pièce était assez singulière : un grand écran plat accroché au mur d’en face, un large bureau en bois de chêne, une bibliothèque, plusieurs instruments d’astronomie et même…une douche ?

Sans vraiment comprendre où je me trouvai, je me relevai et m’étirai. Les lumières étaient éteintes mais les faibles rayons du soleil couchant passaient encore à travers la grande baie vitrée par laquelle j’avais une vue imprenable sur toute la ville. Je pouvais même distinguer le laboratoire de mon père au loin, intact…

Je sursautai en réalisant cela et je me souvins tout à coup de ce flash de lumière aveuglant et du discours de Shadow. Comment était-ce possible ? Je ne me trompai pas…ce laboratoire était bien celui de mon père, ce qui signifiait que j’étais de retour dans mon monde…

Non…Je devais faire erreur. Ça ne pouvait pas être le même laboratoire, le sien avait explosé…Je tentai alors d’appeler Théa pour lui demander de l’aide mais aucune réponse ne me parvint et je serrai les dents.

Je n’avais pas de temps à perdre. Il fallait que je retourne à la citadelle des dieux le plus vite possible pour arrêter Gariatron !

Sans perdre une seconde, je sautai de ma chaise et me précipitai vers la porte de sortie mais, au moment où j’allai sortir, quelqu’un entra dans la pièce et m’envoya la porte dans la figure, me faisant tomber à la renverse.

Je me frottai le nez avant de lever la tête, prêt à me battre s’il s’agissait d’un sbire de Gariatron mais, lorsque je vis la personne devant moi, un frisson me parcourut l’échine. Il s’agissait d’une jeune fille de mon âge, portant l’uniforme de mon ancien lycée dans mon monde. Son visage était assez fin et ses longs cheveux presque bleus tombaient devant ses yeux vairons, bleu et vert.

J’avais l’impression de connaitre cette personne mais, malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à lui donner un nom ni à me souvenir de qui elle était. Mais une chose était sûre : mon cœur battait la chamade rien qu’en me trouvant près d’elle.

La jeune fille me regarda pendant un instant, l’air surprise avant de me prendre une main chaleureuse pour m’aider à me relever.

-Et bien alors, Drago, cela ne te ressemble pas de courir comme ça ; déclara-t-elle d’une voix amusée.

-je…Je…Bafouillai-je sans réussir à articuler un seul mot.

Je secouai la tête. Non, je n’avais pas le temps de discuter avec cette personne ni d’essayer de me rappeler où je l’avais vue. Je devais me dépêcher de retrouver Angéla et les autres pour arrêter Gariatron, le sort de ce monde en dépendant…

Sans ajouter un mot, je me relevai et tentai de contourner la jeune fille mais celle-ci me barra le passage et croisa les bras sur sa poitrine en gonflant les joues.

-Tu pourrais me répondre quand je te parle, Drago ; grogna-t-elle. Et je peux savoir où tu vas comme ça ?

-Je ne sais pas qui tu es, mais je dois me dépêcher de retrouver Gariatron ! Rétorquai-je en tentant de forcer le passage.

La jeune fille m’attrapa fermement par le bras et fronça les sourcils d’un air inquiet.

-Gariatron tu dis ? Tu ne m’as jamais parlé de cette personne, c’est un ami à toi ?

-Je n’ai pas le temps de discuter, Angéla et Darksky comptent sur moi !

-Angéla ? Darksky ? Mais de qui parles-tu ? Tu es bizarre aujourd’hui…Est-ce qu’il s’est passé quelque chose hier soir après qu’on s’est séparés ?

Je m’arrêtai un instant et je fixai la lycéenne, les yeux ronds de surprise.

-Comment ça…hier soir ? Répétai-je, interdit. Hier soir…j’étais perdu au beau milieu de nulle part dans les montagnes…

-Oula, je sens que tu as pris un sérieux coup sur la tête quand j’ai ouvert cette porte ! S’exclama-t-elle en riant. Je te rappelle qu’on a observé les étoiles toute la nuit espèce de tête en l’air.

-Les…Etoiles ?

Ma main se mit à trembler et je commençai à reculer prudemment tandis que la jeune fille continuait à me regarder comme si j’étais devenu fou.

-Sérieusement, dormir dans la salle de club n’a pas l’air de te faire le plus grand bien…Soupira-t-elle en posant son sac sur la table.

-J’ai…Dormi dans la salle de club ? Repris-je, toujours abasourdi.

-Et bien on t’a laissé ici et tu n’es pas venu en cours aujourd’hui. J’en conclus donc que oui, tu as dormi dans la salle de club.

Perdu, je me pris la tête dans les bras et je m’assis sur une chaise, commençant à transpirer à grosse goutte à mesure que mes sens se troublaient.

-Mais…Et l’explosion du laboratoire ? Et Gariatron ? Et la fin du monde ? Et les esprits de la terre ? Murmurai-je en regardant le sol.

-Oh, on dirait que tu as fait un mauvais rêve, je me trompe ?

-Un…mauvais rêve tu dis ?

-Bah…Oui, aux dernières nouvelles, le laboratoire n’a pas explosé ; me répondit-elle en haussant les épaules.

Un mauvais rêve…Etait-ce possible que ces dernières semaines n’aient été qu’un rêve ? Une illusion créée de toute pièce ? Visiblement, c’était la vérité. Ma famille devait être toujours vivante, je n’avais pas quitté le lycée ni rencontré Angéla et les autres…

D’un côté, cela me rassurait de savoir que ma famille allait bien et d’un autre, je ressentais un immense vide au fond de moi en comprenant qu’aucun des liens que j’avais tissé n’était réel et que la seule réalité était cette vie monotone et ennuyeuse dans mon monde.

Résigné, je relevai la tête et me tournai vers la jeune fille et un nom me traversa l’esprit, comme un fragment de mémoire qui me revenait.

-Tu…Tu dois avoir raison, Hoshino…

-Hoshino ? S’étonna-t-elle, amusée. C’est bien la première fois que tu m’appelles par mon nom de famille.

Sans ajouter un mot de plus, la dénommée Hoshino fouilla dans son sac et me lança un sandwich que j’attrapai au vol puis j’allais m’installer machinalement à la grande table qui trônait au milieu de la pièce.

Nous mangeâmes en silence mais cela ne sembla pas déranger mon « amie ». J’aurais bien dit quelque chose mais mon esprit était encore totalement embrouillé et j’avais du mal à accepter que tout n’ait été qu’un rêve…

Finalement, le silence fut brisé lorsque la porte de la salle s’ouvrit brutalement et qu’une fille aux cheveux blancs entra avec fracas, suivie d’un garçon à l’air très peu sympathique.

-Et voilà, enfin fini avec la paperasse ! S’exclama la nouvelle venue. Avec ça, on devrait être tranquille pour quelques temps, pas vrai Ichigo ?

-Si tu le dis, Kagari ; grogna le garçon en s’asseyant à côté de moi.

Je regardai attentivement les deux nouveaux élèves. Etrangement, contrairement à Hoshino, je pouvais les nommer précisément : Mina Kagari et Hajime Ichigo, les deux délégués de la classe. Dans mes souvenirs, nous nous parlions de temps en temps mais sans plus…

-Donc maintenant que nous sommes libres, on va pouvoir se concentrer sur notre planétarium ! Enchaina la fille aux cheveux blancs avec entrain.

-Un…Planétarium ? Repris-je, étonné.

-Ne me dis pas que tu as déjà oublié que pour la fin de l’année, on doit en construire un et le présenter aux autres ! Me gronda Hoshino. C’était même ton idée !

-Ah…Oui, je m’en souviens…Mentis-je.

-Quelle idée stupide ; grogna Ichigo sans même nous regarder.

La conversation se prolongea pendant une bonne heure et, même si j’essayais de parler le moins possible pour ne pas attirer les soupçons, personne ne s’en étonna, comme si j’étais dans mon état normal.

Mais, plus les minutes avançaient et plus j’avais l’impression de retrouver quelque chose que j’avais perdu, comme si les souvenirs oubliés dans ce monde…non, dans ce rêve étaient en train de revenir peu à peu…

Finalement, la cloche sonna et nous retournâmes en cours. La encore, je retrouvai des sensations connues, me confirmant que j’étais bien dans la réalité et non dans un rêve.

La journée avança, je prenais des notes dans mon cahier comme si je l’avais toujours fait et, peu à peu, je me mis à oublier Gariatron, exactement comme un rêve se dissipant lentement après le réveil.

Lorsqu’enfin les cours se terminèrent, je repris ce long chemin que je connaissais si bien pour rentrer chez moi. J’avais l’impression que cela faisait une éternité que mes pieds n’avaient pas foulé cette route alors que, si tout ce que j’avais vécu avait été un rêve, cela ne faisait pas plus d’une journée…

Alors que j’étais presque arrivé chez moi, je décidai de faire un détour par le laboratoire pour m’assurer que tout allait bien et que mon père ne courait aucun risque.

Lorsque j’arrivai devant le grand bâtiment, mon cœur s’accéléra. Tout était intact. Sur le parking, des dizaines de voitures étaient garées et le vigile à l’entrée semblait dormir à moitié comme toujours. Ainsi, je me faufilai à l’intérieur et, sans perdre une seconde, je me dirigeai vers le bureau de mon père mais ce dernier était fermé à clé. Il avait déjà dû rentrer à la maison.

-Tiens, mais si ça ne serait pas Drago, ça faisait longtemps ; dit une voix derrière moi.

Je me retournai et je me retrouvai nez à nez avec l’assistant de mon père, un homme d’une quarantaine d’années répondant au nom de Fuji Makoto. J’avais presque oublié son existence…

-Ah…Bonjour…Lui répondis-je peu enthousiaste. Je ne faisais que passer…

-Si tu cherches ton père, il est déjà rentré.

-D…D’accord…

Soudain, en repensant à l’explosion du laboratoire, une question me traversa l’esprit et, sans réfléchir, j’interrogeai l’homme que j’avais sous la main.

-Dites, je voulais vous demander, mais, sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

L’homme prit un air légèrement surpris lorsqu’il entendit cela mais me répondit.

-Et bien, ton père ne t’en a pas parlé ?

-N…Non ; mentis-je.

-Je ne le croyais pas si secret mais bon, puisque tu es son fils, je peux bien te le dire : nous tentons des expériences sur des noyaux de krypton.

-Des…Des noyaux de Krypton ? Bégayai-je en reculant d’un pas.

Mon cœur rata un battement et mes mains se mirent à trembler tandis qu’une goutte de sueur perla de mon front et, même si je fis tout pour cacher mes réactions, Fuji Makoto remarqua mon attitude étrange et me lança un sourire rassurant.

-Oh, ne t’inquiète pas, il n’y a aucun risque, tout est sous contrôle. Après tout, ton père n’en est pas à sa première tentative dans le domaine !

-Je…je veux bien vous croire…et si vous m’excusez, je dois rentrer avant qu’il ne s’inquiète pour moi justement.

Le saluant en coup de vent, je me dépêchai de quitter le laboratoire et, alors que je courais sur la route, une affreuse sensation de déjà-vu m’envahit et je m’arrêtai net.

Les gens qui marchaient là, ce chien aboyant sur un enfant apeuré, ce ciel rouge et cette fumée provenant du laboratoire et montant haut dans le ciel…j’avais déjà vu ce tableau…Quand ? J’aurais été incapable de le dater précisément mais c’était une certitude…

Se pouvait-il que cette lumière aveuglante m’ait en réalité renvoyé dans le passé, avant l’accident ? Je n’avais même pas pensé à regarder la date ! Il fallait que j’en ai le cœur net et, s’il s’avérait que j’avais raison, je me devais de trouver un moyen de retourner à mon époque !

J’accélérai le pas pour rentrer chez moi mais, alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de la maison, je vis Hoshino adossée à notre portail, attendant quelque chose en regardant fixement le sol. Lorsqu’elle me vit, cette dernière m’adressa un grand sourire.

-Et bien, tu t’es perdu en rentrant ? Railla-t-elle.

-J’ai juste fait un détour : répondis-je évasivement tout en ouvrant le portail.

Une fois de plus, Hoshino me retint par le bras et me tendit une petite enveloppe scellée. A ce moment-là, mon sentiment de déjà-vu s’amplifia, jusqu’à se transformer presque en véritable souvenir. Je revoyais clairement cette fille me donner une enveloppe similaire à la sortie des cours et, même si nous n’étions pas devant chez moi mais encore en classe, la situation était presque identique…

La jeune fille rougit et commença à se dandiner d’un pied sur l’autre

-Dis…Je me disais…j’organise une fête ce soir…et tu pourrais peut-être…tu sais…

-Hoshino ; la coupai-je alors d’une voix sérieuse qui la surprit.

-A…arrête de m’appeler comme ça, c’est étrange…

-dis-moi, quel jour sommes-nous aujourd’hui ?

-Et bien…

Le son de la voix de la jeune fille fut soudain étouffé par celui d’une puissante explosion et un vent violent balaya la ville, nous envoyant poussières et particules fines dans les yeux. Lorsque l’onde de choc fut passée, ce que je redoutais s’était produit : le laboratoire avait explosé…

Par réflexe, je me précipitai à l’intérieur de la maison, laissant Hoshino en plan mais il n’y avait personne à l’intérieur…

Désespéré, je tombai à genoux sur le sol et je ne pus retenir mes larmes. Encore une fois…Encore une fois, je venais de perdre ma famille et, illusion ou non, le revivre était bien plus douloureux que je ne le pensais…

J’entendis des bruits de pas derrière moi et je sentis la main chaude d’Hoshino se poser sur mon épaule. Mais je ne me retournai pas. Si tout cela était la réalité, ce n’était plus qu’une question de temps avant que je ne rejoigne Darksky et les autres…Enfin…je l’espérais…

-Drago…Murmura mon amie.

-Désolé…Hoshino…Je ne suis pas celui que tu crois…

-C…Comment ? Mais…Tu es Drago, mon ami d’enfance, n’est-ce pas ? Reprit-elle d’une voix tremblante.

-Peut-être…Peut-être pas…Je ne le sais pas moi-même. Mais je suis sûr d’une chose…Ma place n’est pas ici.

-Que…Que veux-tu dire ?

-J’ai rencontré des gens formidables il y a quelques temps…Des gens qui m’ont aidé, des gens avec qui j’ai vécu des aventures que j’aurais crues impossibles en temps normale, des gens qui ont besoin de moi en ce moment-même…

-Des…Gens qui t’ont aidé ? Je ne comprends pas…Moi aussi je t’ai aidé ! J’en suis la preuve vivante ! S’exclama-t-elle d’un air désespéré.

Je me tournai vers elle et je vis son œil vert se mettre à briller et je ne pus m’empêcher de sourire.

-Dans ce cas, je te remercie, Hoshino ; déclarai-je en lui souriant malgré moi.

-Tu…Tu me remercies ? C’est tout ce que tu as à me dire ? S’écria-t-elle en reculant.

La jeune fille fut soudain entourée d’une aura sombre tandis que la lueur dans ses yeux s’intensifia et je grimaçai. Le monde autour de moi se mit à trembler, le vent se leva, le ciel se couvrit de nuage noirs menaçant et des éclairs illuminèrent cet espace sombre qu’était devenu ma ville…

Mais, devant ce spectacle, je n’eus aucune réaction, comprenant alors ce qu’il se passait et je gardai mon sang froid.

-Tu n’es qu’un ingrat, Drago ! J’ai consacré toute ma vie à te rendre le sourire et toi, tu m’oublies en l’espace d’une nuit !

-Je n’ai pas à me souvenir d’une illusion ; répondis-je sans aucune émotion.

-Une…Illusion ?! S’écria Hoshino folle de rage. Alors c’est tout ce que j’ai été pour toi ? Tu étais tellement égocentrique que je n’existais même pas pour toi ?!

-Non…Ce monde entier est une illusion. Rien n’est réel. Je ne sais pas qui tu es mais je suis certain d’une chose : même si tu es réelle, ici, tu n’es rien d’autre qu’un produit de mon imagination.

Dans un cri de rage, Hoshino se jeta sur moi et tenta de me donner un coup de poing dans le ventre mais j’esquivai facilement son attaque en faisant un pas sur le côté. Devant ma réactivité, la jeune fille eut un moment d’hésitation mais repassa aussitôt à l’attaque.

Cette fois-ci, je ne bougeai pas et j’attrapa son poing dans le creux de ma main, parant totalement son offensive tout en l’empêchant de s’enfuir.

-Hoshino…Je suis désolé…

Rassemblant toutes mes forces, et oubliant totalement qui j’avais en face de moi, j’assénai à la jeune fille un violent coup de poing dans le ventre qui l’envoya valser à deux mètres. Mais contre toute attente, elle se releva sans aucune égratignure et se mit à rire tandis que je me remis sur mes gardes, prêt à parer une autre attaque.

-Toi…Vraiment…Jusqu’au bout, tu auras été une véritable ordure avec celle qui t’a sauvé, il y a dix ans…Ricana-t-elle.

-Je ne crois pas la parole d’une illusion ; rétorquai-je froidement.

-Et pourtant…Ce n’est que la stricte vérité, mon cher Drago.

Je fronçai les sourcils alors que le doute m’envahissait. Tout ce qui m’entourait, y compris cette fille, ne devaient être que des mirages créés par Gariatron pour nous tenir éloignés de lui mais, je n’aurais su dire pourquoi, cette fille me semblait familière bien que je n’en aie aucun souvenir…

-Tu as raison, je ne suis qu’une illusion, tout comme ce qui t’entoure ; déclara calmement Hoshino. Cependant…Toute illusion prend sa source quelque part…

-Que veux-tu dire ? Lui demandai-je, sur mes gardes.

-C’est simple, je ne suis que la matérialisation de tes souvenirs, Drago.

-C’est impossible. Je ne connais pas cette Hoshino.

-Vraiment ? Donc tu m’as bel et bien oubliée ? Je suis déçue, moi qui pensais que je comptais un minimum pour toi ; lança l’illusion d’une voix remplie de sarcasmes.

Je fronçai les sourcils à nouveau. Au fond de moi, je le savais…Je savais que cette illusion disait la vérité et que quelqu’un portant le nom d’Hoshino avait joué un rôle dans ma vie autrefois…Même si je n’en avais aucun souvenir…

-Enfin, je ne suis pas étonnée. Après tout, tu ne m’accordais aucune importance et tu me fuyais volontairement même. Je suis bien bête d’avoir tenu un jour à toi.

-Ne parle pas à la place de la personne que tu copies ; rétorquai-je.

-Mais je ne parle pas à sa place. Je ne fais que répéter ta pensée quand tu imaginais ses pensées.

-Arrête d’inventer de choses. Tu pourrais me dire que j’étais amoureux d’elle, comme je n’ai aucun souvenir, je ne pourrais pas le démentir.

-Libre à toi de ne pas le croire.

-Tu crois vraiment que je vais gober une seule miette de ce que tu me dis, serviteur de Gariatron ? M’exclamai-je alors. Je n’ai qu’un seul objectif : reprendre le flambeau de ma sœur et rendre à Angéla et Darksky ce qu’ils m’ont donné !

-Je vois…Puisque la discussion semble inutile, laissons parler nos poings…mais sache qu’un jour, ton passé te rattrapera et te submergera…

-C’est ce que nous verrons…

Sans ajouter un mot de plus, je passai à l’attaque et la copie d’Hoshino fit de même. J’esquivai de justesse son poing en me baissant puis je visais une nouvelle fois son ventre mais la jeune fille me para avec son bras avant de me donner un coup de pied dans les jambes qui me déstabilisa et m’obligea à reculer.

Cependant, je n’eus pas le temps de retrouver mon équilibre qu’Hoshino m’asséna un violent coup d’épaule qui me fit tomber à la renverse, me laissant à sa merci.

Néanmoins, je ne m’avouai pas vaincu. Rassemblant mes forces, je roulai sur le côté pour éviter son pied qui allait m’écraser et je me remis debout d’un bond, quelques mètres plus loin.

J’étais déjà essoufflé. Je n’avais jamais été bon en exercice physique et encore moins pour me battre. Cependant, je n’avais pas le choix. En face de moi se trouvait un agent de Gariatron et, illusion ou non, je ne pouvais pas prendre le risque de me faire tuer pour connaitre les conséquences…

La pluie se mit à tomber, diminuant encore ma visibilité et seule la lueur des yeux vairons d’Hoshino me permettait de la repérer dans le noir.

Soudain, alors que je m’attendais à une nouvelle attaque au corps à corps, un rayon de lumière verte traversa le terrain et j’eus tout juste le temps de me jeter sur le côté pour l’esquiver avant qu’il ne réduise une voiture en fumée.

Je relevai la tête, abasourdi et ce que je vis me glaça le sang. Les habits d’Hoshino avaient changé subitement et son uniforme de lycéenne s’était transformé en véritable armure noire parcourue de lignes émeraudes luisant dans l’obscurité tandis qu’à sa main brillait une immense épée noire et rouge et que, dans son dos, flottait une cape pourpre.

Avec un cri de rage, elle se jeta sur moi et abattit son épée de toutes ses forces. Encore une fois, je me jetai sur le côté, évitant ainsi de me faire trancher en deux comme le bitume…

Des grosses gouttes de sueur commencèrent à se mêler à la pluie dégoulinant sur mon visage. Je ne pouvais pas faire face à ça…J’étais totalement sans défense et même mon deck avait disparu.

Gariatron avait vraiment bien joué son coup. Si les choses continuaient ainsi, je ne donnais pas cher de ma peau plus de cinq minutes dans un combat aussi déséquilibré.

Ma première réaction fut de tenter de prendre la fuite pour trouver une arme ou un quelconque objet qui aurait pu m’aider mais, je n’avais pas fait trois pas que quelqu’un s’interposa devant moi, me bloquant le passage. Il s’agissait d’Ichigo et son regard me disait qu’il m’en voulait autant qu’Hoshino…

-Décidemment…tu n’es qu’un fauteur de troubles. Tu aimes tant que ça rendre les gens tristes ? Déclara-t-il d’une voix sans émotion.

Je ne pris pas le temps de lui répondre et je voulus m’enfuir dans l’autre direction mais là encore, la route me fut coupée, cette fois-ci par Kagari qui me lançait un regard rempli de tristesse.

-Dis…Pourquoi as-tu disparu, Drago ? Tu ne nous aimais pas, c’est ça ? Pleura-t-elle.

Je serrai les dents. J’étais cerné de toute part. Il n’y avait aucune échappatoire ni aucun moyen de gagner ce combat…Etais-je fini ? Allais-je échouer si près du but ?

-Sérieusement…On dirait que tu ne peux pas gagner sans moi ; résonna une voix dans ma tête.

-L…Ladd ? Bégayai-je, voyant une lueur d’espoir.

-Je le fais bien parce que je suis obligé…

Lorsque l’esprit de duel prononça ces mots, je fus entouré d’une vive lumière blanche et aussitôt Hoshino repassa à l’attaque avec son épée. Instinctivement, je me protégeai la tête avec mon bras tout en sachant que c’était inutile mais, alors que son arme aurait dû me trancher en deux, seul un bruit de métal résonna dans la nuit tandis que les yeux de la jeune fille s’arrondir.

Sans que je ne sache comment, dans ma main s’était matérialisé une épée noire et or, me protégeant de son attaque.

Je ne réfléchis pas une seconde de plus et, voyant mon arme, je repoussai Hoshino de toutes mes forces et me relevai, confiant. Kagari et Ichigo reculèrent prudemment mais le regard de la jeune fille s’enflamma et elle me tint tête.

Le tonnerre gronda et seul le bruit de la pluie rebondissant sur le macadam se faisait entendre tandis que nous nous faisions face, nos deux épées luisant dans la pénombre.

Même si j’avais une arme désormais, je n’étais pas plus avancé. Je ne savais absolument pas manier une épée et encore moins me battre avec. A ce stade, elle m’encombrait plus qu’elle ne m’aidait…

Il fallait que je trouve un moyen de m’échapper de cette illusion, et vite si je ne voulais pas finir en deux parties.

Soudain, une idée stupide me traversa l’esprit. C’était tordu mais c’était la seule option que j’avais pour le moment et je devais tout miser dessus.

Je me mis en position, saisissant mon épée à deux mains avant de feindre d’attaquer. Evidemment, Hoshino tenta une parade défense et, à ce moment, j’utilisai l’élan de mon épée pour rebondir et la contourner puis je fonçai à l’intérieur de ma maison.

Sans me retourner, je me précipitai au premier étage, dans la chambre de ma sœur et je me mis à fouiller son bureau dans l’espoir de retrouver la carte qui m’avait amené dans ce monde la première fois mais il n’y avait que des papiers sans intérêt…

Un nouveau rayon de lumière frôla mon oreille et fit exploser le bureau en un millier d’éclat de bois tandis que, derrière moi se tenait Hoshino, le regard fou.

-Tu ne t’enfuiras pas une deuxième fois, Drago ; cracha-t-elle.

Je reculai, à court d’option mais je sentis très rapidement le mur derrière mon dos. J’étais pris au piège, mon idée s’était révélée stupide et la jeune fille s’avançait lentement vers moi, le regard luisant et l’épée à la main, prête à me découper.

Mon cœur s’accéléra devant cette mort imminente qu’était la mienne. C’était fini…J’avais échoué…Finalement, je n’avais rien d’un héros, je n’étais qu’un garçon ordinaire sans aucun talent de combattant et en train de se faire rattraper par un passé important qu’il avait lui-même oublié…

-Je suis désolé…Hoshino…Murmurai-je.

La jeune fille s’arrêta un instant et fronça les sourcils.

-C’est un peu tard pour t’excuser de ce que tu as fait, Drago ; siffla-t-elle en me lançant un regard empli de mépris.

-Non…Je ne m’excuse pas pour ce que j’ai pu faire…mais pour avoir oublié ce que j’ai pu te faire…

Elle ne me répondit rien et se contenta de rester devant moi en me fixant puis, finalement, après une longue minute de silence, la jeune fille leva son épée au-dessus de sa tête et je baissai le regard.

La lame siffla tandis qu’elle se rapprochait de moi mais, alors que je m’étais résigné à accepter la défaite, une ombre plana devant mes yeux et s’interposa entre moi et l’épée mortelle, ombre qui repoussa sans aucune difficulté Hoshino hors de la chambre de Théa.

Timidement, je relevai la tête et je restai bouchée bée en reconnaissant le dragon qui m’avait déjà sauvé lors de mon combat contres les esprits de la terre, Ladd…

-Sérieusement…Je me demande pourquoi je protège un incapable comme toi…Cracha-t-il.

Sans ajouter un mot de plus, il envoya sur Hoshino qui était encore à terre un puissant rayon de lumière sombre qui traversa le mur comme du papier mâché.

Encore une fois, je fus subjugué par la puissance que ce monstre détenait mais ce n’était pas le moment de s’extasier, je devais toujours trouver un moyen de m’en sortir…

-Partons d’ici, Drago, il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas affronter ; grogna le dragon en se mettant à rayonner.

Au loin, j’entendis Hoshino se relever avec un cri de rage alors que mon corps commençait déjà à disparaitre lentement dans une trainée de lumière blanche. Je jetai un dernier coup d’œil à cette réplique de ma maison, me sentant soudain triste de quitter à nouveau cet endroit mais ce sentiment disparut rapidement à l’idée de retrouver Angéla et les autres.

La dernière chose que je vis de ce monde fut Hoshino qui était remontée à l’étage et qui me lançait un regard à la fois suppliant et rempli de haine.

-Encore une fois…Désolé…Lui lançai-je à voix basse. Peut-être qu’un jour…Je me souviendrai de ce que je t’ai fait, et je me ferai pardonner…

Puis ce monde créé de toute pièces disparut dans un flash de lumière.

Lorsque je rouvris les yeux, je me trouvai à nouveau près de la citadelle, allongé sur le sol froid, mais Darksky, Marie, Angéla et June avaient disparu, de même que Ladd et Shadow.

J’appelai ma sœur pour m’assurer que tout allait bien et je poussai un soupir de soulagement lorsqu’elle apparut à mes côtés.

-Drago, tu m’as fait une de ces peurs, pendant presque une journée entière, je n’ai pas réussi à te contacter !

-Une…Journée ? Répétai-je.

Ainsi, Shadow avait eu ce qu’il voulait. Il avait gagné du temps en me plongeant dans cette illusion créée à partir de mes souvenirs…

C’était étrange…Moi qui n’avais jamais voulu participer à cette guerre, ce simulacre de vie ordinaire ne m’avait pas convenu, et pas simplement parce que je pensais que quelque chose n’allait pas. Il me manquait réellement quelque chose : je m’ennuyais.

J’avais presque oublié en arrivant dans ce monde que ma vie d’avant était totalement dénuée de sens et de joie de vivre, et ce n’était pas ce club d’astronomie dont j’avais quelques vagues souvenirs qui me faisait passer le temps.

Cependant…Cette Hoshino me troublait. Je n’en avais aucun souvenir et pourtant, elle disait être issue de ma mémoire…Etait-ce une autre manipulation de Gariatron ? Avais-je réellement oublié quelque chose d’important ? J’étais bien incapable de le dire…

-Eh, Drago, tu m’écoutes ! Me sermonna ma sœur. Nous devons retrouver les autres avant que Gariatron…

-Dis-moi, Théa ; la coupai-je. Est-ce qu’on connaissait une « Hoshino » ?

-Ho…Hoshino ? répéta-t-elle, les yeux ronds. Pourquoi cette question ?

-C’est…un nom qui m’en revenu en tête, rien de plus…

-Je…Je vois ; bégaya-t-elle en détournant le regard. Eh bien, il s’agissait simplement de nos voisins…

-Et c’est tout ?

-Que veux-tu que je te dise de plus sur eux, je ne les connaissais pas si bien que ça moi !

Je voyais clairement que Théa n’avait pas envie de parler de quelque chose mais au même moment, la terre trembla et me rappela ma mission.

Ainsi, je mis de côté ces souvenirs flous pour me concentrer sur mon objectif : vaincre ce démon et rendre à Angéla et Darksky leurs vies d’antan.


Drago et Hélios : un même destin



Spoiler :


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tout d'abord, la musique^^

http://www.youtube.com/watch?v=iNBVqfCZj-E

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La neige recouvrait lentement les rues de Paris de son blanc manteau. Bientôt, les trottoirs seraient complètement invisibles. Déjà les pavés commençaient à disparaitre sous les flocons. Il faisait froid en ce trente et un décembre, et les avenues de l’étoile, bien que la veille du nouvel an, étaient désertes. Il devait bien faire moins vingt degrés, la tempête de neige avait surpris tous les habitants. Personne n’avait connu un tel phénomène depuis plus de cent ans.

Les vitrines des magasins restaient allumées, mais pas une âme n’eut le courage de venir les admirer. Paris s’était transformée en véritable ville fantôme, le seul bruit pouvant se faire entendre était celui du vent sifflant dans les branches des sapins encore décorés de boules de noël.

Les voitures, à l’arrêt car bloquée par la glace qui s’entassait sous leurs roues, gelaient sagement dans les rues, elles aussi abandonnées de leur propriétaire, attendant qu’un quelconque passant viennent faire chauffer leur moteur rouillé par l’humidité. Leur carrosserie, qu’elle soit rouge, noire, jaune ou violette, blanchissait peu à peu.

Soudain, une ombre parut, seule tache dans ce paysage immaculé désormais. Un homme, ou plutôt un jeune garçon, affrontait courageusement le froid glacial. Son visage était recouvert d’un large capuchon pour le protéger des assauts du vent. Un long manteau rouge descendait jusqu’à ses genoux, et il portait, dans ses main cachées par d’épais gants, une boite, emballée dans un paquet cadeau.

Le bruit de ses pas résonnait dans l’avenue vide. Il s’arrêta au feu rouge, regardant des deux côtés de la rue ayant failli se faire écraser sur le chemin de l’allée, mais cette fois ci, tous les véhicules s’étaient endormis. Rassuré, il commença à courir pour échapper au froid. Une plaque de verglas se présenta à lui, et il ne put l’éviter. Cependant, il ne lâcha pas son présent dans sa chute, comme si sa vie en dépendait. Il se releva aussi vite qu’il était tombé, secoua la neige qui s’était collée à lui, puis reparti en direction du point le plus élevé de Paris, la bute de Montmartre.

-Saleté de tempête de neige ; jura-t-il dans sa course, à cause de ça, je vais être en retard et Angéla ne me le pardonnera pas…Dit-il en levant les yeux vers la bute. Avec un peu de chance, les autres seront eux aussi bloqués…


A une autre époque, plus précisément 5000 ans auparavant, dans un petit coin de désert où coulait un fleuve, gelé pour la première fois, se dressait fièrement une citadelle de pierre entourée de hauts remparts, mieux connu sous le nom d’Héliopolis, la cité du soleil. Cependant, le soleil se faisait rare en ce moment. D’épais nuages recouvraient le ciel, et une étrange pluie blanche et collante tombait sur les fortifications.

-Viens voir ça Hélios ; dit une voix féminine du haut des remparts.

Un homme sortit du fort. Il portait une armure dorée, entourée d’une belle cape pourpre de velours. Une couronne ornée de joyaux scintillait sous ce ciel étrange. Il ne semblait pas avoir dormi depuis plusieurs jours, ses cernes sous ses yeux en témoignaient. Une barbe de quelques jours lui poussait, tandis que ses cheveux blonds comme le soleil avaient perdus tout leur éclat.

-Qu’y a-t-il Célestia ; demanda l’homme d’une voix ensommeillée.

La jeune femme se tourna vers lui. Dans son regard se lisait l’émerveillement mais aussi l’étonnement. Ses longs cheveux bruns cachaient une partie de son visage et tombaient sur ses beaux yeux marron et volaient au vent. Elle lui fit signe d’approcher.

-Regarde….Dit-elle en désignant la pluie gelée.

L’homme s’approcha, prudent puis fronça les sourcils à la vue de cet étrange phénomène climatique.

-Qu’est-ce…Qu’est-ce cela Célestia ? Demanda-t-il inquiet.

-Je n’en ai pas la moindre idée Hélios…Mais c’est magnifique tu ne trouves pas ?

-Magnifique ? Dit-il sceptique.

Il s’approcha du bord des remparts, en faisant attention de ne pas glisser sur ce tapis de glace. Ce qu’il vit l’émerveilla. C’était la première fois qu’il voyait son royaume d’Héliopolis autrement que baigné par les rayons brulants du soleil du désert. Le sable avait pris une couleur blanche et immaculée. Partout les dunes, autrefois si arides, se retrouvaient constellées de minuscules flocons brillants et éblouissants. Au pied des murailles, une foule s’était assemblée tout comme leur roi, pour admirer cette bizarrerie. Le fleuve, habituellement si agité et turbulent, semblait s’être figé sous l’action du froid. L’eau s’était cristallisée en une épaisse couche translucide et scintillante. Des enfants s’amusaient à marcher dessus, puis tombaient et étaient rattrapés par leurs parents affolés. Hélios secoua la tête pour être sûr de ne pas rêver, mais ce qui se tenait devant lui était bien la réalité.

-C’est si beau…ce blanc si pur…murmura-t-il.

-Oui, ce n’est pas tous les jours qu’Héliopolis ressemble à ça. Nous devrions le fêter tu ne penses pas ?

-Le fêter ? En pleine guerre ? S’exclama Hélios surpris par une proposition si soudaine.

-Oui, les habitants ont bien besoin d’un peu de joie tu ne penses pas ? Surtout avec ce qui se prépare…Dit Célestia en baissant les yeux.

-Tu as peut-être raison après tout, même moi je ne serai pas contre…Je vais dire à Luna de prévenir tout le monde, ce soir ce jour unique sera célébré dans tout le royaume!


Le téléphérique était en panne lui aussi, les fils électriques avaient gelés, il allait devoir monter à pieds. Le jeune garçon regarda l’heure sur la pendule de la gare : 17 heures. Il n’avait que trente minutes de retard. Si seulement les transports en communs avaient bien voulu fonctionner, mais Paris était complètement prise au dépourvu par cette tempête si soudaine. Il monta les marches couvertes de neige désormais en prenant soin de son précieux paquet. S’il tombait, il serait fichu. Il dérapa, mais pu se rattraper à la rampe de justesse, puis continua sa route en grelotant. Ce n’était vraiment pas le bon jour pour monter là-haut.

La neige ne s’arrêtait plus de tomber, toujours plus fort, toujours plus vite. Il avançait tant bien que mal, il ne pouvait plus faire demi-tour désormais, il était trop proche de son but. Il remonta dans les rues enneigées et pentues de Montmartre sans croiser personne. Toutes les maisons autour de lui avaient les volets clos et de faibles lumières sortaient des foyers. L’ambiance n’était pas du tout à la fête.

Enfin il arriva sur la fameuse place carrée, d’habitude si animée, mais aujourd’hui si silencieuse. Le jeune garçon se dirigea vers la maison désormais bien connue du professeur Wheeler et de sa famille puis sonna. Personne ne répondit, mais il attendit tout de même à la porte. Il était gelé, transit de froid, la neige commençait à s’accumuler sur son beau manteau pourpre.

-Ils ont déjà dû partir sans moi ; pensa-t-il. Je suis arrivé trop tard.

Il allait tourner les talons quand il entendit un bruit de pas de quelqu’un descendant les escaliers à toute vitesse. La porte s’ouvrit brusquement, et il se retrouva nez à nez avec une jeune fille blonde aux yeux azur. Elle portait une légère robe de satin assez peu adaptée à la saison, ainsi qu’une paire de ballerines blanches. Ses cheveux étaient coiffés comme tous les jours, bien qu’un serre-tête soit venu embellir sa chevelure d’or déjà presque parfaite. Le garçon rougit en la voyant ainsi.

-Te voilà enfin Drago ! S’écria-t-elle. Nous pensions que tu ne viendrais pas !

-Je suis vraiment désolé Angéla; s’excusa le garçon embarrassé, mais j’ai été surpris par la tempête…

-L’essentiel c’est que tu sois arrivé sain et sauf ; répondit Angéla avec un sourire. Dépêche-toi, le professeur Wheeler a tenu à ce qu’on ouvre les cadeaux en t’attendant, heureusement que tu es arrivé juste à temps.

Drago entra dans la maison et fut tout de suite revigoré. Il faisait la température idéale à l’intérieur. Il déposa son manteau couvert de neige ainsi que ses gants à l’entrée puis suivit Angéla dans le salon. Tout le monde était déjà arrivé, Darksky, Laura, June, Marie, même Hélios était là…

-Ah Drago, je suis content de te voir ; dit le professeur en venant lui serrer la main. J’espère que cette tempête ne t’a pas trop gêné pour venir ici ?

-Non, pas du tout professeur ; mentit-il pour ne pas l’offenser.

-Je suis heureux de te revoir Drago, je n’avais pas eu le temps de te remercier pour ce que tu avais fait pour moi ce jour-là ; dit Hélios.

Drago fut surpris par les habits que portait Hélios. Il avait échangé son armure dorée contre un élégant costume noir, sa cape s’était changée en nœud papillon, tandis que sa couronne était remplacée par un chapeau haut de forme. Il était méconnaissable, on aurait presque dit quelqu’un de normal, à ceci près qu’une personne ordinaire ne portait plus de chapeau haut de forme depuis les années 1950…

-Ce n’était rien, vraiment, répondit Drago un peu gêné.

La soirée se prolongea ainsi, chacun racontant ses dernières aventures aux autres, la bonne humeur était au rendez-vous malgré le froid mordant et la tempête de neige à l’extérieur.

-N’oubliez pas ; dit soudain June en plein milieu d’un des récits de son père sur le grand léviathan, ce soir à 21 heures exactement nous devrons être sur la bute en face de la basilique si nous voulons voir quelque chose.

-Tu es sûre qu’il aura lieu ? Demanda Laura en regardant par la fenêtre. Personne ne voudra sortir par un temps pareil.

-Oui, il aura lieu, confirma Darksky, il a lieu chaque année qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il grêle…

-Sauf que cette fois-ci il neige ; ironisa Marie.

Tout le monde éclata de rire, même Darksky. Arriva enfin l’heure de l’ouverture des cadeaux. Ils n’avaient pas pu se voir pour noël, et avaient par conséquent décidé de fêter noël et le nouvel an le même jour.


-Luna ! Appela Hélios en descendant les marches d’un sombre escalier en courant.

Il s’enfonçait toujours plus sous terre. L’escalier en colimaçon ne semblait jamais de terminer, s’enroulant sur lui-même à l’infini. Il était faiblement éclairé par quelques torches en fin de vie mais l’obscurité restait reine dans cet endroit, et à cause de cela, Hélios se prit les pieds dans sa propre cape et fini sa descente en roulant dans les marches.

Lorsqu’il se releva couvert de bleus, Hélios se trouvait dans une grande pièce souterraine, circulaire, au milieu de laquelle brûlait un feu ardent. Une femme portant une logue toge noire surmontée d’une capuche qui recouvrait entièrement son visage était debout, seule, à contempler la source de chaleur. Elle ne semblait pas avoir entendu son roi arriver d’une manière assez peu conventionnelle.

-Luna, est-ce que tu sais ce qu’il se passe dehors ! Dit Hélios avec tant d’entrain que sa voix résonna sur la pierre.

-Tu es venu m’annoncer que nous avons perdu encore une bataille ? Dit la jeune femme, les yeux dans le vide.

-Mais…mais pas du tout ! J’étais venu te demander de faire passer un message à tous les habitants…

– Quel sorte de message? Celui qui annonce la fin de notre royaume ? Dit Luna tristement.

-Mais tu vas arrêter de dramatiser à la fin ! Oui, c’est vrai, notre royaume n’est plus aussi prospère qu’avant à cause de la guerre, mais c’est justement pour cela qu’il nous faut quelque chose pour remonter le moral de tous, quelque chose qui marquera les esprits pour les siècles à venir !

-Et à quoi penses-tu mon frère ?

-Une fête, une fête grandiose, où tout le monde, qu’il soit riche ou pauvre, homme ou femme, enfant ou adulte, puisse vivre au moins une journée dans l’égalité et la joie du partage…

La jeune femme se raidit en entendant cela. Elle tourna la tête vers son frère, et il put la voir distinctement lorsqu’elle enleva sa capuche. Elle était épuisé, peut-être même encore plus que lui. Cela devait bientôt faire cinq jours qu’elle n’était pas sortie de l’autel.

-Et en quel honneur serait cette fête ? Demanda-t-elle soudainement intéressée par la proposition.

-Regarde par toi-même ; dit Hélios en pointant le feu.

Luna se dirigea vers son brasier, puis, après quelques incantations, une image se forma dans les flammes.

-Vois-tu Luna ? C’est magnifique n’est-ce pas ?

Les yeux de Luna s’étaient constellés d’étoiles devant ce spectacle féerique. Toute la fatigue accumulée ces derniers jours s’évapora d’un seul coup. Ce paysage blanc lui avait fait totalement oublié les horreurs de la guerre qui se tenait en ce moment même. La pureté de la glace sur le fleuve avait un effet si apaisant sur celui-ci et sur elle-même. Le froid glacial de cet hiver était une chose qu’aucun habitant ne connaissait à Héliopolis.

-C’est…il n’y a pas de mot pour décrire cela…

-Tu comprends enfin Luna ? Ce monde aura beau subir des guerres impitoyables et meurtrières, ce paysage nous rappelle à tous à quel point tout cela est futile face à la beauté de la nature. Le cycle même de la vie, elle nait au printemps, puis meurt en hiver, nous ne pouvons aller à l’encontre de cela. C’est pour cette raison que je veux organiser cette fête, pour nous rappeler à quel point les moments de bonheurs nous sont uniques et précieux comme ce jour, mais aussi fragiles et brefs…

-Hélios…Bien, tu as gagné, je vais faire passer ton annonce, mais tu as intérêt à préparer quelque chose de grandiose ce soir ; dit Luna en fermant les yeux.

-Je ne te décevrai pas, on parlera encore de cette fête pendant des millénaires, tu vas voir !

Drago sortit un pull de laine de l’un des paquets.

-Je pensais que ça pourrait toujours t’être utile ; dit Mai. On ne sait jamais ce que l’on peut attraper avec ce temps.

-Merci beaucoup Mai, ça me fait très plaisir ; répondit Drago.

Laura eut droit à un pendentif en forme d’aigle noir de la part de Darksky, ce qui eut l’air de lui faire très plaisir, tellement qu’elle se jeta dans ses bras. Le professeur quant à lui obtint un vieux livre de la part de sa fille. Il parlait de mythes et légendes démenties récemment.

-Je me suis dit que ça serait marrant comme cadeau, toi qui aime tant raconter des histoires à dormir debout, tu vas être servi avec ce bouquin.

Hélios reçu une pierre précieuse verte émeraude de la part d’Angéla. Elle était vraiment magnifique avec ses reflets bleus, et sa taille en faisait un parfait pendentif.

-Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas de l’orichalque encore une fois.

-J’espère bien !

Marie donna à Darksky un blouson en cuir noir, avec des plumes sur les manches, comme les oiseaux de proie.

-Comme ça, on ne se demandera plus d’où te viens ce surnom ; dit-elle joyeusement.

Drago sentait son tour arriver, mais il était mal à l’aise. Et si son cadeau ne convenait pas ? Et si les autres pensaient qu’il en faisait trop ? Après tout, ce n’était pas n’importe quoi qui était emballé dans cette boîte.

-Drago ; dit Hélios en le tirant de ses pensées, qu’est-ce que tu nous as apporté de beau ?

-Eh bien à vrai dire…je ne suis pas sûr que ça plaise, mais j’ai tout de même apporté un petit truc pour Angéla ; bafouilla-t-il.

Lorsqu’il dit cela, Laura donna un coup de coude à Darksky, accompagné d’un sourire malicieux, mais celui-ci ne saisit pas tout de suite la motivation de cet acte, tandis que Marie, elle, comprit tout de suite et ne put s’empêcher de rire.

-Pour…pour moi ? S’étonna Angéla.

Drago lui tendit le petit paquet emballé dans un élégant papier rouge. Celle-ci s’empressa de l’ouvrir. Une fois l’emballage déchiré, tous purent voir une petite boite blanche, carrée, et légèrement arrondie sur le dessus. Elle était fermée par un fin crochet argenté. Angéla souleva le couvercle délicatement. A l’intérieur, sur un coussin de velours rouge, était posé un magnifique collier, argenté comme la boite qui le contenait. Au bout était accroché une paire d’aile d’ange, aussi blanches que la neige qui tombait au dehors. Angéla s’empressa de le passer autour de son cou. Ce bijou lui allait très bien.

-Merci beaucoup Drago, c’est gentil d’avoir pensé à moi…

Elle s’approcha de lui et l’embrassa pour le remercier. Le pauvre Drago, déjà embarrassé, devint aussi rouge que son coussin de velours.

Hélios se pencha alors sur le présent de Drago et hoqueta de surprise en voyant l’objet.

-Impossible…Cet objet…Commença-t-il avant d’être interrompu par Marie.

-Vous avez vu l’heure ! S’écria-t-elle. Déjà 20 heures trente ! Si ça continue, on ne verra absolument rien du spectacle !

-Oui, parfait ! Dit Hélios au chef des ouvriers. C’est exactement comme ça que je voyais la salle. Dans combien de temps le banquet sera-t-il prêt ? Demanda-t-il aux assistants en cuisine.

-Dans environ une heure seigneur Hélios. Mais nourrir une aussi grande population ne sera pas chose aisée, nous risquons de manquer de nourriture dans les jours à venir…

-Ce n’est pas grave, certains manquent de nourriture tous les jours. Nous priver pendant un repas ne nous fera pas de mal.

Il congédia ensuite toute l’équipe puis se retourna vers la grande salle de réception. Oui, tout était parfait, vraiment. Les murs d’habitude si nus, s’étaient ornés de belles tapisseries rouges, réservées aux jours de fêtes comme le couronnement d’un nouveau roi. Elles étaient d’un matériau extrêmement rare, et introuvable à Héliopolis. On disait qu’elles avaient été données en cadeau au précédent souverain par le pharaon Atem en personne à la fin de la guerre. Personne ne savait exactement avec quoi elles étaient faite, mais une chose était sûre : personne n’avait jamais réussi à les reproduire.

Au sol, un immense tapis doré avait été posé, tandis qu’au plafond brillait un lustre de cristal, sur lequel se reflétait l’éclat des bougies qui le composaient. Au milieu était dressé une longue table surmontée d’une nappe de soie fine, sur laquelle étaient disposés de nombreux plats et assiettes pour pouvoir accueillir comme il se devait les invités. Du raisin débordait de saladiers en or, des coupes de vin rouge étaient pleines à chacune des places. Il y avait sur les côtés des chaises longues pour faciliter la conversation, tandis qu’à l’entrée étaient placés des gardes chargés de prendre les affaires un peu trop encombrantes et de remettre aux habitants une belle toge qui devait leur tenir chaud. Au fond de la pièce, juste à côté du trône d’Hélios, un grand arbre avait été planté. Mais ce n’était pas un arbre ordinaire, il possédait des aiguilles et non des feuilles et semblait s’épanouir dans le froid. C’était un des courtisans qui l’avait amené ici pour s’en débarrasser, mais Hélios s’en fichait, il le trouvait joli et avait même décidé de le décorer lui-même avec des vieilleries qui trainaient dans les sous-sols du château. Le résultat était plutôt satisfaisant, mais le plus beau restait incontestablement l’étoile accrochée à son sommet. Juste en dessous étaient disposés les présents faits par des hommes de la cours à leur seigneur mais dont il n’avait jamais eu l’utilité. Autant les donner aux plus démunis. Mais il manquait quelque chose pour qu’Hélios soit pleinement satisfait de lui.

Un joaillier passa alors en vitesse devant son seigneur qui l’interpela au passage.

-Toi là-bas !

-Oui seigneur Hélios, que puis-je faire pour vous ? Dit-il avec une révérence.

-Voilà, tu es le joaillier le plus connu du royaume, pour ne pas dire le seul, et j’aurai une faveur à te demander…

-Je vous écoute ; dit-il soudain très intrigué par la requête.

-Je voudrai faire plaisir à tout le monde aujourd’hui, mais plus particulièrement à Célestia si tu vois ce que je veux dire…

-Développez s’il-vous-plait.

-Je voudrais quelque chose qui marque les esprits, mais pas seulement celui de Célestia, celui de tout le royaume…

-Je crois que je sais ce qu’il nous faut. Mais ça ne sera pas facile à préparer, nous n’avons encore jamais utilisé ce genre d’artifice.

-Mais tu penses que c’est faisable ?

-Bien sûr, rien ne m’est impossible ; répondit-il fièrement. En attendant que nous soyons prêt, donnez ceci à la reine, elle sera très contente je pense.

Le joailler sortit de sa poche un petit collier argenté, terminé avec une paire d’aile angélique, blanches, travaillées avec tant de soin qu’elles semblaient réelles et prêtes à prendre leur envol.

-Tu es sûr de vouloir te séparer d’un tel chef d’œuvre ?

-Oui, comme vous l’avez dit, aujourd’hui est un jour de fête, et je voudrai aussi vous remercier pour ce que vous avez fait avec ce royaume.

Il repartit vers les jardins royaux, entrainant avec lui quelques hommes de confiance. Hélios resta planté au milieu de la salle, à contempler son magnifique pendentif.

-Que nous caches-tu Hélios ?

-C…Célestia ! Dit-il en cachant précipitamment le présent. Je…Je regardais la finalisation de ton projet, rien de plus.

– Détends-toi, cela ne peut que bien se passer.

-Oui, tu dois avoir raison…

Hélios serra le collier contre lui. Il ne pouvait pas résister au charme de Célestia, elle l’avait toujours accompagné dans les moments de joies comme de peine. Depuis qu’ils étaient enfants, ils ne s’étaient jamais séparés. C’était le jour idéal pour la remercier, ce qu’il n’avait jamais eu le temps de faire auparavant.


Drago enfila ses gants et son manteau pour affronter à nouveau la tempête au dehors. Cependant, lorsqu’il franchit le seuil de la porte, le vent glacial qui l’avait amené ici ne soufflait plus aussi violemment qu’avant, la neige tombait désormais plus lentement, plus calmement.

-Bonne nouvelle ; dit June aux autres, nous ne risquons pas de mourir ensevelis sous la neige !

-Génial, nous allons simplement mourir de froid ; grommela Darksky assez fort pour que tout le monde l’entende.

Une fois tout le monde à l’extérieur, le professeur boucla la maison à clé puis toute la bande se mis en marche. Le goudron était désormais complètement couvert d’une épaisse couche de poudreuse de six ou sept centimètres dans laquelle chaque pas s’enfonçait avec un crissement.

La vie semblait être revenue dans Paris, quelques rares téméraires s’étaient décidés à sortir de chez eux pour admirer le spectacle qui allait s’offrir à eux dans quelques instant. Drago marchait près de Laura, tandis que Le professeur était lancé dans une grande conversation avec Hélios sur les mystères du passé. Angéla n’était pas loin, mais Drago n’osait plus lui adresser la parole. Il ne pouvait sortir l’image du baiser de sa tête.

-Tu trouveras bien le courage de lui dire un jour ; lui dit Laura sur un ton neutre.

-Qu…qu’est-ce que tu veux dire ? Demanda Drago en rougissant.

-Moi ? Pas grand-chose, juste qu’il ne faut pas que tu laisses passer l’occasion.

-Quelle occasion ?

-Tu le fais exprès ma parole ? Dit Laura en écarquillant les yeux. Tu n’as toujours pas remarqué la manière dont elle te regarde ?

-Pas vraiment mais…

-Mais quel boulet ! Elle t’aime, et tu l’aimes aussi, ça se voit dans vos yeux !

-Tu le penses vraiment ?

Drago tourna la tête vers Angéla. Depuis qu’il la connaissait, sa vie avait changé. Il n’avait jamais ressenti cette émotion avant. Quand Angéla était loin de lui, il ne pouvait s’empêcher de penser à elle, et lorsqu’ils étaient ensembles, il se sentait protégé, une sorte de chaleur émanait de son cœur. Il repensa à leur rencontre. Il s’en souvenait comme si c’était hier. Elle lui avait sauvé la vie ce jour-là. Mais par la suite, il n’avait jamais réussi à lui rendre la pareille, même dans la citadelle.

Ils arrivèrent enfin au pied de la basilique. Elle était magnifique sous ce paysage glacé. Elle ressemblait de loin à un mirage dans un désert de blanc. Les cloches sonnèrent 21 heures. Du monde était déjà rassemblé. Enfin, comparé à la foule habituelle des jours ensoleillés, il n’y avait personne.

Le petit groupe descendit les marches qui menaient à la pelouse, invisible sous la neige. Les arbres autour étaient figés, pris dans la glace qui s’accrochait à leurs branches nues. Ils prirent place chacun de leur côté, de sorte à voir le mieux possible la tour Eiffel d’où allait être tiré le feu d’artifice du nouvel an. Les adultes, Hélios, Mai et le professeur allèrent se placer sous un arbre en haut de la colline tandis que les autres s’installèrent sur l’herbe gelée, June et Marie sur la gauche, Drago et Angéla sur les marches au milieu. Darksky allait lui aussi s’asseoir avec eux lorsque Laura l’attrapa par le bras.

-Attends un peu toi, allons plutôt nous installer là-bas ; dit-elle en désignant le coin où se trouvaient June et Marie.

-Pourquoi ? On est très bien ici aussi non ?

Elle lui décocha un regard si noir qu’il n’osa refuser et la suivit, non sans protester. Laura se retourna vers Drago et lui lança un clin d’œil. Il sut tout de suite pourquoi elle avait été aussi dure avec Darksky, mais il aurait vraiment préféré ne pas être seul à ce moment-là.

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musique d'anbiance, à couper à la fin de la scène bien évidemment et à reprendre au milieu de la prochaine partie^^

http://www.youtube.com/watch?v=DTGwKTegpi8

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Il se tourna vers Angéla, elle regardait fixement le ciel noir et parsemé de nuages. Il se remémora la fois où ils étaient dans le désert, il avait pu parler seul à seul avec Angéla ce jour-là, mais depuis, les choses avaient changé entre eux, surtout pour lui.

Elle était encore plus belle ce soir-là, la neige sur ses cheveux faisait ressortir leur éclat dans la nuit. Ceux-ci ondulaient élégamment au gré du vent, leur mouvement d’aller et retour permanant les faisaient scintiller comme s’ils étaient parsemés de poussière d’étoile. Ses joues étaient roses à cause du froid, elle portait une légère veste noire qui couvrait à peine ses épaules frêles. Angéla avait vraiment l’air d’un ange tout droit sorti du paradis, la neige décrivant comme des ailes derrière elle.

-Que c’est beau ! S’exclama-t-elle soudain.

Drago leva la tête, intrigué par ce que pouvait contempler Angéla. La poudre blanche descendait lentement des nuages en petits flocons tourbillonnant. Mais ce n’était plus la tempête si désagréable, c’était un spectacle comme sorti d’un rêve.

Le feu d’artifice commença enfin, brisant le silence de la nuit. D’immenses fleurs colorées se rependaient dans le ciel, l’illuminant comme en plein jour.

-Merci Drago ; dit Angéla tout en tenant le pendentif dans sa main. Merci pour ce beau cadeau…

Il ne s’attendait vraiment pas à ça. Il tenta de répondre quelque chose d’intelligent mais rien ne sortit de sa bouche, et Angéla continua.

-Je crois que si je ne t’avais pas rencontré, je serais toujours aussi immature que je ne l’étais avant. Grâce à toi et aux autres, j’ai pu vivre des moments uniques, faire des choses que je n’aurai jamais eu le courage de faire en temps normal…

-Angéla…

Laura faisait de grands signes au loin sous les regards étonnés de June, Marie et Darksky. Drago ne pouvait l’entendre mais il devinait sans aucun mal ce qu’elle essayait de lui dire. Son cœur s’accéléra soudainement lorsqu’Angéla posa sa main sur la sienne sans le faire exprès.

-P…Pardon, s’excusa-t-elle, rouge de honte, ou bien de gêne.

-Non…ce n’est pas grave…

Elle grelotait. Sa veste par-dessus sa robe d’été n’était pas du tout assez chaude pour elle. Drago se rapprocha d’elle et lui mis son manteau sur les épaules.

-Non, je t’assure Drago, ce n’est pas la peine que tu prennes froid par ma faute.

-C’est toi qui va attraper froid si tu restes aussi peu couverte. Je n’en ai pas vraiment besoin en plus.

-Merci…

Elle se rapprocha un peu plus pour partager le manteau avec lui. Drago ne bougea pas, il ne savait vraiment plus quoi faire. Il regarda dans la direction de Laura mais celle-ci ne haussa les épaules comme pour lui dire qu’elle avait fait tout ce qu’elle pouvait. Il finit cependant par lui rendre son étreinte.

La présence d’Angéla à ses côtés suffisait à le rassurer et à lui faire oublier le froid mordant de la nuit tandis que le feu d’artifice devenait de plus en plus majestueux. Il savait au plus profond de lui que cette amitié était réelle et pure. Mais était-ce simplement de m’amitié ou bien plus que ça comme le pensait Laura ?

-Tu es pensif Drago, quelque chose ne va pas ? S’inquiéta-t-elle.

-Non, tout va pour le mieux Angéla. Tout est vraiment…parfait.

Elle posa tendrement sa tête sur son épaule. Au loin, la dernière fusée s’éteignait dans la nuit et le silence revenait peu à peu. Les passants commençaient déjà à partir, mais Drago et Angéla ne bougeaient pas, ils restaient sur la pelouse. Laura fit signe aux autres de ne pas aller les déranger, ce à quoi Drago répondit par un signe de tête pour la remercier. Il serait aussi bien resté là toute la nuit, juste pour avoir Angéla à ses côtés encore quelques minutes…


Les premiers invités franchirent la grande porte. Dehors, des milliers de personnes faisaient encore la queue pour entrer dans le palais sous l’invitation de leur souverain. Hélios observait la scène du haut des remparts. Tout cela allait bien trop lentement à son goût, et les derniers à entrer auraient sûrement eut le temps de prendre froid entre temps. Il fallait se dépêcher. Il descendit précipitamment les marches, manquant de glisser plusieurs fois, pour aller se poster lui-même à l’entrée. Quand ils le virent arriver, tous les gardes et tous les habitants s’agenouillèrent. Ce n’était vraiment pas le moment, il leur fit donc signe de se relever. Il allait vraiment falloir qu’il enlève cette stupide règle de révérence en sa présence, ça ne faisait que faire perdre du temps à tout le monde.

-Ce n’est pas le moment de faire des courbettes s’exclama-t-il. Aujourd’hui, nous sommes tous égaux, donc pas de seigneur Hélios, simplement Hélios.

Il regarda ceux qui étaient déjà entrés. Les riches du royaume comme par hasard. Il se mit alors en tête de faire avancer lui-même la file, de donner lui-même les manteaux et de prendre les affaires des autres. Les gardes le regardèrent étonnés par son attitude, mais il ne leur prêtait même pas un regard. Il était bien trop occupé à saluer tous les invités comme s’il les connaissait personnellement.

Il faisait cela avec tant de bonne volonté et y mettait tout son cœur, si bien que les gardes vinrent l’aider dans sa tâche. En une demi-heure à peine, tout le monde était à l’intérieur et haut chaud. Cependant, personne n’osait se servir tant qu’Hélios n’était pas là.

Celui-ci était encore à la porte, guettant l’arrivée d’éventuels retardataires. Il allait ordonner la fermeture des portes lorsqu’il entendit des bruits de pas venant de dehors.

-Attendez ! Dit-il en regardant au loin, je crois que nous avons un autre invité.

En effet, une petite fille était en train de courir dans la poudreuse pour échapper au froid. Elle ne devait pas avoir plus de douze ou treize ans et portait des haillons sur elle. Il n’y avait personne pour l’accompagner, pas un seul adulte à l’horizon ni d’enfant plus âgé. Soudain, elle glissa sur sa robe et s’effondra dans l’immensité gelée et tenta de se relever, mais la fatigue ou le manque de force l’en empêcha. Cela arracha un pincement au cœur d’Hélios qui se précipita à sa rencontre.

-Dites-leur qu’ils peuvent commencer sans moi, je ne serai pas long ! Dit-il en s’éloignant.

La neige entravait ses mouvements mais il ne pouvait pas laisser cette petite fille seule dans le froid, pas un jour pareil en plus ! Lorsqu’il arriva à sa hauteur, elle leva le nez vers lui, une lueur d’espoir dans les yeux.

-Ne t’inquiète pas ma petite ; dit-il d’un ton amical, je vais te sortir de là.

Il la prit alors dans ses bras. Elle était glacée et respirait à peine. Il n’y avait pas une minute à perdre, elle devait être ramenée au palais de toute urgence !

Hélios brava donc une seconde fois la tempête pour ramener sa protégée en sécurité. Une fois à l’intérieur, il évita la salle de réunion pour aller directement dans ses appartements privés, là où un feu brûlait encore. Il déposa la petite dans un fauteuil confortable, une couverture sur les épaule et lui apporta un peu d’eau.

-Merci beaucoup Seigneur Hélios ; dit la jeune fille avec difficulté.

-Ce n’était rien, je ne pouvais pas te laisser ainsi dans ce froid. Mais appelle moi simplement Hélios pour ce soir, c’est la fête après tout. Mais dis-moi, quel est ton nom ?

-Je m’appelle Cynthia ; répondit-elle.

-C’est très joli comme prénom. Et dis-moi, tes parents n’ont pas pu venir à la fête ou bien vous n’étiez pas au courant ?

Les yeux de Cynthia se voilèrent lorsqu’Hélios parla de sa famille.

-Ils…ils sont morts. Je ne les ai jamais vraiment connus à vrai dire…J’ai toujours du me débrouiller seule pour me nourrir, ainsi que mon meilleur ami…

Il ressentit alors de la pitié envers cette jeune fille. Il était passé par là lui aussi, il comprenait la douleur qu’elle pouvait ressentir chaque jour, le poids de la responsabilité de la survie d’un autre et la solitude qu’elle avait dû éprouver après leur mort. Il prit alors une décision qu’il n’aurait jamais prise en temps normal, mais cette jeune fille lui rappelait trop son propre passé pour fermer les yeux.

-Que dirais-tu de venir au palais de temps en temps ? Tu pourrais t’y plaire, j’en suis persuadé.

-Vraiment ? Vous feriez ça pour une inconnue comme moi ? Dit-elle surprise.

-Eh bien…oui, je ne peux pas te dire les raisons qui me poussent à te proposer une telle chose, mais si tu ne veux pas, je comprendrai…

-Si, bien sûr, c’est avec joie que j’accepte ! Répondit-elle avec entrain.

-Parfait. Et si nous allions rejoindre les autres ? Ils doivent s’impatienter de ne pas me voir.

Hélios et Cynthia sortirent de l’appartement et rejoignirent la salle des fêtes. Sur le chemin, ils croisèrent Luna apparemment mécontente.

-Te voilà enfin toi ! Dit-elle en s’adressant à Hélios, ça fait vingt minutes que tout le monde t’attend, tu n’as pas le droit de disparaitre ainsi !

Il ne put trouver d’excuse valable, et fut donc contraint de dire la vérité. Cependant, Luna l’accepta mieux qu’il ne l’aurait imaginé.

-Ce n’est que ça, j’ai cru que c’était quelque chose de plus grave comme une jambe cassée dehors, ou bien une subite envie de nous quitter.

Lorsqu’il arriva dans la salle, toutes les conversations cessèrent d’un seul coup. Hélios s’avança alors lentement et majestueusement à travers les convives pour rejoindre sa place sur le trône. Au passage, il remarqua que personne n’avait encore touché aux plats disposés là. Cynthia ne savait plus où se mettre mais il lui fit signe de l’accompagner. Une fois en haut, il prit la parole.

-Je vous souhaite à tous la bienvenue en ces murs. J’espère que vous passerez un bon moment ici en ce jour de fête du trente et un décembre, mais surtout que chacun puisse être heureux et garder un souvenir inoubliable de cette rencontre ! Nous devons rester forts et soudés, la guerre n’est pas finie, mais je veux que celle-ci ne vous empêche pas de vous détendre et d’oublier vos problèmes au moins un jour dans l’année ! Sans plus attendre, commençons ensemble ce festin et ensuite, nous nous réuniront sur les remparts pour un spectacle un peu spécial ! Sur ce, bonne soirée à tous !

Sa déclaration fut suivie d’un tonnerre d’applaudissements. Les conversations reprirent ensuite. Beaucoup étaient intrigués par la présence de cette petite aux côtés d’Hélios, mais il répondait simplement par « amusez-vous, vous aurez tout le temps de savoir plus tard »

La soirée se prolongea, tous les visages étaient rayonnants de bonheur, aussi bien les riches que les plus pauvres. Hélios faisait le tour des tables, discutant avec les invités, plaisantant avec eux, riant. Tout se passait parfaitement, à une exception près : il gardait toujours précieusement dans sa poche le collier, il attendait le bon moment pour le donner à Célestia, mais celle-ci était invisible parmi la foule. Luna était là, c’était la première fois qu’Hélios voyait un sourire sur ses lèvres depuis longtemps. Elle semblait si détendue, comme si la guerre n’était qu’un lointain souvenir.

Enfin arriva l’heure de monter sur les remparts. Il n’y avait pas beaucoup de place pour accueillir une telle foule, mais personne ne s’en plaignit. Hélios se fondait dans la masse, comme un simple citoyen. Il repéra Célestia un peu plus loin et se hâta d’aller la rejoindre, confiant sa protégée à sa sœur.

-Te voilà enfin Hélios, je tenais à te dire que ce que tu as fait ce soir est allé au-delà de mes espérances, c’est du bon travail.

-C’est grâce à toi, si tu n’avais pas été là, je n’aurai jamais pu organiser un tel spectacle.

Hélios sortit alors le collier de sa poche. C’était le bon moment. Au loin, une explosion de lumière illumina le ciel.

-C’était donc ça que tu nous réservais pour la fin…Dit Célestia émerveillée.

Les dragons hiératiques lançaient des rayons de lumière colorés qui explosaient en millier d’éclats une fois haut dans le ciel. Il ne s’attendait vraiment pas à voir cela, qui aurait cru qu’un jour, ces dragons se rendraient utiles.

Célestia baissa alors les yeux et aperçut le présent qui lui était destiné. Hélios lui tendit aussitôt, pris au dépourvu.

—————————————————————————————————————————————————-je vous la remets au cas ou 😉 http://www.youtube.com/watch?v=DTGwKTegpi8

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-Je…c’est pour toi ; bafouilla-t-il en lui montrant le collier. Je voulais vraiment que toi aussi tu puisses te souvenir éternellement de ce jour…

-Ce n’était pas la peine, te voir te donner tant de mal simplement pour le bonheur des autres m’aurait suffi, mais je suis touchée que tu aies pensé à moi en particulier.

Elle enfila le collier qui brilla à la faible lumière de la lune. Les flocons autour continuaient de tomber, toujours aussi beaux tandis que les feux des dragons illuminaient toujours le ciel noir.

-Je peux savoir à quoi tu penses Hélios ? Lui dit une voix dans sa tête, tu étais sensé exterminer ces dragons, pas t’amuser avec !

-Tais-toi un peu Gariatron ; lui répondit mentalement Hélios. Je ne suis pas d’humeur à me battre avec toi aujourd’hui.

-C…Comment ? S’écria-t-il, je te rappelle que sans moi tu n’es rien et que c’est…

Il rompit instantanément le lien mental qui les unissait. Maintenant, tout était parfait, Hélios n’aurait pas pu rêver d’un plus beau jour. Il aurait aimé que chaque jour de l’année soit comme celui-ci, mais il savait aussi que c’était impossible. Il se tourna vers Célestia, elle était vraiment magnifique avec sa robe de satin, elle avait laissé ses cheveux au naturel pour une fois, mais cela ne faisait que ressortir encore plus leur beauté.

-Merci Célestia, merci pour tout ce que tu as fait pour moi ; pensait-il sans oser le lui dire.

Au loin, l’orchestre se mit à jouer sans qu’Hélios n’ait rien demandé, mais cela lui convenait, une fête sans musique ne pouvait pas être réussie. C’était un air à la fois doux et mélodieux, mais aussi d’une incroyable beauté. Cela résonna dans le cœur d’Hélios, éloignant pour quelque temps les ténèbres qui y grandissaient lentement.

Luna observait son frère de loin, elle semblait heureuse qu’il ait pu trouver enfin un moment de tranquillité malgré ses responsabilités.

La soirée allait bientôt se terminer, mais Hélios ne bougeait pas de sa place, il était comme figé par le froid. Il contemplait les derniers flocons de neige qui se faisaient de plus en plus rares dans la nuit, sous l’œil attentif de Luna et le regard bienveillant de Célestia.





http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

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[fic]: L'avènement des Dieux posté le [16/03/2013] à 10:05

Chapitre 17 : Futur de l’ombre



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Lorsque je rouvris les yeux, la citadelle de glace avait disparu, de même que le décor de fin du monde qui l’accompagnait.

Je me retrouvai dans une grande cour d’école entourée de cinq bâtiments distincts, mais celle-ci ne m’était pas inconnue, je la connaissais même très bien et j’aurais espéré ne jamais y remettre les pieds.

Je me relevai, encore déroutée par le transport peu conventionnel avec lequel j’étais arrivée là. Tout ce dont je me souvenais, c’était ce flash de lumière blanche et cette sensation d’avoir été arrachée à mon corps avant de me réveiller ici sans autre explication.

Je regardai autour de moi. J’étais seule. Derrière moi, dans le hall d’entrée, le cratère de notre dernière bataille était encore là. Visiblement, personne n’avait tenté de le dissimuler depuis le temps.

Je ne pus m’empêcher de me sentir coupable devant cela. C’était ici que Maya et Ambre avaient disparues par ma faute, j’avais été trop prétentieuse, et cela aurait dû me mener à ma perte.

-Pourquoi ? Murmurai-je dans le vide.

Je tournai la tête, incapable de contempler ce triste spectacle plus longtemps. Je fus soudain frappée d’un détail qui m’avait échappé jusque-là : l’école semblait totalement déserte. Plutôt étrange alors que nous étions en pleine période scolaire. En temps normal, même en l’absence de notre bien aimé directeur, les cours devraient avoir lieux, on travaillait même les jours fériés après tout…

Je me mis à déambuler sur le goudron, explorant ou redécouvrant des endroits que j’avais oubliés comme une entrée du sous-sol réservée au directeur que nous avions découverte un jour en nous promenant.

Je poussai la porte qui s’ouvrit en grinçant. La poussière accumulée à l’intérieur me fit tousser lorsque je soulevai un vieux livre. Il n’y avait rien de passionnant en réalité, je ne savais pas pourquoi cet endroit m’avait tant attiré par le passé. Un simple post de radio rouillé, une table et une chaise se tenaient là, ainsi qu’une vielle étagère vide. Je sortis donc, déçue, de l’antre du directeur.

Je ne pus me l’expliquer, mais mes pas m’emmenèrent directement dans mon ancienne salle de classe. Les lumières étaient éteintes, les chaises remontées sur les tables, le tableau propre et fermé. Il y avait même un vieux bout de papier que j’avais jeté durant un cours d’allemand qui trainait encore là, à croire que la vie n’était pas revenue ici depuis mon départ.

Je le ramassai, et je le dépliai. Je reconnus immédiatement l’écriture de Maya. C’était notre dernier jeu ensemble avant que Chapy ne vienne tout gâcher.

Mon cœur se serra. Tout cela appartenait au passé désormais. Je ne savais même pas s’il était réellement possible de sauver mes amies. Je me fiais simplement aux histoires du passé mais rien ne me disait qu’elles étaient vraies et encore moins que la situation était la même.

-Angéla ? Est-ce que c’est toi ?

June me fit sursauter, je ne l’avais même pas entendue arriver à force de me lamenter. J’essuyai rapidement les quelques larmes encore suspendues à mes cils. Je ne voulais pas l’inquiéter encore plus qu’elle ne le paraissait déjà.

Mais…que faisait-elle ici ? J’avais tellement l’habitude de la voir dans cette salle que sa présence ne m’avait même pas étonnée…

-June ! Mais, comment es-tu arrivée là ?

-De la même façon que toi je pense…

Bien sûre, à question stupide, réponse stupide…Il n’y avait aucune raison qu’elle sache ce que nous arrivait plus que moi.

-Tout ce dont je me souviens, reprit-elle, c’est d’avoir été aveuglée puis je me suis réveillée dans un des placards…Mais au moins, ça me rassure de savoir que je ne suis pas seule ici ; me dit-elle en me rejoignant.

-Seule ou non, nous n’avons rien à faire ici ; rétorquai-je. Il faut que nous retournions à la citadelle !

-A mon avis, nous n’avons pas bougé. Cet endroit n’est sûrement qu’une illusion créée de toute pièce, une illusion créée à partir de nos souvenirs communs. Dans quel but ? Je l’ignore, mais comme toutes les illusions, il suffit de la briser.

Je ne sus quoi répondre à cela. June était vraiment brillante quand elle s’y mettait. Jamais je n’aurais pensé à une telle chose. Elle devait sûrement tenir de son père.

Ainsi donc, nous étions dans un rêve ? Cela aurait expliqué cette ambiance sinistre puisque c’était ainsi que je revoyais sans cesse mon école, un endroit lugubre, sans vie et effrayant.

-Une illusion vous dites ? Si seulement c’était le cas ; dit soudain une voix derrière nous.


https://www.youtube.com/watch?v=Gpa6R_hF9uc


Nous nous retournâmes toutes les deux en sursautant, prêtes à nous battre s’il le fallait mais, alors que je pensais voir surgir un sbire de Gariatron, ce fut une jeune fille qui se présenta à nous.

Elle devait avoir à peu près notre âge, était assez grande, aux longs cheveux noirs et aux yeux bleu marine. Son visage était fin et élégant mais ses joues creuses et ses cernes trahissaient sa faiblesse. Elle portait une simple veste en jean déchirée par-dessus un t-shirt rayé noir et blanc ainsi qu’un pantalon assorti à la veste. Cependant, je fus surprise de voir qu’à sa ceinture se trouvaient de nombreuses armes comme des couteaux, un pistolet et même une grenade.

Etrangement, elle me rappelait Darksky. Elle possédait les mêmes mèches et la même frange que lui mais cela ne devait être qu’une coïncidence…

-Je suis étonnée de voir qu’il reste des survivants hors de la base ; continua la jeune fille. Des survivants ayant l’air en pleine forme qui plus est.

-Des…Survivants ? Répéta June en fronçant les sourcils. Qu’est-ce que cela signifie ?

-Vous me semblez un peu perdues toutes les deux ; s’amusa-t-elle. D’où sortez-vous encore ? Vous avez été élevées sous terre toutes ces années ou quoi ?

-Je crois que j’ai raté un épisode…Marmonnai-je en me tournant vers mon amie.

-Toutes ces années…Murmura June, pensive. Quelle est la date d’aujourd’hui ?

-Et bien, cela fait bien longtemps qu’on ne compte plus les jours mais je dirais quelque chose comme l’hiver 2041.

Mon cœur rata un battement en entendant cela et June fronça les sourcils, tressaillant légèrement mais gardant son calme légendaire. Devant nos réactions, la jeune fille pencha la tête sur le côté et prit un air ennuyé.

-Vous m’avez vraiment l’air totalement perdues vous…Et puis, c’est quoi ces vêtements ? On dirait ces vieux trucs d’avant la guerre.


https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8


Je vis mon amie serrer les dents en entendant ces mots et une goutte de sueur perla de son front. Quant à moi, je reculai lentement, réalisant peu à peu ce qui était en train de nous arriver et je n’aimais vraiment pas ça…

Cependant, quelque chose clochait. Tout était exactement tel que nous l’avions laissé et dehors, tout était bien trop calme, même dans la cour je n’avais entendu aucun bruit de moteur venant de l’extérieur alors que nous étions juste à côté d’un grand boulevard. Comment pouvions nous être dans le futur alors que le temps semblait avoir été figé, comme si…

Je réprimai un hoquet de surprise et je me tournai à nouveau vers June, tremblante, venant de réaliser dans quoi nous étions embarquées mais, même si nous avions toutes les preuves devant nous, il me fallait confirmation. Je refusais de croire à une telle chose…

-Est-ce que…Gariatron aurait…

Lorsque je prononçai le nom du démon, la jeune fille sursauta et ses yeux s’arrondir avant de s’emplir de peur et elle regarda de tous les côtés, comme si le simple fait d’évoquer la créature allait nous attirer des ennuis mais cette simple réaction confirma mes pensées…

-June…Murmurai-je.

-Je sais…Ce n’est pas bon du tout…Marmonna-t-elle en serrant les dents. Eh, toi là !

-O…Oui ? Bégaya la mystérieuse fille, surprise.

-Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’il se passe ?

-Sérieusement…Vous sortez vraiment d’une grotte ? S’étonna-t-elle.

-Quelque chose comme ça, oui ; lui répondis-je en voulant éviter les longues explications.

Elle nous regarda bizarrement pendant un instant mais dans ses yeux, il n’y avait aucune méfiance ni aucune crainte, simplement de l’étonnement d’avoir rencontré deux personnes aussi étranges que nous.

-Et bien…Pour faire simple, nous sommes en guerre contre le démon…

-Et quelle est la situation ? Continua June.

-Je ne peux pas vous expliquer tout ça en deux phrases ! Se plaignit la jeune fille. Je ne sais même pas ce que vous savez déjà et…

-Tant pis, pas besoin d’explication après tout. Je sais très bien ce que cela implique si nous sommes toujours en guerre contre le démon trente ans plus tard !

Sans dire un mot de plus, June sortit de la pièce en trombe en poussant la jeune fille, bien décidée à en finir une bonne fois pour toute. J’étais légèrement étonnée de la voir agir de la sorte, elle qui préférait la réflexion à l’action mais je savais qu’il ne fallait même pas tenter de l’arrêter, cela aurait été inutile. Elle pouvait se montrer aussi têtue que moi quand elle avait une idée dans la tête.

Je me retrouvai donc seule en compagnie de la mystérieuse fille qui semblait à présent tout aussi perdue que moi. Ne voulant pas créer davantage de problème, je tentai de détendre un peu l’atmosphère.

-Et la voilà partie…on ne la changera pas ; dis-je en riant légèrement.

-Vous…Ton amie compte sérieusement affronter le démon ? Me demanda-t-elle, abasourdie.

-Je ne sais pas ; lui répondis-je en haussant les épaules. Mais bon, j’imagine qu’elle doit être toujours frustrée que j’ai affronté Hélios à sa place…

-Tu as…Affronté Hélios ? Mais…

La jeune fille recula, les yeux ronds et les mains tremblantes et je compris que je venais de dire quelque chose de stupide. Si Gariatron était toujours présent, cela signifiait qu’Hélios avait disparu depuis plus de trente ans, et mon visage trahissait mon âge…

Devant le malaise que je venais de créer, j’en vins à la conclusion que cacher la vérité plus longtemps était inutile et n’allait pas faire avancer les choses.

-Je ne sais pas comment l’expliquer…mais nous venons du passé ; lâchai-je.

-Du…Passé ? Répéta-t-elle.

Ses yeux s’arrondirent et un léger sourire illumina sa figure tandis qu’une lueur d’espoir passa dans son regard.

-Alors mon père disait vrai…D’autres ont survécu…

-Ton père ? Répétai-je.

-Quelle impolie je fais, je ne me suis même pas présentée : Mon nom est Yuiko Iori, générale de l’armée de libération de l’humanité.

-Et bien…ça c’est un titre…Sifflai-je, impressionnée.

-Et…est-ce que je pourrais connaitre ton nom ? Continua la dénommée Iori.

-Angéla, Angéla Hopper. Dans le passé, j’étais sur le point de combattre Gariatron mais j’ai été happée par une lumière qui m’a transportée ici…

-Angéla…S’il te plait, j’ai une faveur à te demander : accompagne-moi au QG et je t’expliquerai tout une fois là-bas !

-Après avoir récupéré June, pourquoi pas. De toute façon, je ne pense pas avoir beaucoup d’autre option…


https://www.youtube.com/watch?v=XzDzY3Du5No


La figure de Iori s’illumina et, sur ces belles paroles, nous sortîmes de la salle de classe. Lorsque nous descendîmes les escaliers, j’en profitai au passage pour faire un état des lieux. Ils étaient encore plus poussiéreux que d’habitude et chacun de mes pas soulevait un tel nuage que je dus avancer les mains sur le visage pour ne pas être asphyxiée.

Les lumières de garde ne fonctionnaient plus, les fenêtres étaient fêlées de toutes parts et une atmosphère pesante régnait sur ces lieux. La vie semblait avoir quitté l’école depuis longtemps déjà.

Mon regard fut attiré par un petit objet rond et orange posé par terre dans une des aires. Une vielle balle de ping-pong, abandonnée ici. Les toiles d’araignée l’avaient déjà envahie. Le bruit de mes pas résonna longuement dans le couloir vide de présence humaine autre que la mienne et cette Iori. Tout était si calme. Il n’y avait que de vielles tables rouillées, des sacs encore remplis de cahiers de classe et même un stylo qui n’avait pas été rebouché, à croire que cet endroit avait été abandonné précipitamment. Etait-ce vraiment cela le futur ? Un monde où le silence régnait ? Un monde où l’ombre était maitre ?

Iori se rapprocha de moi et jeta également un regard triste à cette scène de désolation.

-Dis-moi, Angéla, tu as connu cette école, n’est-ce pas ? Me demanda-t-elle d’une petite voix.

-Oui mais je n’ai jamais aimé y être. Je m’y suis toujours sentie mal à l’aise…

-Pourtant, cela semblait être un bel endroit.

-Tu parles…Je n’ai jamais passé une seule journée sans me faire crier dessus par un prof en colère ; ris-je en repensant au passé.

-C’est toujours mieux que de passer une journée sous les coups de feu ; me répondit Iori en ramassant une autre balle.

En entendant cela, je serrai la balle dans ma paume jusqu’à entendre son craquement. Je n’aimais peut-être pas l’école mais cette simple phrase suffit à me mettre hors de moi. Il était hors de question que je laisse une telle chose arriver ! Si c’était le futur, rien n’était encore écrit, nous avions toujours le pouvoir de le changer !

Avec cette résolution en tête, je tournai le dos à ce couloir vide et nous traversâmes la cour à grande enjambées. Je passai tout aussi rapidement devant le cratère créé par Hélios dans le hall pour enfin me retrouver dehors, dans la ville elle-même, et je ne pus croire ce que j’avais devant mes yeux.

Paris, la ville lumière était totalement en ruines. Les immeubles, autrefois si beaux et si élégants se résumaient désormais à de simples murs troués de toutes parts par des impacts. Les rues elles-mêmes n’étaient plus praticables, comme si un séisme avait complètement changé ce paysage et que personne n’était venu depuis.

Les voitures s’entassaient au milieu de la chaussée, elles-aussi abandonnées de leur propriétaire et en miettes. Le boulevard, de mon temps si bruyant, ne produisait plus aucun son, excepté celui d’une lutte violente et d’explosion. Il devait sûrement s’agir de June.


https://www.youtube.com/watch?v=gIi-crTFllI


Je ne réfléchis pas une seconde de plus et j’allai la rejoindre, suivie de près par Iori qui avait dégainé son arme, à l’affut du moindre mouvement suspect.

Comme je le pensais, mon amie était en train de se battre en duel, et ça n’allait pas fort pour elle. Ses ennemis devaient au moins être dix contre elle et ne semblaient pas lui faire de cadeau. Je ne pus m’empêcher de frissonner en constant que ses adversaires n’étaient autre que toujours plus de singes…Je commençais vraiment à faire une indigestion de ces créatures…

-Allez-vous en stupide macaques ! Cria-t-elle.

Ses yeux s’illuminèrent d’un vert inquiétant tandis qu’un halo rouge se formait au-dessus d’elle, ce qui ne sembla pas impressionner ses ennemis qui redoublèrent leurs assauts.

-Apparais, messager du ciel, créateur des tempêtes : Simorgh, oiseau de divinité !

Le grand oiseau vert déploya ses ailes puis poussa un cri perçant et si aigu qu’il déstabilisa tous ses adversaires et que Iori fut obligée de se boucher les oreilles.

-Il est temps d’en finir Simorgh, vent divin !

L’oiseau créa une tornade qui emporta tous les singes avec elle. Je dus m’accrocher à un lampadaire qui tenait encore à peine debout pour ne pas être emportée par la puissance du vent.

Lorsqu’elle se dissipa, la tornade laissa tomber à terre tous les adversaires de June. Pas un seul ne semblait encore en état de se battre après une telle attaque. Mais mon amie aussi avait l’air épuisée, elle avait sans doute utilisé beaucoup de ressources pour faire appel à un tel monstre.

Je me précipitai pour aller la rejoindre.

-Angéla ; dit-elle avec un regard terrifié, fait attention, il pourrait en arriver d’autres !

-D’autres ? Tu veux dire que ce ne sont pas les premiers ?

-Non, c’était la troisième vague, et je suis sûre qu’ils ne vont pas s’arrêter là…Nous devons trouver un abri et vite sinon…

Elle tenta de faire un pas mais chancela aussitôt. Iori la rattrapa juste avant que sa tête ne cogne le sol et son expression se durcit immédiatement.

-Livrer un duel dans ce monde…Ton amie doit être bien courageuse ou totalement inconsciente…

-June ! Dis-je affolée. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Sa respiration était saccadée. Je remarquai avec effroi son teint blême. Elle devait être épuisée après tous ces combats. Ses points de vie n’étaient pas au plus haut point non plus, il lui en restait à peine 500. Elle n’aurait pas pu tenir une quatrième vague.

Mon regard se porta sur l’école. Là-bas, nous ne devrions pas être embêtées. Mais encore fallait-il y arriver, et dans son état, je doutai que June puisse marcher…

Comme prévu, un nouveau bataillon arriva, et ils étaient bien plus nombreux cette fois-ci. Ils nous encerclèrent rapidement, si bien qu’il nous était impossible de nous enfuir, plus d’autres choix que de nous battre.

Cependant, alors que je sortais mon disque de duel, Iori posa délicatement June à terre pour faire face à nos ennemis. Ils n’étaient que vingt.


https://www.youtube.com/watch?v=SgBqSEyCZBE


-Angéla…Reste derrière s’il te plait pour protéger ton amie et, quoiqu’il arrive, n’interviens pas ; m’ordonna la jeune fille.

Je n’eus aucune objection à cela, n’ayant moi-même aucune envie de me confronter une nouvelle fois à a ces macaques et je pris mes distances, portant June dans mes bras.

Mais, alors que je pensais que Iori allait se servir de ses armes, cette dernière fut entourée soudainement d’un halo d’énergie doré tandis que l’air se mit à tourbillonner autour d’elle, faisant reculer les singes. Ses cheveux se mirent à crépiter et je pus voir comme des petits éclairs s’en échapper.

Après un instant d’hésitation, les monstres passèrent à l’attaque, se jetant tous en même temps sur la jeune fille mais cette dernière, d’un geste ample du bras, projeta une lame d’énergie qui transperça les macaques comme de vulgaires bouts de papiers.

Néanmoins, même si cette vague d’ennemis avait été vaincue, une autre prit immédiatement sa place et repassa à l’attaque. Elle fut décimée exactement de la même façon.

J’étais impressionnée par les pouvoirs de la jeune fille. Tout comme Hélios le faisait par le passé, elle semblait capable d’utiliser la puissance de ses propres monstres comme la sienne…

Mais, alors que Iori était occupée avec les vagues constantes d’ennemis arrivant d’un côté, elle ne vit par surgir derrière nous d’autres singes, armés jusqu’aux dents.

Oubliant ses instructions, je me levai d’un bond et activai mon disque de duel, prête à en découdre.

-Viens à moi, Kris…

-Ouroboros : Absolute Zero ! S’écria une voix surgit de nulle part qui m’interrompit dans mon action.

Un rayon de glace sombre atteignit de plein fouet les ennemis pour ne laisser ensuite qu’un cratère glacé, fumant et vide. L’attaque ne s’arrêta pas là et, visant la rue par laquelle tous les adversaires de Iori arrivaient, le monstre créa un épais mur, arrêtant ainsi les assauts.

Je regardai presque effrayée la créature qui avaient créé un tel désastre. Elle planait au-dessus de nos têtes majestueusement et je la reconnus aussitôt pour l’avoir vue en action plusieurs fois dans le jeu de Darksky, à la différence qu’elle était noire comme le jais…

Voyant la grimace de Iori à l’arrivée de ce dragon, j’eu peur pendant un instant qu’elle ne me prenne pour cible également, mais elle ne bougea pas, attendant certainement un ordre de leur maître.

Je le vis, ou plutôt je la vis comme il s’agissait d’une femme, sur le toit d’un des immeubles en face de nous. Elle en sauta et retomba sur ses jambes, ignorant les vingt mètres qui la séparaient du sol et nous fixa d’un regard noir.

Elle était grande, assez maigre et devait avoir autour de quarante ans. De longs cheveux bruns volaient gracieusement derrière elle de même qu’une longue cape de la même couleur. Elle portait des vêtements sombres et sobres, un tee-shirt et une jupe, noirs tandis que ses yeux vert émeraude brillaient de colère et de soulagement.

-Iori, es-tu complètement folle pour sortir à une heure pareille alors que tous les gardes sont en patrouille ? ! S’écria-t-elle, furieuse.

La jeune fille grimaça et tenta de se cacher derrière moi et c’est ainsi que le regard de la femme se posa sur June et moi.

Elle se stoppa net et me regarda attentivement, consternée, comme si elle avait vu un fantôme. Lorsqu’elle me dévisagea, j’en profitai pour l’examiner attentivement et ses yeux et son regard me rappelèrent quelque chose.

-An…Angéla ? J…June ? Balbutia-t-elle.

La mémoire me revint d’un seul coup : ce dragon, ce regard si vert, ces cheveux couleurs bois, et cette voix ! Cette personne ne pouvait tout de même pas être…

-Laura ! M’exclamai-je presque soulagée de la voir.

-Mais…vous avez disparu depuis plus de vingt ans ! S’écria-t-elle.

-C’est assez compliqué ; tentai-je d’expliquer malgré mon angoisse pour June. Mais pour l’heure, le plus important est de trouver un refuge pour June.

Laura fronça les sourcils et son regard repassa sur Iori qui, d’un hochement de tête, lui confirma qu’il n’y avait aucun risque.

-Bien, si Iori vous fait confiance, moi aussi. Mais vous avez intérêt à vous expliquer une fois au QG ; dit Laura après un moment de réflexion à observer mon amie.


https://www.youtube.com/watch?v=x0n5yObwyDE


La femme nous emmena de l’autre côté du boulevard, puis, après avoir vérifié des deux côtés que la voie était libre, elle s’engagea dans la rue qui se trouvait dans le prolongement. June se trouvait sur le dos d’Ouroboros, ce qui m’évitait au moins de la porter et Iori assurait nos arrières.

Nous franchîmes ainsi plusieurs ruelles désertes en évitant les grandes artères, dans un silence de mort. Même les battements d’ailes d’ouroboros se confondaient avec une simple brise.

Partout où nous passions, les immeubles tenaient à peine debout. Certaines portes étaient fracassées, tandis que d’autres n’existaient tout simplement plus.

J’eus l’impression d’avoir traversé tout Paris lorsque nous nous arrêtâmes enfin, et j’avais raison. Je n’avais quasiment pas fait attention aux rues que nous traversions tant j’étais angoissée à l’idée de retomber sur ces singes si bien que j’eus un moment d’arrêt en voyant là où nous étions.

-Je…je peux savoir ce que nous faisons à la tour Eiffel ? Demandai-je entre deux respirations.

-Vous allez bientôt comprendre ; me répondit Iori avec enthousiasme.

Laura nous entraîna sous la tour, exactement au milieu des quatre arcs qui la soutenait. Je trouvai étrange que ce monument ait échappé à la destruction en voyant l’état des autres bâtiments. La tour était presque intacte, mis à part quelques traces de rouille sur la structure métallique.

Laura inséra ses deux cartes dans un boitier en face d’elle puis je sentis le sol se dérober sous mes pieds. Non, ce n’était pas ça. Nous étions sur une plate-forme qui s’enfonçait sous terre.


https://www.youtube.com/watch?v=Gpa6R_hF9uc


Les portes s’ouvrirent une minute plus tard après une longue descente dans un tunnel sombre sur un grand espace recouvert de blanc et bruyant dans lequel des centaines de personnes allaient et venaient sans cesse. Il y avait dans cet endroit toutes sortes de choses surprenantes, un champ de blé miniature, un élevage de chèvres, une rivière souterraine et même des immeubles de trois ou quatre étages. Mais le plus surprenant n’était pas la structure, mais les personnes qui s’y trouvaient. Il n’y avait pas que des humains ici, des esprits de monstres de duel se baladaient librement et aidaient les hommes dans leurs taches.

A peine arrivées, Iori s’éclipsa et me laissa seule avec Laura et June qui était toujours inconsciente.

-Elle en fait beaucoup pour son père depuis la mort de sa mère ; soupira la grande brune en enlevant sa cape.

-Tu peux me dire où nous sommes ? Demandai-je déconcertée.

-Ceci est le quartier général de la résistance en France…ainsi que le seul…

-Tu veux dire…

-Tout s’est passé si vite ; me dit-elle avec un voile de tristesse dans le regard. Lorsque vous avez disparu, Darksky et Drago se sont battus contre Gariatron mais n’ont pas été capable de l’arrêter…

-Attends, tu veux dire que…

La femme secoua la tête d’un air triste et je sentis un grand vide au fond de moi. Même si je savais que ce monde n’était pas le mien et que rien de tout cela n’était encore arrivé, savoir que cette possibilité existait me faisait froid dans le dos.

-Drago a été vaincu mais Darksky a été capable de s’enfuir et c’est ainsi qu’est née la résistance.

-Et où est-il en ce moment ? M’exclamai-je.

-Cela fait bien longtemps qu’on ne l’a pas vu ; se contenta de répondre Laura évasivement. Seule Marie réussit à avoir des nouvelles de temps en temps, de même que Iori…

Je voulus la questionner davantage mais la fatigue me rattrapa et je me sentis chancelante. Voyant cela, l’ancienne amie de Darksky m’emmena June et moi à l’hôpital le plus proche, et ce n’était pas ce qui manquait dans cette ville souterraine.

Mon amie fut expédiée en urgence dans une chambre tandis que moi, je me laissai tomber sur la première chaise que je vis et Laura s’assit à côté de moi, l’air pensive.

Nous restâmes de longues minutes assises sur ces chaises sans rien nous dire, regardant simplement droit devant nous.

Je profitai de ce moment de repos pour faire le point. J’avais toujours du mal à réaliser que nous nous trouvions dans le futur, un futur chaotique de plus, dans lequel Drago était mort et Darksky avait sombré…A croire que les choses n’auraient pas pu être pires…Je me demandais bien pourquoi Shadow nous avaient transportées ici…

Soudain, je me rendis compte de quelque chose et je me tournai vers Laura.


https://www.youtube.com/watch?v=4TTzGc6rCa0


-Mais attends une minute…Tu n’étais pas l’alliée de Gariatron ? M’étranglai-je. Pourquoi as-tu retourné ta veste comme ça ?

-Disons que ce monde n’était pas celui que je désirais…et mon père non plus…Me répondit-elle en souriant légèrement.

-Ton…Père ? Répétai-je sans comprendre.

La femme soupira et regarda fixement le sol en croisant les mains.

-J’ai fait de nombreuses erreurs par le passé ; dit-elle dans un murmure, mais il n’a cessé de croire en moi, même lorsque tout espoir semblait alors que moi, je n’étais aveuglée que par la colère et la jalousie…J’étais bien stupide à l’époque…

Laura n’ajouta rien et se perdit dans ses pensées. Cependant, j’avais eu la réponse que j’attendais. Il fallait que je le dise à Darksky une fois rentrée dans mon époque…d’une manière ou d’une autre.


https://www.youtube.com/watch?v=_pv9kOEWIXY


Soudain, une explosion se fit entendre au loin et une alarme retentit dans le hall de l’hôpital tandis que toutes les lumières virèrent au rouge. Les passants s’affolèrent et Laura se leva d’un bond, les yeux remplis de peur avant de se précipiter à l’extérieur.

Devinant facilement le pourquoi de cette alarme, je ne me fis pas prier et je rejoignis la femme dehors.

Un épais nuage de poussière s’étendait dans la ville souterraine et tous les passants avaient disparu pour ne laisser qu’un silence de mort assourdissant et pesant.

Après plusieurs instants pendant lesquels la tension était palpable, la porte par laquelle nous étions entrées dans la cité vola en éclat dans un vacarme assourdissant.

Laura fit un bond en arrière pour éviter les débris et Ouroboros réapparut à ses côtés, grognant et s’agitant dans tous les sens.

Lorsque la poussière se dissipa, je pus apercevoir la créature responsable de ce chaos, celle qui m’avait pris mes amies et celle qui avait tué Drago : Gariatron, accompagné de centaines d’esprits de duel soldats.

-Et bien, je vois que Shadow a bien fait son travail ; siffla la créature avec un sourire carnassier sur les lèvres.

-Gariatron…Grognai-je en serrant les dents, me retenant de l’attaquer de front.

-Viens, Angéla, toi qui n’est pas de cette époque, je te défie de changer le destin de ce monde ! S’exclama le démon en projetant une lame d’ombre vers nous.

Je m’apprêtai à riposter mais Laura fut plus rapide que moi et arrêta net l’attaque avec un mur de glace créé par son dragon.

Le démon eut l’air légèrement surpris de trouver de la résistance mais ne se laissa pas déstabiliser.

-Oh ? Laura, tu t’opposes encore à moi malgré toutes tes défaites passées ?

-Et je n’arrêterai pas, Gariatron ; répondit sèchement la brune.

-Vraiment ? Et qui te dit que cette fois-ci, tu seras en mesure de remporter la victoire ? S’amusa le démon.

-Tout simplement parce que dix-sept années ont passé ; lança Laura avec un petit sourire espiègle sur son visage.


https://www.youtube.com/watch?v=pjLekG0YJZM


Gariatron pencha la tête sur le côté et, au même moment, une voix puissante résonna dans la rue :

-Eternal Light !

Un rayon de lumière surgit de nulle part derrière nous et alla frapper Gariatron droit dans le ventre. Ce dernier fut repoussé si violemment qu’il traversa un mur qui s’écroula sur lui. Un instant plus tard, Iori apparut à nos côtés, à nouveau entouré de cette aura dorée tandis que dans ses mains, deux sphères d’énergie crépitaient.

-D…Désolé pour le retard ; bégaya-t-elle.

-Mais tu es juste à l’heure, Iori ; lui répondit Laura, amusée.

Gariatron émergea des débris, écumant de rage, un halo d’énergie noir l’entourant et ses yeux virèrent au rouge sang.

-Luminion…Encore et toujours à me mettre des bâtons dans les roues celui-là ! Hurla-t-il.

Sans autre sommation, Iori envoya un autre rayon de lumière vers Gariatron mais le démon l’esquiva cette fois-ci et se jeta sur la jeune fille. Laura tenta de s’interposer avec Ouroboros mais les murs de glaces furent inefficaces pour l’arrêter.

Gariatron asséna un puissant coup de poing à la jeune fille qui glissa sur plusieurs mètres mais ne tomba pas, tenant incroyablement bien une attaque qui aurait certainement dû lui briser les os…

Je voulus lui prêter main forte mais je fus séparée de Laura et Iori par un esprit de duel me barrant la route et m’obligeant à reculer.

Mais je ne comptais pas me laisser impressionner pour si peu. J’avais toujours une dent contre Gariatron et il était grand temps de me venger de lui, surtout si je n’avais pas pu le faire dans le passé !

-Viens nous rejoindre, Athéna !

A mes côtés s’éleva une grande guerrière aux cheveux d’argents et armée d’une lance et d’un bouclier. Tout en l’invoquant, je matérialisai également les mêmes armes que la déesse dans mes mains et je souris. Moi qui avais toujours voulu me battre un jour comme les héros de mythologie, j’en avais enfin l’occasion…

Avec un cri de guerre, et en synchro avec Athéna, nous nous jetâmes sur le monstre. Celui-ci tenta de nous asséna un coup de griffe mais la guerrière para facilement l’attaque pendant que je plantai mon arme dans le torse de la créature.

Aussitôt, elle s’évapora dans un millier d’étoiles dorées et fut rapidement remplacée par d’autres. Je ne me laissai pas démonter et je continuai mes assauts.

Ainsi, oubliant totalement le danger, je me jetai à bras ouverts dans la bataille. Je chargeai tête baissée avec ma lance et Athéna assurait mes arrières puis nous échangions les rôles, terrassant de la sorte des dizaines et des dizaines d’ennemis.

Je sautai, courai, esquivai, parai et attaquai sans un seul instant de répit, décimant sans compter l’armée de Gariatron. Au loin, je voyais que la bataille entre le démon et mes deux alliées faisait rage mais il m’était toujours impossible de les rejoindre à cause de la masse d’ennemis…

Soudain, alors que je m’apprêtai à terrasser un autre ennemi, un deuxième arriva par le sol et Athéna fut incapable de me protéger de cette attaque. Je fus donc me jeter maladroitement sur le côté mais je ratai mon atterrissage, trébuchant sur un débris de mur.

Athéna tenta de me rejoindre mais, baissant sa garde, l’un des monstres en profitant pour cracher une rafale de flammes qui nous sépara et me laissa totalement à la merci de la seconde créature…

Je serrai les dents. Je n’avais pas peur. J’étais simplement furieuse contre moi-même d’avoir commis une erreur aussi stupide et qui allait me coûter cher à présent…

Le monstre se jeta sur moi et, dans un dernier effort, je levai le frêle bouclier devant moi pour me protéger mais je n’eus pas l’occasion de m’en servir. En effet, le monstre fut arrêté dans sa course par une force invisible avant d’être projeté à l’autre bout de la salle, sous mes yeux ébahis…

-Et bien, je ne peux pas te laisser seule une seconde on dirait ; ricana une voix à quelques mètres de moi.

-J…June ? M’écriai-je aussi surprise qu’heureuse de l’entendre.

Je me mis à regarder de tous les côtés mais je ne pus repérer mon amie alors que sa voix était toute proche…

L’air à ma gauche se mit alors à tourbillonner et, comme un fantôme, June apparut, chevauchant un petit dragon rouge. Mon amie sauta à terre et j’écarquillai les yeux, interdite.

-Mais…Comment ? Tu étais…

-La médecine du futur est formidable ; s’amusa-t-elle en s’étirant. Mais je crois que nous n’avons pas vraiment le temps de parler de ça, Iori et Laura semblent avoir des problèmes…

Je jetai un coup d’œil aux deux combattantes et, effectivement, elles ne semblaient pas en excellente posture…Gariatron répétai les assauts incessants et ne laissait pas une seule seconde aux deux filles pour reprendre leur souffle.

Soudain, le démon projeta une boule d’énergie droit sur Iori qui fut incapable de l’esquiver et qui fut projetée en arrière, traversant plusieurs maisons avant de se faire ensevelir par des débris…

-Allez, Angéla, il est temps de jouer aux héroïnes ; me dit June en me tenant une main pour me relever.

-C’est ma phrase ça ! Protestai-je en attrapant sa main.

Nous nous regardâmes pendant un instant, mi amusées, mi sérieuses. Nous n’avions pas besoin de nous parler, nous savions ce qu’il nous restait à faire à présent.

D’un accord tacite, June disparut à nouveau avec son dragon et m’ouvrit la voie, attaquant furtivement les monstres pour me dégager un passage dans lequel je m’engouffrai, accompagnée d’Athéna qui repoussait les attaques à distance.

Grace à June, je franchis aisément la distance qui me séparait de Gariatron et, sans réfléchir, j’ordonnai à Athéna de s’interposer au moment où le démon attaquait une nouvelle fois Laura tandis que mon amie alla aider Iori à se dégager.

Le visage du démon se crispa et je crus lire un léger soulagement dans les yeux de Laura à mon intervention.

Mais, alors que je pensais que ma venue allait le déstabiliser et nous donner un instant de répit, Gariatron devint comme fou, je crus même qu’il allait exploser, au sens propre, tant il faisait trembler les murs.

-Assez ! Hurla-t-il. Angéla, je comptai me servir de toi pour perturber le destin mais puisque tu en sembles incapable, je vais me contenter de tous vous exterminer une bonne fois pour toute !

-Non ! Cela n’arrivera pas ; s’exclama Laura en s’avançant d’un pas vers lui, une détermination sans faille brulant dans son regard.

-Tu imagines toujours que vous, simples humains, vous pouvez résister à un démon tel que moi ! Quelle ineptie, je m’en vais vous montrer mon véritable pouvoir !

Une énergie noire tourbillonna alors autour de lui, et nous prit au piège. Je vis une forme sombre s’élever au-dessus de lui, une sorte d’immense serpent ailé et sombre et mon cœur s’accéléra.

Quand enfin le serpent se fut détaché totalement de son ancien corps, je vis celui d’Hélios tomber mollement à terre, exactement tel que nous l’avions vu disparaitre.

L’essence de Gariatron s’était finalement totalement régénérée, il ne devait plus avoir besoin du corps d’Hélios pour rester dans ce monde.

Le démon nous faisait face du haut de ses dix mètres, majestueux et terrifiant à la fois…Il poussa un rugissement qui fit cesser immédiatement tous les combats en place et toutes les têtes, alliées et ennemies, se tournèrent vers le roi des démons puis un silence de mort tomba sur le quartier général, tous attendant ce que Gariatron avait à dire.

-Cette guerre…n’a que trop duré, et il est temps d’y mettre un terme ! Moi, Gariatron, roi des six démons originels, je fais le serment ici et maintenant de détruire tout ce qui vit sur cette terre ! Il n’y a plus d’échappatoire !

Il planta ses griffes démoniaques dans le sol, et une onde de choc se propagea tout autour de nous, faisant trembler ciel et terre.


https://www.youtube.com/watch?v=EgWDYeXDCS4


-Je ne laisserai pas cela arriver ; rétorqua Laura en serrant le pendentif qu’elle avait autour du cou. Il a donné tout ce qu’il avait pour un monde meilleur, un monde où je pourrais enfin vivre heureuse.

Des larmes coulèrent de sa figure lorsqu’elle dit cela et cristallisèrent aussitôt en perles glacées.

-Je ne peux pas, je ne dois pas échouer ! Toutes les personnes ici ne veulent qu’une seule chose, pouvoir vivre tout simplement, et je compte bien réaliser leur souhait, même si je dois y laisser ma propre vie !

-Tu penses vraiment que les pouvoirs que j’ai conférés à ta famille seront suffisants pour me vaincre ? Voilà ce que je déteste le plus dans l’humanité, ce sentiment de se sentir toujours supérieur, vous me faites penser à Luminion…

-Tu as tout faux, je n’ai jamais prétendu pouvoir te vaincre et m’en sortir indemne. Je suis, nous sommes tous animés par le sentiment de l’espoir, mais tu ne peux sûrement pas comprendre…

-L’espoir ? Dit-il, étonné de sa réponse. Ridicule, c’est un sentiment pour les faibles ! La volonté, le courage, l’espoir, tout cela est réservé aux faibles comme Luminion ! Je vais vous prouver que seule la force compte dans un combat !

-Unis comme un seul esprit, la puissance des ténèbres s’alliera à celle de la lumière, la galaxie, les cieux, la terre et les gardiens se dresseront contre l’oppresseur…Récita Laura dans un murmure.

Elle jeta un regard dans ma direction. Il ne nous en fallait pas plus pour nous faire comprendre. Je pris sa main et je sentis une énergie indescriptible m’envahir.

-Reçois le, notre espoir à tous !

Une vague d’énergie blanche et éblouissante fusa à toute vitesse vers Gariatron, qui ne se laissa pas déstabiliser par cette manifestation de puissance et riposta en soufflant un feu noir.

Les deux rayons se percutèrent et libérèrent une telle énergie qu’elle balaya tous les soldats autour de nous. Aucun des deux ne semblait vouloir renoncer ni céder un millimètre de terrain l’ennemi. Les deux puissances étaient de puissances égales, la lumière égalait les ténèbres à un niveau encore jamais atteint auparavant.

-Je dois bien avouer que tu m’impressionnes Laura, développer ton pouvoir de cette façon n’est pas donné à tout le monde, même pas à ton père, mais il ne représente qu’une infime partie du mien, une goutte d’eau dans un océan que je vais noyer !

-Oui, tu as peut-être raison, mais ce sont ces mêmes gouttes d’eau qui ensemble forment ton océan si précieux.

-Les beaux mots ne te sauveront pas Laura, seuls les actes comptent ! Rugit le démon.

L’énergie de Laura semblait faiblir alors que celle de Gariatron allait en augmentant. Nous perdions peu à peu du terrain, et ne nous pouvions rien faire pour l’en empêcher…

Soudain, deux nouveaux rayons se mêlèrent au nôtre, amplifiant notre puissante et nous faisant regagner lentement du terrain sur le souffle de feu noir de Gariatron.

-Gariatron…Je sauverai mon père des ténèbres dans lesquelles il est plongé par ta faute ! S’écria Iori derrière nous.

-Je n’ai pas de grand discours à faire…Mais, même si mes raisons ne sont pas personnelles, je refuse de voir souffrir autant de monde par la faute d’un seul être ! Ajouta June en prenant place à mes côtés.

-Iori…June…Laura…Murmurai-je, impressionnée par leur courage.

-Je ne renoncerai pas Gariatron ! Enchaina Laura, soudain entourée d’une aura aussi sombre que celle de Gariatron. Ren n’est perdu tant que l’on n’est pas à terre ! Subzero Darkness !

Le rayon de lumière de Laura gagna en intensité et surtout en puissance, virant au bleu glacé si bien que le sol et le plafond commencèrent à se fissurer rien qu’avec l’énergie dégagée par le choc entre les deux attaques.

Leurs puissances étaient égales. Il était totalement impossible de dire qui l’emportait sur l’autre mais je ne laissai pas impressionner, tout comme June et Iori, je mêlai toute la puissance d’Athéna dans cet ultime explosion d’énergie.

-Je suis un démon ! Je ne crois pas aux miracles, je les crée ! Et voilà le miracle que je vais vous montrer : votre disparition définitive de cette pla…

Il laissa sa phrase en suspens, tandis que je vis ses yeux s’agrandir de surprise, si bien qu’il cessa immédiatement son attaque. Laura saisit ce moment de distraction pour lui porter le coup de grâce. La lumière qu’elle irradiait fusa en direction de notre ennemi qui n’eut le temps de de pousser un rugissement de surprise avant de se faire baigner par l’aura pure de Laura.

Une nouvelle explosion de lumière illumina la pièce et nous aveugla totalement pendant plusieurs secondes. Mon cœur battait à tout rompre et je sentais le sang frapper contre mes veines à l’intérieur de moi tandis que j’haletai, à bout de souffle après une telle attaque.

-Est-ce que c’est terminé ? Demanda June avec une pointe de doute dans sa voix.

-Je crois que o…

Cependant, lorsque la lumière du rayon se dissipa, nous le vîmes, affaibli, mais en vie. Gariatron se retourna, furieux.

Hélios s’était relevé. Il avait un air patibulaire, mais un sourire cruel illuminait son visage.

-T…Toi ! Bégaya Gariatron comme à bout de souffle.

Il fit trois pas chancelant vers le seigneur soleil avant de s’écrouler. Lorsque son corps heurta le sol de la pièce, je crus qu’elle allait s’effondrer mais elle tint bond.

Tous les regards étaient figés sur le démon et sur Hélios qui se faisaient face. Les combats avaient cessé et tous attendaient l’issue finale.

Gariatron ne faisait plus un seul mouvement, une épée d’or était plantée profondément dans son dos et du sang noir en dégoulinait, mais nous pouvions toujours entendre son souffle rauque dans le silence de la salle.


https://www.youtube.com/watch?v=MdPL3–hZzo


-C’est terminé Gariatron ; dit enfin Hélios, plus jamais tu ne sèmeras la terreur sur terre.

-J…J’ai…perdu ? Je…Je n’imaginais pas les choses ainsi ; murmura Gariatron d’une voix déformée par la douleur. Ainsi, je suis trahi par celui qui autrefois a fait en sorte que je vive…encore une fois…

Il y avait dans ses paroles comme du regret, une sorte de nostalgie d’un autre temps désormais révolu. Mais pouvait-il ressentir un tel sentiment ? Je n’avais jamais imaginé le démon qui se tenait devant moi ressentir la moindre émotion positive. Mais tous les êtres vivants ne sont-ils pas régis par les mêmes lois ? Mais Gariatron était-il un simple être vivant, ou bien une créature fantastique telle qu’elles sont décrites dans les livres ? Je ne savais plus quoi penser, toutes ces histoires d’origine m’avaient totalement embrouillé l’esprit.

-Non Gariatron, c’est toi qui t’es éloigné de la vérité.

-C…Comment ? Répondit ce dernier dans un souffle à peine audible.

-Ta haine contre l’humanité t’a conduit à faire des choses que jamais tu n’aurais fait en temps normal, des choses que toi-même, si tu prenais le temps de revenir sur ton passé, tu condamnerais. As-tu oublié ton véritable but, celui pour quoi j’ai accepté de t’héberger ?

-Les humains…Murmura-t-il, le regard plongé dans le vide.

Le démon ne répondit rien de plus et se contenta de fermer les yeux. Le silence pesant qui régnait ne se dissipa que lorsqu’il les rouvrit, une esquisse de sourire sur son visage de serpent, mais cette fois ci, non pas un sourire assassin, mais de tranquillité.

-Je déteste…vraiment les humains…Soupira-t-il.

Il tourna son long cou dans notre direction et nous adressa la parole :

-Iori…Laura…Je n’aurais jamais cru dire cela un jour mais…vous m’avez surpassé…Vous, de simple humaines insignifiantes…

-Je…Je ne sais pas si je dois le prendre comme un compliment…bégaya la jeune fille, gênée.

Laura répondit d’un signe de la tête, encore trop bouleversée par ce qu’elle voyait pour dire autre chose.

-Si Luminion vous voyait, je suis sûr qu’il serait fier de vous.

Le démon puisa alors dans ses dernières ressources pour nous faire face une dernière fois. La bataille avait totalement détruit le plafond de la salle, et le ciel était désormais visible, même dix mètres sous terre.

Le soleil pointait timidement ses rayons parmi les fissures des murs, un ciel bleu azur s’étendait au-dessus de nos têtes. C’était apparemment la première fois depuis longtemps qu’il brillait ainsi pour Laura et les autres à en juger par leur regard.

-Je n’aurai jamais cru pouvoir revoir un jour le soleil ; l’amie de Darksky, émerveillée par ce phénomène si normal qu’est un lever de soleil le matin.

Le corps de Gariatron, baigné par cette lumière, scintillait de mille feux…Non, c’était son propre corps qui émanait cette lumière.

-Angéla, June ; dit-il soudainement ; ce que j’ai tenté de faire en vous transportant ici…était stupide…Je compte sur vous pour me faire réaliser cela dans le passé…

-Euh…oui, bien entendu, répondis-je déconcertée par sa question si soudaine.

Son corps se décomposa alors en une trainée d’étoiles et de faisceaux de lumières se propageant rapidement au dehors par l’ouverture du toit et lentement, je le vis se fondre dans la clarté du matin.

-Adieu Hélios, je…suis désolé, rien ne pourra pardonner ce que j’ai fait, je le sais bien…dit-il dans un dernier murmure.

-Je ne sais pas si je pourrais t’en vouloir, je suis aussi fautif que toi ; lança le roi en haussant les épaules.

Gariatron sourit et poussa alors un dernier rugissement avant de disparaitre totalement pour ne laisser qu’un éclat de lumière se dissipant peu à peu.

C’est alors qu’une plume d’un blanc immaculé vint se poser délicatement juste devant moi. Etait-ce…un cadeau d’adieu de Gariatron ? Dans le doute, je mis l’objet dans ma poche et je le conservais précieusement.

Je me tournai vers June, lui lançant un sourire satisfait et elle me le rendit. Nous frappâmes nos bras en signe de victoire tandis que timidement, des têtes émergeaient des habitations. Rapidement, les rues furent bondées d’humains et d’esprits, tantôt abasourdis, tantôt pleurant de joie.

-C…C’est la première fois que je vois le soleil…S’émerveilla Iori, des étoiles dans les yeux. Il est si…chaud et réconfortant…

-Tu vas pouvoir profiter des bains de soleil à la plage maintenant ! Lui dis-je en riant.

-Avant de penser à retourner à la plage, il va falloir tout reconstruire…ça ne va pas être une mince affaire…Soupira Laura.

-Vraiment ? Pourtant cela devrait être un jeu d’enfant pour celle qui a vaincu le démon ! S’exclama Hélios.

-Je vous rappelle que c’est tout de même à cause de vous si nous en sommes là maintenant ! Lui dit Laura, menaçante, alors vous allez mettre la main à la pâte et plus vite que ça !

-Oui…c’est vrai, vous n’avez pas tort…mais…

-Il n’y a pas de mais qui tienne Hélios ! Vous reconstruirez comme tout le monde ! Vous serez même le premier !

-Eh ! Il faut se calmer mon enfant ; dit-il sur la défensive, détendez-vous, le mal est parti, nous avons tout notre temps, rien ne presse.

-Me détendre ?! S’exclama Laura. Vous plaisantez j’espère, ce n’est pas le moment de bayer aux corneilles, il nous faut encore rassembler les derniers partisans de Gariatron, prévenir tout le réseau de notre victoire, balayer les décombres, réhabiliter la surface…

Pendant que Laura exposait son cahier de charge, Hélios levait les yeux au ciel et haussait les épaules. Iori tenta de les calmer, en vain et elle se fit expulser de la conversation, jugée comme trop jeune pour comprendre et la jeune fille vint bouder à côté de nous.

-Et voilà, dès que la guerre est finie, je passe de générale à gamine ! Se plaignit-elle en gonflant les joues.

-En les voyant tous les deux, je trouve que tu es la plus adulte du lot, lui répondit June, amusée.

-En même temps, tu es en train de supposer qu’Hélios est un adulte…ce qui me parait assez faux…rétorquai-je en me souvenant de sa course de Dragons.

Nous éclatâmes de rire toutes les trois pendant que Laura et Hélios continuaient à sa chamailler comme deux gamins.

Mais, en un sens, cela me faisait chaud au cœur de voir que les problèmes du quotidien refaisant rapidement surface.

Soudain, June et moi fûmes entourées de la même lumière que celle ayant enveloppé Gariatron un peu plus tôt et nos corps commencèrent à devenir translucides. Je compris alors que, à présent que le démon avait disparu, nous ne pouvions pas rester plus longtemps dans ce monde qui n’était pas le nôtre.

Iori sursauta et Hélios et Laura cessèrent leurs querelles pour se retourner vers nous, mais ils n’avaient pas l’air surpris.

-Vous nous quittez déjà ? Demanda Hélios de la façon la plus naturelle qui soit.

-Oui, il semblerait que notre rôle se termine ici ; lui répondit June.

-Merci à vous deux, nous dit Laura, les larmes aux yeux. Nous n’oublierons jamais ce que vous avez fait pour nous. Votre mémoire perdurera longtemps après votre départ, comme celle de nos amis disparus.

-Je passerai peut-être vous voir un jour qui sait ! S’exclama Iori avec un large sourire.

-Si vous inventez la machine à voyager dans le temps, pourquoi pas ; m’amusai-je.

Le monde commença à devenir flou tandis que la lumière émanant de nos corps s’intensifiait. La dernière image que nous vîmes d’eux alors qu’ils disparaissaient peu à peu fut l’ombre blanche de Gariatron, tel un mirage se fondant dans le paysage, flottant derrière Hélios, Iori et Laura, et les entourant d’un geste protecteur, comme veillant sur ce monde nouveau.



Chapitre 18 : Un rêve inébranlable



Spoiler :



Un torrent d’eau froide me réveilla en sursaut. J’ouvris les yeux, paniqué, avant de me rendre compte, qu’il ne s’agissait là que de ma sœur et je soupirai, prêt à me rendormir tant mon corps me faisait mal.

Soudain, je me souvins du flash de lumière nous ayant enveloppé, Angéla, Drago, June, ma sœur et moi et je me rendis compte que je ne me trouvais plus dans cette citadelle mais dans une vaste clairière au beau milieu d’une forêt.

Je levai les yeux pour tenter reconnaitre ne serait-ce que l’espèce d’arbre poussant ici, mais rien ne me vint à l’esprit. Le soleil pointait timidement ses rayons à travers le feuillage touffu au-dessus de nos têtes, mais le peu de rayons qui arrivaient jusqu’à nous éclairaient la mousse qui se déposait sur les rochers de façon à la rendre vert émeraude et même scintillante.

Un faible cours d’eau passait par cet endroit. Il ne devait pas y avoir plus de deux ou trois centimètres de profondeur, et pourtant je pouvais entendre le doux murmure de l’eau s’écoulant lentement sur les roches. Le ruisseau était limpide, calme et considérablement apaisant. Les reflets du soleil sur les feuilles parvenait jusqu’au cours d’eau et semblaient indiquer la source de celui-ci, quelques mètres plus loin.

-Où…Sommes-nous ? Murmurai-je en me relevant lentement.

-Dans une forêt je dirais ; railla ma sœur.

-Très pertinent, en effet, je ne l’avais pas remarqué ; rétorquai-je sur le même ton.

Marie ne répondit rien de plus et me tourna le dos, regardant un point fixe au loin avant de pencher la tête sur le côté comme elle le faisait lorsqu’elle était ennuyée.

-Tiens, nous ne sommes pas sur terre ; déclara-t-elle d’une voix naturelle.

-Ce n’est pas drôle, Marie, nous devons retourner au plus vite à la forteresse et…

-Je ne plaisante pas ; me coupa-t-elle d’un ton soudain sérieux.

Je restai bouche bée un instant, continuant à croire que ma Marie tentait de me faire une blague stupide mais lorsqu’elle me regarda dans les yeux, son expression me disait qu’elle était vraiment sérieuse et une goutte de sueur coula le long de mon front.

-Et dans ce cas…où sommes-nous ? Lui demandai-je, craignant sa réponse.

-Peut-être dans le monde des esprits ; hasarda-t-elle en haussant les épaules. La végétation me fait penser à la forêt ancienne.

-Le…monde des esprits ?

Ayant toujours du mal à le croire, je me mis à scruter les environs avec attention et, effectivement, maintenant que Marie le disait, j’avais vraiment l’impression que cet endroit était la réplique exacte de la forêt ancienne.

Que faisions-nous dans un endroit pareil ? Gariatron nous avait-il transportés dans le monde des esprits grâce à cette lumière blanche ? Et si oui, pourquoi ? Trop de questions trottaient dans ma tête à cet instant et me donnaient mal au crâne alors que j’étais encore épuisé par mes blessures.

Les feuilles remuèrent soudain de l’autre côté du ruisseau et je crus voir une longue chevelure blonde se terminant en une queue de cheval plus ou moins bien faite disparaitre dans les taillis.

Mon cœur rata un battement dans ma poitrine et, oubliant totalement notre mission et sans réfléchir une seconde de plus, je me lançai à la poursuite de cette personne.

-Attends ! Lui cirai-je.

-Michael ? Ou vas-t…

Je n’entendis pas le reste de la phrase de ma sœur, j’étais déjà trop loin. Je courus à travers la végétation dense de la forêt à la poursuite de mon ancienne amie.

Je n’avais aucun doute. J’aurais reconnu le blond de ses cheveux et sa coiffure entre mille. Lorsqu’elle m’avait quitté, elle tentait d’atteindre un endroit en particulier et cela ne m’aurait pas étonné que cet endroit se trouve justement dans le monde des esprits.

Même si je l’avais perdue de vue depuis longtemps, le sol humide de la forêt et les branches cassées trahissaient son passage et me permettaient de la suivre aisément.

Ma course folle m’entraina à travers toute la forêt, mais chaque arbre ressemblait à un autre, il n’y avait tout autour de moi que de la végétation dense et j’ignorais si je m’étais éloigné de mon point de départ ou si je n’avais fait que tourner en rond depuis le début…

J’arrivai finalement dans une petite clairière bien différente de celle que j’avais quittée pour me lancer à la poursuite de mon amie. Il n’y avait plus de ruisseau ni de végétation luxuriante, simplement des feuilles brûlées et noires de suie, de la pierre nue les entourant, sans un seul rayon de soleil pour donner vie à ce paysage sinistre. Il n’y avait pas non plus un seul bruit, pas même celui du vent. Seul un silence pesant régnait ici.

Je regardai rapidement au sol mais les traces de pas avait disparu. La terre était bien trop sèche ici.

Essoufflé, je tentai de repérer une irrégularité dans les branchages qui aurait signalé le passage de quelqu’un mais rien. A croire que Saya s’était envolée.

Je n’avais pourtant pas rêvé. J’avais bien reconnu sa chevelure blonde et sa coiffure caractéristique…Etait-ce une illusion créée par Shadow pour me perdre dans le monde des esprits ? Je commençais sérieusement à douter de moi-même…

Mais, alors que je m’apprêtai à faire demi-tour pour rejoindre ma sœur, je remarquai comme une petite ouverture derrière un mur de ronces. En m’approchant, mon cœur fit un bond dans ma poitrine lorsque je découvris l’entrée d’une grotte, ainsi qu’un objet sur le sol : une page déchirée et jaunie d’un livre ancien.

Mon espoir revint d’un seul coup et, sans hésiter, je décidai de m’enfoncer plus profondément dans cette grotte sombre et inquiétante.

Rapidement, la lumière du jour disparut et je fus forcé d’avancer à l’aveugle, avec comme seul éclairage la lumière de mon téléphone, tout juste suffisante pour me permettre de voir où je mettais les pieds.

J’entendais simplement l’écho de mes pas dans la grotte, ainsi que les battements de mon cœur. Je devais y aller à tâtons, mais le chemin semblait droit et sans bifurcation.

Marcher ainsi me rappela ma première expédition avec Saya et je souris bêtement. Par ma faute, nous avions bien failli y passer…Mieux valait que j’évite de refaire les mêmes erreurs qu’à l’époque.

Cependant, il ne semblait y avoir aucun piège dans cette grotte. Simplement un long chemin qui me semblait sans fin…

Après avoir marché vingt bonnes minutes dans le noir le plus total, je débouchai finalement dans une grande pièce circulaire. Quelques rayons de soleil passaient faiblement à travers les fissure de la haute voute au-dessus de ma tête et me laissaient distinguer un décor bien singulier.

La pièce était entièrement fermée à l’exception de là par où j’étais entré et celle-ci était entièrement vide à l’exception d’un piédestal en son centre tandis qu’au sol était dessiné un immense symbole qui me rappela aussitôt un autre que j’avais vu dans le livre de Saya : celui de la citadelle originelle.

Lentement, je m’avançai vers le piédestal et, à en juger par la marque de poussière dessus, quelqu’un y avait posé un objet récemment, peut-être même quelques jours, voire quelques heures plus tôt.

J’en étais à présent persuadé : Saya était passée par ici. Je devais me trouver dans une sorte de couloir permettant de rejoindre la fameuse citadelle.

Pendant un instant, une pensée stupide me traversa l’esprit, pensée qui fut aussitôt balayée par l’image du regard glacial de Laura et, fermant les yeux tout en soupirant, je souris légèrement.

-Désolé Saya…J’aimerais bien te rejoindre mais je n’ai pas encore tenu ma promesse ; murmurai-je. J’aurais bien aimé te revoir mais on dirait que ça sera pour une prochaine fois.

Je sortis la page déchirée et, après l’avoir déposée sur le piédestal dans l’espoir que Saya repasse par ici, je fis demi-tour.

Cependant, alors que je pensais revenir à mon point de départ en sortant de la grotte, je fus incapable de reconnaitre l’endroit. C’était comme si j’étais dans une toute autre clairière, plus sombre et plus lugubre surtout. Un ruisseau presque à sec coulait faiblement parmi les feuilles sèches des arbres. Le vent soufflait bien plus fort et aucun bruit ne me parvenait à l’oreille excepté celui de mes propres pas sur les pierres noires. Le temps s’était lui aussi soudainement rafraichi.

Je n’étais pas à l’aise et j’avais l’impression que des dizaines de paires d’yeux étaient posées sur moi et m’épiaient dans l’ombre. Pourtant, lorsque je m’approchai d’un des taillis qui aurait pu abriter une créature, je ne vis rien de plus que quelques petits insectes.

Je soupirai. Apparemment, les souvenirs de mes explorations avec Saya me laissaient encore de mauvais souvenirs, à tel point que j’en devenais paranoïaque…

Tentant de faire abstraction de ce sentiment désagréable, je me mis en tête de retourner à mon point de départ en commençant par chercher les traces de pas qui m’avaient conduit ici mais il n’y avait plus rien et je fus obligé de progresser au hasard…

Je m’enfonçais donc dans les entailles mêmes de cet étrange endroit. Plus j’avançais, et plus je trouvais ma progression difficile. Mes jambes devenaient de plus en plus lourdes, j’avais l’impression de porter une tonne de pierre sur mon dos et je transpirais à grosses gouttes, malgré la fraicheur croissante des lieux.

L’aspect même de la forêt avait également bien changé. Il n’y avait plus cette végétation luxuriante qui me gênait avant. Désormais, le chemin était parsemé de racines entremêlées et qui s’enfonçaient dans la terre aride. Les arbres avaient perdus leurs feuilles mais leurs branches étaient si rapprochées que je ne voyais toujours pas où je me trouvais.

Enfin, je vis comme une lumière faible émerger des arbres sombres et sans réfléchir une seconde de plus, je me précipitai vers la source avant de déboucher dans une nouvelle clairière.

Mais, cette clairière était bien différente des autres. Il n’y avait aucun court d’eau, ni même de lumière ou de vent. Les arbres étaient totalement nus et même morts pour la plupart.

J’avais au-dessus de ma tête un épais plafond de branches basses qui me donnaient l’impression d’être enfermé dans un espace confiné. Les pierres elles-aussi étaient nues, pas de mousse ni de plante ne les recouvraient. Elles étaient noires comme la suie, et acérés comme des rasoirs. Ce paysage de dévastation ma rappela notre excursion involontaire dans les montagnes. Le paysage était peut-être même moins effrayant qu’ici, le sentiment de solitude venant s’ajouter à mon mal aise.

Le cri d’un corbeau au loin me fit sursauter et résonna longuement avant de s’éteindre dans le silence.

Un frisson me parcourut l’échine en réalisant que je ne sortirais peut-être jamais de ce dédale végétal mais ma volonté de retrouver Laura et de la faire revenir à la raison dissipa rapidement ces pensées noires.

J’allais reprendre mon chemin en avançant au hasard lorsqu’une idée passa dans mon esprit. Je sortis donc mon deck et je tentai d’invoquer un de mes monstres. Si je me trouvais vraiment dans le monde des esprits, alors ils auraient dû être réels et capable de me ramener à mon point de départ pour retrouver Marie.

Cependant, alors que je brandissais ma carte, une fumée sombre sortit du sol et commença à envahir la clairière.

Instinctivement, je mis ma manche sur mon visage, croyant à un feu de forêt mais une goutte de sueur perla de mon front lorsque je compris de quoi il s’agissait réellement.

Une forme sombre s’éleva de la fumée et deux yeux rouges comme le sang s’en dégagèrent.

-Oh non, tu n’iras nulle part, Darksky ; siffla une voix résonnant dans mes oreilles.

Une force invisible incroyablement puissante me projeta violemment contre un arbre tandis que la créature prenait peu à peu forme, celui d’un immense serpent ailé.

-Laura Garden veut peut-être t’affronter mais je ne le permettrai pas, je ne peux pas prendre ce risque, pas aussi proche du but !

-E…Essaie un peu de m’en empêcher…Raillai-je en tentant de paraitre sûr de moi alors que mes jambes tremblaient devant la créature de l’ombre.

Je n’avais aucun moyen de m’échapper, j’étais pris au piège par les branches épaisses des arbres morts sur le chemin. J’allais devoir le combattre. Cette pensée m’effraya. Je n’étais pas de taille à affronter une créature antique comme lui seul…

Mais je ne pouvais pas reculer. Je devais ramener Laura à la raison, et ce, par tous les moyens. Si je m’étais battu jusqu’ici, c’était dans cet unique but, je ne pouvais pas faire marche arrière !

Gariatron poussa un autre rugissement qui fit trembler ciel et terre avant de se jeter sur moi sans autre avertissement.

J’eus tout juste le temps de me défendre avec une carte piège avant qu’il ne me découpe en morceaux. Lorsqu’il percuta le bouclier de la force de miroir, mon deck réagit à sa présence et s’illuminant.

Gariatron écarquilla ses petits yeux de reptile et poussa un hurlement de rage en voyant cela puis repassa à l’attaque.

Je plongeai sur le côté pour l’éviter mais il avait anticipé ma réaction et me fouetta violement d’un revers de queue qui me fit m’écraser sur le tronc d’un arbre mort. Les branches et les troncs craquèrent sous la force de l’impact et des dizaines d’échardes pénétrèrent dans ma peau. Mais, le temps que je reprenne mes esprits, le démon était déjà repassé à l’offensive en lançant une rafale de feu noir dans ma direction.

Je roulai derrière un rocher proche pour éviter de justesse les flammes, mais je sentais tout de même leur chaleur m’affaiblir. La broussaille derrière moi avait pris feu et dégageait une inquiétante fumée noire, me piquant les yeux.

Une joie cruelle se lisait dans les yeux de mon ennemi tandis que j’essayai d’échapper à l’incendie.

-Tu ne peux pas t’enfuir Darksky, le feu te rattrapera où que tu ailles !

Il avait raison, tout ce qui se trouvait ici pouvait prendre feu en moins d’une seconde. Si cela continuait ainsi, toute la forêt serait bientôt plongée dans le chaos.

Je repensai soudain à Marie, quelque part dans les environs, ne se doutant pas de la catastrophe se produisant ici. Elle allait finir carbonisée, tout comme moi si je n’arrêtai pas Gariatron…

Je pris mon courage à deux mains et je sortis de ma cachette pour faire face à mon ennemi dignement. Il avait beau être un démon, j’avais avec moi la puissance d’un dieu, le dieu créateur des terres !

-Tu décides de te rendre ? Dit-il ironiquement.

-Non…Mais je compte bien te vaincre avec ceci !

Je brandis la carte de Geb, celle qui scintillait dans mon deck depuis son attaque. Il n’avait visiblement pas l’air de s’attendre à une telle résistance de ma part et fit un pas en arrière.

-Déchaine ta force, Geb, dieu créateur de la terre !

La terre s’ouvrit sous nos pieds, et de la fissure surgit la divinité. Sa présence suffit à apaiser le brasier ardent prêt à consumer la forêt. Il irradiait une telle lumière que l’ombre de Gariatron disparut presque dans ses rayons. Ses longues griffes semblaient faites d’argent pur, tandis que ses yeux étaient bleus comme la mer. Tout autour de lui, les arbres semblaient reprendre vie, et moi mes forces.

Il poussa un rugissement avant de disparaitre dans un éclat de lumière pure qui nous aveugla momentanément. Lorsque le flash se dissipa, toute la clairière était verdoyante, et les flammes qui la cernaient semblaient ne jamais avoir existé. Toute la végétation était de nouveau pleine de vie, le faible filet d’eau s’était transformé en véritable rivière calme et sereine et les rochers s’étaient couverts de mousse.

Gariatron était tout aussi étonné que moi, et ne se résumait désormais plus qu’à une faible ombre dans ce décor. Mais, le seul problème était que Geb, lui, s’était volatilisé, me laissant seul face au démon. Cependant, il ne m’attaquait pas. Il m’observait, sceptique ou surpris, impossible de décrire son expression sur ce qu’il restait de son corps, mais une chose était sûre : il était troublé par moi.

Je compris pourquoi il était si étonné lorsque je levais le bras. A la place de mes cinq doigts se trouvaient des griffes acérées comme des couteaux. Tout mon bras avait également changé, c’était comme si j’avais revêtu une armure bleu foncé qui couvrait tout mon corps.

Mais je me sentais également plus grand et plus fort, et surtout, je sentais une sorte de poids dans mon dos. Une paire d’aile noire, parcourue de ligne rouges comme le sang, avaient poussé subitement. Mais le plus étrange était ma vision. C’était comme si je n’avais plus qu’un seul œil, mais un œil avec une vision vraiment perçante.

-Tu…Tu as fusionné avec ton monstre ?! Bégaya Gariatron abasourdi.

-J’ai…fusionné ? Répétai-je dans un murmure.

Il avait raison ! La vérité me vint d’un seul coup. Geb avait utilisé son pouvoir pour que je puisse combattre le démon à arme égale.

En réalisant cela, un sourire passa sur mon visage d’oiseau et je poussai un cri strident.

Je déployai mes ailes puis je fis un bond de plusieurs mètres qui me propulsa au-dessus de la cime des arbres. Gariatron me suivit en hurlant.

Nous étions à présent hauts dans le ciel. La forêt vue d’ici ressemblait à une immense pelouse verte. Autour se dressaient d’imposantes montagnes, si hautes qu’elles perçaient à travers les nuages. Le vent, à cette altitude, était bien plus violent et je devais lutter rien que pour lui résister. Voler était décidément plus difficile que je ne l’aurais cru…

-Tu ne maitrises pas cette forme, Darksky, je n’aurais aucun mal à t’exterminer ! Rugit le démon, fou de rage.

-Approche un peu pour voir ; le provoquai-je.

Il se jeta violemment sur moi, une lueur cruelle dans le regard. J’évitai maladroitement son attaque en esquivant sur la droite, mais contre toute attente, il revint immédiatement à la charge en faisant demi-tour sur le dos en passant par-dessus moi pour m’attaquer en piqué.

Je n’avais pas du tout anticipé une telle stratégie et son attaque me projeta vers le sol. Je battis aussi fort des ailes que possible pour retrouver mon équilibre juste avant de m’écraser.

Je me rendis compte que les combats aériens étaient bien différents des combats terrestres. Nous n’étions plus soumis à aucune loi de la pesanteur, ce qui nous permettait d’attaquer par tous les côtés, chose que je n’avais pas réalisé assez tôt…

Je n’eus pas le temps d’élaborer une stratégie adaptée à ma découverte car déjà, Gariatron préparait un autre piqué, mais j’y étais préparé cette fois ci. Le voir s’élever lentement dans les airs comme il le faisait me donna une idée folle.

Je plaçai mon poing au-dessus de ma tête et attendis le bon moment pour frapper. Ma nouvelle vision d’aigle me permettait de voir distinctement ses mouvements et presque de les deviner.

Il amorça alors sa chute. J’attendis qu’il se rapproche au plus près de moi puis, lorsqu’il fut à quelques centimètres, je le frappai de toutes mes forces.

L’impact créé par le choc me projeta en arrière et lui haut dans le ciel. Mon atterrissage peu gracieux déracina une multitude d’arbres mais je réussis à ne pas ouvrir un nouveau cratère dans le sol.

Je me mis alors à voler en direction du ciel, toujours plus haut, toujours plus vite, passant devant les yeux effarés de Gariatron qui me suivit en rugissant. C’était exactement ce que je voulais.

Nous nous élevâmes ainsi dans les airs jusqu’à dépasser la couche de nuages qui surplombaient les montagnes au loin.

Nous nous fîmes face, prêts à nous battre sous le soleil implacable qui brillait à cette altitude. Cependant, il n’attaquait pas, il restait immobile, battant juste de ses ailes d’ombre, presque invisibles désormais.

-Qu’est-ce qui ne va pas Gariatron ? Es-tu trop fatigué pour continuer le combat ? Dis-je en espérant une réaction chez lui.

Mais le démon resta de marbre, avec seulement la flamme de la haine brillant dans ses yeux. N’en pouvant plus d’attendre, je passais à l’assaut. Mais, lorsque je fus sur le point de le frapper, mon bras le traversa comme s’il n’était…qu’une ombre !

Je regardai anxieusement autour de moi, cherchant où mon adversaire aurait pu se cacher, mais je ne vis rien du tout.

Soudain, je le vis surgir de l’épaisse couche de nuage et il m’assena un coup de tête violent, suivit d’un battement de queue qui me frappa une aile et pour finir, il cracha une rafale de flammes que je ne pus éviter.

Je sentais mon armure chauffer incroyablement sur mon corps d’homme-oiseau, sans me bruler pour autant. Je fis un ample mouvement de bras et le feu se dissipa d’un seul coup, devant le regard d’incompréhension de Gariatron.

Je venais de comprendre comment me servir de mes capacités spéciales, même dans la nature. Si j’arrivais à les maitriser au bon moment, il n’aurait aucune chance.

Je fis apparaitre dans la paume de ma main une plume noire et tranchante, puis ce fut mon tour d’attaquer en piqué. Il riposta avec un autre déluge de flammes, mais je les traversai aisément comme un jet d’eau, et, lorsqu’enfin je fus assez proche, je lui plantai la plume dans l’aile comme une épée.

D’un hurlement furieux, il me saisit par la taille et me projeta au loin, mais il était trop tard pour lui.

-Tu appelles ça une attaque ?! Laisse-moi rire Darksky, voilà la vraie puissance des ténèbres !

L’ombre se mit à grossir, encore et encore, jusqu’à obscurcir même les rayons du soleil. Il était réellement imposant, et aurait pu m’écraser d’une seule main s’il l’avait voulu. Cependant, je voyais toujours mon présent planté dans son aile. Tout espoir n’était pas perdu !

-Meure, Elu des dieux !

Il ouvrit grand la gueule et un flot de particules noires s’articula autour de lui pour former une énorme sphère. Je la sentais qui m’attirait vers elle, je devais à tout prix m’éloigner le plus possible de cette chose.

Alors que je commençais déjà à fuir, je revis la forêt en contrebas. Si cette attaque me manquait, elle irait s’écraser sur elle, balayant tout ce qui y vivait, et Marie aussi…

Je rassemblai tout mon courage pour faire face à cette abomination, et protéger ma sœur des griffes de Gariatron. Je voyais déjà l’œil triomphant du démon lorsque je me plaçai juste devant son angle de tir. J’écartai les bras et les ailes pour servir de bouclier. Il pouvait bien me tuer, cela m’était bien égal, mais il n’avait pas le droit s’en prendre à ceux que j’aimais !

-Adieu, fils de l’aigle !

Juste avant qu’il n’expulse la sphère des ténèbres, je vis la plume faire son effet. Une lumière blanche s’échappa de l’aile où elle se trouvait et se propagea sur tout son long.

Cela le stoppa net dans son élan, et il rétrécit petit à petit jusqu’à retrouver sa taille normale. Toute la puissance maléfique qui l’entourait s’était évaporée, il ne restait qu’une ombre faible et blessée.

-Dark…Sky ; articula-t-il avec peine.

Un vent violent se leva et nous obligea à rejoindre des altitudes moins élevées. C’est ainsi que notre combat se prolongea à l’intérieur même d’un nuage d’orage. Je ne voyais absolument rien, pas même Gariatron qui se fondait à merveille dans le noir. J’entendais le tonnerre gronder et des éclairs zébraient les alentours. Je sentis sur moi la froide sensation des gouttelettes d’eau contenues dans les airs. Mais le démon, lui, était invisible, même pour mon regard de rapace.

Deux yeux rouges apparurent soudainement devant moi. Je n’hésitai pas et je me dirigeai vers eux, mais à peine pensais-je les avoir atteints qu’ils disparurent et réapparurent sur ma droite. Le même schéma se reproduisit alors, cette fois-ci au-dessus de moi, puis en dessous.

Il se moquait vraiment de moi, j’avais le tournis à force de regarder dans tous les sens.

-Gariatron ! L’appelai-je furieux. Viens te battre !

La voix qui me répondit semblait venir de partout à la fois et résonnait longuement dans l’ombre.

-Pourquoi me battrai-je avec toi, alors que tu te détruis tout seul ? Ricana-t-il…Mais il est vrai que ce combat m’aura bien diverti avant l’arrivée de Drago.

Il surgit de nulle part et me frappa à la tête puis disparut aussitôt. Il me prenait en traitre, cela n’aurait pas dû m’étonner, mais il m’était impossible de savoir où il allait frapper.

Un deuxième coup arriva, à la cuisse, puis un troisième à l’aile gauche et pour finir à l’aile droite. Toutes ces blessures m’affaiblissaient énormément. J’avais du mal à rester en vol et mes membres étaient lourds.

Le tonnerre gronda, et il m’asséna un autre coup sur le torse, mais se heurta à mon armure.

Si seulement je pouvais m’échapper de ce nuage pour me battre au grand jour…mais ses attaques frénétiques ne me laissaient pas le temps de le faire.

Je décidai alors de me replier sur moi-même, de ne plus compter sur mes yeux puisqu’ils ne m’étaient d’aucune aide, et de laisser faire mon instinct.

J’entendis un courant d’air sur ma droite. Il était là ! Je saisis sa griffe avant qu’elle ne me touche sans même ouvrir les yeux et je le frappai de toutes mes forces.

-On dirait que ce petit jeu est sur le point de prendre fin, Gariatron ; lançai-je ironiquement.

-Au contraire, il ne fait que commencer, Humain…

Je rouvris les yeux, et je le vis lever un bras et pointer en direction du ciel. Le tonnerre gronda une troisième fois, puis un éclair fulgurant s’abattit sur moi.

Je hurlais de douleur à son contact. J’avais beau avoir la forme d’un monstre, je n’en restais pas moins un aigle.

Gariatron jubilait. Il avait trouvé le moyen de me vaincre sans résistance et sans combat de ma part. J’avais beau tout essayé pour m’en dégager, rien ne fonctionnait, j’étais pris au piège. Mes membres se raidissaient, mes sens se brouillaient et mes forces me quittaient…

-Quel Lâche ! Cria un nouveau venu.

-Qui va la ! Hurla Gariatron en relâchant son emprise.

Sa voix était emplie de crainte et de rage, comme s’il connaissait déjà la réponse.

-Je ne peux pas regarder mon fils se faire torturer ainsi plus longtemps, il est temps de régler nos comptes, une bonne fois pour toutes Gariatron!

Une vive lumière perça à travers l’orage. Je vis alors deux ailes de feu sortir des ténèbres. Les yeux de gariatron s’agrandirent de surprise et recula brutalement. Le corps d’un magnifique oiseau au corps de flammes se découpa dans les cieux et chassa d’un seul coup les ténèbres de Gariatron. Dans son œil bleu comme l’azur brulait une colère intense envers mon ennemi.

-Impossible…Co…Comment peux-tu être encore en vie ?! Hurla Gariatron.

-Personne ne peux se débarrasser du Phoenix divin aussi facilement ; Hurla l’oiseau d’un ton menaçant. Tu vas maintenant connaitre la fureur de la déesse du ciel !


Le phénix se jeta violement sur Gariatron qui n’eut même pas le temps de protester et lui asséna un puissant coup de griffe qui lui déchira son aile d’ombre suivit d’une morsure puissance au coup. Le démon poussa un cri de douleur en tentant de se dégager, mais rien n’y faisait, mon allié le tenait fermement et ne comptait pas le lâcher de sitôt.

-Michael ; dit le phénix en tournant sa tête vers moi ; fuis le plus loin possible, je ne pourrais pas le retenir très longtemps !

J’étais trop abasourdi pour faire le moindre mouvement, e le choc de l’éclair m’avait également sérieusement affaibli. Je sentais qu’au moindre effort supplémentaire, j’allais m’écrouler.

-Michael !

Je reconnus immédiatement la voix qui avait prononcé ces mots, une voix que je n’avais pas entendue depuis bien longtemps à présent et mon cœur s’accéléra tandis qu’un espoir immense m’envahit.

-Ma…man ; balbutiai-je en m’approchant d’elle.

-Recule ! Tu n’es pas de taille à l’affronter ! Continuait-elle de me crier.

Mais tous ce mots n’avaient aucune importance pour moi, peu importe les dangers que je devais affronter, si c’était bien ma mère qui combattait Gariatron, même sous cette forme étrange, alors je me devais de l’aider à tout prix.

-Mais lâche-moi ! Rugit Gariatron.

Il cracha une autre rafale de feu noir vers le ciel mais le phénix tenait bon. Il fallait que je fasse quelque chose, mais quoi ? J’avais déjà épuisé toutes mes forces dans ce combat et mon corps ne me permettait plus de combattre convenablement.

Gariatron cessa soudain de se débattre et me fixa de ses yeux rouges comme le sang, un air de défi dans le regard.

-Eh bien mon cher Darksky, tu ne veux pas connaitre la vérité sur tes parents ?

-La…vérité ? Répétai-je surpris par sa question ?

-Oui ; dit-il d’un ton envoutant, la vérité sur la disparition de tes parents, il y a bientôt cinq ans…

-Ne l’écoute pas, fuis tant que tu le peux !

La vérité…Il était vrai que cette disparition dans les ruines incas avait toujours été un mystère pour nous, et nous avait causé bien des soucis à Marie et moi. Et, qui me disait que Gariatron allait bien me dire la vérité ? Il n’en restait pas moins aussi manipulateur qu’Hélios. Mais…s’il pouvait m’éclairer ne serait-ce qu’un peu, cela pourrait peut-être…

-Dis la moi…Cédai-je enfin.

Je vis la surprise et la peur s’installer dans les yeux du phénix et le triomphe dans ceux de Gariatron.

-Dans ce cas, vois de tes yeux…le passé !

Le démon s’illumina d’une lumière intense nous aveuglant un instant.

Lorsque je rouvris les yeux, je n’étais plus dans le nuage d’orage, mais devant une immense cascade, au beau milieu d’une forêt tropicale. L’eau s’abattait en contrebas avec une violence inouïe et se fracassait bruyamment contre les rochers. Tout autour de moi, la végétation était dense et luxuriante. Le chant des oiseaux créaient une telle mélodie dans ce recoin perdu que je ne pouvais m’empêcher de les écouter avec attention. Ils me rappelaient la volière qui se trouvait chez nous.

J’avais repris mon apparence normale et je me trouvais sur l’une des rives du torrent tumultueux. Mes blessures elles aussi avaient disparues, de même que ma fatigue. Je marchais le long de la rivière en remontant le courant quelques minutes jusqu’à apercevoir deux personnes au loin, marchant cote à cote. Je ne pouvais distinguer leur visage à cette distance, mais je savais déjà de qui il s’agissait.

-Au fait Mégane, dit l’homme, es-tu sûre que nous sommes dans la bonne direction ?

-Presque sûre, si nous remontons assez cette rivière, nous devrions tomber directement sur le temple du condor.

Ils étaient à présent tout près de moi, mais ne semblaient pas me remarquer, pas même lorsqu’ils me frôlèrent l’épaule, comme si je n’étais qu’un fantôme. Je devais être dans les souvenirs de Gariatron…

Soudain, les buissons frémirent de l’autre côté de la rive. Mes parents s’arrêtèrent net, et dix hommes apparurent, accompagnés de monstres effrayants. Mon père se plaça devant ma mère pour la protéger en sortant son propre disque de duel, quand un homme plus imposant que les autres apparut à son tour.

-Encore vous, Hélios ; grogna mon père. Mais que nous voulez-vous à la fin ?

-Je te l’ai déjà dit humain, remets moi Nout et je te laisserai la vie sauve, dit-il en regardant ma mère qui recula.

-Je vous ai déjà dit que je ne sais pas de quoi vous parlez, alors fichez nous la paix !

-Ce n’est pas ce que j’attendais comme réponse…Soupira Hélios.

Il fit un geste et tous ses hommes enjambèrent la rivière d’un seul bond et encerclèrent mes parents. J’avais beau leur crier de fuir, ils ne pouvaient pas m’entendre, je n’étais qu’un spectateur impuissant devant cette scène.

-Tuez-moi cet idiot et emparez-vous de Nout ! Ordonna Hélios.

Les monstres lancèrent l’assaut, mais mon père se défendit contre l’attaque.

-Viens nous rejoindre, Bête fantôme méca Dracossac !

L’avion géant déploya ses ailes au-dessus de nos têtes puis mitrailla sans pitié les hommes de main d’Hélios. Mais, malgré toute la puissance qu’il avait, mon père ne vis pas qu’Hélios les avait rejoints et qu’il se tenait juste derrière lui.

-Estéban !

Mon père se retourna, trop tard malheureusement. Hélios avait anticipé le coup et, utilisant les pouvoirs de Gariatron, créa un rayon sombre qui envoya mon père à terre.

-C…Cours Mégane ; dit-il à bout de force.

-Hors de question ! Je ne peux pas t’abandonner ici !

-Je suis tout à fait d’accord avec toi…Nout ; dit Hélios d’un ton supérieur.

-Tais-toi Gariatron ! Ordonna-t-elle. Relâche-le, il n’a rien à voir avec tout ça !

-tu as raison, il est innocent, comme l’était mon ancien partenaire, Katsuo ; reprit le démon d’une voix mielleuse et ironique à travers la bouche d’Hélios.

Il attrapa alors mon père, qui n’avait plus la force de se débattre et le retint juste au-dessus de la cascade, menaçant de le lâcher à n’importe quel moment.

-Ça sera donc lui…ou toi, je te laisse le choix. Alors, vas-tu mettre en péril l’avenir de ce monde pour sauver un mortel, ou bien vas-tu laisser mourir un innocent ?

Je vis le poing de ma mère se serrer et s’illuminer d’une aura de flammes intense.

-Tu…tu es vraiment…je ne trouve même pas de mot assez fort pour te décrire !

-Allons ma très chère Nout, te mettre en colère ne résoudra pas tes problèmes ; continua Gariatron serein. Mais j’en conclus donc que tu n’es pas prête à remettre en question le destin de ce monde, donc je vais décider pour toi.

Hélios lâcha alors mon père au-dessus des pierres acérées de la cascade.

-Non ! Criai-je d’une même voix désespérée que ma mère.

Elle se précipita à la suite de mon père et sauta dans le vide, sous le regard effaré de Gariatron qui ne s’attendait pas à une telle réaction de sa part.

Lorsqu’elle fut à sa hauteur, je vis une paire d’aile de feu les enlacer tandis que le corps de ma mère, lui, se couvrait de flammes intenses et je réalisai que ce phénix était bel et bien ma mère…

-Alors…Tu es bien…une déesse ? Murmura mon père dans un dernier soupir.

-Oui…Se contenta-t-elle de répondre en fermant ses yeux bleus comme l’azur.

Ce fut la dernière image que j’eus d’eux avant qu’ils ne disparaissent dans les flots rugissants. Je m’effondrai alors sur les pierres dures de la rive. Savoir ses parents morts est une chose, voir leur mort en est une autre…

Je me tournai fou de rage vers Hélios qui jubilait de sa victoire…non, ce n’était pas Hélios, seul Gariatron devait être la cible de mes foudres. Il avait d’abord manipulé Laura, enlevé Marie et maintenant, j’apprenais qu’en plus, mes parents avaient disparu à cause de lui !

-Darksky ; me dit une voix douce me ramenant soudainement à la réalité.

Ma sœur était penchée au-dessus de moi, visiblement affolée. Nous étions de retour devant la citadelle, avec toujours ces pierres noires et ce halo inquiétant au loin.

Ma tête me faisait mal et tous mes membres semblaient peser une tonne maintenant que j’avais repris ma forme humaine mais ma rage, elle, n’avait pas disparu. Je ne devais plus simplement faire revenir Laura à la raison. Je devais aussi me venger de ce démon pour m’avoir détruit la vie et j’étais prêt à y laisser ma vie si besoin.

Je me tournai alors vers Marie et son regard inquiet m’apaisa un peu. Elle, au moins, était vivante et saine et sauve pour l’instant, c’était déjà ça de pris.

-Et bien, monsieur le Saiyen oiseau, tu m’avais caché que tu savais faire ça ; ironisa-t-elle pour cacher sa peur.

-Marie…est-ce que tu savais pour maman ? Lui demandai-je aussitôt.

Ma sœur tourna la tête et un sourire gêné se dessina sur son visage.

-Ahah…qui sait ; me répondit-elle en haussant les épaules. Et puis, je suis censée savoir quoi ?

Je soupirai. Cela n’avait pas vraiment d’importance après tout.

Alors que je tentais de me relever, je sentis quelque chose dans ma poche. Une nouvelle carte, et pas des moindres. Grace à elle, je j’étais certainement en mesure faire redevenir Laura telle qu’elle était avant et vaincre ce démon une bonne fois pour toute.

Ma mère avait dû me transmettre son pouvoir. Je n’arrivais toujours pas à reconnaitre qu’elle était réellement une déesse, mais l’heure n’était pas à la réflexion. Le temps pressait et chaque seconde de perdue pouvait être fatale.

-Et bien, et bien, tâchons de ne pas perdre, je ne tiens pas à voir ce futur se réaliser ; déclara soudain June à côté de moi que je n’avais pas encore remarquée.

-Oui, et n’oublions pas que nous avons Maya et Ambre à aller délivrer ; ajouta Angéla d’un air déterminé.

J’entendis des pas sur ma droite et je vis Drago nous rejoindre, une détermination nouvelle dans le regard.

-Le passé, le futur, tout cela n’a plus d’importance. Il faut que nous restions focalisés sur le présent ; dit-il en fronçant les sourcils.

-Oui, dis-je déterminé, Gariatron ne mérite pas de pitié de notre part, pas après tout ce qu’il a fait !

-Au moins vous êtes motivés, c’est déjà ça ; soupira Marie en sortant un biscuit de sa poche.

Sans ajouter un mot de plus, nous nous mîmes en marche pour rejoindre la citadelle de glace, là où tout allait commencer et où tout allait prendre fin. Enfin, j’allais pouvoir tenir ma promesse à Saya.

-Attends-moi, Laura, j’arrive.





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le bon temps…

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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [16/03/2013] à 10:05

Chapitre 19 : duel entre amies…



Spoiler :



« Je vous sauverai, coûte que coûte, même si pour cela je dois y laisser la vie. Je me relèverai autant de fois qu’il le faudra, j’affronterai les pires monstres, je vaincrai les pires adversaires, mais je vous retrouverai et je réparerai mes erreurs. Je refuse que d’autres paient pour ma stupidité et mon aveuglement. »

Oui, ceci était la promesse que je m’étais faite depuis maintenant presque un mois lorsque Maya et Ambre avaient disparu dans cette lumière verte et il était grand temps de la tenir à présent.

La citadelle nous faisait face, imposante, menaçante, dénuée de vie. Un vent fort et glacial soufflait sur la plaine mais je n’essayai même pas de m’en protéger et continuai à fixer l’immense pic de glace qui se dressait à quelques dizaines de mètres de nous.

A côté de moi, June me lançait un regard confiant. Elle aussi savait que nous n’avions pas le droit à l’erreur. Elle aussi se sentait coupable de la disparition de Maya et Ambre. Elle aussi refusait que ce futur de l’ombre ne se réalise. A ce moment-là, moi, Angéla, la dernière de la classe et la bouffonne du groupe et June, l’intelligence froide et inaccessible, étions animées par la même volonté et le même espoir.

Je tournai la tête de l’autre côté et je vis Darksky, Drago et Marie. Je ne pus m’empêcher de sourire légèrement devant le groupe que nous formions. Après tout, quelque chose avait changé en moi depuis que je les connaissais. Voir d’autres personnes bien plus touchées que moi par le malheur m’avait permis de relativiser et de continuer à avancer avec le sourire car j’étais la seule à en être capable. Drago n’avait plus de famille ni de repère et Darksky avait tout perdu, je ne pouvais quand même pas me lamenter et accentuer encore plus leur chagrin respectif.

Paradoxalement, faire semblant d’ignorer les problèmes et continuer à vivre ma vie comme avant m’avait aidé moi-même. June avait bel et bien raison, cela ne servait à rien de rester focalisée sur un seul événement passé.

Mais à présent que ma quête touchait à sa fin, l’heure n’était plus aux sourires et à la rigolade. J’allais sauver Maya et Ambre, vaincre Gariatron et faire en sorte que toute rentre dans l’ordre.

Le pic de glace grandissait au fur et à mesure que nous nous en approchions. Et plus il grandissait, plus il nous paraissait imposant et terrifiant. Les aurores boréales au-dessus scintillaient toujours dans le ciel noir et sans étoile. L’air était glacial et le vent d’une violence inouïe. Malgré cela, aucun d’entre nous ne ralentissait le pas, le temps était compté.

Enfin, après une marche longue et pénible dans l’immense désert de pierres, nous arrivâmes au pied de la citadelle, entre les sculptures qui semblaient nous prendre au piège dans leurs griffes acérées. A partir de là, un long chemin rectiligne et bordé de ces crocs de glace nous montrait l’entrée.

Nous nous arrêtâmes, soudain anxieux face à ce qui nous attendait derrière cette façade. Il n’y avait pas de porte, simplement une ouverture dans la glace. Le silence régnait. Tout était calme, beaucoup trop calme, comme si Gariatron nous conduisait directement à lui.

-Cet endroit…est à glacer le sang…Grelotta Marie. Sans mauvais jeu de mot.

-C’est étrange…Il n’y a personne pour garder l’entrée alors que Gariatron a tout fait pour nous éloigner…Grommela Darksky.

-Entrons, nous verrons bien ce qui nous attend à l’intérieur ; dit Drago tout aussi méfiant.

Nous franchîmes ainsi l’imposant portail de glace. Lorsque nous fûmes à l’intérieur, je crus que j’allais devenir totalement aveugle tant la lumière était forte. Celle-ci se reflétait sur toutes les parois de la salle dans laquelle nous nous trouvions, et était amplifiée à chaque réflexion. Mais le résultat était tout simplement éblouissant.

Cette lumière faisait scintiller la glace autour de nous en un millier d’étoiles brillantes. Jamais je n’avais vu un pareil spectacle, pas même lors de mes vacances à la montagne. L’irrégularité des parois créait une multitude de petites étincelles, plus vives que la plus belle des guirlandes de noël. Au plafond pendaient quelques stalactites qui tombaient parfois jusqu’au sol et la glace semblait totalement pure et sans tâche.

-Laura…murmura Darksky en serrant le poing.

-Tout cela ne me dit rien de bon ; déclara June en croisant les bras sur sa poitrine.

-Oui, je sens le piège à plein nez ; complétai-je en fronçant les sourcils.

Devant nous, le chemin se séparait en trois couloirs de glace, tous s’enfonçant dans les entrailles de la citadelle sans que nous ne puissions en voir le bout. Au-dessus de chaque entrée, un symbole était gravé et mon attention fut immédiatement attiré par celui d’une étoile à six branches. June le notifia également car elle se posta juste devant l’entrée, l’air concentrée.

-Je crois que nous sommes attendues, Angéla ; déclara-t-elle d’une voix trahissant son anxiété.

-On dirait bien oui…

Je vins me placer à côté d’elle et un frisson me parcourut l’échine en pensant à ce qui se trouvait à l’autre bout de ce couloir.

Darksky et Marie se placèrent à leur tour devant l’entrée d’un couloir et Drago prit le dernier puis nous nous regardâmes et d’un accord tacite, nous nous séparâmes.

Nous savions tous ce que nous avions à faire et les objectifs de chacun étaient sur le point de se réaliser. A présent, nous nous battions pour nous-même, pour accomplir notre ultime quête.

-Allons-y, June.

Mon amie hocha la tête et nous nous enfonçâmes dans le long corridor qui allait nous mener à l’orichalque.

Plus nous avancions sur ce chemin, plus mon cœur battait rapidement dans ma poitrine. Nous devions certainement nous rapprocher du lieu que m’avait décrit June, l’endroit même où l’orichalque avait pris sa source quelques millénaires auparavant. Le passage semblait continuer indéfiniment, nous n’en voyions pas le bout, simplement de la glace à perte de vue, mais au moins, nous étions tranquilles.


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Nous marchâmes encore pendant une bonne dizaine de minutes dans ce long couloir sans nous dire un mot, avec comme seul compagnon le bruit de nos pas sur la glace avant de débarquer dans une autre salle circulaire. Des torches étaient accrochées sur tous les contours de la pièce et l’éclairaient faiblement et d’une lueur inquiétante, leur flamme dansant au gré du vent. Au milieu se trouvait une grande cavité sur laquelle était dressé un petit autel.

Nous nous approchâmes et nous trouvâmes posé dessus un collier bleu turquoise, incrusté d’une pierre de la même couleur.

-L…L’orichalque ; bégayai-je.

Lorsque je le pris dans ma main, les murs s’illuminèrent et nous pûmes voir dessus des centaines de duellistes pris au piège par le sceau maudit. Comme je m’en doutais, Maya et Ambre n’étaient pas les seules victimes…

-Heureusement que ma mère ne voit pas ça, elle deviendrait folle…Soupira June en détournant le regard, incapable de soutenir ce spectacle.

Je me mis à regarder de tous les côtés, guettant la présence éventuelle d’ennemis mais rien. Nous étions seules dans la pièce.

Soudain, un bruit attira mon attention au-dessus et, lorsque je levai la tête, je crus que mon cœur allait s’arrêter.


https://www.youtube.com/watch?v=XH5bYuMtj6I


Je reculai d’un pas et une goutte de sueur perla de mon front tandis que j’étais partagée entre la joie et la peur en voyant Maya et Ambre, toutes les deux vivantes mais habillées de tuniques noires tandis que dans leurs yeux brillaient une lueur émeraude qui ne me disait rien de bon.

Elle se tenaient debout devant deux stèles vides, comme si elles en avaient été extraites quelques secondes plus tôt et nous fixaient d’un regard rempli de haine.

-Et bien et bien, ne serait-ce pas Angéla qui vient jouer les sauveuses ? Railla Maya.

-Je croyais pourtant qu’on avait été claire : continue à vivre ta vie mais visiblement, tu n’en fais qu’à ta tête, une fois de plus : cracha Ambre.

Les deux filles sautèrent de leur piédestal et atterrirent juste devant nous, nous bloquant la sortie et nous firent face. Tous mes membres tremblaient mais je tentais néanmoins de me ressaisir. June m’avait prévenue mais, même comme ça, j’avais du mal à encaisser le coup…

-Maya, Ambre, ne me dites pas que vous ne vouliez pas que nous venions ; rétorqua June dans le plus grand des calmes.

-Notre volonté n’a aucune importance lorsqu’il s’agit d’Angéla ; lança Maya en haussant les épaules. Que nous l’ayons voulu ou non, cela n’aurait rien changé.

-Tu es bien consciente que si tu étais morte en voulant te venger, notre sacrifice n’aurait servi à rien…N’est-ce pas ? Me demanda Ambre d’une voix chargée de mépris.

-Oui, j’en étais consciente ; répondis-je sans hésiter.

Cette dernière éclata de rire en entendant cela et fut rapidement rejointe par Maya mais je ne me laissai pas démonter. Je savais qu’elles n’étaient pas elles-mêmes et que ces mots n’étaient pas les leurs.

-Donc cela ne t’aurait pas dérangé que notre disparition ait été vaine…Cela ne m’étonne pas de toi, Angéla ; continua Ambre d’une voix plus grave. Après tout, ce qui compte pour toi, c’est que tu sois innocente et sans remords…Tu as toujours été comme ça…

-Peut-être, oui mais j’agis simplement selon ce qui me semble juste ; répliquai-je sans sourciller. Ambre, Maya, vous n’avez rien à voir avec cette guerre alors moi, je ne peux pas y échapper. Je suis impliquée dedans, que je le veuille ou non.

-Donc tu prends les décisions à notre place, une fois de plus ? Siffla Maya. Et si nous voulons être impliquées ? Si nous voulons nous sacrifier, nous n’avons donc pas le droit parce que tu n’es pas d’accord ? Et pourquoi June aurait le droit de risquer sa vie, elle ? Dis-le-nous, Angie.

-Oui, c’est vrai, je ne veux pas que vous soyez impliquées pour des raisons purement égoïstes, parce que je tiens à vous, parce que vous valez bien mieux que vous sacrifier pour quelqu’un comme moi, parce que vous n’êtes pas des guerrières mais des lycéennes, tout comme moi…

-Angél…Commença June avant que je ne l’interrompe.

-Ambre, Maya, je ne nierai pas mes défauts. Vous avez raisons et je ne peux rien faire pour les corriger dans l’état actuel des choses mais il y a une chose dont je suis sûre : aussi imparfaite que je suis, vous m’avez accordé votre confiance toutes ces années et il est temps que je vous rende ne serait-ce que le millième de ce que vous m’avez apporté en tant qu’amies…

-Angéla ! Tu t’es toujours cru la meilleure d’entre nous et tu nous le montres encore aujourd’hui en prétendant avoir la force de nous sauver, mais nous allons te prouver le contraire ici et maintenant ! S’écria Maya en faisant vibrer l’air autour d’elle d’un simple geste de son bras.

-Il en va de même pour toi, June ! Reprit Ambre, tout aussi furieuse. Tu nous avais promis de veiller sur elle et tu n’as rien trouvé de mieux à faire que de l’entrainer à nouveau dans les problèmes alors que tu aurais pu la tenir éloignée !

-Je n’ai pas à me justifier ; répondit-elle calmement. Mais, de mon point de vue, j’ai respecté votre volonté : j’ai préservé Angéla en lui donnant l’espoir de vous revoir au lieu de la laisser se morfondre dans le désespoir.

-Et bien, mademoiselle première de classe, il est temps de nous prouver qu’une fois de plus tu me surpasses dans tes calculs ! Clama Ambre. Il est temps…de briser le sceau du mal, j’en appelle à la puissance sommeillant depuis la nuit des temps, la seule puissance capable d’absorber la lumière de l’âme humaine : voici, le sceau d’orichalque !


https://www.youtube.com/watch?v=BQW8H1O7jGc&t=


La sinistre étoile verte à six branches se déploya sous nos pieds mais je tentai de ne pas paniquer et de garder mon calme. Il nous était désormais réellement impossible de faire marche arrière, le duel ne pourrait se terminer avant la défaite de l’une des deux équipes.

Je regardai mes deux amies. Le symbole du sceau s’était inscrit sur leur front et j’eus malgré moi un mouvement de recul avant de me ressaisir. Je ne pouvais pas faiblir, pas aussi proche du but. Drago et Darksky m’auraient ri au nez s’ils m’avaient vu hésiter, alors je n’allais pas me retenir et donner tout ce que j’avais !

-Etant donné qu’il s’agit de la puissance originelle du sceau, nous avons la possibilité de posséder dix monstres sur le terrain, que dis-tu de ça Angéla ? Voilà une chose que toi, tu n’auras jamais ! Dit Maya d’un air mauvais.

-Il y a beaucoup de choses que vous possédez que je n’ai pas ; répondis-je calmement.

-Et j’imagine également qu’il n’est pas affecté par les effets de cartes et que nous ne pouvons pas activer de sorts de terrain ? Demanda June.

-Je vois que tu en connais un rayon sur le sceau ; lui répondit Ambre. En effet, rien ne peut affecter le sceau d’orichalque !

-Et vous ne pourrez rien contre cette créature non plus, j’en appelle à gigas d’orichalque en mode attaque ! Je vais maintenant poser deux cartes faces cachées et vous laisser la main. Commença Maya avec un sourire mauvais.

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine, non pas parce que je devais affronter Ambre et Maya mais parce qu’une fois de plus, je faisais face au sceau d’orichalque et qu’une fois de plus, le sort de mes amies était en jeu.

Je lançai un regard furtif à June mais cette dernière ne laissait transparaitre aucune émotion, comme à son habitude, et faisait simplement face aux deux filles avec un sang-froid impressionnant.

-Dans ce cas, c’est à moi ; reprit ma partenaire. Je commence en invoquant ma médium harpie sur le terrain et grâce à son effet, en me défaussant d’une carte de ma main, j’invoque mon dragon familier de harpie directement sur le terrain. A présent, je recouvre ma médium harpie et mon dragon de niveau 7 pour ouvrir le réseau recouvrement : Viens à moi, numéros 11 : gros œil !

-Si tu crois qu’un simple monstre xyz va nous impressionner, tu te trompes ma chère ; railla Ambre.

-C’est ce qu’on va voir, j’active l’effet de gros œil, en détachant un…

-En plein dans le panneau : voici mon contre piège, riposte d’orichalque ! Non seulement ton montre est détruit mais en plus Ambre peut ajouter une carte d’orichalque depuis son deck à sa main !

Le deck d’Ambre scintilla d’une lumière encore plus vive que celui de Maya lorsqu’elle avait pioché le sceau d’orichalque. Même June grimaça face à ces cartes inconnues que même Dartz ne possédait pas. A croire que Gariatron était bel et bien le véritable créateur de l’orichalque.

– Je vais poser 2 cartes faces cachées et terminer mon tour ; continua June d’un ton se voulant assuré alors qu’elle ne possédait plus aucune défense.

-Pas trop tôt, on va enfin pouvoir s’amuser ! Il est temps de renforcer le sceau d’orichalque grâce à mon deuteros d’orichalque !

Le sceau au sol se munit alors d’un second anneau tandis que sa lumière redoublait d’intensité et que la lueur rouge dans les yeux de mes amies s’intensifiait.

-A présent, en payant 500 points de vie, je peux invoquer spécialement depuis ma main mon kyutora d’orichalque en mode défense. Bien, gigas d’orichalque, attaque Angéla directement !

Alors que je pensais que June allait dévoiler un piège, ma partenaire s’arrêta net dans son geste pour jouer sa carte et grimaça avant de se retirer.

Je reçus donc l’attaque de plein fouet dans le ventre et la puissance du coup de poing de ce monstre me coupa la respiration pendant quelques instants.

-Saleté de monstre ; grommela June. J’ai failli oublier sa capacité…

Angéla, June : 7100 – Maya, Ambre : 7500

Je me relevai en chancelant. Je ne comprenais pas vraiment à quoi jouait June mais je lui faisais confiance. Si elle n’avait pas activé son piège, c’était qu’elle devait avoir une stratégie bien précise. Je devais croire en elle-même si cela devait me couter cher. Si seulement je pouvais deviner ce qu’elle avait derrière la tête, alors j’aurais pu l’aider mais je ne pouvais pas parler de stratégie juste devant nos adversaires…

Tout ce que je pouvais faire, c’était jouer normalement en attendant d’entrevoir son plan.

-A mon tour, je pioche et j’invoque immédiatement terre, agent du mystère, et lorsqu’elle est invoquée avec succès, je peux ajouter à ma main vénus, agent de la création. Je pose une carte face cachée et je termine mon tour…

-C’est tout ! S’exclama Maya. Vous n’allez pas tenir très longtemps si vous jouez de la sorte ! Je pioche, et premièrement, grâce à mon deuteros d’orichalque, je récupère 1000 points de vie.

Angéla, June : 7100 – Maya, Ambre : 8500

-Et je vais ensuite renforcer le sceau d’orichalque de son anneau le plus destructeur, j’ai nommé le tritios d’orichalque !

Un troisième cercle vint rejoindre les deux premiers et un vent glacial nous traversa tandis que les yeux de mes anciennes camarades viraient au vert sombre et que la marque sur leur front brillait d’une lumière toujours plus intense.

La situation devenait vraiment urgente, personne ne pouvait faire face à la puissance de l’orichalque dans toute sa majesté sans l’aide d’une quelconque divinité, hors, nous n’en avions pas sous la main malheureusement, et Drago et Darksky n’étaient pas dans le coin…

-Attention Angéla ! Me cria June.

Perdue dans mes pensées, je n’avais même pas remarqué que Gigas était passé à l’attaque avec 500 points supplémentaire après s’est suicidé, détruisant ma terre, et me volant quelques points de vie.

Angela, June : 6700 – Maya, Ambre : 8400

-Je pose maintenant une carte face cachée et je termine mon tour.

Elle échangea alors un regard complice avec Ambre. Je sus tout de suite que cela devait avoir un rapport avec sa carte. Il fallait juste espérer que June l’eût compris également…

-Même avec le tritos d’orichalque, vous ne pouvez pas me vaincre. Je sais exactement comment affronter vos cartes ! J’invoque ma danseuse harpie en mode attaque, puis j’active égotiste élégant pour faire venir depuis mon deck ma dame harpie. Grace à l’effet de ma danseuse, je renvoie dans ma main la dame harpie pour invoquer une autre médium harpie, qui, grâce me permet de faire venir sur le terrain reine harpie !

-Vas-y, attaque nous ; l’encouragea Ambre, cela ne fera qu’augmenter un peu plus votre souffrance !

-Je n’ai pas terminé, je recouvre mes 3 dames harpies ! Toi fidèle serviteur des ailes sombres, traverse les dimensions pour nous rejoindre et infiltrer les barrières ennemies, apparais Dragon fantomatique, familier de Harpie !

Le monstre aux allures de fantômes apparut sur le terrain aux côtés de June mais, alors que je pensais que mon amie comptait l’utiliser pour contourner les défenses de Maya et Ambre, celle-ci se contenta de poser une carte face cachée et de terminer son tour.

-Et bien alors, June, tu n’attaques pas ? Aurais-tu peur d’un autre piège ? Railla Maya.

-Non, je passe pour cette fois. Mais vous pouvez toujours essayer, vous.

C’est trop aimable de ta part ; Continua Ambre. Donc, nous obtenons encore 1000 points supplémentaires pour entamer ce tour !

Angéla, June : 6200 – Maya, Ambre : 9400

-Ensuite, je pense que je vais activer ceci, Destruction d’orichalque ; ainsi, je détruis mon propre gigas d’orichalque pour que nous subissions des dommages égaux au double de son attaque, soit 2800…mais comme vous le savez, kyutora va se charger d’absorber les dommages pour nous une troisième fois, seules vous en subirez les effets…

Angéla, June : 3600 – Maya, Ambre : 9400.

Nous ressentîmes une forte décharge électrique provenant du seau lorsque la créature explosa. Notre vie était en train de s’envoler en même temps que nos points de vie. Je n’avais presque plus de force dans les jambes pour rester debout, et je voyais que June n’allait guère mieux. Au moins, l’effet du dragon nous protégeait, mais pour seulement deux tours…

Mais, même si nous semblions en mauvaise posture, June gardait son sang froid et n’affichait aucune peur ou hésitation. Elle restait simplement impassible. Je n savais toujours pas ce qu’elle avait en tête mais si elle ne paniquait pas, alors je n’avais aucune raison de m’en faire non plus, je devais la suivre.

-Maintenant, il va revenir parmi nous avec 1900 points d’attaque. A présent, j’active cette carte, mieux connue sous le nom de royaume perdu de l’Atlantide !

Au-delà des limites du sceau d’orichalque se dressèrent d’imposant murs de pierre, sortant tout droit du plus profond des océans, qui nous encerclèrent au milieu d’une mer en colère. Le bruit des vagues se fracassant bruyamment sur la roche résonnait jusqu’à nous et l’eau se rapprochait dangereusement de nos pieds. Le terrain du sceau d’orichalque était la dernière partie de terre immergée, comme un ilot au milieu d’une mer déchainée.

-A partir de maintenant, durant à la fin de chacun de nos tours, si un de nos monstre n’a pas infligé de dommage à l’adversaire, celui-ci est détruit son contrôleur se voit dépossédé d’autant de points de vie que ce monstre n’a de points d’attaque !

En entendant cela, ma partenaire fronça les sourcils et une légère grimace déforma son visage. Je ne pus m’empêcher de me mordre la lèvre devant sa réaction.

Aussi forte fût June, elle n’était pas sans faille et ne pouvait pas affronter seule l’orichalque. Il fallait que j’agisse aussi en espérant ne pas entraver sa stratégie.

-Mais attends, ce n’est pas tout, tant que le sceau d’orichalque brillera sur le terrain, vous ne pourrez pas détruire notre temple. Cela vous laisse exactement deux tours pour gagner, après quoi, vous périrez dans les flots qui ont jadis englouti le royaume de l’Atlantide ! S’écria Ambre.

La situation devenait vraiment critique, nous comptions justement sur ces deux tours pour nous ressaisir et voilà qu’ils nous devenaient fatals. C’était comme si Ambre et Maya anticipaient le moindre de nos mouvements…Mon prochain tour allait être décisif pour ce duel…

-Je pose une carte face cachée et je termine mon tour, et grâce à l’effet de kyutora, les dégâts nous sont épargnés.


https://www.youtube.com/watch?v=SgBqSEyCZBE


-Deux tours…Murmurai-je en regardant mon jeu avec nostalgie. Cet ultimatum me rappelle des souvenirs…

Je fermai les yeux et je me revis huit ans plus tôt, dans le parc près de l’école, avec Ambre et Maya derrière moi tandis que j’affrontai en duel cet idiot d’Aymeric et que je lui affirmais que je pouvais le battre en deux tours avant même d’avoir tiré mes cartes.

Ce tableau s’était si souvent répété par le passé, cet ultimatum des deux tours que j’aimais tant poser quand je commençais un duel se retournait maintenant contre moi apparemment.

Je ne pus m’empêcher de sourire en repensant à ces vieux souvenirs. Ambre et Maya avaient raison, j’avais toujours eu cet excès de confiance en moi depuis le début…Mais c’était cette même arrogance qui me permettait de croire que j’allais pouvoir les sauver toutes les deux !

-A moi donc ! J’invoque immédiatement vénus, agent de la création, puis, en sacrifiant 1500 points de vie, j’invoque spécialement trois sphères lumineuses depuis mon deck !

Angéla, June : 2100 – Maya, Ambre : 10500

-Tu as enfin compris qu’il était inutile de résister et tu sacrifies tes propres points de vie ? Sage décision…

-Tu ne la trouveras pas aussi sage maintenant, je recouvre mes trois sphères pour faire appel au numéro 96 : brume sombre ! Mais ce n’est pas tout, je retire du jeu vénus pour invoquer le puissant maitre Hypérion !

-Ton destin est scellé ! Me cria Ambre, ce monstre causera ta perte !

-C’est ce qu’on verra…Je retire à présent de mon cimetière terre agent du mystère et Gros œil pour faire appel à mon sorcier du chaos !

-Chaos Agent ? Tu as modifié ton deck je vois ; s’amusa June.

-J’ai toujours voulu tester cette version ; lui répondis-je en haussant les épaules. Sorcier du chaos, retire moi du jeu ce gigas d’orichalque, magie…

-Pas si vite, j’active l’effet du tritios d’orichalque ! Me coupa Maya.

-L…L’effet du tritios ? Bégayai-je de surprise.

-Une fois par tour, lorsque tu cibles un de nos monstres, nous pouvons annuler cet effet et détruire ta carte !

Des éclairs émeraude jaillirent du sceau et firent voler mon monstre en éclats sans que je ne puisse riposter.

-Tu vois, tu ne peux rien face à nous…

-N’en soyez pas si sûres, j’active l’effet de maitre Hypérion ! En retirant saturne, agent du jugement de ma main, je détruis le kyutora d’orichalque ! En avant, jugement céleste !

-Attends, Angéla, N…

Je n’écoutai pas ce que me dit June et mon monstre lança un éclair sur le kyutora qui le transperça de part en part avant d’exploser et de libérer un épais nuage de fumée noire, nous cachant le terrain.

-Angéla…Murmura ma partenaire, les yeux ronds.

-Alors, vous ne vous attendiez pas à ça je parie ! M’exclamai-je.

Cependant, contre toute attente, ce ne furent pas des cris de rage qui nous provinrent de la fumée mais un rire mauvais, le genre de rire qui n’annonce rien de bon.

-Vous êtes vraiment naïves ! Dit calmement Maya. Vous croyiez vraiment que nous n’avions rien vu venir ?

-C…Comment !

-Regardez donc par vous-même ; compléta Ambre.


https://www.youtube.com/watch?v=H5MuriyVJ-4


Une immense forme sombre se détacha de la fumée et le sol trembla à nouveau. Lorsqu’elle se dissipa, une créature gigantesque avait pris la place du kyutora. Il s’agissait d’une sorte de statue verte, composée d’un torse et de deux bras séparés du corps. Un anneau de lumière entourait sa taille tandis qu’elle volait dans les airs.

-Je vous présente le Shunoros d’orichalque !

-Mais…Comment est-il arrivé là…Bégayai-je en reculant prudemment.

-Lorsque Kyutora a accumulé assez d’énergie et qu’il est détruit, il libère cette créature toute puissante !

Je serrai les dents. En voulant trop être utile à June, je venais de nous mettre dans une situation délicate…Je me tournai donc vers elle mais la première de la classe, même un peu déstabilisée, n’avait pas l’air de m’en vouloir et se contentait de fixer le terrain, comme si elle analysait chaque détail pour élaborer un nouveau plan…

Finalement, voyant que je ne faisais plus un geste, June se tourna vers moi et me lança un regard réconfortant.

-Et bien, Angéla, qu’attends-tu pour continuer ? Me dit-elle d’une voix douce.

-Mais, je…

-Ce gros monstre n’est pas un problème et il va même m’aider.

-Si tu le dis ; lui souris-je en reprenant confiance. En avant Hypérion, détruis le gigas d’orichalque avec ta lumière céleste !

June, Angéla : 2100 – Maya, Ambre : 9600

-A ton tour Dragon fantomatique, attaque-les directement ! Toi aussi brume sombre, attaque à nouveau gigas et accapare-toi de sa puissance ! (gigas : 2400)

June, Angéla : 2100 – Maya, Ambre : 7700.

-Je pose une carte face cachée et je termine mon tour.

-Attends une minute ; s’écria Maya, j’active la carte magie : Duplication d’orichalque, je peux maintenant invoquer autant de jetons d’orichalque que possible, c’est-à-dire 8 ! Grace au pouvoir du tritios, nous regagnons donc 5000 points de vie !

June, Angéla : 1900 – Maya, Ambre : 12800

-Tous ces efforts pour rien ; râlai-je mécontente de moi-même devant l’armée de monstres qui était apparue devant nous.

-En effet, mais maintenant c’est terminé pour vous, Shunoros d’orichalque, détruis Hypérion avec ton anneau du destin et anéantis leurs derniers points de vie !

-Une minute ; les interrompit June, j’active mon piège, Waboku. Nous ne subirons donc aucun dégât durant ce tour et nos monstres ne pourront être détruits au combat. Votre piège si bien préparé se retourne donc contre vous, désolée !

-Waboku ? Ce n’est pas toi qui m’as dit d’enlever cette carte de mon jeu ? La taquinai-je.

Cependant, June ne me répondit pas et lança un regard triste vers Ambre et Maya alors que l’attaque du monstre géant était repoussée par la carte de June et je compris soudain ce que ma partenaire venait de faire.

Mon cœur se serra. Cependant, nous n’avions pas d’autre choix. Le seul moyen de sauver Ambre et Maya était de vaincre Gariatron et pour cela, nous devions les écarter de notre route, même si cela impliquait de devoir les enfermer à nouveau dans ces tablettes de pierre…même temporairement…

-Nous…Nous ne nous avouerons pas vaincue ; balbutia Maya, je pose une carte face cachée et je termine mon tour…

-Par l’effet de votre carte ; commença June, vous allez donc perdre les 10000 points d’attaque de votre Shunoros et les 2900 points d’attaque de Gigas. C’est terminé…

Lentement, la mer se déchaina et les eaux montèrent, prenant au piège Ambre, Maya et leurs monstres. Je détournai le regard, incapable de supporter le spectacle de leur disparition une seconde fois et je serrai le poing en réalisant qu’encore une fois, tout était de ma faute.

-Ambre, Maya…

-Je suis désolée ; dis June pour me réconforter, mais nous n’avions pas le choix. Plus vite nous aurons vaincu Gariatron et plus vite elles seront tirées d’affaire, c’est une certitude.

-Oui, il faut avancer et…

-Angéla ! June ! Rugit une voix qui résonna longuement dans la salle.


https://www.youtube.com/watch?v=JOERJfUWtiw


Nous nous retournâmes en sursaut pour voir d’où provenait cet appel. Le sol recommença à trembler et un immense tourbillon se forma à l’endroit même où nos amies avaient été englouties. Deux yeux rouges se formèrent au milieu du siphon et je vis des dizaines de lumières émeraude fuser des stèles pour plonger dans la fosse abyssale qui s’était créée là.

-Nous avons parlé un peu trop vite ! S’affola June. Le duel n’est pas encore terminé !

-Comment ? M’écriai-je assez fort pour couvrir le vacarme du séisme.

Je remarquai alors que le tritios d’orichalque était toujours en place et plus brillant que jamais et je retins ma respiration.

Tout à coup, les flots explosèrent en un millier de gouttelettes fines pour laisser surgir des profondeurs un serpent titanesque. Bien plus grand qu’Apopis, dégageant également une aura bien plus sombre tandis que sur sa tête se tenaient Maya et Ambre qui nous lançaient des regards assassins.

-Angela ! June ! Hurla Maya, folle de rage. Nous n’en avons pas fini avec vous deux !

-Vous n’avez pas hésité à nous faire mordre la poussière malgré les conséquences que cela impliquerait ; continua Ambre furieuse, et pour cela, vous allez payer très cher ! Lorsque le Shunoros d’orichalque est détruit, il libère à son tour une créature bien plus imposante que tout ce que vous avez pu voir jusqu’ici, j’ai nommé le Serpent divin !

-Et tant qu’il sera là, nous ne pourrons pas perdre le duel et il n’est pas affecté par les effets ! Tout ce que vous avez à faire pour nous vaincre une deuxième fois est de le détruire, bonne chance…

-Alors le voilà…Le plus puissant des esprits de duel…Ce n’était pas qu’une légende…Murmura June, aussi impressionnée qu’effrayée.

-C’est exact, et contrairement à ce très cher Yugi, vous n’avez pas la puissance nécessaire pour le surpasser, profitez bien de votre dernier tour…

Le serpent rugit et son seul souffle suffit à me déstabiliser et à me faire tomber à la renverse. Ses yeux me glaçaient littéralement le sang, j’avais l’impression que tous mes mouvements étaient scellés par la peur rien que par ce regard de pierre. Même Apophis ne me faisait pas cet effet, alors qu’il restait tout de même un dieu du chaos. Mais ce serpent divin, lui, émanait quelque chose d’autre. Peut-être était-ce lié à la présence de mes amies dans le camp adverse, mais je n’avais vraiment plus le courage de continuer ce combat. Toute résistance était inutile, si nous n’attaquions pas avec nos monstres, leur temple se chargerait de nous engloutir nos derniers points de vie, et si nous ne faisions rien, alors c’était ce serpent qui ferait le travail…

Je ne voyais aucune issue à ce dilemme. Je ne pouvais qu’espérer que June pourrait me sortir de cette impasse.

-Je…Je n’abandonnerai pas !

June se tourna alors vers moi, une nouvelle détermination dans le regard. Je pouvais y voir l’excitation du duel, ou tout simplement l’envie de faire mieux que son père, mais dans ces deux cas, je savais qu’elle n’allait pas abandonner au premier obstacle venu.

-J’active de ma main trou noir !

-Inutile, notre serpent divin ne peut pas être détruit, seuls tes monstres en pâtiront, alors pourquoi ? Demanda Maya surprise.

-Tu verras, je pose un monstre en position de défense face cachée, suivi de cette carte face cachée et je termine mon tour.

Ses yeux verts croisèrent alors mon regard. Je n’avais pas besoin de mot pour comprendre sa pensée, son air m’avait déjà tout dit.

-Angéla, je te confie la fin de ce duel, montre-nous que tu as raison de te croire au-dessus des autres parce que tu l’es vraiment !

Gênée et confuse, je me relevai en titubant et Je j’acquiesçai d’un air assuré.

-Ridicule, si vous pensez qu’une pauvre carte face cachée va nous impressionner, vous vous trompez ; dirent-elles d’une seule voix. Nous piochons…

-J’active ma carte face cachée, rugissement menaçant ! Vous ne pourrez pas nous attaquer ce tour !

-Fatiguant ; grommela Ambre. Mais attendez de voir ça, et vous regretterez de ne pas avoir abandonné, j’active la plus puissante des énergies jamais mise en jeu ! Lorsque la puissance des ténèbres ne suffit plus, ceux-ci se replient sur eux même pour donner naissance à la plus sombre forme de magie noire, évolue encore une fois tritios d’orichalque ! Je fais appel à l’ultime sceau, le quatros d’orichalque !

La lumière à nos pieds commença à luire de plus en plus fort pour virer du vert émeraude au rouge sang. Leur pouvoir était donc réellement plus puissant que celui de Dartz en personne, et cela ne faisait aucun doute qu’il leur venait de Gariatron.

-Qua…Quatros d’orichalque ! Bégayai-je abasourdie. Je croyais que le sceau ne possédait que trois anneaux, d’où sort donc ce cercle rouge ?!

-Si nous ne pouvons vous vaincre par la force, nous vous vaincrons par vos propres monstres ! Je termine donc mon tour. Mais ne croyez pas que ce tour vous servira à grand-chose, vous ne pourrez jamais anéantir notre serpent divin !

Tout reposait sur moi à présent. Si je n’arrivais pas à piocher la carte dont j’avais besoin, nous étions finies, et nous rejoindrions le royaume des ombres. Drago, Darksky et les autres devraient donc se débrouiller seuls. Mais je ne pouvais plus me permettre de laisser mes sentiments prendre le dessus sur ce duel. Je devais gagner, coûte que coûte, pour le salut du monde, pour celui de Maya et Ambre, pour le nôtre ! Il était temps de leur montrer à quel point je pouvais être têtue et sûre de moi si c’était ce qu’elles voulaient tant !

La pression était immense, tous les regards étaient tournés vers moi. Je pouvais entendre les cœurs battre dans nos poitrines. Le silence s’était soudainement installé dans la grande salle, on n’entendait plus que le bruit sourd des vagues autour du temple. Même Maya et Ambre retenaient leur souffle.

Ma main trembla lorsque je la posai sur le dessus de mon deck. Une seule erreur et tout était terminé. Mais, je n’étais plus la même duelliste impulsive et irréfléchie que lorsque nous avions affronté Hélios pour la première fois. La compagnie de Drago et des autres m’avait appris à jouer calmement, avec une stratégie bien préparée. De plus, la vision du futur en ruine, la dévastation de Paris et le désespoir de tous ces gens avaient été comme un réveil pour moi. Plus jamais le monde ne devrait connaitre une telle tragédie, et c’est ce qui allait se passer si nous perdions ce duel, et ça, je ne pouvais l’accepter ! Gariatron m’avait confié la mission de le faire revenir à la raison, et je comptais bien tenir ma promesse !


https://www.youtube.com/watch?v=8WXYajeP9TE&t=


Je fus soudain envahie d’une énergie nouvelle. Mon corps fut entouré d’une vive lumière blanche qui illumina le terrain comme une étoile et derrière moi, une ombre blanche apparut, ombre qui prit rapidement l’apparence d’une créature bien connue : Gariatron. Mais pas le monstre sanguinaire que nous avions dans le présent. Il s’agissait là de l’ombre du démon que nous avions vaincu dans le futur…

Maya et Ambre eurent un mouvement de recul en la voyant et le serpent divin se replia sur lui-même, comme effrayé par le nouveau monstre écailleux.

-Angéla ; déclara le démon d’une voix lente résonnant dans la salle. Il y a longtemps, j’ai créé l’orichalque mais j’ai aussi confié à un ami le soin de s’opposer à moi.

Le démon écarte ses ailes et une petite sphère de lumière descendit jusqu’à moi avant de s’introduire dans mon jeu puis la silhouette de Gariatron commença à s’estomper lentement dans une trainée d’étoiles scintillantes.

-Vivez, Angéla, June, Ambre, Maya, sortez-moi de cette folie qui me ronge et savourez la vie comme Iori et Laura le font dans le futur…


Ma main cessa de trembler. Je fermai les yeux pour faire confiance au destin, et je tirai ma dernière carte, mon dernier atout, mon dernier espoir de victoire.

Je brandis vers le ciel la carte que je venais de tirer et un éclair de lumière blanche s’abattit sur le terrain. Lorsque la fumée se dissipa, une immense créature ailée venait d’apparaitre au milieu du sceau.

-Déchaine ta puissance, Socrate, le père fondateur de l’Atlantide ! M’écriai-je, soudain envahie d’une énergie nouvelle.

Le dragon bleu géant rugit et, lorsqu’il battit des ailes, fissura les murs ainsi que le sceau d’orichalque dont la lumière se mit à vaciller.

-Ensuite, je retourne le monstre de June, Prisme, Héros Elémentaire, et grâce à son effet, j’envoie Athéna de mon deck au cimetière ! L’association de deux lumières étincelantes donnera naissance à la plus pure des forces qui aura le pouvoir d’éradiquer les ténèbres les plus profonds, je fais appel à toi, Dragon ailé D’Athéna !

Nous vîmes mon dragon se couvrir d’une armure rougeoyante tandis qu’Athéna prenait place en tant que cavalière de l’Atlantide.

Les teints de Maya et Ambres étaient devenus livides à l’apparition de ce monstre tout puissant.

-Maintenant, finissons-en, dragon ailé d’Athéna, attaque le serpent divin, Châtiment Céleste !

-Imbéciles ; votre monstre est trop faible pour ne serait-ce égratigner le nôtre, vous venez de sceller votre perte !

-Détrompez-vous, car, lorsque Notre monstre combat, il gagne une attaque équivalente à la somme des attaques des autres monstres sur le terrain !

-Il gagne une attaque infinie…Dit Maya presque impressionnée.

-Mais cela n’arrivera pas ; reprit Ambre, l’effet du Quatros d’orichalque s’active, tout monstre déclarant une attaque est détruit, belle tentative mais…

Mon monstre fut frappé d’un éclair rouge, mais s’en sorti sans aucun dommage, il ne semblait même pas avoir ressenti le choc de l’attaque qui était pourtant d’une puissance phénoménale.

-Pas de chance, le dragon ailé d’Athéna est immunisé face à la destruction par effet de cartes !

-Je…Je sacrifie Gigas d’orichalque pour détruire…Non, inutile, nous ne pouvons pas faire face…Se désespéra Ambre.

-Je suis vraiment désolée…murmurai-je les larmes aux yeux.

Juste avant que notre monstre ne détruise définitivement le serpent, je crus voir comme du réconfort dans les yeux de mes amies, comme si elles étaient heureuses que tout ce soit enfin terminé ainsi. Tandis que le serpent se désintégrait sur lui-même dans une explosion, et que le temple était à nouveau englouti par les flots, le sceau se refermait peu à peu sur elles et un flash de lumière m’aveugla pendant quelques instants.


https://www.youtube.com/watch?v=USCmVflxOfY


Lorsque je recouvris la vue, la pièce avait disparue, de même que le sceau d’orichalque et nos monstres pour ne laisser que June, Ambre, Maya et moi dans un espace entièrement blanc dont la monotonie n’était brisée que par la présence d’un magnifique cerisier en fleurs lentement bercé par un vent printanier frais et doux.

Cependant, mes deux amies étaient différentes. La marque du sceau d’orichalque avait disparu de leur front et leurs regards étaient redevenus normaux : innocent et doux pour Ambre et Moqueur pour Maya.

-Décidemment, Angie…Tu ne peux pas t’empêcher de faire le contraire de ce qu’on te dit…Ricana celle qui aimait me taquiner. Mais bon, j’imagine que c’est pour ça que je t’aime bien…

-Oui, c’est bien parce que tu es aussi irresponsable et stupide qu’on est amie ! Enchaina Ambre avec un large sourire.

-Eh…Vous deux…Franchement…Vous pourriez au moins dire quelque chose de sympa après tout ça…Leur répondis-je en riant légèrement.

-Sympa ? Je ne me rappelle pas avoir déjà dit…

Ambre coupa Maya dans sa réflexion désagréable avec un coup de coude dans les côtes et cette dernière soupira.

-Bon, ok, je dois l’avouer, j’étais un peu jalouse de toi…Mais en même temps, c’est bien pour ça que je te suis depuis tout ce temps non ? N’oublie pas que tu me dois une revanche pour cette fois où tu m’as fait perdre ma réputation ! S’exclama Maya avec un air de défi. Et je te préviens, tant que je ne l’aurai pas eue, je continuerai à te pourrir la vie comme aujourd’hui !

-Quand tu veux, Maya ; lui répondis-je en penchant la tête légèrement sur le côté en repensant au jour où nous nous étions rencontrées.

-Tu sais, Angéla…Il est trop tard pour revenir sur nos paroles de tout à l’heure…Mais n’y prête pas attention s’il te plait ; me demanda Ambre en baissant les yeux. C’est bien parce que tu possèdes tous ces défauts que tu es meilleure que nous, alors, ne change pas…

-Arrête, je vais rougir…Bredouillai-je en détournant moi aussi les yeux.

Le vent s’intensifia et quelques pétales roses passèrent entre elles et nous tandis que, un peu plus loin, une lumière se mit à briller d’un éclat intense.

-June, on ne te le redira jamais assez mais…Prends soin de mon Angie ; lança Maya. S’il lui arrive quoique ce soit, je viendrai te faire une tête au carré, c’est moi qui te le dis !

-Et assure-toi qu’elle ne fasse pas trop d’imprudences sinon elle va encore nous le reprocher ; compléta Ambre.

-Je vais essayer, mais je ne peux rien vous promettre…Vous la connaissez ; leur répondit-elle ironiquement.

-Eh, je ne suis plus une enfant, je peux prendre soin de moi-même ! Protestai-je en gonflant les joues.

A mes mots, mes trois amies éclatèrent de rire ensemble et, malgré mon chagrin, je me joignis à elles de bon cœur.

Finalement, après une minute de fou rire incontrôlable, je pris une grande respiration tandis que Maya leva le pouce en l’air d’un air confiant et Ambre me lança un large sourire puis, avec June, nous passâmes à côté de nos deux amies pour rejoindre la lumière sans nous dire un mot de plus.

Alors que nous les avions dépassées, j’entendis la voir de Maya dans mon dos mais je ne me retournai pas, de peur de ne plus vouloir quitter cet endroit si je le faisais.

-Tu sais, Angie, je me suis toujours dit un truc mais…on devrait s’organiser une grande sortie un de ces quatre.

-On se fait ça à la rentrée alors ? Lui répondis-je d’une voix calme.

-Moi ça me va.

Sur ces mots, la lumière s’intensifia et, lorsque je rouvris les yeux, j’étais de retour dans la citadelle de pierre sombre. Devant nous, gisaient les corps inconscients de Maya et Ambre tandis que le sceau d’orichalque avait disparu. Cependant, leur visage était serein, comme si elles dormaient toutes les deux profondément.

-June…

-Allez, Angéla, fais ce que tu as à faire, je m’occupe du reste ; m’interrompit mon amie.

Avec un regard déterminé, j’acquiesçai et je laissai mes trois amies derrière moi, m’enfonçant dans le long couloir sombre, plus résolue que jamais à vaincre Gariatron et à tout faire rentrer dans l’ordre.





Chapitre 20 : Promesses et Trahison…



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=GCeg9lWMIME&t=


« Bien, à la revoyure Darksky, je te souhaite sincèrement de retrouver ta sœur. »

Les mots de Saya résonnaient encore dans ma tête tandis que j’avançais dans ce long couloir de glace. Marie était saine et sauve mais je ne pouvais pas encore reprendre ma vie d’antan. Avant cela, je devais encore régler deux dernières choses : me venger de Gariatron et faire revenir Laura à la raison.

Plus j’avançais et plus l’air se refroidissait mais je ne ralentis pas le pas. Je savais qu’au bout de ce long couloir se trouvait celle pour qui j’avais voué ma vie, celle qui l’avait changé, qui l’avait égayée et qui l’avait détruite en partant.

La Laura que j’avais retrouvée n’était pas celle que je connaissais, c’était un fait, et même si j’ignorai la véritable raison de son changement, je savais au fond de moi que mon amie d’enfance se cachait encore quelque part au fond d’elle et c’était pour la retrouver que je me battais à présent.

Mais, avais-je le courage de lui faire face ? Etais-je capable de m’opposer à celle que je considérai comme mon modèle par le passé ? Pouvais-je faire revenir à la raison celle qui m’avait tiré de ma solitude ? Possédai-je même la force de pouvoir prétendre la sauver, elle qui m’avait tout enseigné ? Toutes ces questions me hantaient tandis que je continuai mon chemin en compagnie de ma sœur.

Soudain, celle-ci s’arrêta au milieu du chemin et je fis de même, intrigué en la voyant froncer les sourcils en me regardant.

-Michael, dis-moi une chose ; commença-t-elle avec un sérieux qui ne me disait rien de bon.

-Qu’y a-t-il Marie ?

-Tu es sûr de vouloir faire ça ?

-Evidemment, il faut que je fasse revenir Laura à la raison. De toute façon, je ne peux pas la laisser dans cet état, elle est beaucoup trop dangereuse et…

-Ce n’est pas ce dont je parle ; me coupa ma sœur.

Je penchai la tête sur le côté, ne comprenant pas où elle voulait en venir et Marie soupira.

-Je te connais, Michael, tu vas essayer de la sauver à tout prix mais peut-être ne veut-elle pas être sauvée.

-Qu’est-ce que tu racontes encore ? Je sais bien qu’elle ne veut pas être sauvée puisqu’elle ne se pense pas dans l’erreur mais…

-Tu es vraiment aveugle mon pauvre, c’est affligeant ; grogna-t-elle en commençant à s’impatienter.

-Dans ce cas, explique-moi ; rétorquai-je, agacé.

-Tu dis que Laura se bat pour se venger de toi mais pourquoi ne pourrait-elle pas se battre pour autre chose…Comme un désir de sauver quelqu’un par exemple ; hasarda ma sœur.

-Je n’exclus pas cette possibilité mais si c’est le cas, je me dois de l’aider.

-En plus d’être aveugle, tu es buté, j’imagine que je ne peux rien faire pour toi ; lança Marie en haussant les épaules, vaincue.

Elle reprit sa route en passant devant moi sans ajouter un mot et je fis de même, trop focalisé sur mon désir de retrouver mon ancienne amie pour repenser aux paroles de ma sœur.

Finalement, après une longue marche interminable dans le froid et l’obscurité, le chemin déboucha sur une immense pièce circulaire et lumineuse.

Les murs, le sol et le plafond étaient entièrement tapis de glace blanche et scintillante tandis que devant moi, un couloir de stalagmites menait droit à un trône de glace. Juste au-dessus, je reconnus, gravé dans la pierre, le symbole d’Ouroboros, la version corrompue de Trishula. De chaque côté du trône, deux immenses fenêtres laissaient une vision dégagée sur l’extérieur.

Sur le siège, quelqu’un était assis, une jeune fille aux longs cheveux châtain parfaitement coiffés à l’exception d’une mèche tombant entre ses deux yeux verts comme l’émeraude. Elle portait une longue cape noire au-dessus d’une veste et un pantalon tout aussi sombres.

Sur son visage se dessinait un sourire malsain alors qu’elle était accoudée et me regardait avec deux yeux remplis de haine et de mépris.

Sans tressaillir, je m’avançai dans ce long couloir, suivi de Marie puis je m’arrêtai à quelques mètres du trône pour faire face à la jeune fille que j’avais cherchée pendant si longtemps.


https://www.youtube.com/watch?v=I1Egwloq6Lk


-Je suis ravie de voir que tu as pu sortir du monde des esprits sain et sauf, Darksky ; me lança-t-elle d’une voix où se mêlaient ironie et colère.

-C’est un bien bel endroit que cette citadelle ; lui répondis-je calmement en mettant mes mains dans mes poches. Est-ce que c’est toi qui as fait la décoration ?

-En partie oui, tu aimes ? Railla-t-elle.

-Un peu trop chaud au mon goût mais ça peut aller. Je reconnais bien ton style, toujours aussi soigné.

-Oh, mais on peut remédier à ce problème si tu veux.

Laura se leva d’un bond et un vent glacial se mit à souffler, m’obligeant à me protéger le visage avec mes bras. Rapidement, un blizzard se leva et nous entoura totalement, mon amie et moi, nous séparant de Marie par un épais mur de glace infranchissable.

-Dis-moi, Darksky, puisque tu es là, que dirais-tu d’un petit duel comme au bon vieux temps à chaque fois que nous nous retrouvions dans le parc ?

-Cela fait bientôt cinq ans que nous n’avons pas livré de duel ; lui répondis-je en souriant et en fermant les yeux. Comment pourrais-je refuser ?

Un sourire mauvais illumina la figure de Laura tandis que, à partir de glace, un disque de duel apparut au bras de mon amie et ses yeux se mirent à briller d’une lueur verte intense dans le blizzard.

-Tu as vu, j’ai tenu ma promesse, Darksky, je suis revenue et tout se passe toujours comme avant, n’est-ce pas merveilleux ?

-Laura ; déclarai-je froidement. Dis-moi la vérité, tu n’es pas conduite uniquement par ta jalousie, je me trompe ?

-Qui sait quelles sont mes motivations ; me répondit-elle d’un ton dédaigneux. As-tu vraiment le droit de savoir cela, toi qui as contribué à faire de moi celle que je suis aujourd’hui ?

-Je t’ai déjà dit que je n’ai pas oublié notre promesse, Laura.

-Tu n’as donc même pas la moindre idée de ce que tu m’as fait réellement ? Tu es tellement innocent et stupide à la fois que c’en est presque affligeant mon pauvre ! Ricana mon amie.

Voyant que la conversation était inutile, j’activai mon disque de duel à contrecœur et je me mis en position, bien décidé à remporter ce duel et mettre Laura hors d’état de nuire.

-J’ai attendu ce jour avec tant d’impatience, Darksky, le jour où je pourrais te retrouver pour mettre un terme à toutes ces bêtises !

-Et moi j’ai attendu avec impatience le jour où je pourrais te retrouver pour recommencer ces bêtises que nous faisions par le passé ; rétorquai-je en gardant mon sang froid.


https://www.youtube.com/watch?v=rXefFHRgyE0


-Tu m’en diras des nouvelles quand tu gelé jusqu’aux os ! Mais trêve de bavardage, je vais prendre la main si tu le veux bien. Je tire, et j’invoque sur le terrain Castor, colonie du mal, puis, grâce à sa faculté, je peux invoquer en supplément Ketos, colonie du mal.

-Il arrive…murmurai-je en craignant son monstre.

-Je recouvre Castor et Ketos pour ouvrir le réseau recouvrement ! Apparais, serviteur des ténèbres, Ophion, colonie du mal ! Je vais maintenant activer sa faculté, en détachant une unité de couverture, je peux ajouter une carte magie ou piège infestation depuis mon deck à ma main, et je choisis pandémie d’infestation. Je pose à présent 2 cartes faces cachées et je termine mon tour.

-Je tire et…

-J’oubliais, comme Ophion est sur le terrain, tu ne pourras pas invoquer spécialement de monstre avec un niveau supérieur à 5.

-Mais alors…

-Oui, tout tes monstres synchros sont scellés !

-Je vois…Même tes monstres sont fermés à la confrontation ; murmurai-je en baissant les yeux tristement. Tu ne veux rien entendre mais tu ne veux pas non plus me laisser jouer comme avant…

-Allons, ce n’est pas un monstre qui va te faire peur, rassure-moi ! Rétorqua-t-elle ironiquement. Je t’ai connu plus combatif par le passé !

-En effet et je ne compte pas plier. Tu ne me laisses pas le choix Laura, je vais me battre contre toi de toutes mes forces, je serai sans merci…

-Il ne manquerait plus que ça ! S’exclama-t-elle. Je veux une victoire totale sur toi !

-Tu l’auras voulu, j’active pour commencer ce duel, la carte magie de terrain : Falaise ailes sombres !

Le décor changea brutalement autour de nous. Le ciel s’éclaircit, la glace froide sous nos pieds se transforma en pierre chaude, baignée du soleil couchant et avec pour seul bruit de fond, le fracassement des vagues en contrebas. Au loin, une mer calme et rougeoyante bordait une petite ville de campagne sur le point de s’endormir.

Tout était exactement comme avant. Je voyais Laura, éblouissante sur cette falaise où nous venions si souvent cinq ans plus tôt.

Elle regarda stupéfaite ce qui venait de se dresser autour de nous. Je crus lire dans son regard comme du regret pour un temps révolu, et même un certain bonheur de retrouver ce qu’elle chérissait tant. Mais ces sentiments furent éphémères, et son visage se durcit à nouveau, ne laissant paraitre aucune émotion.

Elle ferma les yeux et un sourire cruel se dessina sur sa bouche.

-Pendant un instant, j’ai failli tomber dans ton piège Darksky…Mais ce n’est pas avec quelques souvenirs heureux que tu éviteras les souffrances qui t’attendent !

-Je ne cherche pas à fuir, je veux simplement que tu te souviennes…tu étais heureuse à cette époque, toujours joyeuse et de bonne humeur. C’est toi qui m’as permis de continuer lorsque j’étais au plus mal…Alors pourquoi fais-tu cela désormais ? Que t’est-il arrivé ?

-Ce que j’ai vécu…personne ne peux le comprendre ; dit-elle tristement.

-Comprendre quoi ? La douleur que nous procure la séparation ? Le sentiment d’impuissance face à un destin qui nous semble trop cruel ? Je l’ai vécu moi aussi, je peux comprendre ce que tu ressens…


https://www.youtube.com/watch?v=H5MuriyVJ-4


-Non, tu ne peux pas ! Dit-elle les larmes aux yeux. Tu n’as pas à porter sur tes épaules le fardeau d’un héritage trop lourd ! Tu n’as pas non plus à défendre une cause qui te semble perdue ! Et plus que tout, ton père ne veut pas se venger du monde entier….

-Ton…Ton père est Shadow ? Bafouillai-je abasourdi par cette révélation. Mais…Pourquoi ? Je me souviens de lui…Comment en es-tu arrivée là, Laura ? Réponds-moi !

-Puisque tu veux tant le savoir, je vais te le dire : Hélios…nous a tout pris, notre foyer, ma mère et mon frère ainsi que ma confiance en ce monde…C’est pourquoi, mon père a décidé d’éradiquer toute forme de sentiment sur cette terre, afin que plus personne ne souffre ni de désespoir, ni de haine. Un monde où nous ne serions pas aveuglés par des sentiments inutiles qui n’apportent rien de bon, voilà ce que nous recherchons !

-Mais…tu voudrais donc renoncer à l’amitié, à la joie, à l’amour même pour un rêve insensé ?

-Insensé pour toi peut-être, pour nous, c’est notre dernier espoir…Et si pour ça, il me faut renoncer à l’amour, alors oui, j’y renonce sans hésitation !

-Donc tu préfèrerais oublier notre rencontre plutôt que de vivre dans l’espoir de nous revoir un jour ?

Je la vis tiquer à ce moment-là. J’avais touché un point sensible. Ainsi, j’avais raison, Laura n’était pas aussi dure et froide qu’elle ne le laissait paraitre, il y avait encore une chance de la ramener à la raison ! J’y croyais mais…

-Darksky…Ne fais pas semblant d’être le chevalier blanc venant secourir la princesse en détresse ; cracha-t-elle soudain avec dédain. Tu étais l’allié d’Hélios, je le sais, inutile de mentir !

Je grimaçai en entendant cela. Alors, elle savait…Voilà pourquoi il m’était impossible de la raisonner et pourquoi elle était aveuglée par la rage et la haine. Comment avais-je pu ne pas deviner plus tôt !

Cependant, je savais que, dans cette situation, rien ne pouvait la réveiller. J’avais été l’allié d’Hélios, c’était un fait ; et ce même Hélios avait détruit la vie de Laura. Même en invoquant l’enlèvement de Marie et la tromperie de Gariatron, il n’y avait aucune chance pour lui faire entendre raison et je la comprenais. Moi-même j’aurais été sourd à tout dans sa situation…

-Désolé, Laura…M’excusai-je alors avec un sourire triste sur les lèvres. Je n’ai aucune excuse, c’est vrai mais sache que je n’ai jamais voulu ce qui t’es arrivé…

-C’est bien beau les remords mais il fallait y penser avant ! Tu savais que tu travaillais pour un homme louche et tu ne t’es posé aucune question ! Il est temps de payer les conséquences de tes actes, Darksky !

-Non…Je ne vais rien payer. Je vais réparer ta confiance en moi que j’ai brisé par ma bêtise…

-Comme si tu pouvais prétendre y arriver ! Ricana mon amie. Essaie déjà d’invoquer un monstre avant de faire de grands discours !

-Je n’ai pas le choix on dirait…J’active ensuite tourbillon noir et j’invoque normalement aile noire – Shura la flamme bleue ! Grâce à mon tourbillon, je peux ajouter à ma main Kalut, l’ombre de la lune. A présent, Shura soutenu par Kalut, attaque Ophion !

L’impact souleva un épais nuage de poussière et lorsqu’il se dissipa, le dragon de Laura avait disparu et lassait le champ libre pour une prochaine attaque. Cependant, son manque de réactivité m’intriguait. Elle ne pouvait pas laisser ses seules défenses se faire détruire ainsi. Il devait y avoir un piège, mais je devais bien l’attaquer pour le savoir…

Laura : 3350 – Darksky : 4000

-A présent, l’effet de Shura s’active : j’invoque spécialement depuis mon deck aile noire – brise le zéphyr…

-Pas si vite, j’active mon piège : renaissance xyz ! Grâce à cela, Ophion revient parmi nous avec une unité de couverture !

-Je n’ai d’autre choix que de poser deux cartes faces cachées et de terminer mon tour…

-Avant cela, j’active un autre piège : infectation d’infestation ! Par son effet, je renvoie dans mon deck Salamandra colonie du mal pour ajouter à ma main Keyrikyon colonie du mal. Et maintenant, je pioche et j’active la faculté d’Ophion pour ajouter à ma main une autre pandémie d’infestation. A présent, j’invoque lapin sauveteur, qui va me permettre d’invoquer depuis mon deck 2 héliotropes colonie du mal. Je recouvre mes deux héliotropes afin de te présenter le celui qui fera entendre raison à tes pitoyables monstres : j’ai nommé bahamut colonie du mal !

-Alors comme ça, Brionac y est passé également…

-En effet, et sa transformation n’a pas été vaine, puisqu’il a désormais la possibilité, en défaussant une carte de ma main, de prendre le contrôle de l’un de tes monstres, et je choisis ton Shura la flamme bleue !

-Pas si vite, Shura ne se laissera pas corrompre par tes tours de passe-passe, j’active attaque d’Icare : en sacrifiant mon Shura, tu peux dire adieu à Ophion et Bahamut…

-Je ne crois pas, non, car j’active ma fameuse pandémie d’infestation ; ainsi mes monstres sont sauvés durant ce tour de tes cartes magies ou pièges indésirables, pas de chance, tu viens de perdre 2 de tes meilleures cartes pour rien…Maintenant, Ophion, détruis Brise le zéphyr et Bahamut, occupe-toi de ses points de vie !

Laura : 3350 – Darksky : 100

Son souffle me glaça littéralement le sang, tant il était froid et sombre. Mais, malgré tout la puissance déployée, j’étais encore debout, et je pouvais continuer à me battre. Je n’avais plus le droit à l’erreur, Laura n’avait aucune pitié, je le voyais clairement désormais. Sa nouvelle puissance était terrifiante. Mais je devais lui montrer que moi aussi, je pouvais me montrer impitoyable.

-Je commence en activant l’effet de ma falaise aile sombre : puisque ton monstre n’a plus d’effet, en retirant de mon cimetière Brise le zephyr et Kalut, je peux invoquer spécialement de mon extra deck Aile noire : arsenal aérien !

-Il n’a pas assez de puissance pour me vaincre celui-là…

-Je n’ai pas fini, j’invoque maintenant aile noire bora la lance, puis, grâce à l’effet de mon tourbillon noir, je peux prendre aile noire – mistral le tourbillon et l’invoquer spécialement par son effet !

-Eux aussi sont trop faibles pour me faire peur, est-ce que le désespoir te ferait faire n’importe quoi ?

-Lorsqu’ils sont seuls peut –être, mais lorsqu’ils unissent leurs forces, alors rien ne leur est impossible et je vais te le prouver maintenant ! J’active l’effet de mistral pour diviser l’attaque d’Ophion par 2. Ensuite, je synchronise mistral et Bora pour donner naissance à une créature d’une puissance sans égale, j’ai nommé le chevalier noir du ciel : aile noire –maitre des armures ! Maintenant, grâce à ma seconde carte face cachée, retour noir, je peux renvoyer un de tes monstres à la main et gagner des points de vie égaux à son attaque, dis adieu à Bahamut !

Laura : 3350 – Darksky : 2450

-A présent, il est temps d’en finir : arsenal aérien, détruit Ophion et maitre des armures, attaque Laura directement !

Laura : 2325 – Darksky : 2450

-Je vois que tu joues le tout pour le tout Darksky, c’est ce que je voulais, déploie tout ce que tu peux pour me vaincre, la victoire n’en sera que plus plaisante pour moi ! Mais j’oubliais, grâce à mon attaque de l’épouvantail, j’annule ton attaque, donc je ne prends aucun dommage.

-Je…Je pose une carte face cachée et je termine mon tour…

-Bien, fini de jouer Darksky, il est temps que tu connaisses ma vraie force !

Lorsqu’elle dit ça, ses yeux brillèrent d’une lueur bleue glacée qui ne présageait rien de bon. Une sombre aura l’entoura et un sourire mauvais se forma sur ses lèvres.

-J’invoque normalement keyrikion, colonie du mal, grâce à son effet, en retirant Ketos de mon cimetière, je récupère mon castor, colonie du mal, et je peux l’invoquer normalement. Mais ce n’est pas tout, grâce à l’effet de castor, je peux encore invoquer oiseau tonnerre colonie du mal…

-Trois monstres de niveaux 4…murmurai-je pour moi-même en craignant ce qui allait se passer.


https://www.youtube.com/watch?v=qIEk0U782rM


-Je recouvre oiseau tonnerre, Keyrikion et Castor de niveaux 4 pour ouvrir le réseau recouvrement ! Lorsque la glace la plus pure est envahie par les ténèbres les plus sombres, elle donne naissance à un monde figé dans les ombres ! Apparais, reflet de mon âme : Ouroboros, Colonie du mal !

La terre trembla sous mes pieds et plusieurs blocs de glace tombèrent sur le terrain mais aucun de nous deux ne bougea.

Un rugissement déchira les ténèbres et pendant un bref instant, je crus voir surgir l’ombre de son ancien monstre fétiche à trois têtes, mais je me rendis très vite compte de mon erreur. Ce monstre-là avait certes trois têtes et était constitué de glace, mais il portait également trois affreux masques et son corps était d’un noir si sombre qu’aucune lumière ne passait à travers la glace. Ses trois yeux rouges non cachées brillaient d’une lueur rouge et haineuse. Il était totalement à l’opposé de Trishula, comme Laura était devenue le contraire de ce qu’elle m’avait toujours enseigné…

-Laura…Pourquoi ? Lui demandai-je d’une voix presque éteinte. Il était ton monstre préféré et le symbole de notre amitié…Comment as-tu pu lui faire une telle chose ?

-C’est justement à cause de cette amitié qu’Ouroboros est né. Si je ne t’avais pas donné Trishula…Alors peut-être…peut-être aurais-je pu vaincre Sayer ce jour-là…Ouroboros est tout ce qu’il reste de moi désormais : l’ombre de celle que j’étais et je compte bien me détacher définitivement de mon passé en te battant ici et maintenant, Darksky !

Je fis un pas en arrière tant j’étais stupéfait par cette révélation. Non seulement elle avait changé du tout au tout, mais en plus refusait tout ce qu’elle avait accompli jusqu’ici !

-Je ne te comprends toujours pas Laura. Ce sont les erreurs du passé qui nous font avancer vers un futur de progrès. Simplement les nier ne te fera jamais progresser ! Tu dois tirer des leçons de ce que tu as vécu pour que plus jamais de telles choses ne se produisent !

-Tais-toi ! Répliqua-t-elle sèchement. Tu penses me connaitre, mais tu ne sais absolument rien de moi !

-Peut-importe ce que tu as fait, je t’aime, c’est tout ce qui compte à mes yeux, aurai-je poursuivi une chimère, un idéal inatteignable pendant toutes ces années? Je suis persuadé que tu n’es pas aussi insensible que tu veux me le faire croire, tu ne peux pas me duper !

-Nous n’avons plus rien à nous dire Darksky. Je ne suis plus cette petite fille heureuse, insouciante et stupide qui s’amusait à jouer à la justicière dans le parc. Et ne te sers pas de souvenirs heureux pour me ramener à la raison, cela fait une éternité que je ne suis plus cette voie-là…Seules la haine et la colère guident mes pas…Voilà à quoi ces sentiments ont donné naissance : j’active le premier effet d’Ouroboros ; ainsi, en détachant une unité de couverture, je renvoie ton maitre des armures dans ton extra deck !

-Pas si vite, j’active ma carte compétence de prisonnier sur maitre des armures et…

-Bien tenté, mais j’active ma seconde pandémie d’infestation pour sauver mon ouroboros ! Maintenant, Ouroboros, attaque Arsenal aérien, Souffle des ténèbres glacées !

Je sentis une fois de plus l’attaque gelée me traverser de part en part. Lorsque la vague de froid se retira, j’étais transi. Mes membres s’étaient engourdis et refusaient de m’obéir. J’avais à peine la force de rester debout.

Je tremblais de partout, et ma vision était brouillée par quelques larmes ayant partiellement gelé. Mais, tout espoir n’était pas perdu, tant que le soleil de la falaise brillerait, je continuerais d’y croire, quelles que soient les circonstances.

Laura était peut-être froide comme le pôle nord, mon cœur et mon esprit de combat, eux, étaient bouillants et ne se laisseraient pas soumettre par si peu.

Dans un effort surhumain, je fis en sorte de refaire circuler le sang dans mes veines et de continuer le duel.

Laura : 2325 – Darksky : 2000

-Je pose une carte face cachée et je termine mon tour ; dit Laura indifférente à ma souffrance.

-Je…Je pioche et j’active élégante charité, je pioche donc 3 trois cartes, et je défausse kogarashi le vagabond et Zéphyros. Maintenant, j’active l’effet de ma falaise aile sombre, je retire de mon cimetière kogarashi et bora pour invoquer ma carte la plus puissante : Apparais, Dieu créateur de tout ce qui vit sur cette terre, le père fondateur : Geb !

Le sol se fissura, le vent redoubla d’intensité et le ciel s’assombrit brusquement. La terre commença à trembler et un rugissement puissant nous parvint de ses entrailles. Le dieu créateur apparut dans toute sa splendeur dans un faible rayon de soleil qui faisait briller ses longues griffes acérées.

Soudain, les yeux de Laura s’agrandirent, mais pas de peur, d’excitation et un sourire fendit à nouveau son visage puis elle partit dans un fou rire à glacer le sang.

-Tu viens de faire ce que Shadow avait prévu mon pauvre Darksky !

-Co…Comment ? Bégayai-je.

-Tu déclenches mon piège : Infestation intérieure ! Je ne peux activer cette carte que si je contrôle un monstre colonie du mal xyz et que tu active un effet qui doit prendre le contrôle de l’un de mes monstres, l’un des tiens devient mien ! Toi qui voulais retrouver ton amie, je te donne ce qu’il en reste à présent !

Ce fut à mon tour d’écarquiller les yeux. Geb, passer dans les mains de Laura dans son état ? C’était inconcevable. Pourtant, je voyais déjà les yeux de mon dieu virer au rouge et se retourner contre moi pour me faire face, comme n’importe quel ennemi. Ouroboros avait beau être puissant et terrifiant, il ne faisait pas le poids face à Geb…

-Tu es sans défense désormais Darksky, ma victoire est inévitable !


https://www.youtube.com/watch?v=HVPZ-KZNlrQ


Au lieu de me mettre à paniquer devant cette situation imprévue, j’inspirai un bon coup pour me calmer et je regardai la dernière carte que je possédais dans ma main. Tout n’était pas perdu. Il me restait encore un espoir pour faire revenir Laura à la raison et je savais exactement comment faire. Je comptais bien rendre à son âmes les couleurs qu’elle avait perdues !

-C’est parti Laura, voilà mon dernier coup !

-Tu te rends ? J’aurais pensé que…

-Non, je ne me rends pas, au contraire, je tente le tout pour le tout, pour te sauver de toi-même, je n’ai d’autre choix que de m’en remettre au destin, j’active le pot de cupidité !

-Tu comptes sur la chance, c’est de la folie…Me cria-t-elle.

-Je le sais ; répondis-je d’un ton plein d’espoir.

Je fermai les yeux et je laissai les cartes venir à moi…Le monde s’arrêta sur cette pioche décisive puis à mon tour, je souris.

-J’active ma carte magie Rédemption !

-Rédemption ? S’écria Laura interloquée.

-Grâce à cette carte, ouroboros est maintenant traité comme un monstre de niveau 4 ! Mais ce n’est pas tout, j’invoque aile noire – Jin l’ombre de pluie puis j’active l’effet de Zéphyros depuis mon cimetière, en revoyant tourbillon noir en main et en payant 400 points de vie, je l’invoque spécialement !

Laura : 2325 – Darksky : 2050

-Impossible…personne ne peut rendre la lumière lorsque celle-ci a été dévorée par les ténèbres !

-Tu as tout faux Laura ! La lumière ne peut être éteinte, tant qu’il y aura une lueur d’espoir, la flamme de la volonté ne cessera de brûler !

-Une lueur d’espoir…Murmura-t-elle d’une voix presque inaudible.

-Oui, c’est grâce à cet espoir que j’ai pu te retrouver, cette passion a grandi en moi jusqu’à devenir un brasier ardent que rien ne peut étouffer ! Le rassemblement des âmes séparées va donner naissance à une nouvelle évolution! Je te libère de ta prison éternelle, échappe toi des ténèbres qui t’emprisonnent pour que ta lumière resplendisse à nouveau sur le monde et le guide vers un avenir radieux ! Apparais, Trishula, Dragon de la barrière de glace !

Je vis l’armure sombre d’ouroboros se fissurer de toutes parts et une lumière commença à jaillir. Laura se protégea les yeux, aveuglée par cette illumination soudaine.

Les masques tombèrent au sol, ses ailes de glace resplendirent sous l’effet des rayons lumineux et ses yeux virèrent du rouge sanglant au doré solaire. Le dragon bleu s’envola et brisa la voute de glace pour s’élever loin au-dessus du palais de glace, si haut qu’il perça l’épaisse couche de nuages, permettant ainsi au soleil de briller à nouveau sur la citadelle.

Sous nos regards ébahis, le dragon légendaire, Trishula, était ressuscité, plus puissant que jamais et tout son corps scintillait de mille feux, comme une étoile bleue.

-Trishula…frémit Laura en faisant un pas en arrière tout en écarquillant les yeux. Alors Darksky t’as finalement libéré ?

-Regarde le bien Laura ! Lui cirai-je. C’était ton monstre fétiche, celui avec qui tu ne connaissais pas la défaite ! Il était le reflet de ton âme, aussi pure que la glace !

-N…non…Ce dragon n’est plus le mien…Je ne peux pas…Je dois aider mon père à atteindre ses objectifs pour…

Laura ne termina pas sa phrase et se figea, incapable d’articuler un mot de plus. Elle plongea alors son regard vert et remplit de doutes dans celui de Trishula et je le vis changer. Les trois têtes du dragon de glace s’y réfléchirent et je pus y lire un immense regret et de profonds remords. Elle resta ainsi, immobile devant le dragon, vraisemblablement perdue dans ses souvenirs.

Puis ses yeux se fermèrent, ses bras se baissèrent et un sourire se dessina sur son visage. Mais ce n’était pas un sourire cruel cette fois-ci. C’était un sourire remplit de joie et de bonheur.


https://www.youtube.com/watch?v=4TTzGc6rCa0


-Sérieusement…Se faire battre par son propre passé alors que je pensais avoir évolué…En voilà une belle ironie…Rit-elle.

Laura plongea alors ses magnifiques yeux émeraude dans les miens et il ne m’en fallut pas plus pour comprendre. D’un claquement de doigt, j’ordonnai à Trishula de terminer ce duel qui n’avait que trop duré.

Chacune de ses trois têtes tira un rayon gelé, détruisant ainsi Geb, le cimetière et la main de mon amie avant de converger droit sur elle. Pendant un instant, Laura fut entourée d’un blizzard blanc et pur.

-C’est terminé ; murmura-t-elle d’une voix presque soulagée.

La lumière de Trishula continua de briller au soleil couchant de la falaise aile sombre. Des milliers de cristaux de glace traversés par des rayons rougeoyants donnaient naissance à un spectacle unique. Laura était à terre, et elle regardait le ciel, les bras étendu, les cheveux au vent sur le bord de la falaise, comme nous l’étions si souvent auparavant.

-Finalement, une fois de plus, j’ai été incapable de tenir ma promesse jusqu’au bout…Je ne peux pas sauver mon père malgré tout ce que j’ai fait…

-Laura…

-C’est amusant…Je t’ai toujours vaincu par le passé et je m’en fichais, ne pensant qu’au moment passé avec toi mais, juste quand je devais te vaincre à tout prix…J’ai échoué…Je me rends compte maintenant que cette colère ne m’a mené et ne m’aurait mené nulle part si je me suis faite distancer de la sorte…

Laura se releva et s’assit en tailleur pour faire face à la mer d’huile presque noire à présent que le soleil s’était couché.

-Dis-moi, Darksky…Est-ce que tu me détestes ?

-Est-ce que tu doutes vraiment de la réponse, Laura ? Lui répondis-je en m’approchant d’elle.

Elle tourna sa tête dans ma direction. Elle était telle que je l’avais toujours vue, avec ses magnifiques yeux verts émeraude, ses cheveux châtains clairs et son doux visage. Elle n’avait plus rien à voir avec la disciple de Shadow sans pitié, cherchant la victoire à tout prix.

-Merci Darksky. Je me mentais à moi-même durant tout ce temps, et c’est toi qui m’as permis d’ouvrir les yeux.

Elle se leva alors et fis un pas dans ma direction. J’étais totalement dérouté. Je ne savais pas du tout quelle attitude adopter après toutes ces années. Cependant, elle s’arrêta à quelques centimètres de moi et me regarda dans les yeux. Le décor disparut petit à petit pour ne laisser que la pièce glacée autour de nous et Marie qui semblait totalement perdue.

-Darksky…est-ce que tu pourrais accorder une dernière faveur à une fille aussi stupide que moi ?

-Je ne sais pas…Tu as quand même essayé de me tuer je te rappelle ; lui répondis-je en gonflant les joues, faisant semblant de bouder.

Cela fit rire légèrement Laura et je lui adressai un sourire, heureux de voir que mon amie était bel et bien de retour.

-S’il te plait, ne vous retenez pas si vous devez affronter mon père. Si je ne peux plus le soutenir, alors sa folie ne connaitra aucune limite et…

Alors que Laura parlait, je vis une ombre bouger derrière elle puis un rayon fuser dans sa direction. Je ne réfléchis pas une seule seconde et je parai le coup avec mon corps.


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Ce fut bien plus douloureux que tout ce que j’avais enduré jusque-là et je m’écroulai sur le sol, au bord de l’inconscience. J’entendis ensuite un rire grave alors que Laura se précipitait pour m’aider.

-Darksky ! S’écria-t-elle. Pourquoi as-tu fait ça ? Je ne le mérite pas !

-Je ne sais pas….répondis-je faiblement. Je t’ai vue en danger, et j’ai agi, quoi de plus normal ?

-Il s’est vraiment interposé ; ricana le nouveau venu. Après tout ce que tu lui as fait, il veut encore te protéger ?

-S…Sayer ? Bégaya Ma sœur, s’écartant prudemment de la route de l’homme.

-Taisez-vous Sayer ! Répliqua Laura d’un ton sec et cassant.

-Que veux-tu, Gariatron m’a donné pour ordre de vous tuer tous les deux si tu échouais. Si tu savais depuis combien de temps j’attends de prendre ma revanche sur toi, Laura, je vais tuer ton ami devant tes yeux et ensuite m’occuper de toi ! Tu vas payer pour ce que tu m’as fait !


https://www.youtube.com/watch?v=SaeXN-MByjU


Un nouveau rayon bleuté fusa dans ma direction mais Laura s’interposa et le dévia d’un geste ample de la main. Je tentai de me relever pour lui prêter main forte mais c’était inutile.

-Je vous ai déjà vaincu, rien ne m’empêche de recommencer !

-Essaie un peu pour voir.

L’homme fut soudain entouré d’une aura violette menaçante et je le vis s’élever dans les airs, comme porté par un champ de force invisible. Il leva le bras devant lui et d’énormes blocs de glace se détachèrent des murs et se mirent à léviter autour de lui.

Laura émit un grognement agacé et matérialisa une épée de glace dans sa main pour la brandir devant elle.

Marie profita de ce moment où les deux adversaires se faisaient face pour me rejoindre et m’aider comme elle pouvait.

-Cela me rappelle quand j’ai tué ta mère et ton frère, Laura…eux aussi étaient sans défense comme tes deux amis ici présents…Je vais me faire une joie de recommencer ! S’écria Sayer en éclatant de rire.

-Vous n’êtes même pas capable de m’atteindre, alors ne rêvez pas trop ; rétorqua Laura, confiante.

-Vraiment ? Alors essaie de survivre à ça !

Sans autre sommation, Sayer projeta les énormes blocs de glace droit sur Laura. Ils devaient au moins faire trois mètres et se dirigeaient vers elle à toute vitesse mais mon amie ne tressaillit pas et se contenta de lever son épée devant elle.

D’un geste rapide et surhumain, elle trancha en deux le premier bloc puis sauta sur le deuxième sans perdre son équilibre et commença alors à remonter ainsi vers son ennemi, sautant de bloc en bloc, esquivant sans difficulté les autres attaques d’énergie de Sayer.

Alors qu’elle n’était plus qu’à un mètre de lui, elle leva son épée mais, lorsqu’elle l’abattit, elle fut repoussée par un étrange champ de force qui la fit tomber à terre tout en protégeant Sayer de son attaque.

Heureusement, au moment où elle heurta le sol, Laura fit une roulade et se releva aussitôt, faisant toujours face à l’homme.

-Cette résistance me fatigue…Je crois que je vais en finir pour aller m’occuper de vos petits amis après…Soupira Sayer.

Sur ces mots, l’aura qui l’entourait s’intensifia et deux boules de feu se mirent à brûler dans ses mains, boules qui grandirent rapidement jusqu’à ressembler à des soleils miniatures. Le triomphe se lisait sur son visage mais, étrangement, Laura n’avait aucune réaction et planta même son épée dans le sol.

-Adieu, Laura ! Tu ne te mettras plus jamais en travers de mon chemin !

Sayer projeta alors son énorme boule de feu vers nous. Je sentais la chaleur de son attaque à ma distance et les murs de la citadelle fondaient instantanément tandis que la sphère de cinq mètres se rapprochait de nous.

Soudain, je vis les yeux de Laura reprendre une teinte rouge avant que tout son corps ne s’illumine à son tour d’une aura blanche et un jet de glace fusa de sa main pour heurter la sphère de Sayer en dégageant une vapeur qui envahit rapidement toute la salle.

Cependant, alors que je pensais que son attaque allait repousser celle de Sayer, elle traversa le soleil de part en part sous les yeux ébahis de l’homme lorsqu’une flèche de glace se figea dans son cœur.

Aussitôt, la boule de feu s’éteignit et je vis progressivement le corps de notre ennemi se mettre à geler de l’intérieur.

-Im…Impossible…Bégaya-t-il.

Sans avoir l’occasion d’articuler un mot de plus, Sayer tomba à terre, enfermé dans un bloc de glace, son expression de peur et de rage figée à jamais sur son visage. Dans un accès de colère, Laura projeta un nouveau rayon sur lui et ce dernier fut expulsé à travers le mur, se perdant au loin dans les ténèbres.

-Gariatron ! Hurla mon amie, comme folle de rage.

-Laura…non…Murmurai-je.

-Marie, Prends soin de Darksky, je vais m’occuper de ce démon de pacotille et je reviens rapidement !

-Q…Quoi ? Attends, je…

Le vent se leva brutalement. Dans mes dernières forces, je levais la tête, et je vis Laura se précipiter de l’autre bout de la pièce, me laissant seul avec Marie.

-Laura…Bonne chance…articulai-je dans un dernier souffle.

Puis, abandonnant la lutte, je perdis connaissance.





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le bon temps…

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[fic]: L posté le [16/03/2013] à 10:05

Chapitre 21 : L’ombre de Shadow



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=PlSjK3bjM6Y


Darksky, Marie, Angéla et June avaient tous choisi leur voie. Ils touchaient à leur but, sauver ceux qui leur étaient chers. Quant à moi, je m’avançais seul dans ce long couloir de glace, à l’affut d’une potentielle attaque mais rien. J’étais désespérément seul.

Moi aussi, mon périple touchait à sa fin. Si je triomphais de Gariatron, ma mission dans ce monde serait accomplie. Cependant, je n’étais toujours pas fixé sur ce que j’allais faire après…si nous sortions vivant de cette épreuve évidemment.

Je pensais partir explorer ce monde au départ, mais Angéla m’avait proposé de m’installer à Paris et de rester avec elle. Et puis, il y avait mon monde. J’avais le sentiment désagréable que quelqu’un m’attendait là-bas malgré tout. Peut-être cette fille aux cheveux bleus dont je n’avais aucun autre souvenir que son visage…

Perdu dans mes pensées, je n’avais même pas remarqué que j’étais arrivé devant une porte colossale me barrant le chemin.

-Alors nous y voilà enfin ? Dit soudainement une voix familière dans ma tête.

-J’en ai bien l’impression LADD ; répondis-je d’une voix trahissant mon anxiété.

-Tu peux toujours abandonner si tu ne te sens pas à la hauteur, le monde sera simplement détruit ; railla-il.

-Tu es simplement apparu pour me dire ça ? Rétorquai-je légèrement agacé.

-Non ; Reprit mon esprit soudainement sérieux. Il fallait que je te parle avant…Ne crains pas les ténèbres, fais-en ton allié, et rien ne te sera impossible.

Je voulus lui demander le sens de ses paroles, mais je sentais bien qu’il était reparti. Accepter les ténèbres ? Que voulait-il dire ? Me demandait-il de trahir mes amis pour faire alliance avec Gariatron ? Non, c’était impossible, malgré son attitude, je savais qu’il voulait lui aussi vaincre le démon. Dans ce cas, voulait-il plutôt parler de mon deck ? Je n’avais jamais fait attention à sa construction, il était l’œuvre de Théa qui me l’avait offert pour mes dix ans…

Je reportai mon attention sur la porte, voyant que je tournai en rond. Elle était parsemée de bas-reliefs représentant des scènes pour le moins obscures. La mort était représentée partout, de même que six trônes formant un cercle autour de la faucheuse. Le bas-relief suivant représentait un dragon doré combattant un dragon noir, tandis que deux armées d’humains se faisaient face également sous leurs pieds.

Autour de la porte, la pierre était nue et parfaitement taillée, sans aucune fissure ni crevasse de glace, elle formait un parfait arc de cercle tel une voute d’église.

Cependant, il y avait encore un obstacle entre moi et mon objectif. Un homme portant une longue cape noire se tenait devait le portail, immobile. Ses cheveux dessinaient des pics comme les plumes des oiseaux. Dans ses yeux noirs se reflétaient une immense haine, mais également une immense impatience. Il me fixait de son regard cruel et semblait attendre, les bras croisés sur sa poitrine.


https://www.youtube.com/watch?v=pS3dwz6YyFA


Une esquisse de sourire se dessina sur sa bouche en me voyant arriver.

-Je n’aurais jamais cru que tu arriverais vivant jusqu’ici mon cher Drago ; railla-t-il.

-Shadow…Murmurai-je assez peu surpris de le voir ici.

-Comme tu peux le voir, cette forteresse est quasi impénétrable, surtout pour des mortels tels que vous. Elle est l’œuvre de Gariatron, le seigneur des ténèbres. Impressionnant n’est-il pas ?

-Si vous le dites…répondis-je froidement. Et j’imagine que c’était également l’idée de Gariatron de nous plonger dans des illusions ? Ne peut-il pas se montrer à nous directement ? A-t-il peur ?

-Tes provocations ne marcheront pas. Gariatron n’a tout simplement pas de temps à perdre avec de stupides humains.

-Vous êtes humain vous aussi ; lui rappelais.

-Certes, mais moi, j’ai pu distinguer le mal du bien, contrairement aux autres !

-Les émotions sont mal ? La vérité se résume à une chose aussi simple pour vous ? Dis-je en haussant la voix.

-Tu ne prendrais pas cela à la légère, gamin si tu savais ce que nous avons enduré ! S’énerva-t-il.

Quand il prononça ces paroles, une aura sombre émana de lui et de son disque de duel, et je pus distinguer l’aura de Gariatron. Shadow était totalement aveuglé par son ambition et par la haine. Il était inutile de tenter quoi que ce soit dans son état actuel.

Voyant que je réfléchissais, il reprit la parole.

-Tu ne peux même pas imaginer à quel point je suis devenu fort Drago. Sais-tu ce que cela signifie ? Tu ne pourras jamais franchir cette porte et importuner Gariatron ! Ton voyage s’arrête ici !

-Pas sans me battre ! Répliquai-je. En garde !


https://www.youtube.com/watch?v=LEbLAFHo5Ts


Drago : 4000 — Shadow : 4000

-Je commence ; déclarai-je. Je pioche et j’active ma carte renfort de lumière : en envoyant 3 cartes de mon deck à mon cimetière, j’ajoute ryko le chasseur seigneur lumière à ma main.

Je ne pus réprimer un frisson lorsque je vis ce que j’avais jeté : Soldat du lustre noir, émissaire du commencement, Dragon empereur des chaos, annonciateur de l’apocalypse et dragon du jugement…Shadow le vis lui aussi et se mit à rire.

-Regarde-moi ça ; lança-t-il. Tes trois meilleures cartes viennent de partir en fumée d’un seul coup. C’est un signe de ta défaite imminente !

-Je pose un monstre face cachée et je termine mon tour, dis-je en tentant de l’ignorer.

Cependant il avait raison. Si j’avais gagné mes derniers combats, c’était uniquement grâce à quelques cartes, dont elles. Je sentais déjà le désespoir me gagner. Non ! Shadow n’avait même pas encore joué, et ma main me permettait de tenir encore le temps de trouver une solution à ce problème.

-Admire le pouvoir de Gariatron ; dit-il alors. Ton deck n’est rien face à lui, j’active la carte magie scellée par les premiers pactisants : Appel de l’esprit !


https://www.youtube.com/watch?v=_pn56B1KOHU


Le sol trembla trois fois et de l’ombre surgit un immense arbre noir entouré d’une aura mauve. Il était vraiment impressionnant, ses racines semblaient puiser l’énergie de la terre pour alimenter le pouvoir de Shadow, qui devenait de plus en plus contrôlé par le pouvoir.

-Grâce à elle, j’ajoute à ma main mon autre magie scellée Ltzpzpalo, l’ancienne relique des esprits.

Aux côtés de l’arbre vint se planter une immense épée noire, luisant d’une lumière émeraude inquiétante. Lorsqu’elle se figea dans le sol, je vis des lignes se dessiner sur la pierre nous entourant. Elles ne suivaient aucune forme logique, mais leur lueur s’alignait sur celle de la relique et créait un éclairage digne du plus terrifiant des films d’horreur.

-N’imagine pas que ton calvaire est terminé Drago, grâce à son effet tu vas connaitre la puissance des ténèbres à l’Etat pure : Apparait Esprit de la terre immortel Huacachina !

-Vous avez dit…Esprit de la terre immortel ? Bégayai-je abasourdi. Sans sacrifice ? !

-Exactement, grâce à l’effet de ma relique, les seuls sacrifices dont mon esprit a besoin sont les âmes emprisonnées dans cette citadelle ! Dit-il en éclatant de rire puis en pointant son doigt vers le chemin d’où je venais.

Je me retournai précipitamment et je fis un pas en arrière devant ce spectacle. Des milliers de lumières mauves se dirigeaient toutes vers le cœur de l’esprit, flottant dans les airs, et battant lentement tout en les absorbant. Je pouvais entendre les plaintes des victimes, de longs gémissements insupportables, remplis de terreur et de souffrances. Une marque apparu sur le bras de Shadow, une marque mauve en forme de grue, et le même dessin se reproduisit à nos pieds, mais d’une taille démesurée.

-A présent, que les ténèbres soient engloutis par des ténèbres encore plus sombres afin d’ouvrir la voie à un monde sans lumière ! Esprit de la terre Huacachina !

Le cœur de l’esprit se transforma en colonne de lumière qui transperça même la voute de la grotte où nous étions et alla se perdre loin dans le ciel. Puis l’obscurité revint. Aucun monstre en vue, mais le sourire de Shadow restait collé sur son visage.

-Eh bien, ou est-il ce monstre ? Je ne vois absolument rien !

Au moment où je prononçai ces mots, je vis une immense ombre planer au-dessus de nos têtes. Je levais le regard et je crus que mon cœur allait s’arrêter de battre. Un gigantesque oiseau blanc volait dans les airs et me regardait d’un œil remplit de haine. Son corps émettait une sinistre lumière blanche tandis qu’il semblait n’être constitué que de ténèbres.

J’avais donc face à moi un authentique esprit de la terre immortel…Apopis, Drakon, Osiris, même eux étaient des nains face à la toute-puissance de cette créature.

Je regardai Shadow avec horreur. Comment pouvait¬-il contenir le pouvoir des esprits de la terre sans leur céder ? Gariatron était-il si puissant que même les plus grands pouvoir obscurs ne pouvaient rien face à lui ? Je tremblais rien qu’à l’évocation de cette idée.

-A présent esprit de la terre Huacachina, montre tes capacités à Drago et détruit son monstre face cachée !

-Vous venez de commettre une grosse erreur ; répliquai-je.

-Tu crois, nous verrons cela dans quelques instants ; ricana-t-il.

Pourquoi ne semblait-il pas embêté par l’idée que mon monstre était ryko et qu’à l’instant même où son monstre le toucherait, il serait anéanti ? Je devais rester sur mes gardes, qui sait quels effets son monstre pouvait avoir.

Je vis le long cou de la créature s’avancer lentement dans le cratère, puis elle saisit mon monstre comme un simple poisson et le fis disparaitre dans épais un nuage de fumée.

Le vent qui se dégagea de l’impact me renversa et je me retrouvai à terre. Mais au moins, son monstre serait détruit.

J’entendis à nouveau le rire grave de Shadow à travers l’écran de poussière et je pus voir un œil rougeoyant percer à travers. Impossible ! Comment sa créature avait-elle pu survivre après avoir attaqué Ryko ?

-Tu es naïf Drago ; déclara calmement Shadow. Huacachina représente la destruction à l’état pur, il était chargé d’anéantir tout ennemi se trouvant sur son chemin, quel que soit sa force ! Ainsi, ton monstre n’a pu se défendre face à son attaque. Tu ne le trouves pas formidable ? Avec lui à mes côtés, rien ne peut m’arrêter, pas même vos pathétiques dieux !

-Nous verrons cela ; répliquai-je du mieux que je pus pour paraitre sûr de moi. Je pioche ! J’active ma carte magie Sacrifice inutile afin d’envoyer au cimetière Dragon pulsar de lumière. A présent, en défaussant Dragon sombre métallique aux yeux rouges et dragon à la flamme des ténèbres, Dragon pulsar de lumière ressuscite !

-La belle affaire, te voilà avec un pauvre monstre à 2500 d’attaque, il ne peut rivaliser avec moi !

-Attaque, Dragon pulsar de lumière, purifie cet esprit !

Les flammes blanches de mon dragon fusèrent vers son esprit de la terre à une vitesse inimaginable. Mais, lorsqu’elles l’atteignirent, elles passèrent tout simplement au travers, sans même qu’il ne s’en rende compte. C’était comme s’il n’était pas matériel, comme s’il n’était constitué que d’ombre…Pourquoi ?

-Tu viens de découvrir la seconde capacité de Huacachina, il ne peut être attaqué, tout simplement parce qu’il est tel les ténèbres, insaisissable, mais incroyablement puissant ; répliqua Shadow toujours aussi calme.

-Je pose une carte face cachée et je termine mon tour…

-Tu aurais dû m’achever durant ce tour Drago ! A présent, tu ne peux plus échapper à ton destin !

La marque sur son bras recommença à luire de plus belle et ses yeux se remplirent à nouveau de cette lumière sombre. Cela ne présageait rien de bon.

-Toi dont la mission est de détruire ceux qui résistent à la puissance maléfique, réveille-toi de ton sommeil afin de faire périr tes ennemis avec toi : apparait Esprit de la terre Immortel Llamaca !

-Comment ? Un deuxième esprit de la terre ? M’étranglai-je.

J’entendis à nouveau les plaintes des sacrifiés se dirigeant vers le cœur de l’esprit de la terre immortel, qui s’ouvrit encore dans une explosion de lumière pour faire place à la créature. Un immense Lama jaune se tenait à présent aux côtés de Huacachina, tout aussi grand et terrifiant que lui. Une autre marque apparut au sol et sur le bras gauche de Shadow, une marque représentant l’esprit de la terre.

Shadow grogna soudain avant de poser un genou à terre, se tenant la tête dans les mains. Il semblait souffrir atrocement lui aussi. J’avais envie d’aller lui porter secours, mais à peine avais-je fait un pas qu’il se mit à rire.

-Le pouvoir des esprits de la terre coule dans mes veines à présent ; dit-il dans un souffle. A présent, plus personne ne pourra se mettre en travers de mon chemin, ni toi, ni Laura, ni même Gariatron ! Continua-t-il en haussant la voix. Je suis inarrêtable !

Peut-être avait-il raison. Peut-être le monde était-il réellement condamné. Personne ne pouvait vaincre deux esprits de la terre immortels. Notre combat aux lignes de Nazca s’était soldé par un cuisant échec alors que nous étions quatre à combattre. Désormais, j’étais seul.

-Abandonne Drago, tes chances de victoires sont nulles ! Esprit de la terre immortel Llamaca, attaque Drago directement !

Je vis l’énorme bête s’avancer lentement vers moi. Mon dragon tenta de s’interposer, mais c’était une fois de plus comme s’il n’existait pas. Il passa tout simplement au travers de l’esprit.

J’étais déjà à terre, mais les pas de la créature provoquèrent un effondrement et des soulèvements de terrain qui me jetèrent sur le sol que j’heurtai sans pouvoir me défendre.

C’était terminé, Shadow n’était qu’à une attaque de la victoire. Plus qu’une attaque, et j’aurais perdu. Par ma faute, le monde allait sombrer dans le chaos. Mes amis me détesteraient certainement s’ils savaient que j’avais abandonné, alors qu’eux se sont battus jusqu’au bout.


https://www.youtube.com/watch?v=rmAdUQAe-Fo


-Et pourquoi ne ferais-tu pas de même ? Demanda LADD. Angéla a bien combattu le pouvoir de l’orichalque et Darksky celui de Gariatron, et toi tu plierais face aux esprits de la terre, ridicule !

-Et que ferais-tu toi ? Demandais-je sans espoir de réponse.

-Je ferais ça, admire !

Je sentis tout à coup mes forces revenir et mon corps irradia une lumière intense. Sans savoir comment, je me relevais et je me remis en position. LADD guidait mes pas. Etrange, mais pas surprenant, il l’avait déjà fait à Nazca, rien ne l’empêchait de recommencer.

-Disparait Drago ! Cria Shadow.

-Une minute ! Dit LADD en brandissant une carte de ma main. Ce duel n’est pas finit, j’active la carte Kuriboh arc-en-ciel. Ce monstre va venir paralyser votre gros oiseau !

-Comment ? Rugit Shadow surpris de cette résistance soudaine.

En effet, je vis la minuscule créature, pas plus grosse d’un chaton, se précipiter sur Huacachina et le prendre dans une prison électrique qui immobilisa la grue et l’empêcha de terminer son attaque. LADD m’avait sauvé, encore une fois…Je ne comprenais vraiment pas ses motivations, ni son attitude hautaine envers moi.

Drago : 1400 – Shadow : 4000

-C’est à moi ! Commença LADD à travers ma bouche. J’active échange solaire, ainsi, en défaussant Garoth seigneur lumière, je pioche deux cartes, puis j’envoie ces deux-là au cimetière. Pourquoi joues-tu ce truc ? Me demanda-t-il alors en pointant une des cartes l’air mécontent.

-Je ne la joue pas…du moins, je n’en ai pas le souvenir…

-Tu es désespérant ; souffla-t-il. Je pose une carte face cachée et je termine mon tour.

-Tu as peut-être gagné un tour, mais pas deux. A présent, sors de ton sommeil immémorial, l’espion des esprits de la terre immortels : Yurac aculla !

La même scène se reproduisit : les âmes volèrent vers le cœur de l’esprit de la terre qui s’ouvrit dans une explosion de lumière pour laisser paraitre un immense loup noir. Son arrivée s’accompagné d’un hurlement à glacer le sang. La marque s’inscrit cette fois-ci sur le front de Shadow et ses yeux devenaient de plus en plus remplis de haine.

-Yurac aculla, détruit ce pathétique dragon pulsar de lumière !

Le loup noir fonça à une vitesse incroyable sur mon dragon et le déchiqueta de ses mâchoires puissantes. Mais, à peine avait-il disparu qu’une copie de celui-ci vint s’invoquer sur le terrain de Shadow.

-Lorsque Yurac aculla détruit un monstre, un jeton vient apparaitre chez nous, voilà pourquoi il fut surnommé l’espion, il tire parti des faiblesses de l’ennemi puis s’accapare de sa puissance !

-Si vous pensez que je suis impressionné ; dit LADD, vous vous trompez complètement. Lorsque mon dragon est détruit, il vous laisse lui aussi un petit cadeau : apparait Dragon sombre métallique aux yeux rouges !

-C’est terminé ! Hurla Shadow, Llamaca, attaque-le directement !

-J’active l’effet de protecteur mortuaire de mon cimetière pour annuler votre attaque !

-Je pose donc une carte face cachée et je termine mon tour ; grogna-t-il.

Cet esprit de duel était vraiment extraordinaire. Il avait tenu face à quatre attaques successives des esprits de la terre ! Mais il était trop tôt pour se réjouir. Shadow n’avait toujours pas pris un seul dommage, et nous n’avions que 1400 points de vie face à des monstres pouvant nous attaquer directement. Pour couronner le tout, ses reliques empêchaient ses esprits d’être détruits, ils ne pouvaient pas être attaqués non plus…Que faire dans une situation aussi désespérée ?

-Que faire ? Je vais te le dire, continuer à te battre ! Je pioche et j’active le typhon d’espace mystique pour…

-Pas de chance, carte piège activée : fissure des esprits de la terre, c’est donc ta carte qui est détruite !

-Je m’en satisferais ; grommela Ladd. J’attaque votre jeton avec le dragon sombre métallique !

Drago : 1400 – Shadow : 3700

-Blessures insignifiante pour moi ; dit Shadow d’un air supérieur. Je vais te montrer le vrai pouvoir ! Je pioche ! J’active ma carte double invocation pour invoquer de ma main Esprit de la terre immortel Cuauhcoalt et Esprit de la terre immortel Ccomnosuna !

-Deux d’un seul coup ; s’étrangla mon esprit, reculant d’un pas en commençant à être impressionné.

Les deux esprits surgirent en même temps de la lumière mauve et un serpent rouge géant apparut, accompagné d’un crocodile jaune assez peu rassurant. A présent, Shadow avait cinq esprits de la terre immortel de son côté ! Deux marques s’inscrivirent sur son torse et sur son dos. Son corps émis alors un rayonnement sombre et il se mit à sourire.

-admire Drago, le pouvoir infini des esprits de la terre immortels ! Ce n’est pas pour rien que les anciens les avaient enfermés, ils craignaient eux-mêmes leur puissance !

-Vous êtes un fou ! Lui lançai-je alors.

-Un fou ? Non, un visionnaire. Les esprits de la terre me font voir le futur ; dit-il, des flammes violettes dansant dans ses yeux. Je vais te le montrer à toi aussi Drago et alors, tu ne te mettras plus sur mon chemin!

Il pointa son disque de duel dans ma direction et je fus ébloui par une vive lumière en émanant.


https://www.youtube.com/watch?v=Qud9yn9zmkQ


Lorsque je rouvris les yeux, je me trouvai dans un endroit totalement différent. Autour de moi, des maisons médiévales succombaient aux flammes tandis que les rues étaient jonchées d’objets abandonnés. Les vitrines des magasins étaient brisées, les pavés arrachés et le ciel était d’un noir qui ne me disait rien de bon.

Au-dessus de nos têtes, une sorte de palais était lui aussi en proie aux flammes tandis que, tout autour volaient des créatures mi mécaniques, mi esprit de duel. Elles ressemblaient à des démons et le plus grand d’entre eux était un immense serpent entièrement recouvert d’une armure violette, possédant deux ailes, une noire et une blanche et dans son dos brillait une auréole orangée.

Lorsque le serpent tourna la tête vers moi, mon sang se glaça dans mes veines et un sourire mauvais passa sur la figure de Shadow qui se tenait à côté de moi, les bras croisés dans son dos.

-Et bien, le monde des esprits n’est pas en très bon état je vois ; déclara-t-il d’un ton neutre.

-Je ne me laisserai pas avoir par cette illusion ! Rétorquai-je. Vous m’avez déjà fait le coup avec ma vie d’avant, je ne suis pas dupe !

-Libre à toi d’y croire ou non, Drago. Dans ce cas, j’imagine qu’il est également inutile de te montrer l’avenir de ton propre monde si tu n’y crois pas.

-Mon…monde ? Qu’est-ce que vous racontez encore ?

-Vois pas toi-même.

Shadow claqua des doigts et le décor changea. Les maisons médiévales en feu furent remplacées par des immeubles en ruines et criblés de balles. Les murs avaient été démolis pour la plupart et dans les rues, des impacts d’obus étaient encore bien visibles.

Je reconnus alors mon école et mon cœur se serra en voyant qu’il ne restait d’elle que le bâtiment principal…ou du moins sa carcasse car là aussi, tous les murs avaient été abattus, laissant les salles de classe à nu. Seul le dernier étage semblait avoir été un peu épargné.

Devant ma confusion, Shadow reprit la parole.

-La bêtise humaine m’étonnera toujours ; soupira-t-il.

-Que voulez-vous…Dire ? L’interrogeai-je prudemment.

-La cupidité, le désir de pouvoir, l’égoïsme, la folie…Penses-tu vraiment que ces choses ont leur place dans ce monde, Drago ?

-Je…

-Moi je ne pense pas ; continua Shadow très calmement alors qu’un mur s’effondrait derrière nous. C’est dans le but de libérer l’homme de ces sentiments néfastes que j’œuvre.

-Attendez…il n’y a pas que ces sentiments-là dans le monde ! Que faites-vous de l’espoir, l’amour, l’amitié ou même la générosité ? Sont-ils mauvais eux aussi ?

-Ils ne sont bons que parce que leur contrepartie est infecte ! S’exclama soudain l’homme. Sans haine, qui aurait besoin d’amour ? Sans cupidité et égoïsme pourquoi la générosité existerait-elle ? Vois-le comme tu veux, Drago, mais ces sentiments sont nés pour pallier à ces maux et je compte bien les détruire !

-Vous…Vous êtes complètement fou…Balbutiai-je.

-Oui…Je le suis…Et cette folie m’a été transmise à cause des sentiments s’affrontant en moi…Alors pour la dissiper…Je me dois de supprimer ces émotions…

La vision se troubla et en un instant je fus de retour dans le présent, avec devant moi les cinq esprits de la terre immortels me faisant face et Shadow, plongé dans ses pensées.

-Te revoilà enfin ; grogna LADD apparemment soulagé de me revoir. Ou étais-tu parti encore ?

-N…Nulle part ; répondis-je évasivement en repensant au futur rêvé de Shadow.

Je ne pouvais tout simplement pas y croire. Ce futur ne pouvait pas exister, c’était impossible. Tout comme dans ma vision du passé, Shadow essayait certainement de me manipuler encore une fois. Je ne devais pas me laisser distraire par cette illusion et me focaliser sur ce duel. Shadow devait être vaincu à tout prix.

-Je sais ce que tu penses Drago ; reprit Shadow en me tirant de ma rêverie. Tu te dis que tout ce qui nous attend si je persiste dans cette voie est la destruction totale n’est-ce pas ?

-Exactement ! Ouvrez les yeux Shadow, voulez-vous vraiment éradiquer toute l’humanité !

-L’humanité n’a pas besoin de moi pour s’éradiquer ; ricana le second de Gariatron. Au contraire, je veux la sauver. Ces futurs arriveront, c’est le destin. Mais Gariatron, lui, a décidé de s’y opposer et de changer le futur ! Tu as le choix entre deux maux Drago ; continua Shadow en murmurant. Soit tu conduis l’humanité vers sa propre perte, soit tu laisses un espoir en abandonnant ici…Que vas-tu choisir ?

-Je préfère laisser l’humanité choisir que de choisir pour elle ; répondis-je sans hésiter.

-Et puis-je savoir pourquoi ? Me demanda mon adversaire, intrigué.


https://www.youtube.com/watch?v=qIEk0U782rM


-Parce que Drago à foi en l’humanité : déclara soudain une voix sortie de nulle part.

Nous regardâmes dans toutes les directions pour voir qui avait pu prononcer cette phrase et Shadow écarquilla les yeux, interdit.

Le terrain fut tout à coup illuminé d’une lumière pure qui nous aveugla totalement. Je pouvais cependant distinguer à l’intérieur une forme humaine. Lorsqu’elle se dissipa, je reconnus tout de suite la personne se tenant devant moi.

Il s’agissait d’une jeune fille, brune, avec une mèche de cheveux tombant sur le milieu de son visage. Elle avait de beaux yeux verts émeraude reflétant une détermination sans faille. Elle portait également un long manteau noir, comme les serviteurs de Shadow.

Lorsque ce dernier la vit, je crus qu’il allait exploser de rage.

-Toi, Laura ! Ecuma-t-il. Tu oses te rebeller contre moi, ton propre père !

-En effet ; répondit la jeune fille froidement. Darksky m’a ouvert les yeux. Il n’y a rien qui nous attend au bout du chemin que nous avons emprunté.

-Tu t’es encore fait monté la tête par des mensonges, c’est déplorable…

-Regarde-toi ! Lui cria-t-elle. Tu voulais simplement te venger de ce qu’Hélios a fait à notre famille, et maintenant, tu t’en prends à toute l’humanité !

-Personne n’est venu nous aider lorsque nous avons tout perdu, ces avortons doivent disparaitre en même temps que le bonheur, la joie et la souffrance, si tu ne comprends pas cela, tu ferais mieux de disparaitre toi aussi !

Laura fit un pas en arrière, choquée de ce que son père venait de lui dire. Shadow était totalement possédé par le pouvoir des esprits de la terre, il était impossible de lui faire entendre raison, même par sa fille. Je n’avais d’autre choix que de le vaincre…

-Vous allez tous disparaitre dans les flammes des esprits de la terre immortels ! Je superpose les esprits de la terre Huacachina, Llamaca, Cuauhcoalt, Yurac aculla et Ccomnosuna pour ouvrir le réseau recouvrement !

-Vous sacrifiez vos esprits de la terre ? M’étranglai-je de surprise.

-Attention Drago, il arrive ! Me prévint Laura.

-Epée du désespoir, seigneurs des ombres, roi des esprits de la terre immortels, je m’en remets à ton immense pouvoir. Sème le chaos et la destruction, et que toutes les nations tremblent à ton nom : Esprit de la terre immortel : Xotolt !

Les cinq esprits poussèrent un long cri en chœur avant de se changer en lumières multicolores plongeant dans un gouffre béant d’où aucune lumière ne sortait. Dans une explosion de ténèbres, le cœur de l’esprit apparut dans le ciel. Il était bien plus grand que ceux des esprits de la terre que j’avais vus jusqu’ici. Il commença à battre lentement et une forme commença à se créer autour.

-Adieu, Drago !

Il était là, l’esprit de la terre ultime : Xotolt. Il dégageait une aura incroyablement sombre. Chacune de ses têtes d’ombre semblait correspondre à une âme emprisonnée pour son invocation. Je frémis à sa vue et Laura fronça les sourcils tout en se mettant en garde.

-Xotolt…Murmura-t-elle.

-J’active la capacité spéciale de Xotolt : en détachant une unité de couverture, je peux invoquer jusqu’à quatre monstres de mon deck ! Apparaissez Esprits de la terre immortels Capacc Apu, Uru, Asla Piscu et Chacu Challhua !

Ils étaient revenus, encore, à nouveau, je devais faire face à cinq esprits à la fois ! Mais j’allais tenir bon, je devais tenir bon, pour mes amis qui comptaient sur moi !

-Adieu Drago, Il est temps de périr, tu ne peux rien face à mon monstre !

Je serrai les dents lorsque je vis l’énergie charger dans la bouche principale du roi des esprits de la terre. Je devais faire quelque chose…Mais aucune carte dans mon jeu n’était en mesure d’arrêter ce monstre maléfique. Même Ladd semblait dépassé par la situation et ne disait plus un seul mot.

-Earthbound Wave !

Avant que je ne comprenne ce qu’il m’arrivait, le monstre cracha une déferlante de flammes blanches sur moi. Instinctivement, je me protégeai la tête avec les bras et fermai les yeux, sachant très bien que c’était inutile mais l’attaque ne parvint jamais jusqu’à moi.


https://www.youtube.com/watch?v=SgBqSEyCZBE


Timidement, j’ouvris un œil et je restai interdit plusieurs secondes lorsque je réalisai que Laura s’était interposée entre l’esprit et moi. Pire encore, elle contenait et déviait facilement son attaque avec une seule main levée devant elle.

-Ce duel s’arrête ici, Drago, Shadow ; déclara l’ami de Darksky d’une voix qui résonna longuement dans la salle.

-Laura…Très bien, tu l’auras voulu, je pensais que toi, tu me comprendrais mais apparemment, tu n’as aucune volonté de venger ta mère et ton frère ! Fulmina l’homme, son aura violette s’intensifiant autour de lui.

-Je n’ai jamais voulu les venger…Murmura-t-elle en grimaçant. Je voulais simplement éviter de perdre la dernière personne qui comptait à mes yeux mais apparemment, elle a déjà disparu…

-Je sauverai ce monde, avec ou sans toi, Laura ! Puisque tu veux la jouer comme ça, périssez tous les deux sous les attaques des esprits de la terre !

En concert, les cinq monstres de Shadow allièrent leurs forces en une seule attaque, une immense colonne de flammes noires et blanches que Laura contenait avec de plus en plus de difficultés, finissant même par perdre du terrain et à être repoussée vers l’arrière.

-Drago, Occupe-toi de mon père ! M’ordonna la jeune fille.

-Tu…Tu es sûre ? Bégayai-je.

-Fais le je te dis !

Faisant abstraction du lien de parenté de Laura et de Shadow, et demandant de l’aide à Ladd, je matérialisai dans ma main une épée noire et or et je me précipitai vers l’homme. Celui-ci ne se laissa pas démonter et riposta en créant sa propre arme à partir des ténèbres qui l’entouraient.

Nos deux lames s’entrechoquèrent plusieurs fois mais aucun de nous deux ne réussissait à prendre l’avantage. Derrière moi, Laura continuait à contenir l’attaque dévastatrice des esprits de la terre mais je voyais sur son visage qu’elle n’allait plus tenir bien longtemps…

Roulant alors sur le côté pour prendre un peu de distance avec Shadow, je laissai Ladd prendre le contrôle de mon corps, réalisant la limite de mes capacités de combat…

-Admire, Drago, comment se bat un véritable esprit de duel.

Aussitôt, Ladd fonça sur Shadow. Ses attaques étaient bien plus rapides et précises que les miennes et il visait les points faibles de notre ennemi. L’homme se retrouva vite acculé et, alors que Ladd allait abattre son épée sur la tête de Shadow, celui-ci se protégea avec son disque de duel.

Lorsque la lame pénétra le système, des éclairs se mirent à jaillirent de l’appareil et une épaisse fumée noire commença à s’en échapper.

Ladd recula vivement et me redonna le contrôle tandis que Shadow se débattait pour enlever son disque de duel et que les esprits de la terre cessaient leur attaque, s’agitant dans tous les sens, comme devenus fous.

Un gouffre béant s’ouvrit sous les pieds de notre ennemi et commença à tout absorber autour de lui. Je vis aussi les âmes des esprits de la terre se faire aspirer de même que les reliques, mais Shadow et Xotolt tentaient encore de résister.

-Non, je refuse de disparaitre…Du moins, pas seul !

-Comment ? M’écriai-je.

-Tu viens avec moi Drago !

Une ombre m’attrapa alors la jambe et me tira vers le fond du gouffre, ave Shadow. Je ne pouvais pas résister, ni couper ce lien…il était bien plus fort que moi, j’allais être aspiré avec lui…

Acceptant cette égalité, je tournai la tête vers Laura pour lui demander une dernière chose mais elle avait disparu.

Un instant plus tard, je sentis le fil se briser et la pression se relâcher. La fille de Shadow s’était interposée entre nous, sous les yeux effarés de son père.


https://www.youtube.com/watch?v=PcvtqN8BbeM


-Désolée papa, mais je ne peux pas te laisser continuer dans ta folie…Dit-elle les larmes aux yeux.

-Quoi ? Laura, que fais-tu ! S’écria-t-il.

-Je te l’ai dit…J’ai choisi mon camp…Je t’ai toujours aimé…mais je ne peux pas te laisser continuer dans cette voie.

Un cristal de glace sortit de la main de Laura et sectionna le fil qui me reliait à Shadow.

-Lau…Ra…Murmura l’homme d’une voix soudain prise de remords.

-Adieu…Papa…

Je vis Shadow se faire entrainer tout au fond du gouffre avec son esprit de la terre. Mais la dernière expression que je vis sur son visage n’était pas de la haine ni de la colère, c’était du regret, du regret certainement dû à ne pas avoir écouté Laura auparavant…

Le trou se referma enfin, laissant la salle dans un silence de mort. Personne ne disait un mot. Tous étaient centrés sur Laura, seule, au milieu du terrain, serrant très fort un pendentif dans ses mains, en pleurant.

Darksky, Marie, et Angéla arrivèrent au même moment dans la salle et ne purent que constater les restes fumants de la bataille qui avait eu lieu ici quelques instants plus tôt.

En voyant son amie pleurer, le garçon se précipita vers elle en titubant, aidé par sa sœur qui le soutenait et la prit dans ses bras d’un geste protecteur.

-Laura…Commença-t-il avant d’être interrompu.

-Non…ne dit rien Darksky, je sais que…que j’ai fait le meilleur choix pour notre avenir…Dit-elle entre deux sanglots. Shadow…N’avait plus rien à voir avec mon père, celui que j’aimais. Il était mort en même temps que ma mère et Arthur, dans cet incendie…

Elle essuya alors d’autre larme coulant sur son visage puis ouvrit le pendentif. A l’intérieur se trouvait une photo d’elle, enfant, avec ses parents, et son frère. Ils semblaient heureux à l’époque. Shadow ne ressemblait en rien à l’homme de la photo. Il était détendu et souriait gaiement.

-Je l’ai suivi…uniquement dans l’espoir de retrouver ma vie d’avant, heureuse, sans soucis et surtout avec toi Darksky…Est-ce que ce que j’ai fait était mal ? Stupide ?

-Non, tu as agi comme ton cœur te disais d’agir ; lui répondit Angéla. C’est ce que tu m’as dit dans le futur.

-Tu le penses vraiment ? Non, c’était le pouvoir de Gariatron qui me poussait à faire tout cela, sans lui…rien de tout cela ne serait arrivé !

-Peut-être, oui ; dit calmement Darksky en lui mettant la main sur l’épaule et en la regardant dans les yeux, mais tu ne dois pas t’apitoyer sur le passé, ce qui est fait est fait, on ne peut plus rien y changer. Mais nous pouvons encore changer notre avenir !

-Je ne sais pas de quel livre tu sors encore cette citation ; dit-elle avec un léger sourire aux lèvres, mais tu as raison.

Alors que Laura se relevait, je vis la grande porte devant laquelle nous nous trouvions s’ouvrir lentement.

Nous nous retournâmes tous vers cette dernière. De l’autre côté, se trouvait notre dernier ennemi, celui qui était à l’origine de toute cette histoire depuis plus de cinq mille ans, celui qui avait manipulé tout le monde, celui qui menaçait de faire disparaitre toute l’humanité : le démon originel Gariatron. Il nous attendait, et nous n’allions pas nous défiler comme ça. L’heure de notre dernier combat avait sonné…





Chapitre 22 : Lever le voile des ténèbres…



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=bqcAQ-Ii6VU&t

Angéla avait retrouvé ses amies, Shadow était vaincu et Laura était redevenue celle que j’avais toujours connue. Mais, notre aventure ne devait pas se terminer ici. Même si Marie m’avait réanimé rapidement à coup de claques, je restai encore très affaibli et il nous restait encore un dernier ennemi à vaincre. Il se trouvait juste là, derrière cette porte monumentale, Gariatron, une entité issue du fond des âges, une créature à l’origine même de tous les fléaux ayant frappé ce monde.

Pouvions-nous réellement lui faire face, même avec la puissance de dieux à nos côtés ? Je frissonnais rien qu’à cette pensée. Les autres n’étaient pas rassurés non plus. Aucun mot n’était échangé entre nous, mais je pouvais très facilement deviner leurs pensées et voir leur anxiété.

Le silence régnait. Seuls les battements accélérés de mon cœur résonnaient jusqu’à mes oreilles tandis que la lourde porte s’ouvrait toute seule. Une vive lumière inonda alors la pièce.

Nous nous regardâmes tous dans les yeux, puis, après un accord tacite, nous franchîmes finalement la porte nous menant à Gariatron.

D’abord, la clarté nous éblouit, puis, lorsque nous nous fûmes habitués à la lumière, nous découvrîmes une chose que nous ne pensions pas trouver dans un tel endroit.

Nous étions dans une immense salle blanche circulaire. Le plafond était soutenu par de hautes colonnes romaines et le sol, comme s’il était constitué de glace pure, reflétait l’éclairage mural en scintillant.

Sur les murs, des milliers de torches étaient allumées. Mais le plus extraordinaire était certainement les peintures qui s’y trouvaient. Elles représentaient les mêmes scènes que les sculptures sur la porte, mais bien plus détaillées. Je pus y voir Geb et Nout, le ciel et la terre, défier l’interdiction du soleil, Ra, sur l’une d’elle. Sur une autre, Osiris, sous sa forme draconienne, affrontait Apophis, le dieu serpent d’Hélios.

Nous progressâmes lentement dans l’immense salle, craignant une attaque surprise de Gariatron, mais nous étions bel et bien seuls ici. Lorsque nous arrivâmes enfin à l’autre extrémité, nous n’avions toujours pas croisé notre ennemi.

Cependant, encore une fois, notre attention fut prise par la fresque finale. Il y avait quatre sphères, rouge, bleue, verte et marron. Celles-ci formaient un cercle autour de deux autres : une jaune et une noire. Derrière ces sphères, une forme étrange était représentée. Il s’agissait certainement d’une créature, car je pouvais distinguer comme deux yeux rouges.

Au-dessus de cette peinture était représenté Zorc combattant les trois dieux. A sa gauche, il y avait les sept esprits de la terre immortels et les cinq dragons. En dessous, le grand léviathan et les dragons légendaires de l’Atlantide. Et enfin, à sa droite, les trois bêtes sacrées et Armytile.

Soudain, la lumière des torches diminua et un vent glacial souffla, refermant violemment les portes derrière nous et nous prenant au piège.

-Ainsi, vous voici ; déclara une voix sortie de nulle part.

Quelques secondes après, le sol trembla légèrement, puis le mur en face de nous se scinda subitement en deux. Gariatron était assis là, sur un trône de glace. Il était accoudé et se tenait la tête avec une main tout en agitant frénétiquement ses doigts sur l’autre accoudoir, comme une personne impatiente d’en finir.

Lorsque nous le vîmes, nous activâmes nos disques de duel, prêts à nous défendre s’il nous attaquait par surprise. Cependant il restait assis sagement et nous dévisageait de ses petits yeux de reptiles. Voulait-il que nous l’attaquions en premier ? Ou bien essayait-il de gagner du temps ?

Laura fut la première à s’exprimer.

-Toi…Dit-elle en tentant de cacher sa haine envers lui, mais ses poings la trahissaient.

-Je m’attendais à un peu plus de respect de la part de la seconde de Shadow ; dit le démon calmement.

Je crus qu’elle allait lui sauter au coup lorsqu’il évoqua son père, mais elle ne fit rien. Elle regardait le sol, la tête baissée, nous ne pouvions discerner son expression. Alors qu’elle ne répondait plus rien, Angéla s’avança à son tour.

-Je ne sais pas ce qui tu es ou ce que tu es, mais sois certain que quelqu’un devra payer pour le sort infligé à mes amies ! S’écria-t-elle.

-Ce sont elles qui se sont interposées, n’est-ce pas ? Tu étais ma cible mais elles ont décidé de leur propre chef de se sacrifier pour toi, jamais je n’ai souhaité qu’elles soient impliquées ; lui répondit très calmement le démon avec un pointe d’ironie dans la voix.

Angéla ne s’attendait visiblement pas à une telle réponse et fit un mouvement de recul, surprise et ne trouva rien à répondre elle non plus. Vint ensuite le tour de ma sœur de s’exprimer.

-C’est toi qui a ordonné à Hélios de faire tout cela, inutile de mentir, je peux voir la vérité, même si elle est cachée, tu le sais aussi bien que moi puisque tu m’as enlevé uniquement pour cela !

-Oh, tu le savais depuis le début ? Que je manipulais cet idiot ? Dans ce cas-là, pourquoi l’avoir accepté parmi vous, ne serait-ce que pour un court laps de temps ?

Marie fut réduite elle aussi au silence, ne trouvant rien à redire face à un tel argument. Mais cette conversation ne menait nulle part, et pendant que nous parlions, dieu seul savait ce qu’il se passait à l’extérieur…

-Parce que tout le monde a le droit à une seconde chance ; acheva Drago faiblement. C’est Hélios que nous avons accueilli, pas toi Gariatron !

-Mais il est moi, et je suis lui. Depuis plus de 5000 ans, nous partageons un même corps.

Il marqua une pause et se tourna vers moi :

-Et bien mon cher Darksky, tu n’as rien à me dire ?

Je crus que j’allais attaquer directement le démon, incapable de contenir ma rage mais je fus interrompu avant même d’être passé à l’action.

-Il suffit !


https://www.youtube.com/watch?v=gIi-crTFllI


Le silence revint soudainement. Même le démon semblait surpris d’un tel ordre. C’était Laura qui en était l’auteur. Ses yeux étaient redevenus pleins de haine et de rage, comme lors de notre duel, son expression s’était durcie et elle était devenue incroyablement pale. Gariatron leva légèrement le regard, sans pour autant bouger de son trône tandis que Laura s’élançait vers lui.

Je voulus l’arrêter, mais cette fois-ci, mes mots n’eurent aucun effet sur elle. Laura était comme possédée par un désir de vengeance incontrôlable qui ne s’arrêterait que lorsque le démon serait à terre.

Au moment où elle allait le frapper de toutes ses forces, son coup fut comme dévié et ce fut le trône qui prit le coup. Gariatron n’avait même pas été éraflé, contrairement à l’accoudoir qui était en morceaux. Il n’avait pas même levé le petit doigt pour se protéger, comme s’il savait que Laura manquerait son attaque.

Cela ne la découragea pas pour autant, et elle redoubla la violence et la vitesse de ses coups. Mais, peu importe ce qu’elle tentait, elle frappait encore et toujours dans le vide pendant que Gariatron restait impassible. Cela avait même l’air de l’amuser de la voir faire des efforts en vain.

-Tu penses vraiment pouvoir me vaincre avec aussi peu de puissance ? Dit-il soudain froidement.

Le démon claqua des doigts et je vis une minuscule particule noire foncer droit sur mon amie, visant son ventre. Les attaques de Laura cessèrent immédiatement et elle s’immobilisa comme paralysée par la riposte de Gariatron.

Notre ennemi se leva brusquement, puis, lentement, il déplaça son regard sur chacun d’entre nous et il s’arrêta sur Angela, intrigué. Nous retînmes tous notre souffle dans l’attente de ce qu’il allait faire, mais une fois de plus, il ne prit pas la parole et attendit.

-Battons-nous…Lâcha subitement Angéla.

Le regard de Gariatron s’illumina soudain. Il n’attendait certainement que ça depuis le début.

-J’ai cru que tu n’allais jamais le proposer ma chère Angéla. Mais avant de mourir, voudriez-vous connaitre la vérité ? Dit-il d’une voix doucereuse.

-Tu es un peu trop sûr de toi Gariatron, je t’ai déjà vaincu une fois je te rappelle ! Lui lançai-je.

-La vérité au sujet de ? Demanda Marie méfiante.

-De mes motivations, évidemment, je ne suis pas un être sanguinaire vivant uniquement pour la destruction contrairement aux créatures que j’ai créées ; lui répondit le démon en commençant à descendre les marches pour se mettre à notre hauteur.


https://www.youtube.com/watch?v=TvB8E8FgMug


Laura, qui jusque-là lui tournait le dos, se retourna brusquement, l’air effrayée. Je ne voyais pas ce qui pouvais la terrifier plus que nous ne l’étions déjà, mais lorsque Gariatron la vit, un sourire malicieux se forma sur ses lèvres.

-Avez-vous déjà entendu parler de la terre des seigneurs ? Commença-t-il comme un professeur d’histoire faisant son cours. Il s’agit d’un lieu au beau milieu du monde des esprit d’où toutes les décisions concernant nos deux mondes sont prises par ceux que vous appelez les « dieux ». Cependant, ceux qui y vivent sont loin d’être parfaits et l’un d’entre eux est particulièrement abjecte. C’est pourquoi, il y a des milliers d’années, avec cinq des miens, je me suis rebellé contre ce système. Pour cela, j’ai suivi les conseils de Luminion et j’ai accordé ma confiance aux humains dans l’espoir qu’ils partagent les mêmes idéaux que moi.

-Gariatron…allié aux humains ? Répéta Drago, interdit. Je n’arrive pas à en croire un seul mot…

-Libre à toi de croire ou non ; rétorqua le démon en haussant les épaules. Mais les faits sont là. Ainsi, j’ai décidé de m’allier avec le plus misérable d’entre eux, Katsuo Yamada…

-Katsuo…Yamada tu dis ? S’étrangla Angéla, les yeux ronds. Cet être ayant plongé le monde dans le chaos ? Etait-ce ton œuvre, Gariatron, si l’humanité a bien failli périr ?

-J’aimerais bien te répondre que oui…Mais malheureusement non. Cet homme à qui j’avais tout donné…S’est retourné contre moi et s’est allié avec celui que nous combattions ! Alors que la victoire était à portée de main, Katsuo…Non, Zetsubo m’a trahi et a tenté de s’accaparer tous mes pouvoirs avant de me sceller !

L’aura autour de Gariatron s’assombrit encore. Finalement, Laura et son père étaient-ils dans le juste ? Je savais que Gariatron disait la vérité. La légende de Katsuo était connue et les faits évoqués par le démon concordaient parfaitement pour expliquer les zones d’ombre de cette histoire…

Je commençai à douter de moi-même. Nous avions commencé cette quête pour vaincre Hélios, et plus tard, Gariatron. Nous avions obtenu des cartes divines, comme les pharaons autrefois. Etions-nous dans le faux depuis tout ce temps ?

Je regardai Drago et Angéla, eux aussi semblaient douter et Marie baissait les yeux, l’air honteuse. Seule Laura continuait à fixer le démon sans tressaillir.

-J’ai réussi à me libérer en passant un accord avec Hélios, mais mes frères, eux, sont encore prisonniers. Que diriez-vous de m’aider à les libérer et d’anéantir une bonne fois pour tous les êtres comme Katsuo ?

J’eus un hoquet de surprise. M’allier à lui ? Il en était hors de question, pas après ce qu’il avait fait à notre famille et à ma mère…

-Jamais nous ne ferons une chose pareille ; rétorqua Laura pour tout le groupe.

-Tu es sûre Laura ? Pourtant, tu sais que je dis la vérité et ton père était d’accord avec moi. C’est pour cela que vous vous êtes alliés à moi après tout.

-Et répandre le mal à nouveau ? Non merci ! J’ai fait une croix sur ce pouvoir, mais contre toi, je suis prête à l’utiliser une dernière fois !


https://www.youtube.com/watch?v=lX-iQi5qudU


Avant même qu’il ait pu se retourner, Laura l’avait déjà frappé par derrière d’un puissant coup de pied qui le fit dégringoler les marches. Gariatron tenta de se relever, mais elle fut plus rapide que lui et elle le clou au sol en lui sautant dessus. Elle enchaina ensuite les coups tandis qu’il tentait de se protéger du mieux qu’il put.

Nous regardions tous le combat, consternés par autant de férocité, mais surtout par la facilité déconcertante avec laquelle Laura l’avait mis à terre. Elle le saisit alors par le bras et le projeta cinq mètres plus haut et Gariatron alla s’écraser sur son trône, soulevant un épais nuage de poussière. Nous fûmes aveuglés quelques instants. Est-ce que le combat était terminé ? L’avions-nous vaincu sans même le combattre dans un duel ? Tout cela paraissait trop simple…

Lorsque la poussière se dissipa, nous le vîmes allongé sur le sol, parmi les débris de son trône. Il semblait inconscient, mais je voyais sur le visage de Laura qu’elle savait que ce n’était pas encore fini.

Son intuition fut la bonne, car quelques secondes après, nous entendîmes un rire grave.

-Ma pauvre Laura…dit le démon faiblement.

Brusquement, il se remit sur pied et, avec une vitesse incroyable, frappa Laura au ventre et la mit à terre à son tour avec un simple mouvement de la main. Elle se releva aussitôt, mais à ce moment-là, les yeux de Gariatron virèrent au rouge sang et une forme sombre se forma au creux de sa main. Je me précipitai pour la sauver, mais je fus trop lent. Le rayon la frappa en plein cœur. Mon amie fut projetée si violemment contre le mur que des débris s’envolèrent et elle poussa un cri de douleur effroyable avant de s’effondrer sur le sol…

-Laura ! Criai-je désespéré.

-Allons bon, je vois que même après cinq-mille ans, les humains n’ont nullement évolué…n’est-ce pas triste à voir ? Se lamenta Gariatron.

-Toi non plus…Tu n’as pas évolué…Gariatron…Articula Laura entre deux quintes de toux. Tu rumines cette même vengeance…depuis cinq mille ans…sans même te remettre en question…

-Détrompe-toi, mon enfant. J’ai tenté d’accorder une seconde chance aux humains en vous transmettant mes pouvoirs à toi et ta famille…Mais le résultat a confirmé ce que je pensais. Il n’y a aucun espoir. Cette fois-ci, je m’occuperai de l’humanité avant de me charger de mon véritable ennemi !

Laura cracha une gerbe de sang avant de perdre connaissance et mon cœur s’accéléra tandis que je sentais la colère monter en moi en voyant mon amie à terre, incapable de se battre, une colère bien plus forte que tout ce que j’avais pu ressentir jusqu’ici

-C’est la fin Gariatron ! M’écriai-je, hors de moi.

-Tu le penses vraiment ? me répondit-il calmement. Tu n’as aucune chance contre moi, tu le sais.

-Lui seul peut-être, mais avec moi avec ses côtés, nous pouvons gagner ! Affirma Drago en s’approchant de moi.

-Eh, ne tirez pas toute la gloire pour vous deux les garçons, j’ai aussi des comptes à régler avec lui ; ajouta Angéla avec un sourire malicieux.

-Alors, vous pensez que l’union fait la force ? Si c’est le cas, vous vous trompez lourdement ! Je suis Gariatron, démon originel des ténèbres, créateur de l’orichalque, des esprits de la terre et du royaume des ombres. Trois enfants comme vous ne peuvent rien contre moi !

Nous étions prêts, nos disques de duels activés, faisant face à Gariatron toujours entouré de cette aura sombre et maléfique. Ses yeux rougeoyaient comme des braises dans la pénombre de la citadelle et une flamme brûlait au creux de sa main. Derrière lui, la cape d’Hélios ondulait au gré du vent qui s’était mis à souffler dans la pièce et nous entendions les cliquetis de son armure à chacun de ses gestes.


https://www.youtube.com/watch?v=uGy45tGyDCA


Une explosion retentit soudainement au loin, brisant le silence qui venait de s’installer et le démon leva la tête vers la voute de pierre.

-On dirait que la fin a commencé…

Sans ajouter un mot, d’un geste de la main, il fit apparaitre devant nos yeux comme un écran géant. Nous poussâmes un cri de surprise en chœur. Partout, les gens fuyaient les hommes de Gariatron qui avaient envahi les rues et attaquaient les bâtiments avec leurs esprits de duel.

-Laissez-les tranquille ! S’écria Angéla. C’est nous que vous voulez, alors affrontez-nous, et nous seuls !

-Pourquoi ? Le meilleur moyen de vaincre un ennemi est de détruire ce qu’il chérit le plus !

A ce moment-là, l’écran se brouilla et l’image passa sur une école que je reconnus immédiatement et mon sang se glaça dans mes veines. Là aussi, des centaines de monstres attaquaient des élèves qui se défendaient comme ils pouvaient et seule une grande fille aux cheveux de feu arrivait à contenir les attaques…

Sur une autre partie de l’écran, nous vîmes la ville de néo domino city, ravagée par les esprits de la terre immortels libérés par Shadow. Enfin, nous vîmes le manoir de Sherry, entouré du pouvoir du sceau d’orichalque, aux prises lui aussi avec des centaines d’hommes masqués…

-Le temps vous est compté, chers élus ; ricana le démon. Même si vous réussissez à me battre, il vous faudra le faire avant que votre monde ne soit anéanti.

-Rien de plus facile. S’il faut foncer dans le tas sans réfléchir, je suis la meilleure pour ça ! S’exclama la blonde.


https://www.youtube.com/watch?v=hDEuYou_Z6Y


-Essayez donc…Mais vous devrez passer par-delà mes monstres que voilà. Viens à moi, Démon Galactique Radon. Grâce à son effet, j’ajoute à ma main le Démon Galactique Zadon, puis j’active ma carte magie continue : Lock the Monster et je termine en posant une carte face cachée, à vous…

-Aucun problème, mettons un terme à ces manigances…Je prends la main et j’active échange solaire, ainsi en défaussant Ehren le moine, je pioche deux cartes, puis j’en envoie deux au cimetière. J’enchaine avec renfort de lumière ! J’envoie trois cartes supplémentaires de mon deck au cimetière pour ajouter à ma main Lyla la magicienne seigneur lumière ! A présent qu’Ehren, Lumina, Ryko et Gragonith sont au cimetière, je peux faire l’invocation de ce monstre, la lumière sacrée guidant ce monde vers un nouvel avenir, le dragon qui scellera votre perte : apparait Dragon du jugement !

Le deck de Drago irradia une lumière intense et son dragon apparu. Il était majestueux, blanc aux ailes d’anges et émanait une puissance hors du commun.

-Je termine mon tour en envoyant quatre cartes de mon deck au cimetière et je laisse la main à Angéla : dit Drago en se tournant vers elle.

-Je dois dire que je suis impressionné ; s’amusa Gariatron avec un ton sarcastique. Sortir ton meilleur monstre sans protection dès le premier tour, tu ne cesseras de m’étonner…

-Oubliez Drago cinq minutes et concentre vous sur moi ! Répliqua Angéla. Et je vais jouer Minerve, Agent de la protection en mode attaque et poser deux cartes faces cachées…

-On dirait bien que c’est à moi ; dis-je. Je vais donc activer tourbillon noir puis invoquer normalement Aile noire – Shura la flamme bleue. Grâce à mon tourbillon, je peux ajouter aile noire – mistral el tourbillon à ma main et l’invoquer spécialement. Je synchronise à présent mes deux monstres pour faire appel à un vieil ami : apparait Aile noire – maitre des armures !

-Pathétique ; ricana notre ennemi. Je vais vous montrer comment on combat…Je pioche et l’effet de ma carte magie s’active, vos monstres gagnent tous un compteur lock. Maintenant, admirez la puissance de ces compteurs ! Je sacrifie mon monstre pour invoquer Démon Galactique Sadon ! Vos monstres gagnent un compteur supplémentaire. Désormais, il me suffit de retirer 2 de ces compteurs pour invoquer spécialement Démon Galactique Oméga Glendios depuis ma main ! A ce moment, l’effet de Sadon s’active, pour chaque compteur retiré, vous perdez 500 points de vie, ceci est pour toi Drago !

Gariatron : 12000 – Drago : 3000 – Angéla : 4000 – Darksky : 4000

-Je n’ai pas fini, je défausse à présent le démon galactique Elon pour détruire cette horreur de Maitre des Armures !

-Pas si vite ; s’écria Angéla, j’active l’effet de Minerve, grâce à cela, le monstre de Darksky est sauvé…

-Je n’ai pas fini, à présent, j’active l’effet du démon Galactique Eon, il me suffit de sacrifier 2 monstres Lock pour l’invoquer, et je choisis ce maitre des armures et Minerve ! Mais ce n’est pas tout, tant qu’il est sur le terrain, vos monstres Lock verront leur attaque réduite à 0 et seront changés en position d’attaque !

-Comment !

-Vous avez bien entendu, l’attaque du dragon de Drago est réduite à 0 et il n’y a rien pour le protéger. A présent Eon, Anéantis les points de vie de Drago !

-Minute ; le coupa Angéla, j’active un piège : invitation de l’esprit de la terre pour rediriger cette attaque sur moi…

Le démon s’en prit alors à elle. Je le vis lui asséner un coup puissant avec sa faux, mais Angéla tenait bon, elle n’était pas prête à renoncer, et nous non plus !

Gariatron : 12000 – Drago : 3000 – Angéla : 1000 – Darksky 4000.

-Tu l’auras voulu Angéla, je te vaincrai en premie…

-Ca sera pour une autre fois je crois, vous ne passerez pas à travers la défense de Gorz l’émissaire des ténèbres ; l’interrompit-t-elle avec un sourire narquois.

-Dans ce cas, Drago est condamné ! Sadon !

-J’active l’effet de Tragoedia qui va venir s’invoquer sur mon terrain…lança Drago affaibli.

-La dernière attaque est pour toi Darksky, vas-y Oméga Glendios !

Gariatron : 12000 – Drago : 500 – Angéla : 1000 – Darksky : 1000

-Je vous laisse un tour de répit ; grogna Gariatron.

-Comme si vous pouviez nous vaincre tous les trois en même temps ; s’exclama Angéla.

-Laisse, je m’occupe de lui ; l’interrompit Drago. Je pioche et, en défaussant un autre gragonith, je prends le contrôle de votre Sadon ! Puis, grâce à l’effet de Tragoedia, je le fais passer au niveau 6 ! Je n’ai pas finis, je recouvre mes deux monstres pour invoquer Gantelet Lanceur en mode défense! Il me suffit de détacher un matériel xyz pour détruire votre Oméga Glendios !

-Idiot ! Répliqua Gariatron, comme tu viens de détruire Oméga, les effets de Dauntless Dragon et corbeau vont s’activer : je peux les invoquer spécialement, et ils gagnent 500 points d’attaque !

-Ce n’est pas grave, je vais détacher un autre matériel pour détruire Eon et terminer mon tour…


https://www.youtube.com/watch?v=8WXYajeP9TE&t


-Bien, on dirait que mon heure est venue ; dit Angéla en souriant devant sa pioche. Je commence par activer appel de l’être hanté que Darksky a posé face cachée pour rappeler aile noire – maitre des armures ! A présent, admirez mon pouvoir Gariatron, c’est grâce à vous que je l’ai acquis, voici le chevalier perdu de l’Atlantide : Les ailes de Socrate. Il va fusionner avec Le maitre des armures pour donner naissance à ceci : Aile noire – Maitre des tornades !

-Tu as libéré ce chevalier, certes, mais il ne te donnera pas la victoire ; grommela Gariatron mécontent.

-Nous verrons cela, Maitre des tornades, attaque le démon Galactique Corbeau avec ton feu de tempête !

Gariatron : 12000 – Drago : 500 – Angéla : 900 – Darksky : 1000

-Grace à son effet, son attaque devient 0, et Gorz l’émissaire des ténèbres va pouvoir le détruire !

-Gariatron : 9300 – Drago : 500 – Angéla : 900 – Darksky : 1000.

-A mon tour, lançai-je, J’active sacrifice inutile pour envoyer Aile noire – Vayu l’étendard de la justice au cimetière. Puis en le retirant du jeu avec le maitre des armures, je fais l’invocation spéciale d’aile noire –Vent d’argent le suprême ! Avec lui, j’attaque le démon galactique Dauntless dragon !

-Mais mon monstre est bien plus puissant que le tien ! S’écria Gariatron.

-Pas s’il est boosté avec Aile noire – kalut l’ombre de la lune qui le fait passer à 4200 !

Gariatron : 8200 – Drago : 500 – Angéla : 900 – Darksky : 1000.

-Je pose une carte face cachée et je termine mon tour.

-Je dois avouer que vous m’avez surpris, mais cela ne se reproduira pas, vous allez connaitre la douleur maintenant ! Tous vos monstres gagnent un compteur lock, mais ce n’est pas fini, j’active Lock éternel, à présent, tous vos monstres lock ne pourront plus attaquer ni être sacrifiés ou changer leur position de combat. Mais votre souffrance ne va pas s’arrêter là, car j’active la renaissance du monstre pour rappeler Démon galactique Sadon, et, comme il est de niveau 6, je peux invoquer celui-là depuis ma main : Démon galactique Zadon !

-Deux monstres de niveau 6 ; murmura Marie en reculant prudemment.


https://www.youtube.com/watch?v=DCP7f3UtbPg


L’air autour de Gariatron se mit à tourbillonner comme au centre d’un cyclone…Non, nous étions réellement au centre d’un cyclone qui ravageait la terre, c’est pourquoi nous étions épargnés pour le moment.

L’ombre de Gariatron grandit brusquement et deux yeux rouges apparurent sur le mur, puis une paire d’aile et un corps de serpent se découpèrent à leur tour. J’avais déjà vu cette forme, c’était l’apparence véritable du démon originel…

-Vous vous êtes admirablement bien battus jusqu’ici, mais vous ne pourrez pas vaincre celui que l’on nomme le père des ténèbres ! A présent, j’envoie au cimetière mes deux démons galactiques de niveau 6 et d’attribut ténèbres : emprisonné depuis des millénaires, j’ai médité ma vengeance chaque jour, et celui-ci est enfin arrivé, le jour de ma revanche sur les dieux ! Apparais, ma forme première : Gariatron démon originel des ténèbres !

Un éclair jaillit du deck de notre adversaire et une vague d’énergie mauve déferla vers le ciel, détruisant la voute et les murs de la citadelle. La terre se mit à trembler et des gravats se détachèrent du plafond.

Je me jetai sur Angéla pour lui éviter de se faire écraser par un énorme bloc de pierre et Drago esquiva de justesse un autre éclair retombant sur le terrain.

Mon cœur battait à deux cents à l’heure et en face de nous, l’ombre de Gariatron ne cessait de grandir, encore et encore.

Ses deux ailes furent bientôt si grandes qu’elles recouvrirent entièrement le ciel et une épaisse fumée envahit la salle, absorbant toute la lumière du soleil.

La tête du démon se dessina lentement et la créature poussa un rugissement si puissant qu’il suffit à briser les vitraux et les murs restants tout en me faisant tomber à la renverse.

Je me tournai vers Drago et Angéla. Tous deux semblaient terrifiés par l’apparition de la créature. Nous savions que la prochaine attaque signerait la fin du duel pour l’un d’entre nous. Les deux membres restants devraient alors se battre avec très peu de points de vie…

Cependant, Angéla avait le meilleur terrain, et son monstre était indestructible, par conséquent elle ne serait pas éliminée. Drago et moi étions vulnérables. Son monstre avait 5000 points d’attaque, et mon aile noire – vent d’argent le suprême était en mode attaque, j’allai certainement être sa prochaine cible…

-Je n’ai pas terminé ; jubila gariatron, à présent, je retire de mon cimetière tous mes monstres, c’est-à-dire huit pour invoquer le dieu de la destruction : Drakon, le maitre des enfers !

Drakon était là également ?! En y réfléchissant, ce n’était pas si étonnant, il avait permis à Shadow de le retrouver, je me doutais bien que ce n’était pas seulement pour lui faire plaisir…

Mais à présent, Gariatron pouvait nous anéantir tous les deux, en ne laissant qu’Angéla face à lui. Pouvait-elle faire face ? Son monstre avait beau venir tout droit de l’Atlantide, il ne pouvait pas attaquer…Ce duel était réellement le plus difficile que nous ayons eu à livrer jusque-là…

-Le moment de la fin est arrivé, j’active ma capacité spéciale ! S’exclama Gariatron –non, les Gariatron, la voix venait à la fois de la bouche de l’homme et du démon-…En réduisant mon niveau de deux, je peux détruire deux de vos cartes : dites adieu au gantelet Lanceur et à vent d’argent le suprême !

Nos monstres furent littéralement balayés dans un déluge de flammes noires, et nous aussi. Je roulai au sol sur plusieurs mètres avant d’être arrêté par un bloc de pierre. Seule Angéla était restée debout malgré la puissance de l’attaque.

-Drago, tu seras le premier à disparaitre, de mes propres mains !

Le visage du démon se tourna vers lui. Il ouvrit la gueule et une nouvelle gerbe de flammes noires en sortit. Drago était trop affaibli pour éviter l’attaque, il était à terre, impuissant. Je ne pouvais supporter ce spectacle et je détournai le regard quand j’entendis la voix d’Angéla :


https://www.youtube.com/watch?v=HVPZ-KZNlrQ


-Ça sera pour une autre fois Gariatron, Drago ne mourra pas aujourd’hui ! Par contre, j’active un piège : bouclier magique de bras pour prendre le contrôle de Drakon !

-Es-tu folle ? Lui lançai-je, abasourdi. Tu es la seule qui a une chance de le battre !

-Moi ? Une chance de battre Gariatron ? Je ne suis même pas capable de battre un vieux deck LV je te signale ; me répondit-elle en riant. Allez, remportez ce duel les garçons, je compte sur vous !

Je vis Drakon se retourner contre son maitre et l’affronter en face devant les yeux ébahis de Gariatron.

-Tu n’as pas osé…Grommela-t-il. Tu viens de te condamner toi-même !

-Je sais surtout que je ne partirai pas seule ; rétorqua-t-elle, les yeux remplis d’une détermination sans faille.

Le dragon des ténèbres s’élança sur le démon. Il était bien plus petit, il ne faisait pas le poids contre Gariatron…

Une minute…était-ce cela que voulait Angéla ? Détruire Drakon pour nous laisser le champ libre ? Non seulement elle nous avait protégés mais en plus elle nous donnait un espoir de victoire. Mais…le prix à payer restait bien trop grand…

Les deux créatures de l’ombre se combattirent brièvement, et Gariatron eu le dessus. Ses flammes surpassèrent celle de Drakon qui explosa tout simplement, emportant Angéla et notre ennemi dans sa chute. La jeune fille nous adressa un large sourire et forma un V avec ses doigts puis disparut au milieu du torrent de feu, sous les cris impuissants de Drago.


-Gariatron : 4300 – Drago : 500 – Angéla : 0 – Darksky : 1000

Angéla fut éjectée du terrain de duel et percuta violemment le sol, perdant aussitôt connaissance, un long filet de sang coulant le long de son front.

Mais elle était en vie, son monstre était encore sur le terrain pour le prouver. Marie se précipita pour l’aider et lui appliqua une compresse de fortune sur la tête pour arrêter le saignement.

Drago se releva et guetta le retour de Gariatron. Une rage incontrôlable s’était installée dans son regard et je pouvais le comprendre. A présent, lui et moi portions tous les deux les espoirs de celles qui nous étaient chères…

Le démon réapparut derrière un épais nuage de fumée. Dans sang perlait de sa bouche et se tenait le bras. L’explosion l’avait sérieusement amoché lui aussi. Mais il n’était pas encore vaincu, il semblait encore plus énervé qu’avant. Mais ce n’était rien face à la haine que lui vouait Drago…

-Sales Gamins…grogna le démon. Vous n’en avez pas encore fini avec moi ! Je pose une carte face cachée et je termine mon tour ! Vous allez voir que le sacrifice d’Angéla était inutile dès mon prochain tour…

-Il n’y aura pas de prochain tour pour toi Gariatron ! Cria Drago. Je vais en finir ici et maintenant avec toi.

-Ah, vraiment ? Ricana le démon. J’aimerais beaucoup voir ça…

-Je vais même en finir en une seule attaque…Je pioche et, en ayant trois monstres ténèbres dans mon cimetière, j’appelle le monstre qui signera ta fin : Dragon armé des ténèbres.

-Oh, il fait peur, mais penses-tu qu’il surpassera le roi des ténèbres ?

-Nous verrons bien, J’active ensuite Monster reborn pour faire revenir le gantelet lanceur, puis j’active la faculté de mon dragon : en retirant Tragoedia je peux…

-Aller directement au cimetière : j’active un contre : illusion des ténèbres ; si un de mes monstres ténèbres est ciblé par un effet, je l’annule et je détruis cette carte ! Dit adieu à ton dragon !

Celui-ci vola en éclat. Pendant une fraction de secondes, j’avais cru que nous allions gagner…En voyant cela, la détermination de Drago fut brisée en même temps que son monstre et il posa un genou à terre.

-Je…Je termine mon tour…

-Tu es bien présomptueux Drago ; reprit Gariatron. De simples monstres ne peuvent rien face à moi !

-Ne crie pas victoire trop vite l’affreux, je suis encore là ! Et c’est mon tour !

Parfait, elle était là, j’allais pouvoir amocher sérieusement ce démon, le reste reviendrait à Drago…


https://www.youtube.com/watch?v=qIEk0U782rM


-J’active également monster reborn pour faire revenir aile noire –vent d’argent le suprême. J’active descente aile noire : grâce à elle, comme je contrôle aile noire – vent d’argent le suprême, je peux invoquer depuis mon extra deck aile noire – arsenal aérien, et aile noire – maitre des armures va venir nous rejoindre également !

Mon monstre se transforma en comète rouge qui monta dans le ciel avant d’exploser en trois étoiles filantes distinctes. Mes trois monstres réapparurent dans les flammes. Tout était en place.

-Ces monstres stupides n’ont pas assez de points d’attaque pour me faire de mal…

-Eux non, mais pas si je fais ceci : je recouvre mes trois monstres synchro pour ouvrir le réseau recouvrement !

-Mais…ils sont de niveaux différents ! Hurla Gariatron, les yeux exorbités.

-Exactement, c’est pourquoi je peux invoquer ce monstre qui va te rappeler des souvenirs : Déesse des flammes immortelle, rejoins-moi dans cette bataille et rallume la flamme du combat qui brulait en nous pour porter à notre ennemi le coup fatal : Nout, Déesse créatrice des cieux !

Une explosion de lumière se fit haut dans le ciel, et quelques secondes après, un phénix majestueux descendit sur le terrain, dissipant avec elle toute la brume invoquée par le démon et faisant briller à nouveau le soleil à travers les nuages d’orage.

Je crus que Gariatron allait devenir fou en la voyant, ses yeux sortaient presque de ses orbites, tandis que le démon rugissait furieusement. La carte donnée par ma mère était réellement scintillante. Je croisai son regard, il voulait tout dire. Je hochai la tête en signe de réponse. Il ne me restait plus qu’une chose à faire avant de confier la suite à Drago…

-J’active la carte que j’aie posée au tour précédent : Hommage torrentiel, tous les monstres sur nos deux terrains vont être détruits ici et maintenant…

-C’est hors de question, depuis ma main, je riposte avec Démon galactique Aron : grâce à elle, je me sauve de la destruction, mais ton monstre cependant…

-Va rester un peu avec nous ; rétorquai-je. Il me suffit de détacher un matériel xyz pour annuler sa destruction, mais ce n’est pas tout, tu prends également 3000 points de dommage !

Alors que mon monstre commençait déjà à tomber en cendres, il se reforma sous nos yeux dans une explosion d’énergie qui souffla à nouveau Gariatron derrière un épais nuage de fumée.

Gariatron : 1300 – Drago : 500 – Darksky : 1000.

-Je vais laisser un dernier cadeau à Drago, j’active permutation de créature – je me tournai vers lui – Voilà, elle est à toi, utilise là pour gagner !

Drago ne répondit rien, il était toujours aussi mal en point. Je récupérai cependant son gantelet lanceur. Je savais qu’il ne servirait à rien face à la capacité du démon. Mais Drago était intouchable désormais, si Gariatron tentais de le détruire, il périrait également par l’effet de Nout. J’avais fait ce que je devais faire, perdre ce duel ne me dérangeait pas si cela nous permettait de vaincre Gariatron.

-Tu perds une bataille mais pas la guerre ? Me dit soudainement Luna que j’avais totalement oubliée. Hélios était comme toi durant la grande guerre contre Diabound, il voyait ses défenses tomber une à une, Tefnuit, Su, Nebteth, Asar, et même Atum, mais jamais il n’a renoncé, il s’est battu jusqu’au bout.

-Oui, je ne peux pas le vaincre moi-même, mais je ne veux surtout pas que Drago soit vaincu. Après tout, il est le héros de la prophétie, il doit gagner.

-Non ; répondit gravement Luna. Une prophétie ne peut en rien influencer le court des choses. C’est toi, ainsi que cette brave Angéla qui avez fait de lui un héros, mais en aucun cas, il n’était prédestiné à l’être.

-Je vois ; répondis-je. Dans ce cas-là, je suis heureux d’avoir pu l’aider, même si je doute que devenir un héros fut son but premier au début de toute cette histoire.

-Tout comme Hélios ; dit-elle joyeusement.

Une pensée me traversa alors l’esprit.

-Mais…si gariatron est détruit…cela ne risque pas…

-Il y a des chances ; me répondit Luna en détournant le regard. Mais, je pense que c’est ce qu’il aurait voulu. Je parle bien entendu de mon frère avant qu’il ne soit corrompu par les ténèbres, s’il devait se sacrifier pour le bien du royaume, alors il le ferait, n’ait donc aucune inquiétude à ce sujet.

Nous fûmes interrompus par le rugissement de Gariatron qui émergeait à nouveau des ténèbres, toujours plus furieux.

-Puisque tu veux tellement disparaitre Darksky, je ne vais pas te faire de cadeau ! Non seulement tous les monstres sur le terrain sont lock, mais en plus, en réduisant à nouveau mon niveau, je détruis tes dernière défenses ! Prépare-toi à mourir, Eradication totale !


https://www.youtube.com/watch?v=5fPcB77nhgE


Je vis les flammes de Gariatron envelopper et détruire le gantelet lanceur. Je savais que j’étais le prochain, mais cela ne me faisait pas peur, je savais que je laissais un espoir derrière moi.

Je regardai une dernière fois Luna, qui me sourit simplement et je me tournai alors vers Laura. Finalement, je n’avais pas été assez fort pour la protéger, ni même pour protéger Marie…

L’attaque se rapprochait de moi à grande vitesse et la chaleur qu’elles dégageaient me faisant transpirer à grosses gouttes mais je n’essayai même pas d’y réchapper. J’avais accepté ce qui allait m’arriver et je l’avais même provoqué. Je ne pouvais plus rien faire à présent.

Résolu, je fermai les yeux et attendis que l’attaque m’emporte mais je sentis tout à coup la chaleur des flammes diminuer.

-Désolée mon brave Darksky, mais ta mort sera pour une prochaine fois ; dit Luna en s’interposant.

-Que fais-tu ? Lui criai-je désorienté. Tu vas être…

-Blessée ? Tuée ? Qu’importe, cela fait déjà une éternité que je ne suis plus de ce monde. Mais toi, tu peux encore y passer du temps ; répliqua-t-elle en tournant son regard vers Laura. Sur-ce, à plus ! J’ai été ravie de te connaitre. On se revoit après la défaite de Gariatron !

Elle me fit un clin d’œil avant de disparaitre dans les flammes. Mais, l’attaque était si puissante que le bouclier de Luna qui ne suffit pas à l’arrêter et elle parvint jusqu’à moi.

Lorsqu’elle me toucha, je fus à mon tour projeté à l’autre bout de la pièce et heurtai avec violence le mur. Je pus voir cependant Marie se précipiter vers moi avant de sombrer une nouvelle fois dans l’inconscience.





http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

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[fic]: L posté le [16/03/2013] à 10:05

Chapitre Final : Aurore



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=llWr4tVQ8PM


-Darksky !

En voyant mon ami se faire engloutir par les flammes et perdre connaissance sous mes yeux sans que je ne puisse rien faire, mon monde, déjà fragile, s’effondra totalement, et je sombrai dans le désespoir.

Tout ce chemin que nous avions parcouru jusqu’ici, toutes les épreuves que nous avions surmontées, était-ce en vain ? J’aurais dû affronter Gariatron seul et payer seul les conséquences mais à la place, j’avais entrainé mes deux amis avec moi dans ma chute…

Alors que je sombrais déjà, je vis une lueur dans les ténèbres. Elle était infime, mais incroyablement lumineuse. Elle se rapprochait de moi rapidement, elle m’appelait, elle me disait de résister, de continuer le combat. Mais pourquoi ? C’était terminé, Gariatron pouvait m’anéantir ce tour-ci, sans que je puisse riposter.

Je reçus alors comme une décharge électrique qui me tira de ma torpeur. Je levai les yeux et je vis Ladd, l’air mécontent, devant moi dans un espace totalement blanc. La citadelle et Gariatron avaient disparu pour ne laisser place qu’à ce décor lumineux et apaisant.

-Que veux-tu ? Me dire que je suis faible ? Vas-y, tu auras raison ! Lui criai-je.

-J’aurais adoré pouvoir te dire cela mon cher Drago, mais ce n’est pas le moment de te décourager.

-Comment ? Demandai-je sans comprendre.

-Quelqu’un voudrait te parler ; dit-il en se tournant de trois quart.

Je poussai un cri de surprise. Derrière lui se trouvait notre ennemi, Gariatron !…Non, ce n’était pas lui, ce n’était qu’Hélios. Voulait-il m’humilier encore plus que je ne l’étais déjà ? Ou bien venait-il m’achever en personne ? Dans tous les cas, il pouvait faire ce qu’il voulait, je m’en fichais, je n’avais plus de raison de continuer le combat maintenant que tous étaient partis.

-Bien le bonjour Drago ; déclara le roi joyeusement avec un sourire. Comment vas-tu ?

-Cela vous intéresse-t-il vraiment ?

-A vrai dire, non. Mais je dois m’assurer que le seigneur soleil d’Héliopolis est en bonne santé.

-Vous pouvez répéter ce que vous venez de dire ? M’exclamai-je interloqué.

-Je peux oui…Mais je n’aime pas me répéter…

LADD lui lança alors un regard noir et Hélios frissonna, puis reprit la parole en se raclant la gorge :

-En fait, je suis venu te donner ceci.

Il mit la main sur sa tête et enleva sa couronne avant de me la passer. Cela n’avait pas l’air de lui plaire, mais il le faisait tout de même, sous le regard attentif de LADD. Comme je ne réagissais pas, il m’attrapa une main :

-A quoi cela va-t-il me servir ?

-Qui sait…

Sans ajouter un mot, il tourna les talons avant de repartir après avoir salué LADD.

-Bonne chance pour ce combat ; dit alors Hélios sans se retourner. Je sais que tu peux le faire. Après tout, tu es le digne fils de mon vieil ami, Solaris. Nous nous reverrons bientôt, d’ici là, tache de rester en vie !

Les silhouettes de Ladd et Hélios se dissipèrent lentement, comme deux ombres. Juste après, je me réveillai en plein milieu de la bataille. Le temps semblait s’être arrêté durant mon rêve. Gariatron n’avait pas bougé d’un pouce. Cependant, j’avais désormais en main un petit joyau scintillant. Je le reconnus immédiatement, il se trouvait sur la couronne d’Hélios. Et mystérieusement, une des pierres incrustées dans celle de Gariatron avait disparu… Que signifiait ce présent ? En quoi allait-il m’aider à gagner ce combat ? A part le jeter à la figure du démon, je ne voyais pas comment m’en servir…

Mais je devais faire confiance à LADD et à Hélios, ils étaient ma seule chance de sauver tout le monde…

Je me redressais, bien déterminé à en finir ce tour, coûte que coûte ! Théa m’épaulait toujours, et j’avais encore le soutien de mes amis, y compris celui de Darksky et Angéla. Ils m’avaient tous les deux laissé leur monstre le plus puissant, je devais m’en servir à bon escient.

-Allons-y Théa ; dis-je déterminé.


https://www.youtube.com/watch?v=SgBqSEyCZBE


Elle hocha la tête en signe d’approbation. Je voyais Gariatron jubiler de l’autre côté du terrain. Il devait avoir raison, aucun de mes monstres ne pouvait attaquer, et dès son prochain tour, il me finirait en une attaque…Non, il n’y aurait pas de prochain tour pour lui !

Alors que je pensais cela, mon deck scintilla de mille feux. Confiant, je fis ma pioche, celle qui serait décisive pour l’issue de ce duel.

-C…C’est impossible…bégaya Théa.

Je regardai la carte que je tenais à présent dans mes mains et un sourire fendit mon visage. Le démon pencha la tête sur le côté, intrigué de me voir arborer une telle expression dans ces circonstances.

-C’est terminé ; lui lançai-je, confiant.

-Tu crois cela ? Regarde mon terrain, je suis toujours là, et aucune carte dans ton jeu ne peut me surpasser !

-Si…Il y en a bien une…

-Une ?

Le démon écarquilla les yeux en comprenant ce que je m’apprêtai à faire.

-Je sacrifie à présent Nout, déesse créatrice des cieux, aile noire – maitre des tornades et Gorz l’émissaire des ténèbres afin d’invoquer le protecteur d’Héliopolis !

-Non, c’est du bluff ! Tu n’as pas cette carte en ta possession, je le sais parce qu’Hélios…

-M’a permis de l’obtenir ; complétai-je. Dieu haï de son frère, tué injustement, il est temps pour toi de renaitre une nouvelle fois pour apporter la victoire dans ce duel, apparait Osiris, le Dragon ressuscité !

La pierre bleue dans ma main resplendit, comme en réponse à l’invocation de la créature. Celle-ci, comme portée par une force invisible, s’envola haut dans le ciel et rayonna d’une intense lumière bleutée si forte qu’elle aveugla totalement le démon qui recula en se cachant les yeux.

A partir de la pierre, un majestueux Dragon bleu azur prit forme et le cristal vint se loger sur son torse.

-Il est temps d’en finir Gariatron, ton voile de ténèbres va se déchirer ici et maintenant !

-Un dieu ? La belle affaire ! Hurla le démon, fou de rage. Nout n’a rien pu faire contre moi, alors viens, je t’attends !

Osiris se lança sur le démon en crachant un flot de flammes bleues en réponse aux flammes noires de Gariatron. Aucun des deux ne cédait d’un millimètre. Mais, je voyais dans le regard du démon qu’il savait que ce combat ne se terminerait pas bien pour lui. Lentement, il perdait du terrain.

-Finissons-en…j’active la capacité spéciale d’Osiris : s’il combat un monstre de l’adversaire, celui-ci est automatiquement détruit et mon adversaire encaisse autant de dommage qu’il n’avait de points d’attaque !

Gariatron rugit et dans un ultime effort désespéré, ses flammes redoublèrent d’intensité. Mais, il pouvait avoir autant de puissance qu’il le souhaitait, il ne pouvait pas lutter contre Osiris au corps à corps. Soudain, le flot de flammes noires s’arrêta, et le démon fut submergé par celle d’Osiris.

Les deux démons souffraient en même temps. Ils se tordaient de douleur, gémissaient, hurlaient, mais ils refusaient d’abandonner pour autant.

-Je n’en ai pas fini avec vous ; articula difficilement Gariatron en proie aux flammes. J’ai peut-être échoué, mais le l’avènement des démons originels est proche, et ce ne sont pas vos dieux qui vous sauveront face à une puissance aussi ancienne !

Juste après cela, le monstre explosa, et emporta avec lui les derniers points de vie de Gariatron qui fut soufflé dans l’explosion. Une forme sombre s’éleva au-dessus de son corps, et, après un cri, s’évapora dans les airs.

Nous avions gagné, enfin…Mais je n’avais pas le temps de savourer ma victoire, il nous restait une dernière chose à faire : il fallait nous enfuir d’ici. Tout le palais de glace était en train de s’écrouler sous le poids de nos combats !

Je me retournai vers Marie et je vis alors que Laura s’était réveillée et écarquillait les yeux, interdite.

-Ce n’est pas vrai…Il faut dégager d’ici !

-Laura, Marie, prenez Darksky et Angéla ! Leur ordonnai-je.

Elles acquiescèrent et partirent devant sans protester. Quant à moi, je devais encore faire sortir Hélios de ce temple. Certes, il était notre ennemi, mais sans lui, je n’aurais jamais pu gagner ce duel. Je le vis à terre de l’autre côté du terrain. Le pouvoir de Gariatron l’avait quitté.

Je me précipitai à sa rencontre. Il était inconscient, mais vivant, ce qui était déjà extraordinaire en soit vu ce que son corps avait enduré.

-Tenez bon, je vais vous aider.

Je l’attrapai par un bras et je commençai à le trainer. Il n’était vraiment pas léger avec toute son armure de fer, mais je devais faire avec. Le chemin était peut-être long, mais je n’avais pas combattu pour me faire tuer au dernier moment !

-Derrière…Murmura Hélios dans un souffle presque inaudible.

-Comment ?

-Derrière le trône…il y a une autre sortie…

Je me précipitai aussi vite que possible à l’endroit indiqué. Effectivement, il y avait un passage étroit juste derrière. Je m’y engouffrais sans réfléchir avec Hélios. Le tunnel était incroyablement sombre, je voyais uniquement Hélios à mes côtés et les murs autour de nous. Heureusement, c’était un long boyau droit, sans bifurcation. Je sentais qu’Hélios reprenait peu à peu ses esprits car il essayait de marcher par lui-même.

-Alors comme ça, tu sauves ton ennemi Drago ? Cela ne m’étonne qu’à moitié ; dit-il faiblement.

-Vous m’avez aidé, je vous suis redevable.

-Ah…Les cœurs purs…

Mais, alors que nous étions dans la salle d’entrée de la citadelle, nous vîmes Laura et Marie devant nous, figées, prêtes au combat.

-Que se passe-t-il ? Demandai-je.

Elles ne répondirent rien, mais me firent une place. Je fis un bond de trois mètres. Shadow se tenait là et nous bloquait le passage. Cependant, je n’aurais su dire quoi, mais quelque chose avait changé dans son regard. Peut-être était-il plus doux que lorsque je l’avais combattu. Sa haine semblait l’avoir totalement quitté.


https://www.youtube.com/watch?v=PcvtqN8BbeM


-Quel dommage, cette citadelle va tomber en ruine, c’était pourtant un chef d’œuvre, une merveille montrant l’entraide entre les hommes et les monstres.

-Que veux-tu encore ? Demanda furieusement Laura.

-Rien du tout…je ne désire plus rien ; répondit Shadow tristement. Alors comme ça vous avez vaincu Gariatron ? Mais cela ne signifie pas la fin, quatre autres se tiennent, comme lui, prêts à prendre leur revanche, il vous faudra être forts.

-Pourquoi devrions-nous vous croire ? Demanda Marie sur ses gardes.

-Vous n’êtes pas obligés de me croire. Je comprendrai tout à fait que vous ne me fassiez pas confiance, surtout toi Laura.

Shadow commença à marcher dans la direction opposée à la nôtre, il retournait à l’intérieur de la citadelle !

-On peut savoir où vous allez comme ça ? Lui demandai-je.

-Je vais voir une dernière fois quelqu’un, pour lui dire ce que je pense réellement de lui. Mais toi Drago, fait sortir tout le monde de cet endroit.

-Attends un peu Shadow ; dit Hélios qui s’était soudainement réveillé. Tu n’es pas obligé de faire ça…Tu as le droit de profiter un peu de ta vie avec ta fille toi aussi…

-Je me demande si j’ai encore ce droit…Murmura l’homme en baissant les yeux.

-Attends…papa !

Shadow s’arrêta net en entendant sa fille l’appeler ainsi et un silence pesant se fit dans la pièce. Nous n’entendions plus que le bruit de la glace se fissurant dans les murs.

-Ca faisait longtemps…que je n’avais pas entendu ce mot de ta bouche ; dit-il tristement. Et je ne suis pas sûr de mériter encore ce titre…

Pour toute réponse, Laura se jeta dans ses bras en pleurs. Shadow ne la repoussa pas, au contraire, il lui rendit son étreinte.

-Je suis désolé Laura, tout est de ma faute…Si j’avais été un bon père, jamais Arthur et ta mère…

-Non, ce qui est passé est passé, alors s’il te plait, reste avec nous désormais…

-Tu n’as plus besoin de moi ; reprit Shadow en la prenant par les épaules. Tu as des amis qui te soutiennent désormais, je suis sûr que tu t’en sortiras sans moi.

-Non, s’il te plait, reste ! Depuis que tu as sombré, j’ai attendu chaque jour le moment où tu redeviendrais toi-même, ce n’est pas pour te perdre aussitôt !

-Je ne serai jamais moi-même tant que la malédiction de Gariatron pèsera sur nous, c’est pourquoi, je dois l’enterrer avec moi…

Shadow repoussa violemment Laura. Marie se précipita avant qu’elle ne tombe à la renverse sous le coup de la surprise.

-Tu…

-Adieu Laura, je regrette sincèrement. Adieu Hélios, j’espère que tu ne t’ennuieras pas trop sans moi. Et enfin, Drago, tu as été un formidable adversaire. Nous aurions pu livrer d’autres duels, si les circonstances avaient été différentes…

Cette fois-ci, il tourna définitivement les talons, malgré les supplications de sa fille, il ne se retourna pas et s’engouffra dans le long labyrinthe. Laura se précipita à sa suite, mais l’entrée fut soudainement obstruée par la chute d’énormes blocs de glace.

-Il faut aller le chercher immédiatement ! Cria-t-elle. Il ne pourra pas s’échapper de là tout seul !

Darksky, qui s’était réveillé, lui mit la main sur l’épaule, et ferma les yeux. Elle se jeta dans ses bras, tout en continuant de pleurer.

-Sortons d’ici ensemble, Laura ; lui murmura le garçon d’une voix douce.


https://www.youtube.com/watch?v=KUiZ991XUCQ


Une fois à l’extérieur, nous pûmes voir, du haut d’une falaise, la majestueuse citadelle s’effondrer sur elle-même dans un épais nuage de poussière. Il ne restait plus que d’étranges lumières flottant dans le ciel. Tout était si calme, qui aurait cru qu’une des pires batailles de l’histoire venait de se tenir ici même.

Le néant avait disparu pour faire place à une magnifique prairie parsemée de fleurs et d’arbres fruitiers. L’herbe se balançait lentement au gré du vent léger qui soufflait désormais à la place du mistral. Nous avions beau être à l’intérieur d’une montagne, la voute était si lumineuse que nous nous serions cru à l’extérieur. Non…nous étions réellement à l’extérieur ! Le roc qui enveloppait la citadelle avait disparu, comme s’il n’avait jamais existé. Peut-être était-ce parce qu’il n’y avait plus rien à protéger désormais.

Le lever de soleil était magnifique par-delà les hautes montagnes. Ses rayons pourpres donnaient l’impression qu’elles étaient en feu. Une paix infinie planait dans ce recoin perdu du globe, éloigné de toute civilisation.

June nous rejoignit bientôt, elle semblait affolée. Quoi de plus normal après avoir vu la citadelle s’effondrer sur elle-même. Elle était accompagnée de deux jeunes filles, certainement les amies d’Angéla. Cette dernière venait tout juste de se réveiller, mais elle se précipita dans leur bras en pleurant et riant à moitié.

Hélios regardait au loin, sa cape flottant derrière lui. Il devait se retrouver perdu maintenant qu’il n’était plus possédé par Gariatron.

-Alors…qu’allez-vous faire maintenant ? Lui demandai-je, réellement intrigué.

-Je ne sais pas. Je crois…que j’ai besoin de découvrir ce nouveau monde. Je vais partir en voyage…

-C’est une sage décision ; dis-je soulagé de ne pas avoir à le combattre encore.

Tout le monde semblait apaisé, tout le monde sauf Laura, qui continuait de pleurer dans son coin, son pendentif à la main. Je ne savais pas vraiment quoi faire. Ce n’était pas à moi d’aller la consoler, c’était le rôle de Darksky, et c’était justement ce qu’il faisait. Je ne pouvais rien faire de plus.

-Et toi Drago, que comptes-tu faire ? Me demanda Théa qui admirait également le paysage.

-Il faut que je réfléchisse encore, je n’aurais jamais cru que cela se terminerait un jour…

Nous restâmes ici encore un long moment, sans nous dire un mot, savourant simplement la magie du lieu. Je n’arrivais toujours pas à croire que cette aventure touchait à sa fin. Est-ce que cela signifiait que j’allais devoir me séparer de Darksky et Angéla ? Je n’avais jamais imaginé cette possibilité qui me traversa l’esprit comme une lame acérée. Je repensais soudainement aux paroles de Gariatron puis Shadow : « L’avènement des démons originels est proche. Quatre autres se tiennent prêts à prendre leur revanche. ».

-Tu m’as l’air soucieux Drago, quelque chose ne va pas ? Demanda Angéla inquiète en me tirant de mes pensées.

-Je pensais simplement à ce que Shadow a dit. J’ai comme l’impression que nous n’en avons pas terminé avec Gariatron…

-Peut être…Mais tu te tracasses pour rien ; affirma-t-elle en souriant. Pour l’heure, allons célébrer notre victoire.

Oui, Angéla avait raison, je ne devais pas me préoccuper de détails et vivre le moment présent. Gariatron n’était plus qu’un lointain souvenir, Hélios ne représentait plus une menace, Angéla avait pu retrouver ses amies et Darksky avait sauvé Laura. Tout cela allait bien au-delà de mes espérances.

Angéla me prit alors par la main et m’entraina auprès des autres. Du moins, c’est ce que croyais, elle s’arrêta à quelques pas du groupe et se retourna. Elle était si proche de moi…Je ne pus que remarquer une nouvelle fois sa beauté, malgré ses nombreuses blessures, elle ressemblait toujours à un magnifique ange. Ses deux mèches se balançaient lentement, cachant ses yeux bleus comme le ciel par moment…

Je dus rougir mais elle n’en tint pas compte. Elle passa alors sa main dans ses cheveux pour les remettre derrière son oreille et me sourit.

-Merci Drago ; dit-elle les larmes aux yeux. Grace à toi, tout est enfin terminé. Jamais je ne pourrais te rendre la pareille.

-Non, vraiment, tu n’as pas besoin ; répondis-je gêné.

Pour toute réponse, elle posa un doux baiser sur ma joue tandis que le soleil au loin, était désormais totalement levé et faisait briller ses cheveux d’or comme des joyaux…


~The End ~



Epilogue



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Alors que tout le monde se réjouissait dehors, il y avait encore un homme dans la citadelle. Son âme, bien que libérée de l’emprise des esprits de la terre immortel, ne pouvait accepter une telle destinée. C’est pourquoi, il devait retourner aux sources de sa malédiction, celle qui le hantait depuis son plus jeune âge, celle qui l’avait privé de sa bien-aimée, de son fils et qui l’avait fait sombrer dans une folie destructrice incontrôlable. Il ne le faisait même plus pour lui, peu lui importait son avenir désormais, il n’espérait plus rien de la vie, ses crimes étaient bien trop abominables pour être pardonnés. Il le faisait pour sa fille, le dernier membre de sa famille encore en vie, celle qu’il avait tourmenté pendant deux longues années, celle qui, par sa faute, avait sombré également. Et cela, il ne pouvait se le pardonner, jamais !

L’homme frappa un des murs violemment. La glace à moitié fondue pénétra dans sa chair, et un filet de sang perla de sa main, mais cela n’avait aucune importance, il continua son chemin comme si de rien n’était, dans ce long, très long dédale. Tout autour de lui s’effondrait, tout comme ses rêves. Cette citadelle constituait un idéal fou, irréalisable, et comme sa volonté de poursuivre son rêve, elle tombait en morceaux. Il rit en lui-même, il rit de sa naïveté mais également de sa bêtise. Comment avait-il pu se laisser monter la tête aussi facilement ?

Depuis qu’il avait vu, deux ans plus tôt dans cette prairie, Laura réduisant tout en cendres, il n’avait pensé qu’à sa vengeance contre Hélios, vengeance qui s’entendit bientôt à toute l’humanité. A présent, voir Laura entourée ainsi de ses amis l’avait fait réfléchir. Il ne voulait que le bonheur de sa fille, et il venait tout juste de comprendre d’où venait son désespoir. Il venait du Démon originel, Gariatron, le père des ténèbres !

L’homme à la cape noire devait faire vite, bientôt, il ne serait plus de ce monde lui non plus. Il leva la tête du sol qu’il contemplait depuis son départ. Il se trouvait alors dans une vaste salle circulaire. Sur les murs étaient gravées des tablettes, sans inscriptions à l’intérieur. C’était ici qu’étaient enfermées les âmes nécessaires à l’invocation de ses esprits de la terre. Il y en avait tellement…Comment en était-il arrivé là ?

Il recula soudainement, terrorisé par sa propre folie, puis se prit la tête dans les mains. Pendant un instant, le temps fut comme arrêté pendant qu’il pensait à la souffrance qu’il avait engendrée. Non, définitivement, il ne pouvait pas vivre avec cela sur la conscience, il devait se purger de ses crimes !

L’homme repris alors son chemin à travers le palais de glace. Plus il avançait, plus la citadelle tombait en morceaux. Il risquait sa vie à chaque instant, à chaque pas. Un bloc de glace tomba juste devant lui, un autre juste derrière, manquant de l’écraser. Il dut même se jeter en avant pour en éviter un dernier avant de pénétrer dans la dernière salle. Les portes d’acier explosèrent juste après sous le poids de la glace.

Il y était finalement arrivé…L’homme regarda en arrière. Il ne pouvait plus reculer désormais, l’entrée était condamnée. Son regard se porta sur l’autre côté du terrain de duel. Une forme sombre flottait timidement dans les airs. Il s’approcha prudemment, mais la chose ne réagissait pas, elle devait être trop faible désormais. Juste en dessous d’elle, un carte gisait là, un carte noire, comme il n’en existe aucune autre. L’homme se baissa et la ramassa, avant de la brandir devant lui :

-Nous nous retrouvons enfin face à face, Gariatron ; dit-il d’une voix grave.

-Shadow…murmura la créature dans un râle.

-C’est terminé Gariatron, tes plans ont échoué, toutes tes magnigances vont sombrer avec toi…

-Et toi Shadow, tu vas sombrer avec moi ? Continua l’ombre toujours dans un souffle presque inaudible.

-Exactement, je vais m’assurer que plus jamais, tu ne tourmentes Laura…

-Ma disparition…ne résoudra en rien son problème…

Cette phrase résonna alors dans l’esprit de Shadow. Bien que ne voulût pas le croire, il savait au fond de lui que le démon ne mentait pas à cet instant précis. Mais que pouvait-il faire de plus pour sa fille désormais ?

Shadow, perdu dans ses rêveries, entendis soudain un craquement sourd au plafond. Il leva la tête et découvrit avec stupeur qu’un énorme bloc de roche s’était détaché de la voute et tombait droit sur lui. Tout à coup, et pour la première fois, il eut peur de la mort, mais il ne s’enfuit pas, cela aurait été vain, il était condamné, il se contenta de regarder le démon en face. Puis, une immense douleur lui traversa le crâne, et quelques instants après, il n’y avait plus que le néant autour de lui…

Shadow se sentait aspiré dans un puis dans fond, il tombait, toujours plus bas, sans jamais atteindre les tréfonds des ténèbres qui l’entouraient.

-Est-ce vraiment cela que tu veux Shadow ? Laisser ta fille seule ? Dit alors une voix rauque, venant de toutes les directions.

-Je…

-Je peux te rendre ce que tu as perdu, tu le sais n’est-ce pas. Je peux faire bien plus également, dis-moi simplement quel est ton vœux le plus cher et je l’exhausserai…

-Je veux…simplement pouvoir revoir le visage de Laura…une dernière fois…Répondit Shadow d’une voix à peine audible.

-Dans ce cas, passons un accord, encore une fois, qu’en dis-tu ? aide-moi à vaincre Armageddon, et en échange, je te ferai voir ta fille…

-C’est…C’est d’accord, fais ce que tu veux de moi, Gariatron…





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[fic]: L posté le [16/03/2013] à 10:05

Chapitre spécial: Darksky, le combattant de l’ombre



Spoiler :


Marie, Laura, Papa, Maman, tous étaient partis brutalement et sans prévenir. Il ne restait plus que moi. J’étais seul. J’aurais certainement sombré dans la folie si Hélios ne m’avait pas donné un espoir de revoir ma sœur. Elle qui avait été lâchement kidnappée par cet homme : Shadow. A présent, je suivais un entrainement spécial dans une école reculée du pays, qui devait me permettre de devenir plus fort que je ne l’avais jamais été. Je le devais, je n’avais pas le choix si je voulais la sauver.

Je passais des journées difficiles, entre nos entrainements physiques épuisants et le peu d’heures de repos que nous avions. Tous les autres étaient bien plus forts que moi, plus robustes, plus âgés, et surtout plus agressifs. Je ne m’entendais avec aucun d’entre eux, j’étais toujours dans mon coin, à repenser au passé, à ces jours d’insouciance sur la falaise avec Laura.

Cela dura ainsi trois ans. Je ne voyais que très peu Hélios. Notre supérieur était un homme du nom de Sayer. Il voulait absolument que nous développions ce qu’il appelait le pouvoir télépathe, la faculté de rendre les monstres de duel réel. Dans quel but ? Je ne le savais pas. Le but même de ces entrainements était un mystère pour moi, je me contentai d’obéir, sans comprendre.

Enfin, le jour de mon quatorzième anniversaire arriva. Je ne m’attendais pas à recevoir un quelconque présent. Cependant, quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’on vint m’annoncer que j’étais convoqué dans les quartiers d’Hélios en personne !

Mon cœur se mit à battre. En général, lorsque quelqu’un y est convoqué, plus personne ne le revoit par la suite. Je craignais le pire, mais je m’y rendis.

Ses quartiers étaient tout à fait quelconques : une vaste sale carrée, avec un bureau, une étagère, deux chaises et un tapis. Il y avait également une grande fenêtre qui donnait sur le parc de l’école, un bureau de proviseur tout ce qu’il y a de plus normal.

Lorsque j’arrivai, Hélios regardait dehors et me tournait le dos. Cependant, lui n’avait pas l’habit de n’importe quel directeur. Il portait une armure dorée, surmontée d’une grande cape rouge. Sur sa tête était posée une couronne incrustée de joyaux qui scintillaient au soleil.

Le professeur annonça mon arrivée, puis se retira tout aussi vite, me laissant seul avec Hélios. J’attendis qu’il prenne la parole. Son silence n’augurait rien de bon, et mon cœur se mit à battre encore plus vite dans ma poitrine. Il semblait contrarié. Avais-je fait quelque chose de mal ? Si tel était le cas, qu’allais-je subir comme châtiment ?

Mais alors que je ruminais toutes ces questions dans ma tête, j’entendis frapper à la porte. Un autre professeur se présenta, et une jeune fille entra à sa suite :

-Voici Yuiko Saya maitre ; dit le professeur avant de s’éclipser.

Je regardai la nouvelle venue. C’était une jeune fille qui devait avoir mon âge. Elle avait les yeux bleus et de longs cheveux blonds ainsi que qu’une longue queue de cheval qui lui arrivaient presque aux hanches. Elle fronçait les sourcils, et dans son regard turquoise se reflétait comme une sorte de détermination. Elle devait certainement savoir pourquoi elle était là à en juger par son expression froide. Elle ne m’adressa même pas un regard et continuait de fixer Hélios, jusqu’à ce qu’il se retourne à son tour.

-Yuiko Saya et celui qui se fait appeler Darksky, vous devez certainement savoir pourquoi vous êtes ici tous les deux aujourd’hui ; déclara-t-il solennellement.

Elle hocha sèchement la tête, mais, devant mon expression interrogatrice, Hélios ouvrit un tiroir et sortit une vielle feuille de papier.

-J’ai l’impression que quelques explication s’imposent ; dit-il. Vous avez été choisis tous les deux pour vos excellentes aptitudes physiques et mentales. C’est pourquoi, j’ai décidé de vous confier une mission de la plus haute importance.

Hélios déroula son papier et je pus reconnaitre dessus une carte géographique. Cependant, les contours du pays ne me rappelaient rien de connu.

-Voici Mineos, une petite ile de l’archipel de Palaos, une ile déserte du pacifique. Selon certaines sources, il y aurait un trésor fabuleux enfoui là-bas, donnant force et espoir à ceux qui le trouve.

-Et vous voulez que nous allions le chercher ? Demanda Saya sans conviction.

-C’est exact. Il semblerait qu’autrefois, des colons y aient construit un temple avant de partir sans laisser de trace. Votre mission consiste donc à retrouver ce trésor avant les hommes de Shadow. S’il mettait la main dessus, nous serions dans une situation vraiment critique. Un avion vous y emmènera dès demain. Avez-vous bien compris ?

-Compris ; dit Saya comme si elle était à l’armée.

-Je…je crois, bafouillai-je.

Hélios nous congédia sans donner plus d’explications. Une fois dehors, je pus respirer à nouveau. Il ne voulait donc pas me sermonner, mais me féliciter. Cela me m’avait pas surpris sur le moment, mais tous mes professeurs et entraineurs n’arrêtaient pas de répéter que j’étais leur pire recrue pourtant…Je me retournai vers ma nouvelle compagne de route pour lui adresser quelques mots avant l’expédition.

-Faisons de notre mieux demain ; dis-je d’un ton enjoué.

-Tâche de ne pas me ralentir ; se contenta-t-elle de répondre avant de partir sans même un regard.

Elle était exactement comme tous les étudiants ici, froide, distante et se croyant supérieure à tout le monde. Je ne fus même pas déçu de sa réaction, je n’attendais pas vraiment un mot de réconfort après tout.

Le lendemain, vers six heures du matin, nous nous trouvions sur la côte de cette île, seuls. Le soleil n’était pas encore levé, et nous voyions à peine où nous mettions les pieds, mais la vue que nous avions était splendide. Un vrai paradis comme on peut se l’imaginer, une mer bleue turquoise, du sable blanc et fin, et en contreplan, une forêt de palmiers. Au loin, nous entendions les premiers cris d’oiseaux exotiques. J’avais encore du mal à croire que je me trouvais en ce moment même à l’autre bout du monde, sur un ilot au milieu de nulle part.

Nous avions jusqu’au coucher du soleil pour trouver ce trésor. Hélios nous avait remis sa carte, il nous suffisait de rejoindre un endroit précis de l’île.

-En route, je ne veux surtout pas faire de mauvaises rencontre ; grommela ma nouvelle partenaire avant de s’enfoncer dans la forêt.

Notre marche dura longtemps, mais nous savions où nous étions, je n’étais donc pas inquiet. Saya, cependant semblait tendue. Elle sursautait à chaque bruissement, chaque coup de vent. Elle se cachait dans les taillis et regardait également de chaque côté avant de bifurquer, comme si nous étions espionnés. Je ne comprenais vraiment pas pourquoi elle prenait autant de précautions. Nous étions définitivement seuls ici, personne n’aurait l’idée tordue de passer ses vacances au beau milieu du pacifique.

Comme cette mission commençait sérieusement à m’ennuyer- marcher ainsi n’était pas mon point fort- je décidai d’engager la conversation :

-Euh…Saya, c’est ça ? Demandai-je.

Elle me répondit d’un mouvement de tête sans rien dire.

-Je voulais savoir, depuis quand es-tu dans cette école ?

-Pourquoi veux-tu savoir une telle chose ? Répondit-elle froidement. Cela ne te regarde pas.

-Je voulais simplement te connaitre un peu plus puisque nous travaillons ensemble désormais. Il serait mieux que nous nous connaissions un minimum tu ne penses pas ?

-Je n’ai pas demandé à travailler avec toi, on m’y a forcé.

-Mais dans les faits, tu travailles bien avec moi, alors tu ne veux pas savoir qui est ton partenaire ?

-Pas vraiment…

-Je pourrais être un tueur en série, ça ne te dérangerais pas ?

-Tu n’en es pas un, alors je n’ai aucune raison de m’inquiéter.

Elle était décidément bornée et peu ouverte à la conversation. J’avais beau tenter de lui parler, je terminais toujours sur une impasse. Cette mission allait s’avérer d’un ennui inimaginable si je devais me contenter de la suivre sans rien dire, il y avait forcément une chose sur laquelle nous pouvions discuter, mais laquelle ?…

-Dis-moi Saya…

-Quoi encore ? Tu ne peux pas faire moins de bruit, quelqu’un va finir par nous repérer ; chuchota-t-elle.

-Mais ouvre un peu les yeux, il n’y a personne ici ! Dis-je assez fort pour le lui prouver.

Elle se jeta sur moi et me mit la main sur la bouche pour me faire taire et elle s’arrêta presque de respirer, comme si un simple souffle pouvait nous trahir. Nous attendîmes, mais personne ne vint. Elle relâcha alors sa pression et recommença à respirer.

-Tu es fou, tu veux vraiment nous tuer ? Dit-il d’un ton plein de reproches.

-Personne n’est venu ; répondis-je calmement. Il n’y a aucune raison de…

Je n’avais même pas fini ma phrase qu’une sorte de flèche me frôla l’oreille et se planta dans un arbre juste à côté de nous. Nous nous retournâmes précipitamment. Des hommes portant des masques et des capes noires étaient sortis de nulle part. Ils étaient forts, je ne les avais même pas entendus arriver…

L’un d’eux, celui portant un masque plus foncé que les autres, se détacha du groupe et s’avança vers nous.

-Vous travaillez pour Hélios n’est-ce pas ? Demanda-t-il agressivement.

-Et si je répondais que oui ? Dit Saya froidement.

-Alors je vous tuerai.

-Dans ce cas, non, nous ne travaillons pas pour lui…

-Mensonges, tuez-les ! Ordonna l’homme.

-Pourquoi demander si c’est pour ne pas vous satisfaire de nos réponses ; soupira Saya en sortant un couteau de poche.

Je vis une pluie de flèches aiguisées se diriger dans notre direction. Cependant, Saya ne semblait plus du tout effrayée. Au contraire, elle se précipitait à leur rencontre, et, avec une agilité hors du commun, elle les déviait une à une, avec une vitesse surprenante.

Alors qu’elle continuait de se battre avec sa main gauche uniquement, elle sortit de sa poche droite un petit objet rond qu’elle lança sur nos ennemis. Cela créa un épais nuage de poussière qui les aveugla quelques instants. J’entendais l’homme pester derrière ce rideau opaque et des flèches, tirées à l’aveuglette se figèrent un peu partout autour de moi.

-Dépêche-toi ! M’ordonna-t-elle en me prenant par le bras.

Nous courûmes ainsi pendant plusieurs minutes sans nous arrêter, toujours tout droit. Lorsque nous fûmes assez éloignés de ces hommes, Saya me lâcha et s’arrêta brutalement. Je n’arrivais pas encore à comprendre ce qu’il s’était passé. J’avais à peine prononcé quelques mots que nous étions encerclés d’hommes voulant notre mort sans raison. Et pire que tout, Saya semblait les connaitre. Son courage m’avait d’ailleurs impressionné, tout comme le sang-froid dont elle avait fait preuve en répondant à l’homme.

-Tu ne veux pas me parler, mais à eux, tu leur fais de grand discours ? Dis-je pour détendre un peu l’atmosphère.

-Tu ne sais vraiment pas à qui tu as à faire, n’est-ce pas ? Me demanda-t-elle sur un ton de reproches.

-Les hommes de Shadow ? Répondis-je naïvement.

-Des tueurs en série oui ! Shadow est totalement fou, si nous croisons une nouvelle fois ces hommes, il se pourrait qu’aucun de nous ne survive ! Me cria-t-elle.

-Calme-toi un peu Saya. Peux-tu me dire qui sont-ils exactement pour commencer ?

-Je ne comprends vraiment pas ce que tu fais ici ; soupira-t-elle. Shadow est l’ancien bras droit d’Hélios. Tu l’as certainement vu au moins une fois, il se faisait appeler Garden à l’époque. Mais il a décidé de se rebeller contre Hélios et tous ceux qui le suivent. Désormais, avec une poignée de réfractaires, ils nous traquent comme des bêtes sauvages…

Oui, à présent je voyais mieux qui était Shadow…Donc le bras droit d’Hélios avait enlevé ma sœur ? Et pour couronner le tout, je vivais au même endroit que lui depuis tout ce temps ! Mon sang bouillonna dans mes veines. Hélios m’avait-il menti ? Connaissait-il les intentions de Shadow…ou bien était-il à l’origine de mes problèmes ? Il me fallait des réponses !

-Tu es tout blanc Darksky, est-ce que ça va ? Me demanda Saya inquiète à mon sujet pour la première fois.

-Oui, tout va bien ; mentis-je. Finissons rapidement cette mission, et ensuite, j’irai personnellement rapporter le trésor à Hélios…

Elle m’observa, surprise de mon ton soudainement agressif, mais, lorsque je tournai le regard vers elle, Saya se releva et repris sa froideur habituelle.

Cette course effrénée nous avait au moins rapprochés de notre but. En quelques minutes à peine, nous fûmes arrivés à destination.

Il ne restait presque plus rien du temple. Nous avions devant nous un vaste champ de pierres disposées en cercles. Sur les bords, nous pouvions apercevoir des restes de colonne qui autrefois devaient être colossales. Partout, la mousse et le lierre avaient envahi les ruines.

Nous avançâmes parmi les décombres, et nous vîmes au milieu un petit escalier menant sous terre. Après nous être concertés silencieusement, nous descendîmes dans l’obscure salle souterraine.

Je ne voyais pas à un mètre, et je dus me prendre plusieurs fois de suite le mur avant que Saya n’allume une lampe torche qu’elle avait emmenée avec elle. Et, une fois que je pus voir autour de moi, je fus surpris par la pauvreté de la salle. Il n’y avait ni inscription, ni peinture. Les murs étaient nus, ce n’était que de la pierre telle qu’on peut la trouver dans les grottes. En face de nous, il y avait comme un petit autel sur lequel était posée une boite en or.

-Serait-ce…le trésor ? Demandai-je à ma partenaire.

-Non, c’est beaucoup trop simple…murmura-t-elle plus pour elle que pour moi.

A peine avait-elle dit cela que les murs se mirent à trembler. Je crus que toute la voute allait s’écrouler sur nos têtes, mais au lieu de quoi six ouvertures se créèrent dans la paroi de la salle. Juste après cela, des inscriptions se gravèrent à nos pieds. Saya se mit à les lire, bien qu’elles fussent écrites dans une langue incompréhensible formée de cercles et de carrés…

-« Quand un brille au-dessus, six brulent en dessous, quand trois contemplent le soleil, quatre abaissent le regard. Quand deux nagent à la surface, cinq plongent vers le fond… » On dirait bien que cette énigme doit nous permettre de faire le bon choix…

Cette énigme n’avait aucun sens ! C’était certes poétique, mais elle ne voulait rien dire.

-Tu es sûre que tu as bien traduit ? Demandai-je.

-Certaine…

Je levai les yeux vers les six portes. Au-dessus de chacune d’elle était inscrit un logo. Vingt-et-un points étaient disposés aléatoirement et séparés par des traits sur chaque logo. Pour moi, il n’y avait aucune différence entre tous…Saya réfléchissait à voix haute, me laissant profiter de sa réflexion.

-Vingt-et-un points, séparés par des traits, cinq traits pour être exacte, formant six cases distinctes…De plus, si on additionne les chiffres de l’énigme, cela nous donne vingt-et-un également…Il y a forcément un rapport entre les deux…murmurait-elle.

Pendant ce temps-là, par faute d’idée, je m’attelais à la contemplation du petit coffre en or. Il était fermé à clef, et il était impossible de l’ouvrir.

-Eureka ! S’écria Saya soudainement en me faisant sursauter.

Je me retournai d’un bond. Avait-elle réellement trouvé la solution à ce charabia ? Il fallait le croire, elle semblait si joyeuse et si sûre d’elle.

-La réponse était évidente, il suffisait de penser à un dé !

-Un dé ? Dis-je en attendant plus d’explication.

-Oui, ou plutôt à un patron de dé, tel qu’on en voit en cours de maths. Regarde attentivement la porte quatre Darksky ! M’ordonna-t-elle.

En effet, le logo qui se trouvait au-dessus était bien un patron de dé. Mais je ne voyais toujours pas où était le rapport…

-Assemble ce dé, lorsque la face 6 est en haut, celle du bas est la 1, pareil pour toutes les autres !

Je fus frappé par sa réflexion. Il n’était pas étonnant qu’Hélios l’ait choisie pour une telle mission, elle était brillante. La solution me parut totalement dérisoire en regardant les autres portes : soit le patron ne s’assemblait pas correctement, soit ce n’était même pas un patron de dé.

Un bruit de pas se fit alors soudainement entendre dans les escaliers. De nombreux hommes venaient par ici. Saya me fit signe de la suivre silencieusement en emportant la boite avec moi, et nous nous engouffrâmes dans le long tunnel derrière la porte quatre…


A vrai dire, il n’y avait rien d’intéressant derrière cette porte, simplement un long chemin sombre qui semblait sans fin. Saya referma discrètement derrière elle, laissant les hommes réfléchir à cette énigme. Cela devrait nous laisser un peu de répit.

Sans un mot, Saya prit la tête et entama la descente. Nous marchions, toujours tout droit, en nous enfonçant toujours plus profondément sous terre. Depuis combien de temps ? Je ne saurais le dire, toute notion de temps était effacée dans un tel endroit où chaque recoin se ressemblait.

Saya me barra soudainement la route, puis, lentement, elle ramassa une pierre qu’elle jeta devant nous. Lorsqu’elle toucha le sol, celui-ci se déroba dans un vacarme assourdissant. Je reculai de deux mètres d’un seul bond. Et dire que je n’étais pas passé loin de la mort.

-C’est un piège classique ; dit-elle d’un ton supérieur. Mais il y a toujours un moyen de les contourner, sinon, comment les hommes ayant caché le trésor seraient-ils sortis ?

Elle me désigna un sentier étroit qui passait au bord du gouffre béant. En le traversant, je n’étais toujours pas rassuré. Un faux mouvement et c’en était finit de moi. Je devais…ne pas regarder en bas…ce que je fis naturellement.

Horreur, je commençais déjà perdre l’équilibre ! Mais ma partenaire m’attrapa par le bras et me poussa pour que je traverse le précipice d’un seul pas. J’arrivai de l’autre coté sur le ventre, mais je devais à Saya la vie.

-Inutile de me remercier ; dit-elle avant que je n’aie eu le temps de dire un mot. Elle se retourna cependant : tu auras l’occasion de le faire plus tard ; dit-elle avec un clin d’œil.

Plus je restais aux côtés de Saya, plus sa personnalité s’obscurcissait pour moi. Alors que je la pensais totalement indifférente, elle me sauvait, et lorsque je la voyais prendre la situation à la légère, elle redevenait ensuite froide et distante. Mais cela faisait d’elle également quelqu’un de fascinant. Un certain mystère planait autour de cette fille que je ne connaissais que depuis un jour, mais que j’appréciais déjà, même contre mon gré.

Elle me sauva par la suite encore de nombreuses fois dans ce temple : elle esquiva une série de flèches aiguisées, une hache sortant du mur. Elle me protégea même du piège constitué d’une boule géante dans un couloir étroit. Mais, à chaque fois, après m’avoir sauvé, elle redevenait distante et ne m’adressait plus la parole.

Après avoir échappé à une dizaine de pièges tous plus tordus les uns que les autres, nous arrivâmes dans une autre pièce circulaire. A première vue, elle n’était pas piégée. Aucun rayon laser, aucun gaz asphyxiant, aucun serpent tombant du plafond. Nous restions cependant sur nos gardes, et nous avions raison. Alors que nous étions presque arrivés de l’autre côté, la porte de sortie se ferma brutalement. Nous nous retournâmes, l’entrée était condamnée elle aussi !

Nous retenions notre respiration en attente du piège. Cependant, rien ne vint. Je remarquai alors une sorte de table juste devant la sortie. En m’approchant, je pus voir des inscriptions dessus que Saya put déchiffrer :

-C’est une épreuve de force cette fois ; déclara-t-elle en regardant la porte condamnée.

-Attends, tu veux dire qu’on doit enfoncer ce truc ? Répliquai-je interloqué.

-Je ne pense pas qu’il s’agisse de ça, je crois qu’il faut prouver notre force pour pouvoir continuer, sans quoi, nous resterons piégés ici pour toujours.

Saya sortit alors son poignard de sa poche. Pourquoi ? Il n’y avait pourtant aucun enne…

Rectification, il y avait des ennemis désormais. Des sortes de spectres étaient apparues dans une épaisse brume sombre et ils semblaient peu amicaux. Ils n’étaient pas totalement humains, du moins, ils ne l’étaient plus. Ils étaient tous armés d’épée ou de fusil, ce qui rendait le combat assez inéquitable pour nous. Mais cela ne semblait pas gêner Saya qui les attaquait sans réfléchir, esquivant les balles et les coups de sabre puis plantant son couteau dans leur cœur, ce qui avait pour effet de les faire disparaitre. Dans un coin de ma tête, je notais qu’il ne fallait jamais l’énerver si je ne voulais pas être poignardé dans le dos…

-Darksky, arrête de rêvasser ! Me cria-t-elle en déviant une lame qui s’approchait dangereusement de moi.

Elle la saisit, « tua » son propriétaire, et me la lança sans autre explication. J’imaginais que désormais, c’était mon tour de me battre. Cependant….c’était bien la première fois que je maniais une épée ou même que j’en tenais une en main. Cela ne devait pas être si compliqué, si des spectres le pouvaient, alors moi aussi. Je m’élançais ainsi dans la bataille. Je ne m’en sortais pas trop mal, je décapitai deux spectres, déviai la lame d’un ennemi et je me protégeai même une balle. Mais, à chaque fois qu’un disparaissait, deux autres apparaissaient. Etait-ce vraiment ce genre d’épreuve que nous avions à passer ? Tuer des spectres ? Me demandai-je tout en continuant le combat. Il devait y avoir certainement un autre moyen de gagner.

Je me mis à observer le mouvement de ces créatures, tout en continuant à me battre. Ils sortaient tous des murs, quoi de plus normal pour des spectres. Mais une chose m’intriguait, qu’y avait-il derrière ces murs ? Des réserves de spectres ? Ils ne pouvaient pas provenir de nulle part tout de même. Je devais en avoir le cœur net. Je forçai alors le passage et je me précipitai contre un des murs. J’aperçus alors comme une fente entre deux pierres. C’est bien ce que je pensais, il devait y avoir un mécanisme pour actionner une sorte de porte ! Je le cherchai du regard rapidement en balayant la pièce, et je m’arrêtai sur l’autel devant la grande porte. Juste devant était posé un petit objet brillant et doré. Comment n’avais-je pas pu le remarquer plus tôt ? Peut-être était-il tombé lors de la bataille…Dans tous les cas, je courus jusqu’à lui et, avec une roulade pour éviter une lame, je le ramassai. C’était exactement ce que je pensais, une petite clé actionnant un mécanisme. Je retournai ensuite à la fente, toujours en esquivant les coups, et je mis ma découverte à l’intérieur de la fente.

Un bruit sourd se fit entendre au loin, comme un verrou se levant. Je n’eus pas le temps de savourer ma victoire. Un spectre se tenait juste derrière moi et brandissait sa lame sur moi. Je cherchai la mienne, paniqué. Je ne l’avais pas encore en main que mon adversaire abaissait déjà la sienne. Je m’apprêtai déjà à recevoir le coup quand je le vis s’évanouir tout simplement dans les airs, pour faire place à Saya. Elle lui avait planté son couteau dans le dos.

-Bien joué Darksky…Dit-elle à bout de souffle. J’ai cru que nous n’en finirions jamais.

En effet, l’activation du mécanisme avait fait disparaitre tous les spectres d’un seul coup, toutes leurs armes gisaient à terre sans propriétaire.

J’entendis derrière moi comme des pierres glissant sur le sol, ce qui était exactement ce qu’il se passait. Le mur venait de coulisser pour nous ouvrir la voie sur un nouveau couloir. Je me relevai difficilement. J’avais des courbatures à force de courir à travers toute la salle, sauter et donner des coups d’épée.

-Nous y sommes presque, encore un dernier effort et…

Saya trébucha alors qu’elle tentait d’avancer et elle s’écroula sur le sol.

-Que se passe-t-il Saya ? Demandai-je inquiet. Tu es blessée ?

-Non, je ne crois pas…

Elle écarquilla alors les yeux de stupeur. Elle possédait une énorme entaille au niveau de la cuisse d’où le sang coulait abondamment. Je me dépêchai d’aller la rejoindre, et, déchirant un bout de mon manteau, je commençai à bander la plaie.

-Tu n’as pas besoin de faire ça, laisse-moi derrière. Le trésor est plus important que moi.

-Hors de question ! Rétorquai-je. Je n’abandonnerai pas une amie, plus jamais…

-Une amie ? Tu me considères vraiment comme telle même si nous nous connaissons à peine et que mon attitude envers toi est plus que détestable ? Demanda-t-elle interloquée.

-Nous sommes partenaires pour cette mission, et par conséquent nous sommes amis, nous avons commencé cette mission ensemble, nous la finirons ensemble !

-Ta vision des choses est bien simpliste mon pauvre Darksky ; ricana Saya, mais son rire était sans méchanceté, elle était simplement amusée de mes paroles.

Oui, cette vision était peut être simpliste, mais c’était la vision du monde de Laura. C’était elle qui m’avait sorti de ma solitude après la mort de mes parents. Sans elle, j’aurais certainement sombré dans la folie, et Marie aurait dû se débrouiller seule pour survivre. Et, je ne savais pas pourquoi, mais l’attitude froide de Saya me rappelait la mienne, c’était certainement la raison pour laquelle je me comportais ainsi.

J’aidai Saya à se remettre debout. Elle fit une grimace en s’appuyant sur sa jambe blessée et tituba. Je la rattrapai avant qu’elle ne tombe.

-Je suis vraiment un fardeau, tu ne trouves pas ? Dit-elle tristement.

Je ne répondis rien, surpris par un changement d’attitude si soudain. Quelques minutes plus tôt, elle ne m’adressait même pas la parole, ou à peine, et voilà qu’à présent elle me parlait comme à un vieil ami.

-Reposons-nous un peu ici ; lui dis-je alors.

-Comment ? S’écria-t-elle stupéfaite. Hors de question, les hommes de Shadow pourraient arriver d’une minute à l’autre, je refuse…

Elle me repoussa et tenta de marcher seule, mais après un seul pas, elle s’écroula par terre.

-Tu vois bien que tu n’es pas en état de continuer.

-Je suppose que tu as raison ; soupira-t-elle.

Je m’assis alors à côté d’elle, et je commençai à lui parler de tout et de rien. Elle me demanda comment je pouvais rester toujours aussi joyeux, même dans les pires situations comme celle-ci. Je lui répondis simplement que c’était l’enseignement d’une personne que j’aimais énormément.

-Vraiment ? Tu ne peux pas savoir comme je t’envie d’avoir de si bons amis… dit-elle d’une voix tintée de mélancolie et de tristesse.

Je ne sus pas quoi répondre à cela. J’attendis qu’elle m’explique d’elle-même, mais elle ne revint pas sur ce sujet-là. Nous restâmes assis dans cette pièce si longtemps que j’en avais totalement perdu la notion du temps. Nous étions arrivés le matin sur cette île, mais maintenant, quelle heure était-il ? Midi ? Seize heures ? Ou bien peut-être déjà Vingt heures qui sait. Saya s’était endormie sur mon épaule, elle devait en avoir bien besoin après un tel combat. Sans même que je m’en rende compte, elle m’avait sauvé la vie, au péril de la sienne, alors que je la connaissais à peine.

La regarder dormir paisiblement laissait peine à croire qu’elle savait se battre férocement. Elle ressemblait à n’importe quelle lycéenne ordinaire, menant une vie tout à fait banale, sans rebondissement. Mais notre destinée à nous, qui nous nous entrainions avec Hélios, était tout autre. Nous pouvions dire adieu à ces jours d’insouciance caractérisant l’adolescence, chaque jour était un combat.

Je me mis à repenser à Laura, à nos duels sur la falaise. Cette vie me semblait totalement révolue désormais, et aucun retour en arrière ne me semblait possible, il suffisait de regarder l’endroit dans lequel je me trouvais : un vieux temple sur une ile déserte. J’étais sûr que cette vie d’aventure aurait plu à Laura. Contrairement à moi, elle était intrépide, et n’avait pas peur du danger. En ce moment même, elle devait être à l’école en train d’étudier, derrière un bureau, à écouter un cours de maths tranquillement. Mais pensait-elle encore à moi après toutes ces années ? Ou bien m’avait-elle oublié ?

Une chose était sûre, elle était plus que jamais présente dans mon esprit, et indirectement, c’était elle qui m’aidait à survivre. Sa carte, Trishula, m’avait sauvé de nombreuses fois déjà.

J’entendis soudain un bruit sourd venant de derrière la porte d’entrée. Les hommes de Shadow devaient être arrivés. Je tentai réveiller Saya :

-Q..Quoi ? S’exclama-t-elle en se réveillant en sursaut. Je ne dormais pas hein, j’étais juste en train de…

Je lui fis signe de se taire et d’écouter attentivement. Quand elle comprit ce que je voulais dire, elle hocha la tête et tenta de se lever. Elle fit une grimace, mais elle semblait pouvoir marcher désormais. Discrètement et en faisant le moins de bruit possible, nous franchîmes la porte nouvellement créée qui se referma derrière nous. Tant mieux, cela occuperait ces types quelques temps.

Nous marchâmes encore longtemps dans ce couloir sans fin, Saya devant parfois s’appuyer contre un mur pour reprendre son souffle. Sa blessure avait cessé de saigner, mais la douleur semblait toujours présente. Si nous avions eu à combattre à ce moment, je ne suis pas sûr que nous aurions tenu très longtemps.

Nous arrivâmes finalement dans une autre pièce, semblable encore une fois aux précédentes. Cependant, un élément du décor me frappa. Au centre de la pièce se dressaient fièrement deux immenses statues représentant deux dragons, l’un en or, l’autre en onyx certainement vu sa couleur noire comme la nuit. Autour d’elle, quatre piliers étaient dressés, chacun d’une couleur différente : un rouge, un bleu, un vert et un ambré. Je remarquai alors que chacune des statues avait une clé autour du cou.

-Voici donc la dernière épreuve avant le trésor : dit alors Saya. « Voyageur au cœur pur en quête de vérité, tes pas t’ont mené en ces lieux isolés. Voilà donc l’ultime énigme : deux clés se trouvent accrochées, mais une seule peut ouvrir cette porte de d’acier, l’autre déclenchera un piège mortel dont nul ne peut réchapper. » Plutôt simple tu ne trouves pas ?

-Oui, enfin, mieux vaut ne pas se tromper ; répondis-je angoissé à l’idée de pouvoir faire le mauvais choix.

-Ne t’inquiète pas, il y a toujours des indices dissimulés un peu partout pour résoudre ce genre d’énigme, il faut simplement les trouver.

Nous nous séparâmes et je commençai les recherches. Je regardai partout, sur les murs, au sol, au plafond, mais je ne vis rien ressemblant à un indice quelconque. Mon regard se tourna alors vers les statues. L’énigme parlait de porte d’acier. Or l’acier est de couleur presque noire, et il y avait justement une statue noire. Mais, l’énigme ne pouvait tout de même pas être aussi simple que ça…

Je me rapprochai d’elle pour mieux voir. Saya semblait avoir eu la même idée car elle vint dans ma direction.

-Je pense que ces statues cachent un indice ; déclara-t-elle, il n’y a rien d’autre qu’elles dans cette pièce.

-Et qu’est-ce que nous devons chercher exactement ?

-Je ne sais pas, tout ce qui parait bizarre.

-Tout me parait bizarre ici ; répondis-je ironiquement, bien que cette phrase soit vraie.

Ces statues n’avaient rien de particulier, mis à part le fait qu’elles étaient spécialement bien sculptées. On pouvait presque distinguer chaque écaille du reptile volant. Je remontai mon regard vers la tête de la statue noire. Il faisait réellement peur à voir, avec ses yeux de rubis qui semblait vous suivre du regard. J’eus des frissons rien qu’à cette pensée et je détournai rapidement le regard et je le reportai sur l’autre statue, celle en or. Sur celui-ci, pas question d’écaille, elles étaient remplacées par de fines plumes et son regard était bleu comme l’azur, ce qui était assez réconfortant.

-Celle-ci…Dit Saya d’une voix éteinte.

-Comment ?

Elle ne me répondit pas et passa devant moi sans même me regarder et s’empara de la clé autour du coup du dragon d’or. Mon cœur s’accéléra soudainement lorsque j’entendis la terre trembler juste après cela. Avait-elle pris la mauvaise clé ? Je suais à grosses gouttes tandis que la terre tremblait de plus en plus. Je sentais ma mort se rapprocher. Je me tournai vers Saya, elle n’avait aucune réaction, elle restait impassible, comme si elle était déconnectée de ce monde.

Cependant, il ne se passa rien d’extraordinaire et je pus enfin souffler avec quelques secondes interminables de peur.

-Comment as-tu su qu’il s’agissait de la bonne clé ? Demandai-je impressionné.

-Que s’est-il passé ? Demanda-t-elle soudain comme si elle sortait d’un rêve.

Elle écarquilla les yeux quand elle vit la clé qu’elle tenait entre les mains et se prit la tête dans les mains.

-Non, pas encore ; murmura-t-elle.

-Quelque chose ne va pas ? Lui demandai-je, bien que je connaisse déjà la réponse.

-Non…ce n’est rien d’important ; répondit-elle tristement en essayant de cacher sa peur derrière un sourire. Bien, allons ouvrir cette porte maintenant que nous le pouvons.

Nous nous approchâmes puis Saya introduisit la clé d’or dans la serrure. Celle-ci tourna toute seule à l’intérieur et la porte s’illumina d’une lumière éblouissante. Elle s’ouvrit lentement…très lentement, à ce rythme, nous ne pourrions pas entrer avant une heure.

-Merci d’avoir fait tout le travail à notre place ; dit une voix derrière nous.

Nous nous retournâmes en sursaut. Les hommes de Shadow, ils nous avaient rattrapés ! Mais comment ? Nous avions pourtant une avance certaine sur eux !

-Ce piège était le seul résistant encore à mes hommes ; déclara le chef. Mais à présent, le trésor est à nous.

-Et puis quoi encore, nous étions là les premiers ! S’écria Saya.

-Oui, c’est vrai, mais le nombre fait la force, vous n’êtes pas en position d’exiger quoi que ce soit ; ricana l’homme.

-Si, je peux toujours vous défier en duel ! Déclara Saya.

-Et pourquoi accepterai-je ?

-Parce qu’un vrai duelliste ne se défile jamais devant un défi, à moins que vous n’en soyez pas un…

-J’admire ton audace ; grogna-t-il. Soit, je vous propose un marché : si vous gagnez, nous partons, mais si nous gagnons, alors c’est vous qui partirez sans opposer de résistance…

-Marché conclu ! Répondit Saya avant même qu’il ait fini sa phrase. Mais ce duel est joué d’avance, vous ne pouvez rien face à moi…

Saya était vraiment sûre d’elle, c’était impressionnant. Je me rendis compte alors qu’elle devait effectivement être une excellente duelliste selon les dires d’Hélios, raison supplémentaire pour laquelle elle avait dû être choisie pour cette mission…


-Je prends la main ; dit l’homme. Voici mon monstre, comme je n’en contrôle aucun je peux l’invoquer spécialement : Cellule Colonie de Chrome !

-qu’est-ce qu’il est moche…dit Saya à voix basse.

-Je le sacrifie à présent pour invoquer ma Mante Colonie de Chrome, puis j’active son effet : en payant 1000 points de vie, je fais revenir sur le terrain ma Cellule Colonie de Chrome. Je pose une carte face cachée et je termine mon tour.

Homme de Shadow : 3000 – Saya : 4000

-C’est pas terrible tout ça, je vais vous montrer comment on se bat…Je vais poser un monstre en position de défense face verso et vous laisser la main.

L’homme au masque noir éclata de rire, bientôt suivi de tous les autres. Il y avait de quoi, son terrain était bien rempli et Saya se contentait de poser un monstre. Mais elle semblait si sûre d’elle, était-ce du bluff ?

-Tu parles beaucoup, mais tu ne représentes aucun danger finalement ! A mon tour, je vais t’achever rapidement : j’invoque Génome Colonie de Chrome, puis j’active mon piège : Offrande Suprême : en payant 500 points de vie, je peux faire une invocation supplémentaire.

Saya : 4000 – Homme : 2500.

-Je sacrifie donc mon génome colonie de chrome considéré comme deux sacrifices pour invoquer Longicorne Colonie de Chrome, et son effet s’active, je paie 1000 points de vie pour détruire ton monstre, tu as perdu !

Saya : 4000 – Homme : 1500.

-Tout cela est tellement prévisible ; soupira-t-elle. Le montre que vous venez de détruire est Polao, wind Dragonstar, et lorsqu’il est détruit, je peux invoquer depuis mon deck Suanni, fire Dragonstar en mode attaque…





-Et alors, je vais le détruire lui aussi, j’active une nouvelle fois offrande suprême pour invoquer Hurleur Colonie de Chrome ! Tu ne pourras pas survivre à toutes ces attaques !

Saya : 4000 – Homme : 1000.

-Nous verrons bien ; dit Saya en haussant les épaules, ce qui exaspéra son adversaire encore plus qu’il ne l’était déjà.

-J’attaque ton Suanni avec Longicorne !

Saya : 2900 – Homme : 1000.

-J’active l’effet de mon dragon, j’invoque depuis mon deck Bian, Earth Dragonstar en mode défense.



Hurleur Colonie de Chromeva alors le détruire !

-Vous ne comprenez rien, mais tant pis, j’invoque depuis mon deck Taotie, Evil Dragonstar.



-Il sera détruit lui aussi ! Hurla l’homme hors de lui…

-Toujours inutile, voici à présent Jiaotu, Darkness Dragonstar.



-Je pose une carte face cachée et je termine mon tour…

Son adversaire semblait à la fois furieux et perplexe devant la stratégie de Saya. Certes, elle tenait bon face à ses attaques, mais elle se contentait d’invoquer des monstres faibles. Elle ne pouvait tout de même pas se contenter de ça dans son deck ?

Je me tournai vers elle et je croisai son regard déterminé qui me disait d’avoir confiance en elle. Je priai pour qu’elle sût ce qu’elle faisait.

-Bien, finissons ce duel ; dit-elle en baillant.

-J’adorerai voir ça…

-C’est vous qui l’aurez voulu. J’active ma carte magie : Dragonstar Comet Trail : il me suffit de renvoyer dans mon deck Suanni, Polao et Taotie pour piocher deux cartes.



-J’active ensuite l’effet de Jiaotu ! En défaussant dragonstar leyline et Dragonstar incarnation de ma main,





-j’invoque depuis mon deck ces deux monstres : Bixi, Water Dragonstar et Suanni Fire Dragonstar !



-Dans la noirceur de la nuit, les étoiles se rassemblent et brillent dans le ciel pour donner naissance à une nouvelle lumière ! Rejoins-moi Gongfu, Dragonstar of Brillance ! Et lorsqu’il est invoqué, je peux renvoyer au deck autant de cartes sur le terrain que d’attribut de monstres utilisés pour son invocation, donc trois…je crois que vos trois monstres qui m’ont attaquée feront l’affaire…



-Pas si vite, j’active Vague d'Infestation : en renvoyant mon longicorne à la main, je détruis ton monstre, bien essayé mais…

-C’est inutile, grâce à l’effet de Bixi, mon monstre n’est pas affecté par les cartes piège…De plus, par l’effet de Suanni, il gagne 500 points d’attaque…

-C’est une blague ! S’exclama l’homme.

-Si c’en était une, elle ne serait pas très drôle…Bon, je vais en finir. Je pose une carte face cachée et j’active l’autre effet de Gongfu : il me suffit de détruire la carte que je viens de poser pour rappeler Suanni de mon cimetière. A présent, Suanni, Détruis cette cellule et Gongfu attaque le directement : scintillement des étoiles !

L’attaque toucha l’homme et le projeta dix mètres plus loin, sur la statue, ce qui l’assomma. Saya me prit alors par le bras et profita de confusion qui régnait parmi nos ennemis pour se franchir la porte. Une fois de l’autre côté, nous pûmes enfin souffler et je m’écroulai au sol, épuisé.

-Quelle histoire ; soufflai-je.

-Ils ne sont pas prêts de mettre le pied ici sans la clé ! Dit joyeusement Saya en la tenant dans sa main.

Mais, alors que nous pensions être tranquilles, une lumière vive illumina soudainement la pièce. Une dizaine de torches venaient de s’allumer en même temps et formaient un chemin rectiligne jusqu’à un grand autel, encore un…

Nous nous regardâmes dans les yeux, puis nous prîmes la résolution de découvrir le secret de ce temple une bonne fois pour toute. Nous montâmes les marches en silence, le seul bruit que nous percevions était le crépitement des flammes. Sur le pinacle, était posé une autre clé, ainsi qu’un vieux parchemin. Saya le déplia prudemment et se mis à lire ce qui était écrit, encore dans une langue étrange au passage.

-« Félicitation voyageur, vous êtes sur le point d’acquérir un pouvoir dépassant l’entendement. Mais sachez qu’un grand pouvoir implique une grande responsabilité, c’est pourquoi, voici votre dernière épreuve : Toutes les clés n’ouvrent pas nécessairement une porte, la clé de cette énigme se trouve devant vos yeux, mais la voyez-vous ? »

-Encore du charabia pour moi ; soupirai-je. Je te laisse répondre à cette question…

Mais elle ne me répondit rien. Elle ne bougeait d’ailleurs plus du tout. Je tentai de la réveiller, mais tout était inutile, ses yeux demeuraient vides, son regard, sans expression, et tous ses membres étaient raides. Que se passait-il avec elle ? C’était la deuxième fois qu’elle me quittait aujourd’hui pour se perdre dans ses pensées…

Elle fit un pas en avant, et, sans explication, saisit la clé avant de la jeter au loin.

-Saya, mais qu’est-ce que tu fais ! M’exclamai-je interloqué.

Pour toute réponse, elle s’écroula et je la rattrapai avant que sa tête ne touche le sol. Je me rendis alors compte qu’elle était brulante. Sa blessure s’était-elle infectée ? Etait-elle malade ? Je ne savais plus quoi faire ni quoi penser, j’étais totalement dépassé par la situation. Heureusement, elle rouvrit les yeux rapidement.

-Darksky ? Demanda-t-elle timidement. Que vient-il de se passer ?

-C’est assez dur à expliquer, mais tu as lancé la clé se trouvant là à l’autre bout de la pièce…

Elle écarquilla les yeux en entendant cela et se releva d’un bond, non sans grimacer lorsqu’elle dut s’appuyer sur sa jambe blessée.

-Nous devons retourner au début ; déclara-t-elle.

-Mais pourquoi cela ?

-Nous avons besoin d’une boite pour résoudre cette énigme !

-Une boite comme celle-ci ? Demandai-je en sortant l’objet.

-Exactement ! S’exclama-t-elle. Darksky, tu es génial !

Elle me sauta dans les bras et je lâchai la boite sous l’effet de surprise, j’en perdis même l’équilibre. C’était la première fois de la journée qu’elle me témoignait réellement de la reconnaissance.

-Maintenant, emparons nous de ce pouvoir et nous pourrons quitter cette maudite ile !

Elle ramassa l’objet en or et s’approcha de l’autel avec. Celui-ci réagit à la présence de la boite et se mit à scintiller. Lorsqu’elle mit en contact les deux, la lumière devint aveuglante. Lorsqu’elle se fut dissipée, mon coffre s’était ouvert…





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le bon temps…

heart earth
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[fic]les véritables monstres posté le [16/03/2013] à 11:35

Darksky : Au-delà de l’amitié



Spoiler :


-Une carte ? Voilà donc tout ce que vous avez trouvé dans ce temple ? Nous demanda Hélios.

-C’est cela ; répondit Saya. Lorsque le coffre s’est ouvert, il ne contenait que cette carte.

-Intéressant ; marmonna-t-il en observant de plus prêt notre découverte. Je vais faire quelques recherches, en attendant, vous avez bien mérité quelques jours de repos.

Saya s’inclina devant Hélios et prit la direction de la porte, cependant, moi, je ne bougeai pas et je fixai Hélios d’un regard mauvais. Il s’en rendit assez vite compte.

-Quelque chose ne va pas Darksky ?

-Oui, Shadow…vous m’avez dit qu’il avait enlevé ma sœur…

-C’est exact, c’est pourquoi nous devons le vaincre, pour que tu puisses la retrouver.

-C’était votre bras droit n’est-ce pas ?

Ma phrase jeta un froid. Saya s’arrêta net et Hélios se raidit. J’avais apparemment touché un point sensible. Si Hélios me mentait, je le verrai tout de suite. Cependant, il reprit calmement la parole :

-Oui, il l’était. J’avais d’ailleurs toute confiance en lui, jusqu’à ce qu’il me trahisse.

-Mais vous saviez qu’il avait enlevé ma sœur, alors pourquoi n’avoir rien fait ! Criai-je en abattant mon poing sur la table.

-Tu veux vraiment connaitre la vérité ? Soit, mais elle ne va pas te plaire : à l’époque, je recevais de mystérieuses lettres d’un dénommé Shadow, des lettres de menaces, mais je ne savais nullement de qui il s’agissait. Je ne l’ai découvert que lorsqu’il m’a trahi. Cette explication te convient-elle ?

Toute son histoire sonnait faux, mais personne ne pouvait inventer un tel mensonge sur le moment. Je décidai de lui accorder le bénéfice du doute pour le moment, faute de mieux. Je m’inclinai à mon tour et je rejoignis Saya à l’extérieur.

-Tu doutes vraiment de lui n’est-ce pas ? Me demanda-t-elle.

-Je ne sais plus quoi penser en vérité ; répondis-je troublé.

-Une bonne nuit de sommeil te fera du bien ; me dit-elle joyeusement en me tapotant l’épaule.

Elle commençait déjà à s’éloigner mais elle se retourna juste au coin du couloir :

-Au fait, merci pour la mission, je n’y serais pas arrivée sans toi. Il faudra se refaire ça une prochaine fois.

Puis, elle disparut dans une autre salle. Cette mission avait été bien étrange et riche en rebondissements, le plus extraordinaire étant peut-être le changement d’attitude de Saya. Moi qui pensais que tous les élèves de cette école étaient sans cœur, je venais justement de rencontrer quelqu’un sachant être reconnaissant, et même amical. Je n’avais pas perdu mon temps après tout durant cette journée. Mon instinct me disait que j’allais très bientôt entendre parler de Saya à nouveau.

Seul dans ma chambre le soir, je repensais à ce que nous avions vécu, et plus particulièrement à un point : les absences de Saya. A chaque fois que nous étions confrontés à un problème insoluble, elle était comme déconnectée de ce monde, puis, lorsqu’elle revenait parmi nous, la réponse lui semblait évidente. Elle devait posséder une sorte de don pour résoudre les énigmes…Son deck m’intriguait également au plus haut point. C’était la première fois que j’en voyais un pareil. Il bloquait toutes les attaques de son adversaire pour ensuite riposter avec force. Non seulement Saya était un génie pour résoudre les énigmes, mais en plus, était certainement une des meilleures duellistes que je connaissais. Je me demandai alors comment elle était en cours, plutôt agressive et distante comme au début de la mission, ou bien sociable et gaie comme à la fin ? Une chose était sûre, il planait sur elle des mystères la rendant fascinante. Il fallait que je la revoie à tout prix.

Cependant, les jours et les mois passèrent et je n’entendis plus parler d’elle. Saya avait comme disparu de la circulation, et il était hors de question d’aller dans une autre classe pour prendre de ses nouvelles, je me serais fait jeter dehors. Je commençai à me dire que je ne la reverrai plus lorsque je fus à nouveau convoqué dans le bureau d’Hélios. Mon cœur se mit à battre lorsque je franchis le seuil de la porte. Comme je l’espérai, Saya était convoquée elle aussi. Lorsqu’elle me vit, elle m’adressa un grand sourire accompagné d’un « bonjour » chaleureux. Je les lui rendis, content de voir qu’elle n’avait pas changé. Nous nous assîmes et nous écoutâmes Hélios :

-Bien, j’ai finis par déchiffrer cette maudite carte, et il semblerait qu’elle nous amène cette fois-ci dans une autre partie du monde, totalement différente.

-Et où ça ? Demanda Saya.

-Dans la ville de néo Domino city. Cette fois-ci, je vous donnerai une escorte, la ville est très bien gardée, surtout depuis l’incident des esprits de la terre immortels.

-Et que devrons nous faire une fois là-bas ? Demandai-je.

-Faire diversion le temps que d’autres s’occupent de tâches plus délicates.

Le jour même, nous fûmes débarqués en plein centre-ville. Il y avait beaucoup d’animation et de passage. Ici, personne ne semblait se soucier de quoi que ce soit. Au loin, je vis un grand pont reliant la ville à une petite ile. En tournant la tête, j’aperçus une immense tour de verre. Tout cela était si moderne que nous avions du mal à croire que nous étions toujours à la même époque.

Nous marchâmes dans les rues sans but, comme des touristes ordinaires. A vrai dire, nous ne savions pas quoi faire. Hélios nous demandait de distraire, il en avait de bonnes lui…

Nous passâmes devant diverses boutiques, cherchant des idées, mais rien ne nous vint à l’esprit. Saya s’arrêta soudain devant la vitrine de l’une d’entre elle. C’était un magasin de jouets, et elle contemplait tristement un vieil ours en peluche qui prenait la poussière à l’intérieur.

-Tu veux que je te l’achète ? Demandai-je sans savoir quoi dire.

– C…Ça ne va pas bien ! S’exclama-t-elle en rougissant. J’ai passé l’âge de jouer à ces trucs, et puis, nous n’avons pas le temps !

Oui, bien sûr, quelle question stupide. Je repartais déjà, pensant qu’elle me suivrait, cependant, elle s’était remise à le contempler. Son regard était si triste, je ne pus m’empêcher de reposer la question.

-Tu sais, tu as bien le droit de jouer un peu toi aussi…

-Je n’ai…jamais pu en avoir un…murmura-t-elle comme perdue dans ses souvenirs.

Je ne dis rien, mais sa phrase suffisait à me convaincre de l’acheter pour elle. Je rentrai dans le magasin et je demandai au vendeur le prix. Heureusement pour moi, il n’était pas trop cher. Je ressortis avec mon présent. Elle était toujours à la même place, en train de regarder la vitrine. Je lui tendis alors, et elle leva les yeux, effarée :

-Pourquoi as-tu fais ça pour moi ? Je te l’ai dit, je n’en veux pas…

-Tu l’as dit toi-même, tu n’en as jamais eu. Dis-toi que c’est un cadeau pour m’avoir sauvé la dernière fois.

Elle ne répondit rien mais prit tout de même la peluche qu’elle serra dans ses bras. Elle se mit alors à pleurer.

-Personne…ne m’avait jamais offert de cadeau comme celui-ci; sanglota-t-elle. Etait-ce trop demander, une simple peluche ! Lança-t-elle à une personne invisible.

-Saya…je ne sais pas ce que tu as vécu mais…

-Non, tu ne sais pas, personne ne peut savoir…dit-elle en esquissant un sourire. Dis-toi simplement que je rêverai presque d’avoir ta vie…

-Comment ça ? Demandai-je intrigué.

-Je t’expliquerai une autre fois…

Saya se remit en route, tout en continuant de serrer contre son cœur l’ours en peluche. Je lui avais raconté mon histoire, et pourtant, elle enviait ma situation, sa vie devait vraiment avoir été affreuse pour en venir à souhaiter perdre ses parents et ses proches.

Nous continuâmes à marcher dans cette foule pendant une heure. Aucun de nous ne prononçait un seul mot, mais je voyais qu’elle était de moins en moins distante de moi. Le matin, je sentais encore en elle une sorte de réticence à m’exprimer tous ses sentiments, mais depuis que nous étions passés devant cette boutique, tous ses doutes semblaient s’être évaporés. Je lisais en elle comme dans un livre ouvert.

Nous traversâmes le pont reliant les deux parties de la ville et nous nous arrêtâmes devant un tremplin de bois surmontant l’océan. Nous nous approchâmes, intrigués. Une plaque était posée là : « pont dédale, construit par un homme légendaire, que son rêve se perpétue pour l’éternité ».

J’avais déjà entendu cette histoire quelque part, mais impossible de me souvenir où. Saya au contraire, semblait troublée par cet endroit.

-Le pont dédale, il était censé relier le cœur des gens de satellite et de néo domino city. Si seulement il avait pu relier leur cœur à eux aussi…

-Dis-moi Saya, tu as l’air de penser souvent au passé aujourd’hui…

-Ce n’est rien, ça m’arrive tout le temps…

-Justement, se perdre dans ses souvenirs est dangereux, fais-moi confiance. Si tu t’enfermes dans ton passé, tu risques d’en rester prisonnière pour l’éternité.

-C’est simplement…que tu es un peu comme le frère que je n’ai jamais eu…

-Tu exagères, je ne…

-« Non, je suis très sérieuse »! Répliqua-t-elle. Saya inspira profondément et reprit la parole « Vois-tu, je suis fille unique. On pourrait penser que c’est une chance, que tu as toujours tout pour toi. Mais on se tromperait lourdement. Je devais avoir un frère jumeau, mais il est mort à la naissance, alors que moi, j’ai pu vivre. Cela a totalement traumatisé mes parents, ils se disputaient sans cesse après ma naissance m’a-t-on raconté et ont commencé à boire. J’étais celle qui leur avait enlevé leur fils. Ils ne se souciaient que très peu de moi par la suite. C’était à peine s’ils me préparaient des repas chauds. Je n’ai jamais reçu la moindre part d’affection de leur part, c’est pourquoi, lorsque j’eus douze ans, je m’enfuis de la maison et je fus recueillie par Hélios alors que j’étais à la rue, sans toit ni famille. C’était la première personne à m’avoir montré un peu d’affection et de compassion…

Elle fit une pause dans son récit et regarda la mer avec nostalgie. Le vent avait commencé à souffler se faisait danser sa queue de cheval à son rythme. Elle se tourna ensuite vers moi, et je me perdis dans le bleu de ses yeux exprimant une gratitude infinie :

-Et puis, tu es arrivé dans ma vie, et du jour au lendemain, tu l’as chamboulée.

-A ce point-là ? Pourtant, je n’ai pas fait grand-chose…répondis-je gêné.

-Tu m’as acceptée telle que j’étais, ce que personne n’avait fait auparavant, c’est pourquoi, je te serai éternellement reconnaissante ; dit-elle en fermant les yeux et en serrant son ours en peluche.

Le vent tomba soudainement, le bruit des moteurs au loin cessa, et tout autour de moi disparut. Il n’y avait plus que Saya et moi, ainsi qu’un océan infini s’étendant à perte de vue. Mon cœur accéléra dans ma poitrine. Elle me faisait une confiance aveugle, mais, le méritai-je vraiment ? Je ne pouvais pas lui dire, mais elle aussi m’avait sorti de ma solitude…Je me reposais autant sur elle qu’elle ne se reposait sur moi en réalité.

Nous restâmes longtemps devant ce pont, combien de temps exactement, je ne saurais le dire, mais le temps que j’aie passé là me parut ensuite comme un doux rêve. Nous étions si insouciants, comme deux enfants contemplant l’océan pour la première fois, comme ces jours sur la falaise avec Laura…Je ne savais pas pourquoi, mais Saya me rappelait Laura en quelque sorte. Peut-être pas dans l’attitude ni dans le physique, mais elle avait quelque chose en commun que j’appréciais chez elles et qui n’était présent chez personne d’autre. Leur seule présence suffisait à me réconforter, même dans les pires situations…

Mais, les meilleurs moments ont une fin, le plus souvent très brutale. Un homme portant un long manteau rouge accourait vers nous. Il semblait en colère, ou bien inquiet, il était difficile de discerner son expression derrière ses cheveux lui tombant sur les yeux. Il s’arrêta juste devant nous et s’inclina devant Saya, qui fronça les sourcils :

-Qu’y-a-il ? Demanda-t-elle froidement à l’homme.

-Vous êtes en retard, toute l’opération a déjà commencé sans vous ; répondit-il sur le même ton. En ce moment même, nos hommes sont en train d’encercler le laboratoire du professeur Fudo.

-Et que comptez-vous faire ensuite ?

-Le détruire bien évidemment. Une bombe a été posée dans les sous-sols, dans moins de vingt minutes, il n’y aura plus rien ici.

Le regard de Saya devint comme fou. Elle attrapa l’homme par le col – elle devait faire une tête de plus que lui – et l’amena à sa hauteur. Il suffit qu’elle le regarde droit dans les yeux de son regard transperçant pour que l’homme se mît à crier de terreur.

-La mort n’est jamais une solution ; gronda-t-elle avant de le jeter dans l’océan avec une force surhumaine.

Elle commençait à me faire peur à moi aussi pour être franc. Je ne l’avais encore jamais vue aussi en colère, pas même lorsqu’elle affrontait les hommes de Shadow.

-Je ne laisserai pas faire une chose pareille ! Déclara-t-elle en prenant la direction du laboratoire.

Je n’eus d’autre choix que de la suivre sans poser de question. Mais, je ne m’inquiétais pas vraiment pour ceux qu’elle allait écarter de son chemin, ils le méritaient sûrement, non, je m’inquiétais pour elle. Si Saya continuait ainsi, elle risquait de se blesser elle-même. La mission d’Hélios pouvait bien passer après cela, ma priorité était de contrôler mon amie.

Tous les hommes que nous rencontrions, qu’ils soient alliés ou ennemi, étaient balayé sans distinction, bien qu’elle ne balayait que nos alliés en vérité. Saya était inarrêtable, et lorsqu’un petit malin sortait un monstre de duel contre elle, elle répliquait avec les siens avec une violence inouïe. J’avais presque pitié pour eux lorsqu’ils croisaient son regard avant de s’évanouir. J’étais le seul à échapper à ses foudres…

Le laboratoire fut bientôt en vue, et Saya se mit à accélérer le pas, jusqu’à courir, et je la perdis rapidement. Elle était bien plus rapide qu’elle ne pouvait le laisser supposer, elle qui semblait si fragile…

Je vis alors un groupe de cinq personnes sortir en catastrophe du bâtiment. Je me cachais rapidement derrière un arbre et j’observais la scène. Une jeune femme était en pleurs dans les bras d’un homme robuste possédant une grande cicatrice sur la joue. Les trois autres personnes regardaient le laboratoire avec inquiétude. Que devais-je faire ? Aller les aider, et par conséquent, aller à l’encontre des ordres d’Hélios, ou bien tenter de raisonner Saya ?

Le cours des événements influença radicalement ma décision : un immense dragon blanc et scintillant s’éleva haut dans le ciel, portant une petite boite clignotante entre ses bras. Ce dragon était-il à Saya ? Non, je l’avais déjà vu dans un livre d’histoire…

Mais je n’avais pas le temps de penser plus longtemps. La bombe explosa et balaya tout sur son passage, malgré la distance. Des flammes montèrent depuis le laboratoire, tandis qu’il s’effondrait sur lui-même…

Je réalisais soudainement que Saya était toujours à l’intérieur ! Je me précipitai sans réfléchir dans les flammes ardentes. Si Sayer m’avait appris quelque chose, alors il était tant qu’il le montre :

-Apparait, Trishula, dragon de la barrière de glace !

Son arrivée jeta un froid tout autour de moi. Mais, il n’avait pas la puissance nécessaire pour éteindre cet incendie, il ne pouvait que me faire gagner du temps. Je devais faire vite.

Je courais dans les couloirs en l’appelant, je vérifiais derrière chaque porte, dans chaque recoin, mais elle n’était nulle part. Peut-être était-elle déjà partie. Oui, c’est sûrement ce qu’elle avait fait.

Je m’apprêtais déjà à tourner les talons lorsque j’entendis comme le bruit d’un combat dans la seule pièce que je n’avais pas vérifiée : la salle du réacteur principal.

Trishula brisa la porte en deux, et je découvris avec Stupeur Saya, livrant un duel contre un de nos hommes. Elle était au bord de la défaite, alors que son adversaire possédait encore tous ses points de vie. Mon entrée fracassante les interrompit net.

-Darksky ! S’exclama-t-elle affolée, mais qu’est-ce que tu fais ici ? !

-Je suis venu te chercher bien évidemment ! Répliquai-je.

-Ne nous interromps pas dans notre…Tenta de placer le troisième.

Mais, je ne le laissai pas terminer sa phrase. Trishula érigea un immense mur de glace entre lui et nous, l’empêchant ainsi de continuer le duel ou bien de nous parler.

-Franchement, tu aurais pu attendre la fin, j’allais le terminer ce tour…Râla-t-elle.

-Mais oui, bien sûr : dis-je en la prenant par la main.

Elle fut si surprise qu’elle n’opposa aucune résistance, et j’en profitai pour la faire sortir de cet endroit le plus vite possible. Trishula écartait les flammes sur notre passage, ce qui facilitait grandement la tâche. La sortie était déjà en vue, nous allions réussir, pensais-je. Cependant, Saya s’arrêta soudainement.

-Que se passe-t-il Saya ?

-Attention ! Cria-t-elle.

Elle me poussa et je tombai à la renverse. Avant que je ne m’en rende compte, un mur de flammes nous séparait. Saya était juste là, derrière ce mur, et pourtant si loin de moi.

-Eh bien, on dirait que nos aventures s’arrêtent ici ; dit-elle d’une voix chargée de tristesse.

-Ne dis pas n’importe quoi, je refuse de t’abandonner ici !

-Sincèrement, je regrette ; dit-elle dans un souffle.

Je tentais de la rejoindre, mais une poutre enflammée tomba juste devant moi, me coupant définitivement d’elle. J’ordonnais à trishula de la faire bouger le plus vite possible, mais je voyais déjà Saya se relever et regarder dans la direction opposée.

-Ne t’inquiète pas Saya, je vais te sortir de là !

-Il est trop tard Darksky, sauve-toi pendant qu’il est encore temps…

Non, je pouvais encore la faire sortir de là, peu importe si je devais y laisser ma vie, Saya était tout ce qu’il me restait à présent, la seule personne ayant réussi à me faire sourire depuis des années, je ne pouvais pas laisser tous ces souvenirs périr aussi bêtement ! Tout cela, c’était de la faute d’Hélios ! S’il ne nous avait pas confié cette mission stupide, jamais nous ne nous serions retrouvés dans une telle situation !

-C’est inutile Darksky, laisse-moi ici, après tout, pourquoi voudrais-tu sauver quelqu’un comme moi…

-Tu l’as dit toi-même, je suis comme le grand frère que tu n’as jamais eu, et quel genre de grand frère laisserait ses proches mourir !

Alors que je disais cela, j’entendis un craquement sourd. Trishula venait de finir de dégager les poutres et les flammes avaient disparu. Je me précipitai sur Saya, soulagé qu’elle soit en vie.

-Tu es vraiment têtu toi ; soupira-t-elle. Et moi qui voulait avoir une mort digne, voila que tu casses tout.

Je ne répondis rien, j’avais peur de la perdre si je disais quelque chose de déplacé à cet instant. Nous fûmes dehors juste après, sains et saufs. Je ne lâchais plus la main de Saya, malgré ses protestations. C’est alors que je vis une silhouette au milieu des flammes. Un homme était encore à l’intérieur.

-J’y vais ! Me dis Saya.

-Hors de question ; répliquai-je en la retenant. C’est moi qui vais y aller.

Je me précipitais vers la porte aussi vite que je le pus. Il y avait là un homme portant une blouse blanche, et ayant une marque jaune sur la joue qui tentait d’échapper au feu. Il avait également un disque de duel à la main. C’était certainement le propriétaire du dragon blanc qui s’était élevé dans le ciel avec la bombe…Ami ou ennemi, je ne pouvais pas le laisser ainsi. Trishula souffla un vent glacé sur les parois du laboratoire. L’homme releva la tête, et je lui fis signe de venir. Cependant, je fus écarté de force par une main puissante, et dix de nos hommes s’engouffrèrent à l’intérieur pour encercler cette personne.

-Qu’est-ce que cela signifie ! M’exclamai-je en me tournant vers le dirigeant de l’opération.

-Tu as trouvé le professeur Fudo qui était notre objectif principal.

-Et qu’allez-vous faire de lui ? Demanda Timidement Saya.

-Le seigneur Hélios en décidera le moment venu.

Ma compagne lui décocha un regard noir auquel il ne prit même pas la peine de répondre, et il emmena le professeur devant nos yeux. Lorsqu’il passa devant moi, il tourna la tête et m’adressa un simple « merci » avant d’être poussé en avant par un garde.

Une fois de retour, nous eûmes quartier libre pour le reste de la journée.

-Eh bien Darksky ; commença Saya. J’ai comme l’impression que je te dois la vie donc…

-Tu n’as pas besoin de me remercier, je payais la dette que j’avais envers toi depuis la dernière fois ; répondis-je gêné.

-Tu le prends comme ça ? Dit-elle vexée. Je comptais te faire voir quelque chose d’incroyable mais puisque tu ne veux pas…

-Amusant ? Comme toi sous la douche ?

Je reçu un énorme coup sur la tête. Bon, je l’avais un peu cherchée celle-là en même temps…Elle commençait déjà à me tourner le dos et à partir.

-Désolé, c’est sorti tout seul ; m’excusai-je en vitesse.

Elle ne répondit pas. Elle était vraiment en colère pour si peu ? Elle se retourna et me lança un regard à glacer le sang. Cependant, un grand sourire s’afficha rapidement sur son visage et elle se mit à rire. Je ne sais pas pourquoi, mais je ris avec elle, sans raison particulière.

-Si tu voyais ta tête mon pauvre ; dit-elle tout en s’empêchant de rire.

C’était étrange ce sentiment en moi. J’avais l’impression d’avoir toujours connu Saya, d’avoir toujours ainsi ri avec elle pour rien. Peut-être était-ce parce que je retrouvais les moments que j’avais passés avec Laura sur la falaise. Nous rigolions de la même façon, aussi innocemment que maintenant…Une fois son fou rire passé et après s’être calmée, Saya repris la parole :

-Non, je ne compte pas te montrer ça, quoique…dit-elle en me regardant bizarrement.

-Attends, je n’étais pas sérieux…dis-je en reculant un peu.

-Je sais bien ; répondit-elle avec un grand sourire. Bref, rejoins-moi dans ma chambre dans vingt minutes, elle se trouve au deuxième étage de ce bâtiment.

Elle partit comme la dernière fois. En y repensant, c’était la première fois que je m’aventurai dans une autre chambre que la mienne depuis que j’étais dans cette école, dans la chambre d’une fille qui plus est…Une minute, avait-on le droit au moins de faire ça ? Déjà qu’aller dans une chambre de garçon était mal perçu, alors dans la chambre d’une fille…Mieux valait ne pas y penser. Je me concentrai sur ce que voulais me montrer Saya à la place. Certainement quelque chose de très important et précieux si elle ne pouvait pas le déplacer pour me l’amener. Peut-être était-ce un trésor qu’elle avait trouvé dans une mission précédente, ou bien des cartes rares qu’elle voulait me donner pour me remercier…Oui, il s’agissait certainement de quelque chose comme ça !

Ma curiosité prit le dessus sur ma patience. Il fallait que j’en aie le cœur net immédiatement. Saya avait dit le deuxième étage de ce bâtiment…Je n’y étais jamais monté en fait, je ne savais absolument pas à quoi il ressemblait, et lorsque je sortis de la cage d’escalier, je fus ébloui.

Je me retrouvai au beau milieu d’une grande pièce circulaire, possédant une multitude de portes. Mais ce n’était pas le plus impressionnant. Toute la salle était faite en verre, même le plafond, et sous l’effet de la lumière, resplendissait jusqu’à en devenir aveuglante. Pour couronner le tout, il y avait un grand lustre de cristal diffusant les rayons dans toutes les directions. Ils devaient faire de sacrées économies avec un système d’éclairage pareil…

Une minute…Saya aurait pu me dire au moins dans quelle direction était sa chambre ! Bon, je ne devais pas paniquer, j’avais une chance sur dix de prendre le bon couloir…J’examinai tout ça de plus prêt. Au-dessus de chaque porte, il y avait un insigne représentant un monstre. Cela avait certainement un rapport avec les deck des élèves. Voyons, le deck de Saya m’était inconnu, mais ses monstres s’appelaient Dragonstar…par conséquent, sa chambre devait se trouver derrière l’insigne portant un dragon !

J’étais fier de ma trouvaille, cela m’évitait au moins de faire le tour des dix couloirs…Mais ma joie retomba bien vite lorsque je vis la longueur du couloir, ainsi que les branches qui en partaient…Allais-je devoir frapper à toutes les portes avant de trouver Saya ? Je m’approchais, et heureusement pour moi, le nom de chaque propriétaire était inscrit.

Je passais ainsi devant une centaine de porte, mais sans jamais voir le nom de Saya. J’arrivai devant la dernière, c’était forcément elle ! « Fujibayashi Kyou ». Non, toujours pas…

Mais il n’y avait donc aucune logique dans cet endroit ! M’écriai-je en frappant sur la porte, ce qui était une très mauvaise idée. Elle s’ouvrit quelques instants plus tard et une grande fille aux cheveux violets apparut. Elle ne semblait pas très amicale…

-J’espère que tu as une bonne raison pour me déranger en plein milieu de ma sieste ; dit-elle avec un regard assassin.

-euh…Je cherche…une fille du nom de Yuiko Saya, on m’a dit qu’elle était ici donc…

-Tu parles de cette fille détestable, blonde ?

-Oui, exactement, tu sais où est sa chambre ?

-Un peu oui, cette traitresse ! Elle a laissé tomber les dragons pour ces…guivres ! Si jamais elle ose se représenter ici, je jure que…

-Des guivres ? Dis-je étonné. Donc ce n’est pas dans ce couloir ?

-Non, c’est celui d’en face mais…

Je ne la laissai même pas terminer sa phrase et je me précipitais en dehors de cette maison de fou. Il n’y avait qu’une seule porte dans le couloir des guivres, et pourtant, il était incroyablement long…Je frappai ; pas de réponse, mais je vis qu’elle n’était pas fermée et j’entrai.

-Saya, tu es là ? Lançai-je en la cherchant.

Je me rendis alors comte de la taille de sa chambre. C’était tout bonnement un appartement à ce niveau ! Il y avait plusieurs pièces, et même un balcon. Tout était magnifiquement décoré, sobre mais élégant. Etait-ce les goûts de Saya ou bien était-ce comme ça à son arrivée ? Quoiqu’il en soit, j’étais un peu jaloux, elle était seule et pourtant avait le droit à sa propre suite privée…

Alors que je continuai à me balader, j’entendis un bruit provenant d’une autre pièce. Intrigué, j’allai voir de quoi il s’agissait et je me retrouvais devant une porte fermée. Que faire à présent ? J’allais toquer lorsqu’un cri me parvint de l’autre côté. C’était Saya, elle avait des ennuis !

Ni une ni deux, j’appuyai sur la poignée et je franchis la porte pour me retrouver nez à nez avec une Saya en sous-vêtements, une brosse à cheveux à la main. Je devins alors rouge comme une tomate, et elle aussi.

-Euh…Salut…Dis-je complètement déconcerté par la situation…

Elle poussa un autre cri avant de me jeter sa brosse à la figure et de me faire sortir avec un coup de pieds dans le ventre. Bon, je l’avais mérité celui là aussi…

Une fois ce petit incident réglé, elle me reçut convenablement dans son salon. J’avais vraiment l’impression d’être invité chez une sommité, même ses petits gâteaux étaient délicieux.

-Vraiment Saya, tu cuisines très bien ; dis-je impressionné.

-Tu sais, quand on a vécu seule comme moi, il a bien fallu que j’apprenne.

J’avais vécu seul également, et pourtant, je n’avais jamais su rien faire de tel. C’était soit Marie qui me préparait mes repas, soit des plats du supermarché. Saya pouvait bien dire ce qu’elle voulait, elle possédait un réel talent de cuisine…encore un à rajouter sur ma longue liste…

-Bon, voilà ce que je voulais te montrer.

Elle sortit un énorme livre de son étagère et vint s’asseoir à côté de moi, un peu trop près à mon goût d’ailleurs…Elle l’ouvrit sur une page déjà marquée et couverte d’inscriptions. Il y avait également une grande image représentant une forteresse volant dans le ciel. Elle était digne d’un film de science-fiction, avec ses nombreuses tourelles, sa citadelle principale et ses donjons.

-Et…Qu’est-ce que c’est ? Demandai-je un peu perdu.

-Un endroit nommé Citadelle originelle…Il semblerait qu’elle soit la plus ancienne construction connue, remontant à plusieurs millénaires, avant même les premières pyramides et temples aztèques.

Une technologie assez avancée pour faire flotter une ville toute entière à une époque si lointaine ? Impensable ! D’après les livres, la citadelle de Zone, Arc Cradle, restait un mystère pour des scientifiques modernes, alors penser que des hommes vivant il y a des milliers d’années aient pu le faire également dépassait l’imagination…

-Mais ce n’est pas la partie la plus intéressante, non, il semblerait que cette citadelle ait été en vérité un vaisseau armé ayant pour but de détruire un endroit appelé citadelle des dieux.

-Tu te fiches de moi Saya, si une telle histoire était arrivée, elle serait dans tous nos manuels actuellement…

-Sauf s’il s’agit d’une légende ; répondit-elle d’un ton mystérieux.

-Bien, si tu m’as juste fait venir ici pour me parler de quelque chose d’aussi douteux, je m’en vais ; répondis-je en faisant mine de partir.

-Attends, attends, ce n’est pas une légende !

-Tu viens pourtant de dire le contraire…

-Je sais mais…c’est un pressentiment, voilà tout…

-Je…

Une sonnerie m’interrompit avant que j’aie pu parler. C’était la voix d’Hélios, il donnait rendez-vous à tous les élèves dans le hall principal, et nous étions priés de nous y rendre au plus vite. Les réunions d’urgences étaient assez rares ici, de même que les réunions tout court, il devait vraiment se passer quelque chose d’important pour qu’il nous convoque tous en même temps sans nous avoir prévenu. Je regardai Saya, elle semblait tout aussi étonnée que moi.

Nous nous rendîmes en quatrième vitesse au lieu de rendez-vous, et nous constatâmes avec surprise que nous étions bons derniers, il ne restait que deux chaises libres, derrière un pilier…

Hélios fit son apparition quelques instant plus tard, son expression ne me disait rien de bon, il faisait sa tête des mauvais jours…

-Chers élèves, collègues et professeurs, c’est avec une grande joie que je vous annonce aujourd’hui que la phase finale de notre plan va bientôt se dérouler.

Son discours fut immédiatement suivi de divers murmures, personne ne savait apparemment de quoi il parlait, mais moi, j’avais ma petite idée…

-Il y a quelque temps, j’ai confié à plusieurs d’entre vous des missions consistant à récupérer des objets aux quatre coins du monde, et, grâce à l’aimable coopération du professeur Fudo, nous avons pu mettre en commun vos découvertes et un trésor bien plus inestimable que nous l’avions imaginé est désormais à notre portée ! En effet, nous avons à présent le pouvoir de faire soumettre à notre volonté n’importe qui, grâce à une seule et unique chose : un dieu ! Oui, vous m’avez bien entendu, l’emplacement caché de l’un des plus puissants dieux égyptiens, Apopis, vient d’être dévoilé ! C’est pourquoi, dès demain, nous mèneront une attaque frontale contre l’ennemi afin de nous emparer de ce bien ! Vous avez une journée pour régler vos dernières affaires en cours, car nul ne sait ce qui arrivera une fois dans son antre ! Merci de votre attention, je compte sur vous demain pour mener à bien cette mission capitale

La tension était subitement montée d’un cran dans toute la salle, on pouvait même entendre les battements des cœurs des élèves angoissés. L’assemblée fut dissoute aussitôt après. Personne ne semblait encore croire ce qu’Hélios venait de dire. J’avais moi-même du mal à digérer une telle nouvelle. Et dire que nous pensions que nos missions servaient uniquement à faire passer le temps, en réalité, elles étaient les rouages d’une mécanique bien plus complexe.

Je voulus parler à Saya de cela, mais elle avait disparue. Peut-être était-elle retournée dans sa chambre ? Je n’avais d’autre choix que d’aller vérifier moi-même.

La porte était grande ouverte lorsque j’arrivai. Je trouvai mon amie dans le salon, elle remplissait un petit sac à dos d’affaires diverses.

-Tu comptes aller quelque part ?

Elle sursauta en m’entendant.

-Ce n’est que toi ; souffla-t-elle rassurée. J’ai cru qu’il s’agissait d’un professeur…

-Je repose donc ma question, comptes-tu aller quelque part ? A moins que tu ne te prépares pour demain ?

Elle ne répondit pas à ma question une nouvelle fois, mais je vis son visage briller lorsque les rayons du soleil couchant l’éclairèrent. Une larme ? Saya pleurait-elle ?

-Darksky, fuyons cet endroit…

-Comment ? Demandai-je sans comprendre où elle voulait en venir.

-Fuyons cette école, Hélios, les missions suicide, ensemble. Allons au bout du monde, trouvons la citadelle originelle pour y vivre en paix éternellement…Dis, tu m’accompagnerais ?

-Mais, pourquoi ? Je veux dire, nous arrivons enfin au terme de ce pourquoi nous nous sommes battus ces dernières années, tu ne peux pas tout laisser tomber ainsi !

-Tu ne comprends donc rien ! S’écria-t-elle violemment. Apopis n’est que le commencement, qui sait à quoi hélios va s’attaquer ensuite !

-Que veux-tu dire ?

-Tu me prendrais pour une folle si je te le disais…Tu dois simplement savoir qu’Hélios n’est pas celui qu’il prétend être. Comment je le sais ? Ne me demande pas, je n’en ai aucune idée, c’est un simple pressentiment…

-Mais…Si tu t’enfuies, où iras-tu ? Cette quête est insensée, tu le sais aussi bien que moi !

-Peut-être bien, mais je dois en avoir le cœur net, trouver la citadelle originelle, c’est mon rêve depuis que je suis toute petite…

-Je vois…mais je ne peux pas t’accompagner, je dois encore sauver ma sœur…

-Je te comprends Darksky. Donc, disons-nous…

-Non !

Instinctivement, je la pris dans mes bras. Non, je ne voulais pas qu’elle parte, pas après tout ce que nous avions vécu ! Elle était comme une deuxième sœur pour moi à présent, je ne pouvais pas être séparé d’elle !

Elle prit alors mes mains dans les siennes et les serra fort. Nous restâmes ainsi plusieurs minutes, c’était tout ce que je pouvais faire à présent, retarder le moment fatal, mais je savais au fond de moi que je ne pourrai pas l’empêcher d’arriver.

-Tu as choisi ta voie Darksky, j’ai choisi la mienne, et il semblerait qu’elles ne se croisent plus à partir de maintenant…

-Saya…

-Va au bout de tes rêves Darksky, et j’irai au bout des miens, c’est une promesse ?

-Oui, je te le promets, Saya…dis-je en retenant des larmes.

-C’est ce que je voulais entendre, alors maintenant, souris s’il te plait.

Je m’efforçais de le faire, mais le résultat dû être atroce. Cependant, Saya, elle, m’adressait un magnifique sourire, comme elle le faisait avant. J’aurais tellement aimé être aussi fort qu’elle. La séparation m’avait toujours été insupportable. Si j’avais été comme Saya, peut-être aurais-je pu surmonter le départ de Laura et sauver Marie à temps…

Je relâchai mon étreinte et je la sentis m’échapper. Je ne fis rien pour la retenir, il était trop tard à présent. Après avoir rangé son livre, elle mit son sac sur ses épaules et se dirigea vers la sortie.

-Bien, cette fois-ci, c’est vraiment l’heure des adieux, qui sait si nous nous reverrons un jour ; dit-elle d’une voix chargée de regrets

-Non, c’est un au revoir, pas un adieu ! Lui lançai-je.

-Oui, tu as raison. Au revoir Darksky, et merci pour tout ce que tu as fait, j’ai vraiment passé les plus beaux jours de ma vie avec le grand frère que je n’ai jamais eu…

-C’est à moi de te remercier, tu m’as permis de ne pas devenir fou de solitude.

-Tu veux vraiment avoir le dernier mot n’est-ce pas ? Ricana-t-elle.

-Que veux-tu, je ne peux pas te laisser partir comme ça et ne rien dire.

-Tu as certainement raison…Bien, à la revoyure Darksky, je te souhaite sincèrement de retrouver ta sœur.

-Et toi, trouves la citadelle que tu convoites tant !

-Bien sûr, aller, Salut !

Elle m’adressa un grand signe de la main avant de franchir la porte. Son sourire fut la dernière chose que je vis d’elle. J’entendis alors ses pas résonner et s’éloigner dans le couloir, jusqu’à disparaitre totalement dans le silence du soir…J’étais à nouveau seul dans cet immense chambre, avec mes souvenirs pour seuls compagnons. Jamais je n’aurais imaginé un dénouement pareil, si je l’avais su, j’aurais refusé dès le début ces quêtes stupides ! Mais, si je l’avais fait, jamais je n’aurais rencontré Saya…

A présent, je devais tenir ma promesse, devenir plus fort pour sauver Marie de griffes de Shadow ! Je l’avais promis à Saya en guise d’adieu, et qui sait, peut-être qu’un jour, nous nous reverrons…




http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
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[fic]les véritables monstres posté le [16/03/2013] à 11:38

dsl mais au moment ou j'ai commencé à l'écrire il n'y avait pas grand monde qui accrochait. Mais je suis content de voir que vous trouvez l'histoire intéressante




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Tutiou
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[fic]les véritables monstres posté le [16/03/2013] à 11:41

Il devait avoir autour de 30 ans et avait toujours la meme coiffure que lorsque je l'avais vu plus jeune


Il le connaissait avant ??

Sinon l'histoire est un peu boulversante avec Jaden et Yusei OU son père dans la même ère.


Le Duelliste original n’est pas celui qui n’imite personne, mais celui que personne ne peut imiter.

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